J.:.. - : ' - III
Dans les cheveux émeraudin s des oliviers, Les cigales riaient. Au profond des vallées, Le grelot dès taureaux èï le chant des bouviers Se naêlaient aux doux cris des femmes cajolées...
Alors, les poings tendus vers toi, Jérusalem, Jésus gémit; — < Ôh ! maudit soit mon destin rude!
— Que ne suis-je resté l^enfant de Bethléem, L'adolescent joyeux/ couleur de multitude ?-
Sans rêver les laurier? d'un forum courtisan Ni ce triomphe vain que de vils, bras opèrent, Que ne suis-je réàté lé petit artisan :
Qui poussait en chantant le rabot de son père?.:;
Buveur d'àzur, chanteur de mots mélodieux, .
Rêvant la bonne trêve aux haines empirées,
J|ai voulu leur parler le langage des dieux,
J *ai voulu leur verser le vin des .empvrées. ..
— Et voilà que leurs dehts ingrates m'ont crié :
Non I Plutôt, donne-nous ton sang de pourpre à boire !
Il nous faut le . sang de ton coips pïlorié
Pour teindirele manteau de pourpre de ta gloire !..,
— Certes, à ce jeu sombre, il existe un dupé, Un gueux volé rêvant d'illusoires largesses !
'— O mon père !.. J'ai peur !.. Mê serais-je trompé f ... Tenaient-ils donc, ces fous, les réelles sagesses ?
Etaient-ils les diseurs de vos bonnes leçons ? Votre souffle azuré soùfflàit-il en leurs voiles ?../
— Etait-ce le jpôète, amoureux de chansons, Avare seulement de Torde vos étoiles,
Lé juste, qui chassait du Temple les marchands; Qui versait aux passants le miel de ses paroles, Etait-ce le jglaneur de rêvés et de chants, Etait-ce. le semeur du blé des paraboles, .
-évites, marchands, rois, prêtres du bon Présent; tavaicnt-ils donc le mot dont Jésus désespère?.;.
Etait-ce moi, mon Dieu, qui faisais faux chemin?.. . Ingénu .charlalan de louchea utopie», Ignare traducteur du royal parchemin Erigeant en vertu ses rares myopies,
Etait-ce moi le piteux fou, le dément vil, Babïlleur de vers creux qu'on bafoue et qu'on raille ? Et ceux dont je pleurais le labeur puéril, Ceux dont je prodamais la proche funéraille,
- Ah I que ne suis-jc encor le petit artisan Qui poussait. en chantant le rabot de son père !,..
— Oh ! pourquoi, quémandeur de socles idéaux, Me suià-jc retiré de la commune jouté ?
Pourquoi les lourds destins, rudes et inféaux, M'ont-ils forcé de fuir la banale grând'route?
— Loin des rhéteurs, et du forum, et du tambour, Dans. la fraîcheur des beaux palmiers de Galilée, J'aurais pu, comme un autre, au fond d'un petit bourg, Connaître les douceurs d'une vie étoiléel...
Et bâillonnant mon cœur, forçant mon être entier A boire le désir de quelques minces sommés, J'aurais pu demeurer Thilare charpentier Qui sculpte le cercueil et le berceau des hommes...
De l'aube au soir, courbé sur mon humble établi^ J'aurais goûté la joie ineffable que donnent La fatigue des bras, l'ignorance ou l'oubli, L'outil que Top reprend, 1- outil qu'on abandonne...
Comme eux tous ,j 'eusse aim é la femme aux douces main s Qui mfet, de ses baisers, la maisonnée en fêtes... Oh! chers beaux yeux de femmeslastres de nosdemâinsL. Oh! Genoux indulgents pour reposer nos têtes!..
Oh ! Seins roses ! donneurs des plus roses printemps ! Oh ! Caresses de soie !.. Obscur parfum des tresses! Lèvres qui distillez les doux orviétans I...
Vous auriez éclaifé la nuit de mes détresses !..,
^fï^ 1 "? 110 , 1 mavoir » Seigneur, signé de l'oint fatal ! .—- Ah I le doux souvenir de» ciels de Galilée:.. Que ne «uis-je resté sous le chaume: natal ?.. Il y avait un puits àù fond de ia vallée...
Des chansonsfrissohh aient dan» les hauts palmiers vert» Et la lune argentâit les micas de TaHée.,..
Çhaaue soir, à pas lents, des femmes allaient ver» Le charitable puits au fond de la vallée...
Les seaux d'airain brillaient <iomme des vases d'or.. Ellesr allaient, sous le ciel bleu, semé d'étoiles, Tandis que frémissaient avec des bruits d'essor Leurs larges pantalons de tabis ou de toiles». '-.
i 'allais, parfois m'assèôir au pied d'un vieux figuier rès dû temple, aux coupoles blanches, peu hautaines. Les champs barioliez semblaient un échiquier.,. Des enfants fleurissaient les roseaux des fontaines.
Je parlais aux marchands qui menaient les chameaux Aux filles cjm dansaient dans le gazon ..Oh! Tune, Je me souviens. Ses yeux semblaient d'obscurs émaux Ses cheveux envolés étaient couleur de lune..... '
l'eusse aimé m'endormir en la paix de ses bras
Et baigner mon front chaud parmi sa toison rousse.
Et causer avec elle à l'ombre des cédrats.-,;
Elle était la plus belle et: semblait la plus douce...
Te me chantai^ là nuit, les mots qu'elle* avait dits;.
— Quei doigt, quel doigt haineux, tortureùr et jaloux M a donc précipité, loin dé sa chère couche, ■ Dans la fossedes ours, des tigres et des. loups? ..
— Je mangeais quelquefois des muscat? â sa bouche.
Notre vie eût été l'éternel paradis. .
— Ah ! Soyez maudît { Vous que j'appelais mon père. Dieu, bourreau du poète et gloire des bandits ! Complice du vautour, compère des vipères !
■Toi," qui noua mets au cœur les Rêve», ces cancers, - Soi» maudit, créateur de» torture» insignes, Barbare potentat qui veux pour tes desserts Le sang de tes bouffons et Je râle .des .cygnes!»,
Sois maudit, ô vieillard égoïste et. brutal!.,; Etrangleur d'alcyons! Badin tortionnaire Qui plantas en mon front tes griffe» de métal Et qui mis en mon Ame un peu.de ton tonnerre
Afin de te jouer du fantoche odieux
Qui, sentant en sa chair la divine étincelle,
Prophétise et se dit de la race des dieux,
Et penne d'astres d'or emplir son escarcelle!...
— Pour dorer dW souris ta morne éternité, Pour égayer ta vieille rate inassouvie,
Tu lis de moi le Fou, banni de la cité, . .
Qui cueille les chardons dans les champs de la vie!
Tu m'as fait chevaucher le Rêve décevant ; Qui, loin des cheveux d'or -dansant près des fontaines, Galopait, A traversées foudres et le vent, Vers l'illusoire tour des chimères lointaines!.. .
— Mais, aujourd'hui, le Rêve est mort, l'obscur cheval! Et je n'espère plus le triomphal symptôme,
Ayant sondé la pente éternelle du Val :
Je roule dans l'enfer, chevauchant un fantôme U.
Te roule, loin des paix dé l'égoïste azur, :
Parmi le désespoir des énigmes bien tues !
ie roulé dans le gouffre infiniment obscur >ù je ne verrai point surgir l'or des statues !.•»
— Mais, puisque j'ai perdu les idéaux songes ! Puisque je ne crois plus A mes chansons hautaines! Puisque je ne peux plus — oh! désirs naufragés I — Revoir les chevfeux d'or dansant près des fontaines!..
Puisque je suis le blanc martyr, aux poings liés; - *s qû/ >nt craquelés os aux marteaux de la forge* t^rj^jque, pour flétrir les édits dépliés, Il r,e me reste plus que les cris de ma gorge,
ayj
ie crierai vers ton trône et ver» ton paradis le» malédictions et mes fous anathéme* !.., Dieii méchant! Dieu bourreau! Dieu noir! Je te maudUI Et sur toi je vomis le fiel de mes blasphèmes !.„ »
— Et Jésus, haletant, vers le ciel bleu cracha I
— Les cigales/alors, se turent dan» chaque arbre, Et l'astre agonisant, tout â çqup, se cacha -, Derrière les grands monts d'émeraude et de marbre...
Et 1-Aur, devenu terrible et frémissant, ; Béa, comme troué de quelque lance impie, Et ce fut je deuil lourd d'un grand fleuve de sang Roulant vers l'horizon lointain d'Ethiopie..;.
Mais^ éructant encor ver» le ciel irrité Le douloureux venin de sa rage futiie, Jésus ^en retournait déjà ver» la: cité, Ses deux lèvres saignant du blasphème inutile :
Sous ses cheveux, pleur» d'un soleil occidental, Toujours tourbillonnaient les aile» prophétiques Des funèbres corbeaux aux plume» de métal Qui clamaient les gibets émergeant de» portiques...
Et bientôt, il pleura, ses yeux blasphémateurs
Au ciel, rêvant peut-être encolle bon die ta me!,,. \ ..
— Mais l'Ange, messager de» mot» consolateurs, Ne vint point éclairer le tombeau de son âme.
Octobre 1889*
G.-ÀtBE*T AURIET
ai8 MERCVRE DE FRANCE