LA RÉDEMPTRICE
Pauvre Ame sanglotante et que l'effroi tourmente; Pauvre qui pleures sur tes rêves abolis,' Fuyons ensemble loin de la nuit inclémente " Et funèbre où les astres sont ensevelis.
Quitte ce carrefour puant où la misère
Se dissimule sous la pourpre des haillons;
Où la joie aussi bien que les pleurs est amère ;
Et ne crains pas les poings tendus des histrions. .
Assez longtemps tu fus leur ironique cible ! . Assez longtemps tu te vautras sur leurs tréteaux I Assez longtemps tu bla^sphémas^ jouet flexible, Sous le fouet et le rire. des soudards brutaux !
Viens, un vent d'épouvante a venté sur les torches Et la nuit interlope exsude des poisons !
Viens, c'est l'heure de fuir ! Je t'ouvrirai les porches Et tes yeux reverront les calmes horizons.
Viens avec moi sans peur : je suis la douce brise Qui ranime les Ames mornes à inourir ;.
Sur les fronts prosternés dans la poussière grise C'est moi qui verse Tèau lustrale du Désir.
Viens, et je secouerai la fange de ta robe.
Et tu pourras marcher dans les soirs triomphaux !
Je suis cplle à qui nul triste ne se dérobe
Et je fais refleurir les rêves virginaux.
Je pardonne à FOrgueîl et j'absous l'Imposture • Je guéris toute lèpre avec mes baisers. Vois : Les grands lis rédempteurs fleurissent ma ceinture, La palme d'olivier verdoie entre ,més doigts. .
Viens et ne pleure plus, car yoîcï la Vigile,. . Pour te défendre contre le Mal souverain Les plis de mon manteau te seront un asile Plus sur que les bastions de granit et d'airain.
Viens, je te bercerai comme la vague berce La mouette languide sur son flanc cabré :
Tu nargueras la mort et la fortune adverse Et tu sauras la joie après avoir pleuré .
Viens et chante à jamais, car grâce à mes mains frêles
Qui te guideront vers Tunique Vérité,
Tu nïraspas cueillir les blêmes asphodèles
Aux Prés maudits d'une illusoire éternité*
Jean Court-
IO