UNE LETTRE
Paris, 4 septembre 1892.
Mon cher Monsieur^ VaUette !
Vous me fîtes jadis l'honneur de publier dans le Mercure de France — oii mon nom a encore été cité maintes fois depuis lors— une très noble et très généreuse étude de Monsieur G. -A. Aubier sur les quelques œuvres que j'exposai pour la première fois à Paris. / * . ■
C'est ce dont je me réclame aujourd'hui pour vous demander exceptionnellement la faveur de répondre par quelques indispensables remarques à un article de Monsieur William Rïtter sur mon grand ami Léon Bloyï
Ne croyez nullement qtie j'aie Tintention de relever les jugements littéraires portés sur le génial écrivain dans votre revue. — C'est un rôle que peut seul ambitionner un littérateur et qu'il serait plus que présomptueux de la part d'un pauvre peintre de vouloir assumer.
Monsieur Ritter lui-même ne fait-il pas précéder chacune de ses appréciations d'un préalable et assez inutile aveu de sa « totale- incompréhension »?..„ . K
Il devient donc tout à fait puéril de la part de n importe qui, n'est-ce pas ? d'entreprendre cette tache ingrate.
■ ' Mais il y a ceci.
A l'époque où Monsieur ^f^^^^itter reçut
de Léon Bloy l'accueil aimable dont il ne -profite que pour divulguer je ne sais quelle «: atroce misère v! et quel « croup issement # (IL!) (imaginaire, hélas !), fêtais le familier et le commensal de Léon Bloy depuis plus d'un an.
Je me plais même à vous avouer, puisque la joyeuse occasion s'en présente, que c'est grâce, exclusivement, au séjour charmant et réconfortant que je trouvai auprès de lui et parmi les siens que je dois la santé dont je jouis à l'heure actuelle, au grand étonnement de mes innombrables amis, — soit dit sans offenser personne!
Je ne puis donc me défendre d'une indignation profonde et d'un grand étonnement, en constà-. tant que Monsieur Ritter — sous prétexte de critique littéraire ! — vient aujourd'hui, zH mépris du plus élémentaire respect humain' et de toute vérité, accréditer la sotte et, fausse légende qu'il nous donne dans le Mercure. .;
^ Non ! Mille fois non ! Léon Blôy n'a jamais été, ainsi que Monsieur Ritter à l'impudence 4e le dire, un << fou sublime >> (!) autour duquel les touristes de la littérature suisse on autre peuvent à leur gré venir <t tourner & dans sa propre mai^ son, et il na que faire de leur .^admiration ^ obtuse et de leur injurieuse « compassion ».
Il n'attend pas « qu'une cause veuille de lui », et, quoi qu'en pense encore Monsieur Ritter, il n'est nullement en «c disponibilité : ^., ce « héros *!;.♦
S'il se réfugie volontairement dans la plus farouche solitude, c'est pour en . faire l'intimité plus délicieuse et la rendre impénétrable aumufie ambiant ou au cynisme des reporters. Plein du plus absolu mépris pour toute popularité — qn^ la plupart de ses ennemis ne doivent qu'à : la prostitution de leur cœur et de leur esprit — il y travaille à de hautes et glorieuses œuvres auxquelles il a depuis longtemps Consacré sa. vaillante vie. Monsieur. Ritter nous apprend que Léon Bloy n'a aucune « mission *! S'il osait dire
cela de,Dubnijeaùa ou de lui-même, par exemple, je trouverais encore cette arbitrage opinion de la plus effrayante témérité S
Qu'il. soit du moins bien certain que: les amis . de Léon Bloy et lui-même ne méprisent rien plus que les outrecuidants imbéciles qui s'avisent de
lui donner des. conseils (entre. autre celui d'écrire pour «les jeunes filles», fussent-elles « nobles» 'V après lui avoir donné lé spectacle écœurant de la . plus inepte, et de la plus; révoltante trahison dès qu ils sont sortis de chez, lui !.■„
aé plus f écho. que vous pourriez donner, mon cher Monsieur Vallette, à cette protestation que '■' je considère comme un devoir personnel, ie vous
le revaudrais en amitié et en reconnaissance très profonde.
, Votre. dévoué, ■. .'.
. ■ -■ ■ Henry de Groùx.
■'X5, avenue Piocliot
zoo MERCVRE DE FRANCE
LE SALUT PAR LES JUIFS (i)
(Fragments) .
Quod scripsi, scrïpsi»
Pixate.