‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 61 sur 125 · VI ; . · texte numérisé non relu

VI ; .

a Alors, enfant, tu ne seras pas mon premier amant, — ni le second, — ni le troisième î '

« Sois le premier, — je me rirai de toi et percerai d'aiguillons tes chairs ;

. * Sois le second, — je te chasserai de ma chambre, avec .un rire moqueur, avec dédain; .

* Et si tu oses être le troisième, ma dagué jamais vue je tirerai, et couperai ton cœur en deux.

« Et alors, je mourrai, en te pleurant!,.. »

Par ces quelques traductions seulement, on est à peu près informé du génie poétique de Beddoes.il est facile de découvrir ce qui l'éloigné et le met au-dessus de Southey, par exemple, ou de Thomas Moore lui-même, — si Ton compare à Tune quelconque des .poésies que nous ayons traduites les plus belles pages •de Tun ou. l'autre de ceux-ci. Par exemple, prenons

OCTOBRE 1893 I3y

The Bishop Bruno du premier, et The Ring des Juvénile Poems ; dé Thomas Moore. En ces vers, on entend bruire la Mort; ils émeuvent profondément, impressionnent d'étrange. A les lire, un frisson gagne, intense. De même pour Otristabel et le Vieux Marimer de Cooleridge, pareillement empreints de fantastique et d irréel, •

- Beddoes produit une impression plus forte et plus durable que généralement les Iakists. Comme eux, lé surnaturel l'attire; comme eur, la majesté de la mort, et son ïnterrogatif merveilleux, Font inspiré. Mais cette passionnante physionomie purement décorative ne le satisfait pas ; il scrute lé problème présenté sous -d'aussi attrayants dehors, et devient un . poète tntérieur. En cela, l'écrivain outrepasse les romantiques arrêtés aux formes. Certes, il les met à profit, mais pour envelopper l'idée, pour exprimerune philosophie^ \

Page 1