‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 78 sur 109 · MÉ · texte numérisé non relu

MÉ

Berthe Moriaot.

Un discret printemps souriant, avec, apparues sons de claires feuillées,. des gracilités juvéniles et féminines, que baigne. une singulière et charmante et lim- . pide atmosphère, faite dun lumineux poudroiement de délicat bleu-gris et de vert trop tendre...

La genèse de cette œuvre, à vrai dire, peut-être la sait-on trop. Malgré soi, Ton. imaginé une espiègle femmelette, vêtant, jadis, en une pieuse et passionnée mascarade, la défroque du grand maître Manet, son veston de velours et son pantalon de nankin, sans compter .son feutre .ni sa gambier, et ensuite — très ensuite — - mettant longtemps, bien longtemps, à dépouiller, pièce à pièce, comme à regret» l'aimé et glorieux déguisement.

Et, en vérité, cette exposition, n'est-ce point, tout simplement, l'histoire de ce lent, de ce pénible déshabillage, l'histoire de la veste de velours faisant péniblement place au corselet de soie ; du pantalon de nankin quitté, eh rechignant, pour les bas à jour et les jupes de surah ; du feutre mou» pour le chapeau i de bergère; et de la brosse apx.durs crins, pour fa houppette à veloutine?.i

Voyez :1a Femme en noity\x Femme à V éventail y cette si intéressante Plaine de QénevitUers, ce Par* trait de M"****± cette Vue dePmiSy cette Enfant à la perruche , toutes ces toiles et ton* ces pastels relativement anciens;.. Madame Berthe Morisot, si j'ose ainsi dire, fumait encore la pipe, alors , en buvant la bière dans le bock du Bon Bock.» Majf bientôt c'est lt Lac du Bois de Boulogne, la Mangent de pommes,

a6o MERCVRE DE FRANCE

Iheure où; le carnaval fini/ il faut quitter les mates oripeaux du bal pour reprendre ses cotillons et ses ïestS de toujours. Et vouà.que lamétamorphose est fccomplieet que c'est une femme qui s'assied maintenanÏÏevant le chevalet pour peindre cette , *gd£ assise,- si exquisément poupée qu'on songe à telle autre de'Renoir, ce Déjeuner sut ' jM^^àiTau ces Faneuses, cette Bergère couchée, cette ^««««g» W*r ceVie Petite fille à V oiseau, ces Cy#ws, toutes cef aorillennes apparitions de gamines roses, de. battes rieurs "Seis en ce clair eùvolement de cendre ; d euc"Tcendr? verte, dans cet air si 'transparent et si tendre surtout — oh ! surtout - toutes ces délicaStqùareUes, tous ces jolis «^*"*«â£î fants, à peine rehaussés; de cobalt et de vermUlon

Ét Ah ^vraiment, la pïpeetles . culottes sont loin :ï et loin aussi les belles qualités mâles, un infant apprises, Su maître d'autrefois, la précise et^ynth^qu^on des formes et des couleurs, l'horreur .^3^ sentimentaU T t bmirmette a fait son .œuvre et il a plu quelque ooudre P d P e rÏÏ.ll faut bien l'avouer, dans le bateau des KotieïSrgenteuil. Mais P^^^/^i malgré tout, intéressant, a cause même de cette mat tendue interprétation du plus masculin génie qui fut à cluse même de cette légitimé et savoureuse féminité, sUofn^eTa redouUble S féminité de ces dames des

* Femmes peintres ».. — -

Deuxième Exposition des Peintres Impressionnistes et Symbolistes.

Te suis, en vérité, fort, embarrassé pour dire de cette entreprise, excellemment artistique, tout leJJien S'en pe^se, l'ayant déjà, et . hautement proche dans la préfacette du catalogue qu'on me fit ^honneur de me demander. Aussi me résouds-je à simplement recopier à l'usage des lecteurs du Mercure les quelques lignes hier imprimées sur.ce sujet :

Le public parisien, de cette fin de siècle, qui ^rappelle nue de fort foin, il faut bien l'avouer, le public florentin du ?™mps des Sforzà, pu les Hellènes du ^ps de Pencaès, e stime P avoir suffisamment sacrifié au cuttc >de l^Jo^g**

lime avoir suinsammcui satura *« -*•-« — — : * j.:^--.

Ïris par douie mois, quatre bu six heures sur ses occupations le bourse? d'industrie, de négoce ou de sport, pour aller fa^re nuelques tours dans ces grands bazars nationaux qu'on nomme Son" Cela suffit! son appétit esthêti que , ma» ».; qu'on le concède, ■ démontre son admirable sobriété et un in

JUILLET 189a , a*.

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souci vraiment admirable de la qualité" des victuailles injmrgiteés. ■■.-.:*<■■■..■ /; * j- -

Jesais des commerçants et des banquiers d'aujourd'hui qui pour avoir acheté à ces étalages forains que patronne TEtat' quelque sucre de pomme ranci de M. Lobrïchon ou quelque poussiéreux pain d 1 épice à Tanis de M. Loustauneau, se comparent mentalement à Mécène, à Léon X où à Laurent le Ma- * gnifique. ^

Ces singulières jouissances suffisant an public de maintenant, ne le. turlupinons donc point trop— d'autant plus que ce serait sans douté très en vain — par d'amères critiques sur sa cuisine et ses pâtisseries d'élection. Bornons -nous à constater une fois de plus, et pour lés rares curieux des choses intellectuelles (si toutefois il en existe encore dans ce siècle de i

..financiers, de jockeys et de droguistes); due Fart contempo- i rain n est point dans ces énorniés déballages officiels où / beaucoup sont tentés de le chercher, dans ces grotesques foires,. moins courues des vrais artistes. que des camelots en quête d'écouler leurs pacotUlèux rossignols et des saltimbanques mendiant à coups dé grosse caisse lézardée des bravos et des sous, sans parler des bestiaux phénomènes venus là pour les médailles!..,»

Sans doute, je sais qu'on. peut objecter des noms glorieux égarés en ces. infamantes galères, Puyis de Chavannes, Ro-

din, Carrière, Whistler, Sîsley, H en ner, quelques autres

Mais, comptez-les I;.... Et puis, si vous avez quelque imagînation, songez â la formidable besogne qu'aurait le Christ

; ressuscité s il lui fallait, une seconde fois, chasser le» marchands du temple, les autres, tons les autres — i un Christ qui serait bien un peu, n'est-ce pas, le cousin de l f Hercule chez

■ Augiasï ; .

■ ^ Hélas ! les miracles sont rares, en cet âge de houille, et nous / nYvpn s guère le droit dé compter sur un nettoyage aussi fabûleux. Xe mieux, en attendant l'improbable fouet du Christ ou le balai d'Hercule, c'est d'aller chercher ailleurs nos -jouit-'

* sancés artistiques. Et, certes, ces jouissances artistiques, on peut les trouver ailleurs, qu'on le sache bien* ' -. Loin des Salons, dont les jurys prudents les bannissent, ou dont spontanément ils s'exilent eux-mêmes, loin des mercan-

: tiles préoccupations, loin des salopes usines de pastichages et* maquillages à la mécanique de leurs prétendus confrères, il est,, certes, des artistes véritables qui aiment i se réclore en leurs beaux rêves, .travaillant glorieusement à des œuvres méprisées, cherchant sans souci de la mode, de la fortune ni de factuelle popularité, à naïvement fixer, dans la -glaise ou sur leurs toiles, les plus subtils frissons de leurs Imes de poètes et préférant à toutes les médailles et à toutes les croix la aeule approbation de leur conscience. Ils sont là, dans ce, tréfonds - perpétuellement fermentant, qu'ignore le public, mille jeunes hommes ardents, convaincus et désintéressés. Ils ont bouleversé, avec des fougues belles d'enfants révolution* naires, les vieilles formules de Vécole, les pônctifs de l'Âcademie, tous les clichés surannés dont vivent les bons élèves.

»A» MKRCVRB lïE FRANCK

1U *c*ont «ftattë», le» «ri», tout A h joie de» *en*ation*, découvrant le» féerie* oubliée* .du soleil, le* autre*, tout à 1;< y iir, do VMû purc t proclamant Je» incomparable* *plendeur* du ftvc t lou* broyant *ur leur* palette» moto» de couleur que

M;jHw:urcu*crnent, le public, jusqu'à ce jonr t a« ea* improbable €tù le âénir lut fût venu de connaître ce* ob*cur* alch'iitn*te* «Je ce qui ftera peut-être le Grarid^Uîuvre de demain, en e,nt été a**u% empêché, le* atelier» de Montmartre ^tatit haut» et le lloitui décret, à leur *uj et. Aujourd'hui, il n'en' e»t phi» i»ln*»ï, Ci race 4 l'initiative de. M, Le lïarç de JJouttcville, k» couvres de* jeune* peintre* novateur*, leur?» ^tude» nicrric* «ont groupée* et 'offerte* à l'examen : de» . curieux, à enté (Je celle* de» maître* 4 ont il* »e réclament ;Cc rie*, Thommij de #out et de bonne volvmte, *wvr Àr/jf f qui *Yj<arera en cette Hxpohitiott, n'y trouvera point fjue de* 'ckeft^d'usiiVfe/ Il ^y remarquera bien de* taton «c tncn t» dYeolier, bien de* c**at* maladroit», bien "d.e* effort* avorté*, mai* it ne pourrit, je crois,. • empêcher de constater combien; pourtant, ce* e**ai» originaux et pervinneK tnj&tnç le* plu» in Prieur*, *ont phi» hitére**ant* et plu* vraiment du l'art que le».1>analc» merveille' 5 * patentée* de» Sulon». Quant an #ro* public; non* n'en donton» point. Il rira t pour témoigner de »a parfaite -incomprébennion. Mai* aitt»i, mon cher Le Jtarc, von* aurez toute* le* gloire»; celle. d'avoir aimé, découvert et encouragé le* vrai* artiste», celle d'avoir nnsumâ le* raillerie* de vo» contemporain»» et enfin celle de pouvoir compter, je l'eaperc, jtur'.la rccmwtaU»ance delà poatérité,

Tout,répéton«-kv*"t, par un charmant en dchorn de toutaradénuttme; par un rare individualisme intran.HÎgéant, par un absolu pa*flionncment d'art pur, intercalant dann cette exceptionnelle exposition, et tout citer aérait «impie loyauté, n'étaient le* rigucûrn de notre cadre : — et le» belle** tetca myatiriue» et le* aynthér tique» paysage* de Kiliger, et fea fanta»$nagoric* coruHcanten d-Àngrand, et len étude» de portraits d f Ahque tin, aujourd'hui amoureux de» belle» pâte» de Atanct, et 3e Jet d'Eau ni naïvement et ni aompttteuBement conte-de-fée d*Emilc Bernard, et les discret* myatères de Maurice Déni», et le» aveuglantes aver«e* de confetti multicolore» de Duboisf-Pilîet, de Siçnâc, de Lucien Pi«»arro ou.de Lucc, et le* mélancolique* Source» d'amertume de Jeanne Jacqucmin, et le* extrême-orientale» tératologie» de Ranaon, et le* ebavane«ques baijçneuacà de Petitjean, et lea merveïlleu»e» tapisnericH de haute lt»f*e de Séru^ier f et le* fantatBie^ distinguées de Willette et celle» un peu crapuleu.se» de de Feure f et le» âpre» mièvrerie* de Zandomenéghi , et cet admirable éventail de

WU.UT t%j ■•■.:: «6}

« H h J ^hi*^W

Gauguin; et ces lumineux givre» de Vogler* ."et ce» cruelle» réalité de Lautrce, et ce» jolie» arabesque* de Borinard, et ces particulier* quai* de Seinede Fournon^ et ce» symphonie» en bleu; cri jaune et en rote de ïlenry-fcdinond Cro»*,et ee» G au «son et ce» Albert et ce* Guilloux et ce* lÂ'grand et ce» Mbrct et ce» IViillard et ce» Roy et tout, tout, je vou» di», tout |„ #

G. -Albert AtmiHH,

iATRE LIBRE

*mmt

lia Fia du vieux temp», pièce en trois actes, en prà9c 9 'dv'IA,'l*AVL''AnTîmM,'

Thermette Muselle et. Marc Kauehureur n'aiment ;

cinq ansquil tr^nble encore devant son p«;re comme un moutard ; il renvoie l'amoureux au vieux Muselle, qui décidera, Marc, luron solide, travailleur, po**e*~ »eur d'un bien équivalent, â celui dont Thermette héritera un jour, est un paysan nouvelle* couche», qui exploité se», terre» selon le» progré* acquis et y applique le» plu» récente» méthode»* C'eut pourquoi le vieux routinier de Muselle lui refuse Thermette* Il décrète qu'elle épouaera Balthazar Quinçon, un pur f celui-là, qui ne mange pas de pain blanc, reste fidèle aux. ancien» .ù» et ne changera rien plu» tard au jW*seltion. Mai» dan» le temp» que Balthazar. fait une vaine cour A Thermette, le» bétes de la propriété *ont atteinte* de maladie» ou meurent.Le» paysan» croient A un mauvais »ort. Alor» Marc, qui n'a point perdu tout espoir, reparaît, affirmant que le* sorcier» et le* sort» «ont de» bille veruée» ; »i le* béte» dépé- v rissent, ç\'»t qu'un gredin »*y. emploie, et il »e charge de le découvrir. lié vieux Muselle accepte qu'il *e porté pour la nuit dan» la grange, avec Toine et un autre compagnon. Et en effet arrive le mendiant Tiolon (soùdové par auelqu un de la famille) avec »e» hèrbé» maléfique*. Toine reçoit un coup de couteau du gueux qui s'échappe. Tout lé. MuselUon e*t *ur

Sied . ïoine va mourir, il supplie *on père de donner 'hermettê â Marc* I-e vieux Vobsttne, s'emporte, refuse — et Toine meurt* Dé»e»poir de Muselle, qui, par crainte de» visites nocturne» du fantôme de ton

;, MERCVRE DE FRANXE

fil* ce résigne enfin au mariage de Thcrmette avec

voudra le voir, r a imera,et *e reconciî^ra par lur avec

le jeune ménage : le vieux temps est ™rt. w

histoire touchante pas -vrai r I* mendiant, les sorts les herbes de la Saint-Jean, la maladie aes hîtes' l'avarice rurale, -les amours contrariées, la .th se' 4r le progrès, le ooupde couteau le po .upon conciliateur (etc., etc., etc.), çesont J/^f^™^ que le public accueille avec la. joie tej*™^er£e vieilles connaissances. Une ^«"^^SfïSt pas enfin, si la vertu est récompensée le crime- nest^ pas suffisamment puni. Pour une fois -- ^que M.^ran cisciue Sarcey m'en absolve — j indiquerai la scène 4 Sau lieu de se suicider après avoir occis Toine

coup par ma combinaison ■: 1- o»ini»TO^^ ment le crime : 2» on ajouterait deux éléments d émo-

Swontrutïc mondL ^^Sm^^en et le tréndarme ; 3 on corserait le troisième act«v «*

Ter sut un gros succès à l'Ambigu, et le répertoire carKt sa pièce au même titre o^ Brumle FiUur ou Marie-Jeanne la femme du peuple.

11 v a tout de même longtemps que lame de Madame Sand ne fut a pareille fête : on se serait cru aux bSiuï jSurs â^ Petite Fadette et des François le . Ckanfiï ~ H cette différence près que les paysans de 8corKe Sand étaient des poètes, tandis que ceux de M. ?nthelm ont de l'esprit comme un journaliste .etparlent comme des maîtres, d école. . L aem ^ sa i

M Antoine a haussé le vieux Muselle jusqu au. M - A ère >, et je ne sais trop si un autre eût été ^couté l'extraordinaire, troisième acte M^ Janvier .li. a..:.^«v. /.et tnniriurs tout à fait men.

caractère durant

durant 1 extraorainairc. uy™»»«r. -~-; ■• - — . & . - (Balthazar Qui.nçon) est toujours tout à fait -bg£ Interprétation parfaite d'ailleur* avec MM U^ Colas, Barny, Mêréane, Garmery ; MM. Damoye, Artiuillière Pons-Arlés, Gémicr et Verse. .

XS'S «n scène du Théâtre Libre «£ devenu un cliché. Je noterai cependant pour son étonnante précision celle du deuxième acte :1a grange .

Alfred Vau-ette.

JUILLET 189a »6j

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