‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 108 sur 125 · Chapitre des femmes · texte numérisé non relu

Chapitre des femmes

— Nous taisons, en somme, un roman psychologique.

— Il n'y a pas de roman sans femme, de même qu'il n'y a pas de vie sans femme: :

Kakégo. — Tu crois à la femme, toi, l'idéaliste, à 1 la femme, latrine.de toute impureté et de toute laideur; tu ne les, as donc jamais regardées?

Hans/— jamais avec mes yeux, mais souvent avec mes rêves.

Kakégo. — Je vais te les montrer, ça te dégoûtera peut-être, et, d'autre part, puisqu'il faut absolument une femme dans un roman, je vais, d'un coup, en faire entrer un millier dans le nôtre.

Il se met à la fenêtre et se met à jongler avec des louis d*or en chantant d'un air distrait :

Holàl Là -bas 1 Les belles cpiî passez

A pas presses, ' r ■

Qui troussez tout en traversant les ponts* .

Vos clairs jupons, Vos tendres yeux sont-ils pas éblouis

Par ces louis .

Qui dansent, gais, dorés, entre mes doigts .

Et qu'on vous doit?

La fortune est en haut de l'escalier,

Sur le palier.

Montez 1 Montez ! Toutes t Frappez ! Sonnez î

Carillonnez!

Montez causer de finance avec nous

Sur nos genoux »

Occasion rare, sans grands ébats, . D'emplir vos bas !;.,

Cette romance lointainèment sentimentale agit avec la précision d*une formule de goétie* £>es coups de sonnette retentirent, la porte s'ouvrit, une femme

parut, puis une autre, puis dix autres, puis bientôt mille. :

Examen individuel de chacune. Kakégo jnet en saillie les défauts physiques ou intellectuels, mais surtout physiques. .

A la fin, Hans déclare qu'il n'a pourtant rien vu, et , que la. plus lâxde et la plus répugnante deviendra pour lui une Juliette ou une Desdemona, s'il daigne la- baigner des encens de son amour. :

; Ces notes semblent avoir quelque rapport avec Ailleurs* il est assez probable qu'Ailleurs n'est qu'un rejeton du Pandaemonium,uneiàè$ seconde qu'il aura plu à l'auteur de traiter avant l'idée mère; mais, du moins, il sera prouvé que ce Pandaemonium préoccupait sérieusement Aurier et que c'était autre chose qu'un titre destiné à effarer les curiosités. . '

Que cette brève et maladroite et incomplète étude suffise pour le moment. Ecrite avec des souvenirs plutôt qu'avec des documents, elle ne saurait être qu'un travail de bonne volonté : quand l'œuvre d' Aurier sera totalement imprimée, alors seulement une définitive appréciation pourra être donnée.

Mais j'affirme que nous avons perdu un homme de talent et d'un talent peu ordinaire, un esprit supérieur, un de ces êtres qui sont les Princes du rêve et qui devraient être les Princes de la -Vie. « O Mors surda prius\*„ » dit Prudence. Sourdëi elle l'est redevenue, à tout jamais.

le j* Novembre?

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