‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 68 sur 109 · LA LAMPE · texte numérisé non relu

LA LAMPE

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«Ma lampe ne éteignait que trcs lentement, '< Entrele moment où je commençai à m'aperce-

defemps VécoulaVque je ne saurais exactement calculer,. Tantôt mes souvenirs,. fort vagues du reste sur ce point, me le représentent comme d^i ne certaine durée, d'autre» fois U m'apparait comme ayant été fort court. ;

'< Bien que ce\ soit en cet intervalle précisément que se déroula cette scène extravagante, à laquelle je ne pense plu* sans terreur, je ne puis cependant me former une plus exacte notion làdessus;/ Non, en vérïfé, je ne puis pas. ■

^ Or, à la lueur mourante et chaude de la flamme, — elle vacillait avec des tremblement» d'agonie,— je fixai, certainement au hasard, mais bien attentivement, le centre du tapis qui recouvrait ma tablé. L'étoffe était verte, d'un vert assez foncé ; il y courait quelques arabesque» jaune** En même temps, je répétai à mi-voix — et par quelle fantasque inspiration étais-je mu ? — les syllabes de mon nom Lou.„. A;... Bru.... ncU... Lou.**. is.*i. Bruit*, nchk..

fc Soudain, il me parut qu'une partie de mon être, se composant plutôt de ma personnalité intime, dé ce qui me semblait constituer en quelque sorte l'essence propre de mon moi, et toute spirituelle, appelotts-la mon dmc, s'était détachée d!u corps, qui, lui, restait assis, la tête penchée, les yeux fixés, les lèvres marmottant toujours ton.... is.„. Bru„/. net.,.. Planant au-dessus de

„,, MERCVRÉ DE FRANCE

lui, je me regardais ainsi, d'un peu haut et à

droite. '^^-. ".'..-. , .

</ J'avais bien une faTWe conscience de cet abandon, cependant cela, ne laissait, pas que de me surprendre. Sans y parvenir, je -cherchai à mieux me rendre compte, de ce. singulier état. Des idées m'àrrivaient, faible?, . confuses, tels les rêves égarés d'un malade. Je nie trouvais changé, autre qu'auparavant ; les objets, même accoutumés, prenaient pour mon nouveau moi des apparences insolites ; et je revoyais sans cesse, avec une croissante , une indicible anxiété , ma forme matérielle qui conservait immobile sa fixité.

d'attitude. : . '..',', .,, " •• ••'■

« Ah ! comme j'éprouvais a la considérer ainsi

un orgueil vaste d'être libéré de cette enveloppe. Vide de tout esprit, ne conservait-elle pas de moi que le nom'? Et je la méprisais, heureux de me sentir transporté dans une atmosphère de reye, dégagé de. toute réalité lourde. "■-■■'.

« C'est assurément cette sensation .de légèreté, d'éloignement du monde normal, jusque-là le seul connu par moi, qui m'a le plus frappé. Je me pris alors à penser que ce changement de milieu pouvait ne pas être nouveau, que cette âme,. irréductible à l r espace, devait l'être autemps. Aussitôt,ce fut d'abord peu précis, quelque chose d'analogue à un souvenir d'une pareille existence antérieure passa rapidement, puis une conviction là-dessus se forma. N'était-il pas vraisemblable, de me supposer prisonnier d'incarnations successives, celle-' de Louis Brunel en étant la dernière, la seule qui répondît encore à l'appel de la conscience ?

« Car en vain je cherchais à me remémorer les détails dé mes premières vies, je n'obtenais qu'une - affirmation de leur réalité ; affirmation forte,sans que je connaisse plus sur quoi elle reposait. ;: c Où et quand avais-je précédemment vécu?

ces questions demeuraient sans réponse. Mais cette ignorance relative n'ébranlait pas ma conviction générale, et, rapprochant de cette certitude

JUILLET 189a iij

les croyances morales, lès idées religieuses qui m'avaient été inculquées dans mon enfance, je reconnaissais dans le fait présent une confirmation, "tangible pour ainsi dire, du dogme de Timmortalité de l'âmé.

« Très heureux d'avpir reconquis une foi perdue depuis longtemps, un inexprimable contentement/une immense joie m'envahissait. La Mort, la hideuse Mort ne pouvait donc rien sur nous: était-ce pas> cette séparation que je constatais, n'entraînant rien que de très agréable et ne justi- ; fiant pas cette épouvante sotte de la plupart des hommes? Oui, je retrouvais la délivrance dont certain s. philosophes et quelques poètes ont parlé. ; Pourquoi -s* effrayer des apparences mensongères, ; de cette décomposition répugnante d'un corps, n'ayant^ par cela seul qu'il se corrompt, plus nen de commun avec l'âme, nôtre unique moi, nôtre essence intime, notre individu même ?

.-.< Donc, cette forme humai ne que j'avais habitée/ par qui j'avais vécu, souffert^ aimé, s'allait anéantir, revenir sie fondre au grand creuset, d'où elle éparpillerait ses atomes volatiles, dès lors sans cohésion. D'elle nerestefait; bientôt, même plus le souvenir, puisqu'en elle était localisée ma mémoire, comme le prouvait son silence sur une A existence antérieure,

à Et j'allais sans doute apporter la vie et la conscience à un autre agrégat dé molécules :

lesquelles?... et comment ?.. et pourquoi ?.-.. « Un instant j'avais soulevé le voile de Tlsis mystérieuse, et future, je croyais apercevoir déjà sa resplendissante divinité, connaître enfin la solution dé ces problèmes où l'inconnu se dérobe à nos interprétations toujours insuffisantes, et voilà que retombait la pesante, l'indéchiffrable trame, protectrice de l'inaccessible, me laissant de cette chute errer à nouveau dans les ombres plus denses de rincerti tude et du doute vite revenus. Devant cette inaptitude à connaître plus que le présent, je fus étrèint d'iafires angoissantes.

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.Quel dieu ou quelle fatalité poussait donc ainsi les être* eii aveugles, sans leur permettre de savoir" et d'espérer 1 Captifs d'étemeUes erreurs ignorants du W suprême de leur s efforts et ji llurs efforts ont un but, savènt-rls si ce nestpas vainement que, depuis des myriades de siècles,

[es ge?aérat?ons s'agitent dans un ^nétrable Néant les entourant de toutes parts ? Ohllapoir-

gnante morsure d'impuissance <j™^*^T / ... " ■ me déchirait à contempler la. silhouette^ rigule y mal estompée par ;la lueur décroissante et faible

de la mèche déîa fumeuse ! : .-.■■';■ , j <.- -Citait cela un ^, ayant pensé, voulu, dont les veux avaient pleuré, de stériles larmes, dont Seèvres avaient dessiné d'inutiles sounr^i .

un homme, grain d'une poussière animée quele ïemps^emait sans cesse par les .espaces; déplorable et très ignare amas de ^n^diçtion^ dont l'inconsciente, dont ,1'in^pnmable fetuité^sen, orcueillissait de savoir et mesurait tout a ses .m fimèrbornes l Quand cette forme aurait été dis-

> Mais alors, que deyiendrais-je, ■*<£*■<£*£.. .

. dissociation que je. constatais ^^"^^

i oc j pnY éléments de ce que lavais consiuciç

Se même personne, établie définit! ve - et dans

• ce cas pourquoi m'attarder au spectacle de mon

enveloppe physique, morte a coup sur f : . ■ .

TCe futàa'instant exact où je posais cette

question que se passa le phénomène anoui dont

l^nTd^^

de particulier: il portait la date du jour ;

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