‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 77 sur 109 · LE LIVRET DE L'IMAGIER · texte numérisé non relu

LE LIVRET DE L'IMAGIER

Femme couchée (i). — Au loin, un paysage fait de masses d'ombre, forêts et monts; devant, entra des

> balustrades, de basalte et de marbre blanc,une Femme couchée sur de l'herbe fleurie, qu'elle écrase,négligente. Elle est nue, d'apparence,, en la chemise de linon col-; lée â sa peau; du nombril au dessous des genoux une draperie rouge abrite les arcanes; les pieds nus se posent Vunsur Faùtre; de son bras droit elle se dresse à demi, eh faveur de ïa souplesse de son buste; du

^gauche elle enlacé paresseusement un Amour ; deux frères du Favori, à ses.piéds, jouent, ceints de feuilles étoilées, avec des fleurs puisées en une corbeille, qui est la, corbeille d'abondance des grâces sure rogatoires

. lontle caprice de V Unique se paré aux heures d'ennui

.;. d'être belle sans rivales. . -

La Dame sourit, énigmatique et ironique dans le cadre des blonds serpents que déterminent ses cheveux ; l'air doucement et sûrement dominateur, ;Vair bien d'être la Reine, — et, d'être là, parce qu'il lui plaît de se faire voir, Vénus au repos et Vénus perverse, celle que l'on désire et celle que Ton craint, déité décevante -et douloureuse, aussi une sorte de Notre-Dame qui , garde de la tromperie des méchants coeurs et méchantes,

* langues-:/; /

Venus/ princessegracieuse, Prosternez, vous prie • humblement, . Cette serpent malicieuse ;

Qui nous meurtrit .visiblement (a).

Elle est encore un peu- la Dame des légendes, en les .'■ heures d» nonchaloir, celle qui se peut distraire à ne*

-(i) Ecole, de Botttcelli. Au' Louvre, galerie des Primitifs italiens. N° 1299 du catalogue. .'.".-

(2) Le Rousier des Dames* sive le Pèlerin d'Amours; nouvellement composé. par Méssire .Bertrand Des marins de Mas an*

(XV* siècle). ; ;■■ . "- ; ■'■■-

a5 8 MÉRCVRE DE F RANCE

rien faire, celle qui attend les hommages et ne les reçoit.

qu'à son gré.: . , . . :

. , A vous seigneurie et justice •.

Ressort à souveraineté.... "" Mesjnes, quant ung amant boutte Est en amours, vous le.sçavez, Nous doit serment de feaulte; ■■

Car telz droiz nous sont reservez ! [t.)

Celle que l'on aime à genoux : , .

Eubt, à genoulx etclos lesyeulx, Promectent que Jeunes et vieulx,. . . '

Kous serviront sans contredire (2),

Celle qui se vante de ses aptitudes, à Tamour :

Aussi voz cuisses sont petites A les asseoir et tenir; . .

Maïs les nostres. sont pieçàduictes

"Pour les àymans entretenir .

* Que vous ne pourriez soustenir.. . (3).

- Et dans son regard de songe se : yo& P eut -^ fl ^ la terrible douceur qui. frayait les amoureux florentins de la Donna Angelicatav

. ■ Se 1 viso mio alla terra s'inchica

E di vedervi non si rassicura, . : .

. Io vi dico, madonna, che paura

Lo face, che di me" si fa regina.

Perché la belta vostrâ pelïegrina OuaffRiù tra noi sovefchia rhia natura t .

T&nto che quando vien, se pervéntura Vï miro, tutta mia virtù ruina (4).

(Simon visage ^^^ f^^^^^^ ne se rassure, —Je vous le dis. Madame, cest tapeur — Qui a- fait cela, la peur devenue ma reine. -~C est pourquoi votre beauté pérégrine, - Icv-bas, parmi Sous gouverne ma nature, - Tant que, quand elle Svfènt^i d'aventure - Je' la regarde, toute ma force

69 MÏTSrUt elle est, et elle est là P^*^ la beauté a droit aux premiers plans, parce cjU eue re

- — ■ — m^Ê^mmf

(i) U Débat dt la Demoistik et '*'M*ù&*faffi*^ m )nt imprimé à Paris, tris *«• '* J<>" uI * &* * lèclt h

(»)ibi<L :

(îjlbld.

(4j Cino da Putoja. .

JUILLET 189a fl59

présente le droit au rêve, Je droit pour de blonds cheveux serpentins, pour, des yeiix: clairs et noirs, pour une bouche dédaigneusement voluptueuse, pour des -..seins purs, pour la sérénité des lignes sous le linon et la draperie pourpré, pour des pieds innocents de la chaussure, pour de longs doigts d'oisive amoureuse, — le droit de meurtrir les fleuris et les hommes ; femme , Aphrodite et courtisane* . ■ ,] '

L'Imagier.

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