LA MONTAGNE DU DOUTE
A Charles .Mcrkr*
Sous ses cheveux, pleurs d'un soleil occidental, Sentant tourbillonner les ailes prophétiques Des funèbres corbeaux aux plumes de métal Qui clamaient les gibets émergeant des portiques,
Jésus, désabusé de l 1 ave des faubourgs, Fuyait, à pas traînants, la muraille écarlate Où vibraient les tubas de bronze et les tambours Et les boucliers d'oir des soldats de Pilate.
Il allait, soulevant les poudres du chemin, Dardant ses bras en croix vers l'azur implacable Où son œil épeiait ton forfait, ô demain; Eclaboussant de sang la Table irrévocable. ..-;'■
Sôus son front se dressaient des hontes de banni : Blênie du geste noir des sinistres solives. Lorsqu'il fiit arrivé sur le Géthsémani, ■Le jardin bienveillant où croissent les olives, .
Ikse laissa tomber parmi les gazons roux, Ecrasé sous le ploriib des lois théologales, Et laissant essorer — le menton aux genoux — Des sanglots qui montaient dans le chant des cigales.
-^- * Mon père ! plëurait-il, mon père, pitoyez !... Vous avez fait de moi le poète sublime Qui ne trébucha point- aux fossés côtoyés, Qui ne saigna jamais aux stupres de Solyme l
Vous avez fait de moi le rêveur soucieux :
Vous m'avez mis au cœur la barbare Chimère Brûlant les murs de chair qui l'exilent des cîeuxl.- ■'-i- dédaignant les grelots de la joie éphémère,
*?* MERCYRE Di FRANCE
l'ai vécu dans J'azur de mon œuvre lointain, Espérant conquérir la pourpre des mémoires Et laisser aux hivers du vieux monde latin Le doux verbe d'amour, torche des noirs grimoires I
ie me suis dit : Comme un vaisseau, plein d'échànsons» lpn Cœur accostera les époques futures !
Nos fils conserveront le vin de mes chansons Au fond de respectueuses architectures I
Je serai Famulette et le bon talisman
Que portera la vierge au col de sa tristesse f."
Je serai la maîtresse et je serai l'amant !,
Sous tous les ciels, j'aurai la gloire comme hôtesse l T
— Mon père, j'ai jeté tous les hochets humains, . Eternels contempteurs des triomphes. du Verbe,
Ne voulant employer ;mes. deux fragiles mains Qu à pétrir l'or têtu de mon œuvre superbe !..
— Mais voilà qu'aujourd'hui des frissons 'singuliers be hérissent en moi, comme un nœud de reptiles?
— Qui donc a fait ainsi craquer les lourds piliers Soutenant les pignons de mes hauts péristyles ?.„
Mon palais qui, déjà, se découpait dans rair M a paru chanceler, des caves jusqu'aux dômes, Ainsi que, dans les temps, au formidable éclair De votre œil, ont tremblé les toits d'or des Sodômes I
Hélas I Quel doigt mauvais courbe vers le ravin '. I* mur présomptueux et les tours de mon rêvé ?.,.' Des hiboux m'ont crié : ^ « Ton œuvre sera vain I « les marbres deviendront le sable de ,1a grève 1
« Tu connaîtras lanuit !.. » Et des corbeaux m'ont dit :
— *. Sur ton palais détruit, la populace abjecte •c Dressera le gibet du serf et du bandit
« Pour y clouer le corps du trop fier architecte i
« Nous mangerons ta chair!.. V Des présages de mort Surgissent sous mes pas en sifflantes vipères 1 Arrachez le serpent de l'angoisse qui mord "
Mon cou, Dieu pitoyable, ô père de mes pères I...
Seigneur, n'endeuillez point mes roses lendemains ! Ne foudroyez. Seigneur, les clochers de mon zèle !•* »
— Et Jésus enfouit son beau front dans ses mains Et se mit à pleurer des larmes de gazelle...