‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 31 sur 125 · LES SÉQUENCES DE SAINTE HILDEGARDÉ · texte numérisé non relu

LES SÉQUENCES DE SAINTE HILDEGARDÉ

Ina ugurée vers le dbdème siècle, portée presque du premier coup à sa perfection, la sécjuence irrégulïêre est une forme de poésie latine absolument particulière au moyen âge. C'est un psaume de dix à trente versets, le . plus souvent, auquel des allitérations, des recherches de mots, des rimes et des assonances finales ouintérieuresdonnent seules un air de poème. Mode si exceptionnel et simple qu'il n'a pas été compris, art si spontanément nouveau qu'il a été méprisé ; les érudits catholiques qui daignèrent s'y distraire ânonnèrent dans cette étable sacrée tels que des ânes sans provende, sans foin, sans paille, privés, enfin, du bât bïen-aimé d'une prosodie connue. Un membre de ce bétail qui a suivi trop à la lettre les conseils que lui donnait, il y a sept siècles, le pape Grégoire et surtout le moine Pierre le Véné-' rable : « Prends la voie de la pauvreté et non pas tant de la corporelle que de la spirituelle », avoue que les séquences notkerïenaes lui ont paru généralement banales, — aveu bien inutile,, car tout est banal, hormis le médiocre, on le sait devance, pour un esprit médiocre. ,

Misérables donc pour eux — dont c'est la pénitence de les chanter - — et le Vidimae pasçhalï . lattâes, et YInviolaia 7 et YAÎma redempioris^ et toutes ces vieilles exorations et encore le Salve regina y qui peut être donné comme un type de très pure séquence ïrfégulière :

Salve, Regin a, Mater misericordiae , ■'•■■''

Vita, dulcedo étapes nostra, salve :

Ad té clamamus exules filiî Evae, • \

Et Jesum benedictum fructum wn+^ïo +,«„ *- ■ post hoc exilium ostendé, ■ tum yent ^ s *"» nobis

O clemens, ô pia, ô, dùlcïs . VIrgo Maria.

Ce petit poème est attribué à Hermannc r^„

• ^ C Î US Â ^ nt lui Notke ^ GodiblS* après M sainte Hildegarde, voilà les plus notables Sen

baires de la primitive ^école, selon la ml&

Isêd^ï " 1 p - r les moines de ^ *'

Femme de supérieure essence, prophétesse il-

k;?a P J f P l î' des mar graves et des empereurs

S^SSuZLïS deS * Sprits «Brt^gSfi du xn° siècle allemand- — et comme elle reste bien

de son sexe, franchement, comme son latin es °

■£tt dïfôEfor mme ' à '^ m - les oboles elle crie du fond de son cœur et de tous ses. onràheV la vierge, contemplatrice : « O ouammaSmlli

Z££Ï U ir S la i U t ViriH M ^ abbSu Monastère de Rupertsberg et mourut en i 170.

De Sancta Maria

AdlmS? ^ i° alia Vici ssitudilie " Adam omne genus humanum produceret. q

o flos, tu non germînasti de rore n^^ ^,4+-

^nS^derafet^^ 06115 * P 1 *»* *• «*■"

qu? DtS^Sè^ ? T^^^ latos viri, de gj> yens formata mulie ns produrit, qùaia fecit

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*4 MERÇVRE DE FRANCE

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spéculum ôrams omamenti sui et amplexionem omnîs creaturae suae. \ : - •

Unde, o Salvatrhc, quae novuiri lumen humano ge- , neri protuiistî, collige membra filiï tuî ad coèlestem harraomam. . '■ -

(O tige, diadème du roi de pourpre, ton jardin est pareil à une forteresse;

Tes frondaisons ont fleuri en une haute prévoyance, alors qu*Adam devait produire tout le genre humain.

Salut, salut, de ton ventre une autre vie est issue, autre que celle dont Adam avait dépouille ses fils.

^ O fleur, tu n'as pas germé de la rosée, ni des gouttesdela pluie, et l'air n'a pas plané. autour de . toi, tu es née sur une très noble tige, par l'œuvré de la divine Clarté.

O tige, ta floraison, Dieu l'avait prévue dès le premier jour de sa création et son verbe te -fit / surgir toute en or, ô très louable vierge.

Oh ! qu'il est grand dans ses forces le flâne de l'homme, d"où Dieu tira la forme femme, miroir de ses divines parûtes, résumé dé toute sa créa^ tion„. '

Donc, ô Salvatrice, qui as porté la nouvelle lumière du genre humain, rassemble les membres de ton fils dans la céleste harmonie.)

« Dieu mit au centre du monde une âme qu'il propagea eh toutes ses parties», avait écrit Platon dans le Timée. Un philosophe scolastique. du xn* siècle (celui qui divisait physiquement le cerveau en trois lobes communiquant ensemble par un caroncule semblable-au bout de sein d'une femme, .

et très ample et très beau : « Le Saint-Esprit est Tâme du monde. » Opinion dont l'origine n'aurait pas été condamnée par tel père de rJEglisé,Baint Àmbroise, qui insinuait : «: Les païens onat parlé du Saint-Esprit en de certains termes voilés, par umbràih quamdam »* C'est^emble-t-il, le même Ambroise

esse vemae ubi sàirîtun, ™~.~* < , exorat 'o

gn plenitudo est ». Il y eu t durant iZïïtlJ âge, un profond culte 5e nCSftïÏÏ. T*** moderne n'est bas loin L T£ -Y. q e ■ Teh &on

ses «>n+ /i^T,? • i '' fréquemment invoqué en ses sept dons v le septiforme Esprit di^nt ul séquences, et en le premier de ion? rTn+ï ?• S

adorable chapelet de mystiques aUtonT Un

O Ignïs Spïrîtus paraclite vîta vî+« turae, sànct^s es viv^ao' fcSj^. ° mms crea "

.^PSS^SS^^ ^^-anetus es O spiraculum sanctitatis !...

toS^éato???' con !°l ate «. ™,de la vie de le > fOiSS ^ ture '. t ' 1 / ss a."M parce que tu vivifies

SS?ir ? ^"P"*.' 1 de sainteté !...• ô forte- «* qw sont enchaînes, sauve ceux que veut

*6 MERCVKE DE FRANCE

sauver la Force divine !.„ — Par toi les nuages vont, l'éther plane, les pierres transpirent, les eaux se font ruisseaux, la terre exhale de verdoyantes suers. : — Et c'est toi aussi qui guides les. doctes lé tifiés par l'inspiration de ta Sagesse. ï — Donc, louange à toi, toi le vocable de. louanges, toi, la joie de la vie, l'espérance, la force et rhonneur, toi le dispensateur de la lumière i )

Paroles qui suggèrent le souvenir de la sé^ quence de Robert de France ;: .

Sa'ncti Spiritus adsit nobîs gratia:

Quae corda nostra sibi fâciat habitacula, Expulsis ïnde.cunctis vitiis spiritalibus.

Spiritus aime, illustrator omnium, Horridas nostrae ipentis purga tenebras. .

Amâtor sancte sensatorum semper cogitatum, Infundeunctionem tuam clemens nostris sensîbus, Tu purifîcator omnium ïïagitioruha, Spiritus, ^ Purfeca uostri oculum interioris hominis,..

( Nous assiste la grâce du Saint-Esprit : qu'elle fasse nos cœurs son habitacle, après en avoir expulsé tous les vices : intellectuels/ Très haut Es- . prit, lumière % universelle, purge les horribles ténèbres de notre âme, et toi qui aimes éternelle 1 mentles pensées significatives, infuse, ô clément Esprit, ton onction dans nos intelligences. Toi le purificateur de toutes les souillures, Esprit, purifie l'œil intérieur de rhomme.,.}

L'Esprit a pour symbole premier la Lumière ; il est l'immatérielle clarté de l'Intelligence, qui se. meut vers les hommes et par rillùmination les \ sauve:

Salvabïliter, suâ potestate ïens*

Lux per se spieudida et datrix luùimis.. .

« Salvatrice Lumière, de soi-même émanée, Lumière en soi splendide et donatrice de lumières, dit une traduction ancienne de Thymne grecque de saint Jean Damascène sur la Pentecôte.

La bienheureuse prophétesse, peu adonnée au rythme, n'a laissé que peu de séquences; une'

SEPTEMBRE x % 9%

autre est adressée à un saint, Disîbode,évêaue en

O Morts clausae mentis tu awî^i*- «™i -* -

aperûistï in spécule columbae. PVX °^ m faciem

Tu in absconso latuisti inebriatii<5 Aà« A -.ricancellos sanctorum emic^î Deo ^.^

O culmen m clavibuscoelî...

Tu magna turrïs. ante altare snnmri Tï^î 'i* », •■ . tums culmen obumbrasti par teJSSZ&g**?

Q cime entre les clefs du ciel .

. O tour dont l'altitude se dresse devant l'autel <lu suprême Dieu, et la «me =de cette tour tn" ■

fie ÏÏÏÏÏ^S ^fiunée des aromSe ! f^' tU ,:7% c ctt % admirable sainte, on.ne peut oublier

lefeé rSil?^^ ° Û la description dS ?n ™*!î \ ^«"^ «^ P a s comme dans f. Alighieri dëta?hee dï/ *■ P ersonn ^es satires. Amet™ généraSi l ^V? 1 * ad ?«*tré la haine, sinoS foncu ùT^? rS i> bstractiôn <*u Péché/elle a

supplices ^£f-fiï Une ^ an - de Wificence de supplices magnifié encore, en son horreur Dar

: ^£Sdte5^^ ^ Ie « ri » cem ^ dh.Sc Phtmfeo 1ST ign€m V ^ **" 6t fiente .

ptrS r\ v - S ^^ sont P™ 8 P a r la res- . ■£?££? fi/Sf de /f n i n W» ont P accumulé.

Zcorl a£ c ^f ^f- » CeSt P ar la f étidité 2 ™î ? e SOn î ^nellement lésés les vaniteux,

âmes ™ • ?" ' 3 fUmée S £ rdide exhalée de leurs âmes marécageuses :« Et ecce paltidem longam,

mnîinpn sardem ac pessimnm foetorem de se émittentent ; qui ad inanem gïoriam annelaverani foctore Iaedebantur.„ % Et sans cesse aux prêtres infâmes <Tatroces voix hurlent :

Quare votum qupd noylstis ICurpiter derelequistis ? ;

Prototype, sans doute, des cris que se jettent, en se heurtant comme des béliers affolés, les avares et les prodigues, au xi? chant de V Enfer de Dante :

Percotevansi incontro, e poscia pur li Si rivolgea ciascuii voltando a rétro, Gridaiido ; Perché tieni, e: Pèrchè burlï ?

REMY DÉ GoURMONT.

SEPTEMBRE 189a \\ *j

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