II. est d'autres amours que F amour de la femme
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JOURNAUX ET REVUES
Nous sommes en un temps de quasi anéantissement intellectuel, dé torpeur, de morne attente, — et comme les bœufs, l'humanité ne lève la tète que pour regarder passer, sans même le voir, l'éternel train qui emporte vers le gouffre *ses confus rêves. Je crois bien qu^en vérité rien n'intéressé plus personne/ — et quand une clameur de vigie émeut la pénombre de l'atmosphère,, la Chose a fui avant que les yeux se soient ouverts/
En somme, ô"la médiocre raison, il s'agit, sur la branlante passerelle, d'équilibrer sa démarche, d'assurer la sécurité des
Î>as qui sûrement mènent à ce but: avoir vécu! Désonnais, vu. 'encombrement et vu le piteux état de la. planche volante posée entre lès deux éternités , la distraction sera de moins en moins permise, de moins en moins possible. Ah! il faut être sérieux ! Il n'est que temps, — et combien en perdit-ori (de temps), jadis, à la bagatelle, lorsque, préoccupée d'incor-: porer l'art à ses us quotidiens, l'enfantine humanité jouissait d'être belle!
Enfin, et bien à tout jamais ( espérons-le), le Beau et l'Utile, ces vieux jumeaux, ont été séparés, — et pn leur délimita leur domaine, chacun le sien : le château de Ça-nesert-h-rien et la ville de Time-is-money. Nous ne sommes plus exposés à manger notre soupe avec une cuiller à manche sculpté, — : C'est toujours ça! -,
Cette dislocation est actuellement sensible en tout, et c'est ce qui Tend à quelques-uns la vie . si pénible et même si répugnante, — et l'Art, même, est devenu dans la prison, où on peut Failer voir, tout triste et tout attristant. De ce château les pèlerins reviennent affligés d'une consolation trop brève, car au sortir de l'enclos leurs yeux lavés se resalissent et leurs oreilles mondées redeviennent le réceptacle des ineptes sonorités.
Enfin, cessant de symboliser, n*est-il pas inconcevable quasi qu'il n'y ait nul public à s'intéresser à des tentatives et aussi à des réalisations d'art comme en innovent les Gauguin, Bernard, Bonnard, Denis, Sérusier, Vuiilard r Ranson, Filiger, . Roussel, Verkade, et d'autres : ceux-là (y ajouter de Groux, très en dehors du groupe impressionniste-symboliste ) , à l'ombre du chêne Van Gogh et sous la direction d'Emile Ber-
SEPTEMBRE 189a 89
nard, concoururent au n° III du Livre d'Art, par une collection de typiques images,—, entre lesquelles furent aimées, surtout, les Jeunes filles de Filiger, une illustration de Maurice Denis pour Pélléas et Méltsande.le Christ d'Emile Bernard, la Vttiw.de Roussel, la Bretonne de Sérusier; mais toutes ont leur intérêt, et n'oublions pas, de Bonnard, son .effarant cheval. - . ■ " .
Le n° II de la même revue, dirigé par.P.-N. Roinard, sll-
lustrait d'un singulier bois de Bernard, et pour le reste
, des proses et des vers choisis avec soin en divers portefeuilles d'où ne. sortent que des valeurs sûres et d'improtestables signatures : Charles Morice, Edouard Dubus, A. Aurier £ ie l re Quillard , Henri Mazel,jetc. La Fontaine scellée , de P ; -N. Roinard, abrite son secret; sous la mystique frondaison d une futaie de très beaux vers. :
Dans la République Française du 8 août, M. Paul Gi-
nïsty. a fait tout son feuilleton littéraire , soit douze colonnes totalisant environ cinq cents lignes, avec le « poète hétéroclite » de Pierre Quillard, Trtstan Lhcrmitte de Soiiers, inséré dans notre dernière livraison. Mais comme, par une de ces galanteries à quoi nous ont depuis longtemps accoutumés la plupart de nos aînés, M. Paul Ginisty n'a pas voulu dire où. il prenait son Tristan Lhermitte y des lecteurs de la Repu- . hlique Française demandent l'ouvrage en librairie. Absolument délicieux ! Quant à nous;,, une telle urbanité né nous surprend plus ; mais peut-être n'est-il pas inutile de signaler ces faits de. temps à autre, pour montrer qo minent en agissent -ces messieurs de la presse avec des gens dont le seul tort
fut de leur servir gracieusement leur Recueil depuis sa fondation; . !
Lé Parti National vient de confier à notre ami «t coïlalborateur Charles Morice la critique artistique et littéraire. Félicitons M.Henri Deloncle d'un tel choix. Cest une heureuse chance pour les poètes et les artistes que l'un des meilleurs d'entre eux puisse en toute Liberté, dans une feuille en train de prendre une grande importance, étudier les hommes, les doctrines et lès œuvres, parler au nom de la beauté.— r Les lundis du Parti National (c'est le jour de U Semaine artistique et littéraire) tenteront des lecteurs que laisse in différents la prétendue critique des quotidiens ordinaires. Premiers articles parus : De la Critique contemporaine ; Lettre à M. Emile Zola; La Statué de Musset ; L'Architecture Moderne 1 Le - Tfi^f 1 ?* à& Livre. — Après avoir indiqué dans .une sorte ^article-programme les divers genres de critique pratiqués jusqu'à ce jour : la littéraire (de Brnnetîère à France), la scientifique (de Taine à Ch. Henry), là moraliste (dp Vogué à Rod), et la critique de causerie que représente agréablement -M. Lemaître, Charles Morice spécifie son choix : « sur la critique égoïste et eucharistique | des poètes ». IL se rappelle
avec joie « qu'à une heure où les professionnels ne leur «'marchandaient ni les. excommunications, ni les sarcasmes « c'est un poète, c'est Charles Baudelaire qui Tendit à Delà- « croix et à Wagner le premier éclatant hommage ».
Avec Jean Jullisn au Farts, Sainte-Croix à la Marseillaise, Charles Morice au Parti National, il semble queles' idées qui nous sont chères commencent à être vraiment représentées dans ce qu'on appelle la Grande * Presse. ..
J'avais noté, jadis, pour leur niaiserie, dans un feuilleton de critique littéraire {République -Française, xt avril ifioa), signé : Albert Delpït, les phrases suivantes ;'
« Les mots jonglent, les rimes chatoient commes des MUes 'd'or lancées en lair comme un escamoteur. » ' .
<( Sortez donc Musset de ses désespoirs et demandez-lui'd'écrire dix pages du Capitaine Fracasse ! »
« J'ai ouvert [ le volume ] au hasard et je suis tombé sur quatre pages datées du 9 octobre 1840. »
« La langue est aussi jeune, aussi fraîche, aussi lumineuse que si le grand homme* avait écrit Mer soir , en sortant de 1 Opéra-Comique. »
J ai eu le plaisir de les relire dans l^Kclaïr du 25 juillet dernier et de constater que l'article quasi, tout entier, intitule : Injuste, était un pur auto-plagiat : M. Delpit s'était borné à modifier le début et la fin de^sa chronique, — comme ces maquignons de province qui teignent le poil des rosses trop connues qu T ils conduisent au marché pour la dixième / fois. Les derniers articles de M. Delpit ont tous cet air reteint; je suis heureux de l'avoir pris — aine fois au moins! — sur le fait. ■
M. Brunetière commencerait-il, dans la Revu© des Itoux-Mondes, une série de Prosateurs Jtetcrocliies? IL vient, en effet, de découvrir Pierre Bàyïe^ éradit facétieux et * précurseur de Voltaire ». Cette étude est moins amusante que telles pages du Dictionnaire de Bayle , mais tout de même elle est à lire ; si certaines opinions de M. Brunetière sont contestables, 5a méthode est parfaite et ses renseigne- ■ .ments très sûrs.