‹ Mercure de France, tome 5Chapitre 89 sur 109 · LE GOLGOTHA · texte numérisé non relu

LE GOLGOTHA

Un tapis'" de neige à perte de vue. Le gris brouillard au-dessus de lui comme un fardeau dé haine sourde.

Est-ce le jour? Est-ce le soir ? Je né vois nul -, astre. , ■" ;

Le soleil vit-il "encore ?

A travers la plaine glacée . se traîne mon pas fatigué* Ge m'est comme si le brouillard empoisonné suçait de tous nies pores la vie, mVntxaînant dans un lent mourir.

Ses doigts sonit humides, flasques, froids.

O doigts rosés; ensoleillés, des matins de printemps, qui ranimez à la vie, où êtes-vous ?

Et une brise balanc3nte.de souvenirs traverse mon cœur,: : — une dansé gracieuse pleine de . froissements de soie,' ■ ." .

Soudain une voix derrière moi, stridente ainsi que la glace, qui éclate:' . —Ecoute î.

Comme rivé au sol, je m'arrête, effrayé.

— Pourquoi f effraies-tu? Je ne suis pas laMortl . Je ne suis pas la Mort, ;.. hélas !

Un nuage étremt mes sens; Vers dé froids sépulcres s'enfuit .mon âme. Puis elle émerge dans une intense . clarté, et, aux côtés d^un vieillard, je chemine dans un pays torride.

Des rochers bla.nc cru et le jaune desséché de ■. la maturité mourante à droite et à gauche.

— Lève la tête ! regardé ! c'est le Golgotha I . Le Christ I

Sous r incendie du soleil ardent , en croix t Ia. tète penchée, je vois dans sa blonde chevelure la couronne d'épines, Tau réple de la souffrance. Son corps est décharné et ruisselant de sang.

O Christ!

■ — Viens I . ■'.'/•..'

— Laisse^moi prier devant lé saint bois du martyre ! Laissez-moi apprendre à prier ici !

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«— Viens, voir miels hommes y prient Il m entraîna. Et à nouveau mon âmeVenvole ' ■£%£*&■ loU f agan déchaîné, le cUqoetis des ÎSif'ii nœi l d p! ? les ^missements des mou- Sge^ — dans nn ^«niière indécise elle

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T^^n- 3 *!*« re S ard * ! c^est le Golgotha ! f„ï? r P -n l Htoe ^ I« ! Dans hU coril fuse de la ville , au centre de la grande place au .

SanJZT • *i ■■"** M na g ar de de lui ! La musique des régiments, le roulement des voitures

Ss ! q ïï a r g >f S ' f ^p^tieUè, des rires et des £nt iiVhS ^Çhnsfl Sauveur «ngifino- JentXe Christ I II lève la tête , ouvre les lèvres •

feiss e ; sq ^ Nul Aa gard ^ e deIui - Sa tê ^?i :

.— Viens. l\ .V". •

■■ Et le .silence se fait'.- J'entends dés : chants d'oi-

ïf-i L \\ r ; est tiède- Le grincement des faudUes dans les blés. Paix I Paix ! es

Ai £•* eha ^P. ^terminahle ,;mer lourde de bénédictions djépis dorés bercés par le vent Millèlaboureurs fauchent en mesure. '

—.Lève la tête ! regarde ! c'est le Golgotha ! .

CiSSîïH? dè la ^^^^ de gerbes d'or : la r™ 1 * 1 U^hommesombrey un fouet à la màin,sV

-SES*** rQgatd SUrVèilIe leS d ° S Pl^és di.

aChrl^ 8 ^ 1Ui Ie cc> #: tbrturé de rAmouf ■ . .

^nd?,i e H S # # fi * e de douleur, brun foncé, fM ^vert,yide. d'espoirv Etses lèvres s'ouvrent

roïe?? a g hai n ^! ^Whe et une seule pa-

. \r jY^ux-tu encore prier?

véauJeïS^n 3 ^ eige Crie sou s mè s paSvetà ^ veau ie brouillard suce ma vie. . .

— Veux-tù encore prier ? Tu as vu bien dès prosternés!

— Q.ui es-tu, vieillard ?

Et, s'éloignant lentement, ces mots assourdis parle brouillard m'atteignent, portes par la bise :

— « A mon seuil, il s^affaïssa sous la Croix; Je ne l'ai pas relevé. Qyû relève dés criminels? Je rendis grâce de ce que mon âme n'eût pas l'impudence de la sienne. Alors en son cœur la Vérité s'éleva : là haine de l'homme pour l'homme. C'est ainsi qu'il mourut.. Mais dans son amêre compréhension îl m'a maudit, me condamnant à être son héritier, à reconnaître le Golgotha partout et à entendre sans fin les coups de marteau sur la Croix! Sa mort est irrévocable, son amour est mort ! En vivant, j'apprends à haïr!»

.Le Golgotha partout, et sans fin les coups de marteau sur la Croix:...

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