‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 69 sur 109 · MERCREDI OCTOBRE · texte numérisé non relu

MERCREDI OCTOBRE

en grosses lettres noires.

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«Je vis alors fort distinctement i«£ main arracher brusquement quelques feuillets \ jusqu'à

ce qu'apparût :

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« A ce moment, la demie d'une heure sonnait à ma pendule;..'- La lampe? s'éteignit et je jie me souviens plus,

, .'c Je ne me souviens plus de rien. » ■

17 octobre. .

« — . Ce matin, j'ai cherché soigneusement et partout les feuilles disparues : je n'ai pu les dé-

couvrir; ...V» ;. . ■.-■-■. / ".

— «Tel est le récit que je trouvai v décrit par Louis Bru néU lors de l'enquête., à laquelle je dus procéder au sujet dé sa mort violente. Par une étràtige coïncidence, le 23 novembre un commencement d'incendie s'était déçkré dans sa chambre, occasionné sans nul doute par lia chute d'une lampe placée auprès du lit. ...

«Le cadavre était à demi carbonisé, et cependant là tête, un peu plus respectée par les flammes, ne naijn trait pas la face grimaçante qu'il est d'habitude de rencontrer en pareil cas. Elle conservait au contraire un air calme, un peu souriant» comme si la douleur Vavait pas été ressentie. La main droite, intacte, tenait dans ses doigts crispés des pages de calendrier du 15 octobre au jour même ; 'de f accident. ;'

« La pendule s'était arrêtée sur la demie d'une heure;» . \

Feuilletant distraitement le manuscrit du mort, le docteur Nervis se tut, tandis que du regard il interrogeait Maurice de HàutvaL — * A vrai dire, répondit le jeune hbmqp, il me semble que nous nous traînons, comme ce malheureux, dans ùnlabyrinthè d'erreurs, de demi* Vérités. Il y fait une nuit que le vacillant flambeau

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de Raison ne suffit pas à dissiper, une nuit qui devant nous s'étend, S3 referme derrière, sans nul fil donné par une bienveillante Ariane, N y marchons-noùs pas à tâtons, courbés, car la, voûte impénétrable de la Réalité est trop basse pour nous permettre d'aller le front haut? et nousnous; : v heurtons en étendant les bras. ,

« Ouï: Louis Brunel a raison ; votre science est vaine, qui reste à jamais incomplète et fausse, muette aux prières; et ne sait nous donner ni ;

espoir, ni confiance! * * ,, ■ .• ■ ■'-,.■

" -i- « Je n'hésite pas, mon cher Maurice, a reconnaître avec toi que, souvent, derrière les phénomènes clairement visibles, se dresse la grande ; figure de l'Inconnu, du Mystérieux, parce qu encore inexpliqué, deviné plutôt que senti. Mais, si l'Hypothèse va très vite en chemin, si les Imaginaires ont rapidement fait de trouver ^une solution, satisfaisante en apparence et suffisante en fait à beaucoup d'esprits simples ou trop pressés de conclure, il n'en est pas de même delà science,

que tu semblés dédaigner: . • ' '■' T , *

' «Elle commence par s'assurer d inébranlables sùbstructions avant (L'édifier son œuvre,, à laquelle des milliers d'ouvriers travaillent séparément Par la combinaison de ces efforts simultanés, combinaison lente, très lente assurément, mais consciente, forte, parce quelle n avance

'- ■ .astrèsltr- -——*-*«»« ™-«exhàussë la connaissante, * agrandit w — „---,- v crouler, sans la prétention aussi de 1 achever d un "seul coup et de suite. D'ailleurs, dans lé fait qui rious occupe, tout peut, ihne semble, être ramené à dès lois connues : dès lors, plus rien de surnaturel Encore faut-il les connaître, ces lois I

« Etïe ne parle pas pour toi, Maurice, en particulier Mais combien, s'autorisant de vagues notions, ne trouvant pas eh elles, et pour cause,; la solution de problèmes complexes, les déclarent irréductibles aux données scientifiques,lesrejetant

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de ce fait même dans le domaine, pourtant vaste sans cela, dé l'Inexplicable, 1

« Or, Louis Brunel présentait, à ce que j'ai pu en juger lorsque je lui donnais des soias, des symptômes ressortissant à une névrose, qu'on croyait autrefois le privilège exclusif de la femme et dont les recherches de ces derniers temps ont montré la fréquence, plus grande peut-être, chez i homme : l'hystérie. Entre autres signes de cette affection, il offrait cette complète insensibilité de ,.-..tont un côté, chez lui le droit, qu'il est ordinaire de trouver dans ce genre de maladie; d'autre part, des crises sur la nature desquelles il n'y avait aucun doute.

/t Que se passé^t-il ië 15 octobre ? .

«Louis Brunel tombe.à la suite des circonstances qu d a. lui-même indiquées, dans un de ses accès, qui, d'après la description qu'il nous laisse, contient tous les caractères du vigilambulisme hystérique. Tù sais, du reste, que cet état de dédoublement dé la. personnalité, qui possède, avec le sommeil hypnotique, des analogies allant presque jusqu'à l'équivalence, est l'égal d'une attaque q hystérie. .•'■.-.-

■« C'est pendant cet état second que de son membre anesthésique, dont il ne pouvait par conséquent percevoir les mouvements, il arrache les feuillets du calendrier.. Il voit alors une main exécuter, cet acte et né peut concevoir que cette main est sienne, puisqu'il n'en reçoit aucune sensation* aussi lui art-il semblé qu'il s'agissait d'un autre. . « Le lendemain, revenu à lui, il est extrêmement frappé de la lacune présentéepar le calendrier, et, àla faveur de cette émotion, la scène qu'il a jouée la veille. apparaît plus ou moins vaguement à sa conscience. Remarque à ce propos l'abondance ayec laquelle il s'étend sur lès détails la précédant et sa brièveté relative au sujet de la partie principale du récit.

« Pendant plus d'un mois la daté 33 novembre reste devant ses yeux : quoi d'étonnant qu'il se

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produise^ du fait de cette obsession, chez un sujet ainsi prédisposé, une véritable autosuggestion d'où résulte, au jour indiqué, le retour d'un accès sans doute analogue ? . : ; .

«c Au cours de cette nouvelle crise, les événements qui ont eu lieu lofs de la précédente reviennent en précis souvenifs^-ce qui est de règle. Voilà expliquée sa facilité à retrouver lés pages ■• détachées, ce dont il avait été incapable à Tétat de

veille, ■■■.-- -•*■"■■"

« L^ttaque se termine, comme dé, coutume, par

quelques gestes convulsifs auxquels nous devons probablement attribuer l'accident fin^l, chute, de la lampe, provoquant rincendie dont il meurt. La

sérénité du visage se rapporte naturellement à l'hémi-anësthësie du côté droit. Quant à l'heure précise, le motif en esteplus simple encore :1a chaleur développée au moment de la catastrophe et qui a arrêté la pendule !>

Gaston Banville.

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