BOÈCE AU MOYEN-AGE W
Le grec Hermas, chrétien et platonicien, et familier même davantage avec les dires de Dîotinie qu'avec les paraboles évarigéliques, écrivit, aux tënxps de saint Paul, un livre, \é Pasteur j qui a servi de modèle atout un cycle de livres. Lé début en . est tout à fait pur et plein de grâce : .
« Celui qui fut mon hôte à Rome me vendit une jeune fille* Beaucoup dVnnées après, je la revis, je la
(i) C'est d'après ce pastel de Mme Jeanne Jacquemin. que v M- A,-M. Lauzet a gravé l 1 eau-forte aujourd'hui offerte par le Mtrcurc de France, à ses abonnés (V. feuille d'annonces en tète du présent numéro). * •. ;
iï] BocihiuSi an css'ay, by Hugh Fraser S tewart (tôndfes, . Blacfcwdod)*, — Cet ouvrage est .un manuel de Boèce\ un très bon travail d T érudîtion où tout est dit avec méthode et sobriété. * -
reconnus et je me mis à. l'aimer comme une sœur- . Mais avant cela, un jour qu'elle ^'apprêtait à se baigner dans le Tibre, je lui tendis la main et la- menai vers le fleuve; En la regardant, je me disais en mon coeur : Je serais, heureux de posséder une telle femme,* si belle et si honnête. Je pensais cela et pas davantage. Or, quelque temps après, en mè promenant avec ces. pensées, je rendis hommage à la créature de Dieu, songeant compien elle était magnifique et belle. Et m' étant promené, je m'endormis. Et TEsprit me •' ravit et m'enlèvà, vers, la droite, en un lieu où un V homme n'aurait pu marcher. Car c'était un lieu plein de rochers et abrupt ^ et impraticable à cause des eaux. Quand j'eus franchi ce lieu, j'arrivai dans une 7 plaine ; et> les genoux fléchis, je commençai de prier le Seigneur et de confesser ïnèç péchés. Et comme je . ' priais, lé ciel s'ouvrit, et j'aperçus cette femme que j'avais désirée j me. saluant du haut du ciel et disant : Hérmas, saliit. Et moi, l'apercevant, je luïs dis ;. Madame, que faîtes-rvous là ? Et elle me répondit : J s âi été reçue ici pour dévoiler tes péchés au Seigneur. Madame, dçtnandai-je, les dévoilerez-voûà vraiment ? Non> dit-elle; Mais écoute les paroles que. je vais te dire^ Dieu, qui -habite dans les oieux et qui de rien a ; créé toutes. choses et les a multipliées pour sa sainte , ".' Eglise, Dieu çst irrité contre toi : çarce que tu as ■■ péché envers, moi. Répondant, je liii dis : Madame, çï j'ai péché envexs vous, où, en quel lieu, et en quel temps vous ai-je jamais adressé une -parole déshori- ; nête? Ne vous àï-je pas toujours estimée comme une dame? Ne vous ai-je. pas toujours révérée comme une sœur? Pourquoi dpnc m'àçcusez-Vj&us d'actions si abominables?. Alors, se mettant . a rire de moi, elle dit : En -ton. coéûr est montée la concupiscence du mal. Et, ne tè paràit-il pas que c'est une laide chose, pour Vhommé juste que la concupiscence du jnal .sttit montée dans son coeur > Ç>st un péché pour lui, un très grand péché. L'homme juste en effet pense des . choses justes. Et c'est eh pensant des choses qui sont justes et s'avançant dans cette" droite voie qu'il trouvera au ciel un Seigneur propice à - sa cause. - Mais ceux qui pensent en leur coeur des; choses défendues assument la mort et là captivité : surtout ceux.qùi aiment ce siècle et qui se glorifient dans leurs richesses :■ et ceux qui rie pensent pas aux biens futurs, leurs àmès- sont vidées de tout. Ainsi font les
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douteux qui nont pas d^espoir en ,1e Seigneur et méprisent et négligent sa yie r Mais, toi, prie le Seieneur, et il guérira tes péchés et ceux de toute ta maison et ceux de. tous les saints. Quai# elle eut prononcé ces paroles, les cieux se fermèrent > (i). -
Voilà bien le prototype de la Vita nttova de JJante ; mais Dante na sans doute connu Hermas quà tra- . vers limitation qu en a faite Boèce dans. sa Consola-., tion.A vrai dire, le traité de Boèce provient du Banguet encore plus que du Pasteur, mais ; tous ces livres et d'autres ont des analogies de filiation, uu>time la Domina dTïermas, la Monique évoquée dans ■.-.■ la Vie heureuse de saint Augustin, la Philosophie telle que la voit Boèce, Béatrice, — autant d êtres de rêve ou d'idéalisation appartenant à ; la mystérieuse
famille. ■ ■ - ■'.."■.* - A *
'■ Avoir une place, même toute petite, parmrces créateurs dames, c'est la gloire du sénateur Boèce, Maître des Offices à la cour de Théodorîc et qui. fut mis a. mort sur des accusations assez obscures portées contre lui par Cvprien, comte des Sacrées Largesses,
Sa réputation "durant tout le moyen-âge et son in-.fluence sur le développement de la philosophie scov lastique proviennent évidemment d'une toute, autre cause: beaucoup plus pratiques qu'on ne le croit et . avides de savoir à un degré ignoré de notre siècle de . lassitude, les gens de ces temps (si pleinement lumineux pour qui n a pas sur les yeux le bonnet d ane tabriqué par la Renaissance) estimaient au-dessus de tout le livre qui leur apportait soit des arguments^ de raisonnement, soit des -faits, soit des notions nouvelles touchant les sérieux problèmes qu'ils ne se lassèrent iamais d 1 étudier. Or, entre les deux grandes écoles qui se battaient, sous des noms différents, pour les " ' étemelles causes qui sont l'idéalisme {réalisme du moven-àgeï et le réalisme {nominaïisme. du. moyenâgé V entre Platon et Aristote, également mal connus
■ par les traditions et par des bribes de textes incorrects, de traductions libres,— Boèce, philosophe .mitoyen v miplatohicien, mi-aristotélien, apparut comme une sorte de Tuçc, dont l'impartialité était sans, cesse consultée.
Cette position de Boèce est nettement indiquée par Godcfroi de Saint-Victor : assis entre Platpn et Ans-
{ïHernUc'ceiusiisshni thcologi gastor] à la suitede Claudia»*
■ Mamertl De Statu Animae (Cygneae, 1655,1^16).
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tote, étonné dé la controverse indéfinie, écbutant .avec soin ce que disent l'un et Vautre, il ne ?** lequel des aisputeurs favoriser, il n?ose cloré définitivement le
débat: ; ;'•.•'■ '■--,'' .- '"■• ■■' •''■•
Assidet Boetbius, stnpens de Kac Hte, ;.-.'
i Audiens quïd hic et hic asserat pente, V.
. ■ • ■• Et quid cai faveàt non disceniit rite, ~, . Nec praesumit sqlyere lïtein defimte.
'' Donc, au tribunal du Maître dè Sj Offices Platon disait- Les universaux existent en dehors de^. toute connaissance subjective. ,U y a dans le monde* audessus de nous, une idée, un archétype de .chacune âefchoses qui forment le monde visible; et ces idées seules sont stables et permanentes ; elles sont en . somme, les seules réalités véritables et connaissables ; les choses ne sont que d'obscures copiesde ces formes éternelles, et on né peut les connaître que par leurressemblancé avec lés immuables types. w.Aristote disait : Cette doctrine que l'Ecole résume, « Umversalia extra et ante rem », me. semble radicalement irrationnelle. Moi, je ne monte point au général pour redescendre au particulier, mais je pars du particulier pour "■ atteindre: le général': le particulier seul existe vraiment; l'individuel seul est>elet 1 universel est un de .
ses attributs. (i). ' .' ■"*-•' , ' V. . •'•■ • c ^. +ia
Platon parlait comme un métaphysicien, Aristote .comme un savant, et Bpèce, simple.pMosophe dejonne volonté, n'osa jamais aUer si Ion m à droite, m â£iu^ ~che: Avant traduit' Aristote et commenté Platon, il lui restait pour l'un et pour l'autre une timide tendresse presque naïve. Il -aurait; voulu les coneûier: la cbnciliatïouest encore à faire • ce fut l'œuvre tentée par la philosophie scplastiquë, *- mais Boece ayant refusé de dire -le dernier mot, tftfl ne le profera :, Platon triompha avec legéniè de Sfcott Engene ; Aristote, :
avec le génie de Thomas d'Aquin.
..:.'■■''■■■ Hermès.
Vri Voir le chapitre intitulé : Boetkius «£ «« /f*^* ToÙcm; -k Cf. B, Hauréau, Histoire it h fhilosaphte scùlas-
tigUt 'y t. I e %
7<» ' MEBRCVRK.nE. FRANCK