LES LIVRES W
I/Art Impressionniste, d'après la collection privée de M % Burand-RueT, par Georges Lecomte. Trente-six eaux-fortes pointes-sèches et illustrations dans le texte de À»-M. Laxtzet (Typ. Chamerot et Rfenouard). — V. page 345.
Le Chevalier du Passé, tragédie moderne en. 3 actes, 2 m * partie de la Légende d'Antoma, par Edouard Dcjardin (Vanier), — V. page 349.
La Fin des Bourgeois, par Camiixe Lemosnier (Dentu) -«En ce temps assez peu génial, avoir du «tempérament » est le don suprême : passer pour en avoir est identique,, et prouver en avoir, aux yeux de la majorité de la critique et des snobs, s'obtient en écrivant des choses toujours à peu près les mêmes,; sur le même plan et dans la même langue. Simple affaire de procédé, à la portée du dernier /cancre de lettres. Comme tel industriel s'approprie la trouvaille de l'inventeur en la modifiant un rien, £1 suffit à l'écrivain de s'assimiler la manière; de quelqu'un en l'adultérant vaguement Or, si le constant souci de faire œuvre d'artiste, trop apparent pour qu'on le lui dénie, défend M. Lemonnier du reproche bvètre fécond — car on le lui reprocherait volontiers — on se rat- ' trape sur sa «diversité », laquelle dénoncerait à là fois une faiblesse de « tempérament » et un penchant, à l'imitation. Raisonnement de sophiste. L'accusation s'applique merveilleusement à nombre de contemporains, qui ne sont divers que parce que, manquant en effet de tempérament, ils subissent toutes les influencés. C'est tout Juste le contraire qu'affirme la variété dans l'œuvre de M. Lemonnier : la pro-
{1) Auxjprochaines livraisons: Baisers oVEnnemis (Hucues Rebell); La Dragée h4uté (Féline deComberousse); Les WbraUons (Amédée Amoric) ; Dicis et Symboles (Gaston Le Poil) - Vers, ?E toile (Emile ^ Vitta) ; VAàoïesctni confidentiel (Michel Céline): Llnvtstble (J. de TaUenay) ; Une Transformation de l Orchestre (Charles Henry); La Jeunesse de demain (F; Vanden Bosch) ; Les Bons funestes (Charles Saunier) ; Printemès sombre (Charles ï Cudell): La Passante .(Adrien Remacle); Trypuquc des Chate lames (Tristan Klingsor); Contes chrétiens- Le Baptême de Jésus, ou les quatre degrés du scepticisme (T* de Wyzewa) ; Kimcs de Mat (Henri Corbel) ; La Bataille de Ttre-tcs-Grègues (Maxime Oget) ; Deux Gloires (F. de Tul- «' ; - «* Grands Enterrements (Bazôuge) ; La Fin des Dieux HennMazel); et les livres annoncés déjà.
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3?6 MERGVRE DE FRANCE
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//oritt. qu'il faudra bien qu'on joue quelque jour Cette œuvre posthume, Dans la tournant, mettra-t- elle fin à leur erreur têtue :* Je l'espère et n' ose le croire. La Fournaise c est Pans ridicule et tragique où grimacent, se ruent et pan* tclent les betes pitoyables, les hommes hagards et féroces; les dieux qui meurent. .
Il ne sied pas d'apprécier sommairement une suite depoèmes qui résume toute une vie d art sincère et désintéressé niais, avec la douleur ravivée qu'une telle bouche se soit tue' je transcrirai. ici une page de ce suprême livre : ' '
Soleil couchant .
Dans le ciel qui se fait un j.nt d'associer
La douce ras* avec des crudités (Tac ter;
Dans le ciel éclatant de sang y d'or et de soufre
Se tord de désespoir tout un peuple qui souffre ;
Ce sont les Dieux, les rois , les guerriers, les vainqueurs '■
i^enx qui donnent pour nous tout le sang de leurs cœurs.
Des animaux^ chevaux, grands lions, aigles roux
Brillent dans un éclair d* orage et de courroux:
Et devant tous les rois appmrait, la première,
Une figure blanche et faite de lumière 7
Dont le visage clair et pénét ré de jour
Epand une clarté de douceur et d* amour*
Et les Dieux dans le ciel brûlant qui s'irradie
Se tordent, frémissants , mordus par ^incendie
Sentant s ouvrir pour eux le gouffre incandescent, >
lis exhalent enfin leur plainte, et s" adressant
A. f homme qui n'a plus d'espoir ni de bravoure,
Cependant que la jhmme atroce les entoure
Et dévore leurs fronts vermeils et leurs cheveux,
Ils disent : Nous mourons parce que tu te veux*
Montmartre, par C. Chaigneau. (Comptoir d'Edition). — : 1- histoire simple de. M, Chaigneau . fera la joie des bonnes femmes spintes; on y parle de couples androgyniques, de iorce radiante;, la maman d'un jeune homme qui semblé à première vue raisonnable revient de l'autre monde pour dicter un message cryptographique et le. Faire insérer à la A . page d un journal ; enfin il y a des apparitions , du bruit sous les^meubles, de la téjépsychie , des déclamations sur 1 ame et 1 avenir de 1 humanité. — Victor Charme est venu à Fans pour^tudîcr la médecine; un jour, il escalade la butte parla rue Foyatier et s'extasie ; après plusieurs pèlerinages : il s appuie contre la rampe, retire son chapeau, et d'une voix claire appelle l'amour et la sœur idéale (il est ïo heures du matin, le moment est précis); et voilà que du bout de là: rue Sainte Jacques la sœur idéale se meta courir; elle grimpe les" escaliers, se précipite, la petite folle, tant le magnétisme a de puissance ; — comme elle, est honnête è cependant, l'honnête
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jeune homme Vépouse, et tout porte . à croire qu'ils feront beaucoup d-enfahts. . . . '
M. Chaigneau , pardonnez-moi de me moquer ; le grand tort de votre histoire, voyer-yôusj. c'est sans doute d'être moderne ; les occultistes ont beau nous récréer avec des tourbillons de radia ace s et le monde des harmonies éternelles, nous n'oublions point qu^iîs prêchent en redingote et en tube de . soie : nous les trouvons ridicules un peu à la manière des pasteurs protestants* <le qui fait le prestige des petites princesses de la légende, c'est justement l'incertitude de leur vie; nous les évoquons, au lointain dés- siècles , parmi des décors irréels et charmants ; elles sont dés figures de réve^ les vagues „ et délicieuses apparitions d'un „ clair de lune mystique. Devant elles, une je une institutrice, même peintre de fleurs et songeant dé grand art(It, même fille d'un capitaine de cuirassiers tué a Retsthoffen^ est un être bien matériel, d'une idéalisation bien relative. Si ', vous ; ne le saviez comme moi , je vous dirais encore que lé. prince Charmant n'allait point à la -clinique, de Lariboisière, qu'il n'écrivait point de thèse sur les * Kétinites sympto ma tiques » ; malgré votre' évident désir de nous, intéresser au. symbole de ce couple-citoyen J'ai peur. que vous n'ayez manifesté trop de lyrique .enthousiasme dans la phraséologie .. nébuleuse de l'hermétisme* — Vous 'avez vu ■trouble, M b . Chaigneau; je ne vous rappelle pas à ï*éyijehce . pour vous êtes desagréable, mais examinez donc maintenant r votre lanterné ; je suis sûr que vous' allez y reconnaître la traditionnelle vessie//
. G; Mki.
L,' Athènes de la Sprée, par: Luc Ghrsai. (Savine). — Il
s'agit d^une physiologie de Berlin. Sujet délicat entre tous par . ces temps ,àe chauvinisme. Vauteur, d^ûn caractère aimablement bonhomme, semble-t-il, : s'est tiré à merveille de ce : mauvais pas. Il a vécu longtemps dans les lieux qu 11 décrit, a pénétré profondément ce monde toujours factice d'une capitale encore neuve, et il parle après mures réflexions .Une pointe d'esprit gaulois (du bon), ( de la diplomatie et une .grande science du détail lui permettent de. nous montrer le 1 Berlinois justement triomphant sans que nous puissions nous fâcher, et de nous le faire apercevoir ensuite sous ses mauvais jours sans qu'il s'en fiche (espérons-le) -Théodore Randal- ' (dont le Mercure a çublié dernièrement un remarquable article), a fourni aux études de Luc Gersal dés jtotes complémentaires sur le socialisme .en Allemagne très curieuse». En ..somme, les. Croquis berlinois forment une série de tableaux d'intérieur consciencieusement peints, et tous ceux que le DérouÙdisme, n'aveugle. pas pourront faire leur profit, de cette ceuvre écrite en. bon. français. « sous tous les rapports*
Contes à la Reine, par Robert db Bonkièubs (Ollendorrï)/ — M. de BonnièTes, qui aime les sous-titres autant que. les sous-entendus, pourrait écrire un conte appelé : « Le Bfflêmgraphe, ou Qutl est utile quelquefois, de lire un livre jusqu'au
bout devant que d'en juger, ou encore QjU* il ne faut point se , fier avec trop de bonhomie a la devise de l'enseigne vil a ins- . crît au seuil de son livre deux vers de mauvais augure :■
Héros légers dont les flûtes légères
Ne doivent rien aux Muses étrangères.
Quelle âme hardie ne doit pas être l'âme du' lecteur qu, passe outre néanmoins, au risque d'affronter tout à l'heure un monstre ancien et .peut-être immortel, l'esprit français: Mais quelle- surprise aussi de ne pas rencontrer la vilaine bête, en. gardant tout le long de la route la délicieuse terreur quelle ne vienne à apparaître et à faire fuir aussitôt tout .charme et toute" poésie: il suffit qu'on la devine prête à. l'agression pour .^ensér à elle et se réjouir ainsi quelle soit absente, ou du ' moins honteuse d'elle-même et comme terrée. N'ayez crainte '.:' . vous n'entendrez point ici le rire matois de M a rot et de Désaugiers, que d'aucuns préfèrent à la hautaine tristesse dé Vigny, le patriotisme intellectuel consistant, comme Tau tre; à . ériger en mérite supérieur les plus médiocres " qualités et les . plus haïssables défaillances de la. race. Vpu& éprouverez au contraire, en fréquentant ce recueil de poèmes, un plaisir de nouveau et d ? inédit et même d'exotisme ', mais d exotisme chronologique ; la langue que parle M. de Bonnières nous est devenue presque aussi étrangère que 1 -islandais ou le tamoul: . qu'on imagine un contemporain de Xa Bruyère qui n'eût pas trop oublie le parler de Ronsard et qui, sans archaïsme brutal, choisirait seulement dans îe vocabulaire du passé les mots qui nous sont encore usuels, et dans la syntaxe, lés tournures . les plus aisées, les plus logiques et les plus significatives ^ et. nous raconterait des histoires vieilles et nouvelles,, les belles légendes qui, depuis l'origine des âges, enchantent les enfants et les hommes, et que chaque génération' adapte à sa mode. J'admets que ce soit Perrault qui conte Mulot et Mulot te ou Le follet : c'est la même sobriété d'images et de couleur. Mais déjà, la sonorité des vers avertirait que le poète est d'une autre époque. De jadis il a retenu l'élégance, la finesse, et là pureté de diction; cela et rien de plus. Encore qu'avec ratson il se refuse à l'émotion banale et au désespoir facile, il. . n'affecte point cette méprisable désinvolture gauloise . qui raille toute délicatesse de cœur, et admire, la vie avec stupidité. Quand Sauge-Fleurie, la petite fée, se donne au prince, sachant qu'elle mourra pour avoir aimé un homme, toute à lahâte de goûter la .joie unique et meurtrière, elle refuse la . couronne , .les bijoux et les merveilleux habits; en un simple et touchant discours ;
Est-il pour moi besoin de tant d^apprêt? .
N'aimef-vous point la. belle solitude. „ .
Lazare ressuscité, désormais
Certain dtt néant qni. rassure, .
toit, mange, fornique et se plonge dans là crapule ; cependant passe saint Pierre, qu'on mène pendre, tranquille et ravi, malgré le supplice prochain et les injures de la foule, et
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' celui qui sait li tombe; vide, songe qu'autre fut le plu*
aime : .^ ^ imf)0rte qtte U Mort le leurre ■
Puisait il ne le saura jantats, Et que x mort dans la joie immense '•'. QjS on ne ; trouve qu'entre tes bras ;„• Jamais tu ne réveilleras, »... '
<0 Dieu d'amour .et de clémence ! v
HTveiuis fut dure 4 celle, qui soimneùle là.: • . Aussi plus que k rude glatoe y .
Les lourds paniers, lessocs.tranchants, Ces menus- objets sont touchants ' . .
Sur ce monument çpCon élève, Et plus que Vhumide filet, . ta rame votive ott la Parque. '■'....
. Ce- collier qu'a. noué U Parque^,
O vaine, Ô faible ■&#, me .plaît;.
Car et Collier. quel 'on :'t 'envie, Ce Miroir, ce Peigne ont été, • Plus qu'eux et comme ta. Beauté, :' Instruments d'une dure vte ! ■
t -i T>nliciër par Oscàk Météioer (Chârpeàtïer). — les
En s aidant de Aa«anaewr «y u ,*L i __iî^ n<M1 »t romanesques saut à quelques doux pnncipes ^^f^^^™* ft^que
-,6o MERC: VRE DE FRANCE
se trouve heureusement rafraîchie par la noceuse du Moulin Rouge, et quant au père. boMc, il n^apparaît que pour- servir.. de prétexte à Vapologie de l'assassinat. Je ne sais pas si . c'est prémédité chez Méténicr, en tous les cas cette totale absence de moralité du fond est bien faite pour nous ravir si la trop grande crànerie de la forme nous déconcerte parfois.
À retenir du Policier un abattage monstre delà préfecture, et la manière délicieuse dont Fauteur dit: ce « brave garçon » en parlant d'un souteneur de Montmartre,
I*a Chanson de la Bretagne,, par Asatoi-ê Le Bràz.
/Rennes, Caillicre). — M. A. Lelîraz est un poète breton, et il a voulu., .dans son li^re, nous donner la sensation de son pays, àpre et doux, farouche et mélancolique à la fois* Souvent lia réussi : dans la Chanson de la Bretagne il -y .a maints beaux vers descriptifs, qui nous évoquent .de graves, et aussi de gracieux paysages où passent des hommes énergiques et vigoureux cri même temps que naïfs, et tendres". Mais les meilleurs poèmes de M. Le Bra2 sont, nous semble-t-il, ceux qu'il a écrits sur des thèmes populaires : on sait combien la Bretagne est riche en légendes; et de ces légendes est venue une inépuisable littérature de contes et de chansons. De quel- . ques-unes de ces. chansons, ML Le Braz a fait des poèmes pleins d'un charme un peu mystérieux, et aux thèmes dont. il s'est seryi il a su donner une forme délicate, tout en leur gardant leur fraîcheur et leur simplicité. La légende de la Xepreitse,. celles de Jeanne Larvor, de Jeanne Le^rceur^ àejea?i TArchanicc^ plusieurs S6nes t sont, la plus agréable partie de ce livre dont nous aimerions à voir disparaître quelques taches; où, par exemple, l'auteur no îs répète trop souvent, qu'il est Celte, où il y a ça et là des m é ta plior es. excessives et des images. peu exactes, et où certaines strophes, d'une langue lâche, ressemblent trop à des strophes • improvisées. Nous "ne doutons pas que M. Le Braz ne puisse se corriger de telles fautes. ■*. *
Portraits d'Ecrivains , par Reké Doûmtc (Paul Delaplane), — Les écrivains étudiés sont : Alexandre Dumas fils. Emile Augicr, Victorien Sàrdou, Octave Feuillet, Edmond et Jules . de Concourt, Emile Zola, Alphonse Daudet, J.-J. AVeiss. L'auteur, très consciencieux, doué de Fobjectivité qui fait le vrai critique, analyse avec impartialité et' perspicacité le. caractère de„s écrivains et juge libéralement la valeur de leurs oeuvres. : Cela suffit à le faire estimer. L'estime devient de. l'admiration . lorsque je songe Qu'il a eu le courage de lire tout Dumas fils, tout Augier T tout Sardou... — de. l'admiration, et de l'épouvante à Tidée qu'une tâche semblable, ru le .malheur des temps, aurait pu m'incomber. j'aime encore mieux lire M* Doumic, bien que nous n'ayons peut-être pas une commune idée esthétique* te chapitre V excepté, je ne ferais pourtant que peu d'objections a son très subtil dépeçage des Concourt.