‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 66 sur 109 · SUR LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

SUR LA CONSCIENCE

Erostratë , était-il si fou que cela, lui qui brûlait le temple cTEphèse. pour laisser son nom à la postérité ? Et iie sommes-nous pas bien plus fous que lui, nous qui +. dotés par la nature d une côn- . science qui devrait être impérissable v la sacrifions si souvent à l'opinion çommyne?

Nous contentons notre conscience plus facile-, ment que notre amour-propre.

lin y a pas de conscience plus du moins câline: il ir*y a que plus ou moins de conscience.

Les siatï&factiohs de là consciente n'ont d'autre valeur que celle de la conscieiïce elle-même. La conscience de . Robespierre dut être satisfaite le jour où il eut fait guillotiner Danton.

Lès inquiétudes* de la conscience sont les aphrodisiaques de l'âme, .

Les plus sensibles désillusions sont celles .de 1 -amour-propre ; les plus cruelles, celles de la conscience.

.Les gens qui ne transigent Jamais avec leur ' conscience ont une conscience bien proche parente de leur intérêt. '

Chacûii se fait une morale à son usage personnel pour pouvoir, la conscience à l'aise, se livrer à

ses petites malhonnêtetés;

Lorsque l'on raisonne sur un cas de conscience» c'est un mauvais cas.

. La conscience~est un juge qui accorde toujours

descirçonst:uiccsnttcnuant<is. L'opinion en est un autre qui n'en accorde jamais. :

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Ceux qui sont achevai sur les principes savent très bien en descendre pour franchir à pied les mauvais pas.;

Une conscience trop scrupuleuse empêche parfois un honnête homme de devenir un grand homme/

L'intégrité n'est la suprême habileté que quand ' on a l'habileté delà faire valoir./

Le danger du crime, teinte, d'héroïsme. certains

criminels;

Kisquer sa vie pour un peu d'or ne sera jamais

à la portée du premier venu;

Le remords est une faiblesse qui perd certains criminels, une habileté, qui en sauve d'autres. ■■".

Les criminels h remords sont indignes du crime.

Les, gens capables d'éprouver du remords ne commettent généralement pas de crimes.

On voit des gens d'affaires commettre des faux pendant vingt ans et n'éprouver de remords que le jour où ils sont pris,.

La minute où le remords est le plus vif est la minute de la guillotine..

La psychologie du crime serait sans doute intéressante, si le criminel n'était pas le plus souvent un être dénué dé toute psychologie.

JUILLET 189» *i 7

-■WMMtavAlm^A

SURUHONNEUR

L'honneur n'est autre chose que Je cas qu'on fait de sa personne ; les fats en ont beaucoup, le» modestes fort peu,

Il y a un faux honneur, qui est l'honneur, et un véritable, qui est l'honnêteté.

L'honneur est souvent entaché là où l'honnêteté ne Test pas : le contraire se voit aussi.

L'h on nèur procède tellement de Ta m pur-propre, qu'on se demande s'il ne doitpas être range par ai i les vices plutôt que parmi les vertus.

On est d'autant plus à cheval sur son honneur que Von se tient plus mal en selle;

L'honneur doit être fait de l'estimé que les autres ont pouf nous, et non de celle en laquelle nous nous tenons nous-mêmes. -

. ■ '.' ."■: . ■ : "■'. ■ '""■ 7 ." ; -V "." ■.■■'■ ""■ .. . : ■■■ v L'honneur est comme le vêtement : il y en a

sur mesure et il; y en a de confection.

La plupart des hommes ne tiennent à l'honneur que pour en couvrir leur malhonnêteté. ;

Le moment où Ton se targue le plus de son honneur est celui où l'on médite une coquinerie.

Pour être un parfait hoin me d'honneur, il faut

savoir tout .sacrifier à son honneur, même l'hon-

: neiir. "■'.... ;

SUR LA JJBERÏÉ

La liberté a ses tyrans ; ce sont ceux qui empêchent Martine d'être battue.

*i8 s MERCVRE DE FRANCE

. a ■'■ La liberté consiste à se soustraire à la tyrannie des hommes pour tomber sous celle des choses.

Tout est à la fois déterminant et déterminé. La liberté, c'est lé jeu régulier des déterminations naturelles,

4 /"' .■ •■'-■■ Il n y a pas liberté là où une cause étrangère,

artificielle, non nécessaire, vient troubler le jeu

.des -déterminations naturelles.

L'humanité est déterminée par un nombre infini de causes. Le progrès dans la liberté consiste à les supprimer les unes après les autres, en commençant par les plus superficielles, les causés sociales.

Pratiquons le fatalisme dans tout ce qui ne dépend pas de nous et le libre arbitre dans tout ce qui en dépend-

Nous sommes maîtres de nos actions jusqu'au moment même de l'action; aussitôt exécutées,

nous en devenons les esclaves.

C'est être esclave que d'être borné par la liberté des autres.

On dit : esclave de son devoir, comme on dit: esclave de ses passions.. Ces deux esclàvages-lâ ne sont-ils pas les plus terribles de tous ?

Les esclavages quç; Ton se crée sont plus funestes que ceux que Ton subit : toute l'énergie disponible est employée à briser ceux ci et à. resserrer ceux-là.

Point d'esclaves sans maîtres,, semble-t-il. Or, devant l'esclavage universel, on se demande où sont les maîtres, Louis Dumur.

JUILLET 1893 ai9

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