‹ Mercure de France, tome 6Chapitre 85 sur 125 · LE PENDU · texte numérisé non relu

LE PENDU

Vieux piteux colporteur de rêve et d'harmonie, Las d'avoir promené l'or nié de ses chants Et son cœur de cristal par les ronces des champs . Et les rires grossiers des cités, d Ionie,

Exténué, les pieds saignants, les reins rompus,

L'écume du blasphème à sa caduque bouchei Et ses deux poings crispés en un geste farouche

Tendus vers le s palais des chefs gras . et repus, Comme un forçat jetant les débris de sa chaîne, Ayant précipité son luth longtemps, maudit Dans l'océan de pourpre, Homère se pendit — Muetainsi qu'un dieu-aubois noueuxd un chêne l...

Te vent a lacéré son corps comme un drapeau;

Les corbeaux, les vautours et les becs et les serres

Ont mançé sa cervelle et fouillé ses viscères,

Et les .vers ont rongé les lambeaux de sa peau...

Deux mille ans ont neigé sur le mort solitaire ;

Le squelette exilé de l'urne et de l'autel.

Se balance toujours au grand chêne immortel.

Trop homme pour l'azur et trop dieu pour la terre 1...

Mais, par le bon vouloir, de l'archer de Claros, ■Cette' carcasse est devenue un luth sonore D'où monte un hymne pur qui menace et s éplore Quand la brise se joue au treillis de ses 6s..- Et de tous les hameaux des royaumes hellènes Bien des gens sont venus, depuis ce -temps ancien,, S'asseoir sous les talons du pendu musicien S ans daigner écouter «es tristes cantilènes ■ Bien des gens sont venus, depuis ce temps ancien, Des Scythes, des Latins, des Huns et des Hellènes, Qui, l'oreille bouchée aux belles cantilènes, N'ont daigné remarquer le pendu musicien !■...

ÏII

Lie vieux guerrier vaincu que la fuite harasse, Ayant abandonné son cheval embourbé

NOVEMBRE ï«93 195

Est venu s*y coucher sous le chêne-gibet,,.

Il a bu dans sou casque et quitté sa cuirasse, Comptant les trous saignants de son poitrail bombé!... Mais le guerrier mourant ne: l'a point entendue

La sublime chanson que chantait le pendu :L.

Le Satyre évadé de la forêt prochaine

A surpris la bergère au sein blancet charnu^

Les jupes ont volé dans un émoi connu,

Et les os accrochés aux. rameaux du rviëox chêne

Kosirent au joyeux soleil d'un ventre nu;..

Mais lés deux amoureux ne Vont point entendue La sublime chanson que chantait le pendu ï „

Et le. marchand gâvé*de louches réussites, *

Et le hideux brigand, ayant d'un poing brutal Au passant âtraché la vie et le métal

Et la prostituée aux lab eurs illicites ," '

Ont compté leur argent au pied du tronc fatal.

Mais p^laque ou filou ne Pont point entendue La sublime chanson que chantait le pendu i

Au pied du tronc fatal, le sorcier obreptice

A tracé le pantalphe éclairant les demàins ■

Et la remeet le roi, le sceptredans leurs mains,

Ont édicté le code et rendu la justice

Aux peuples prosternés dans la nuit des chemins.

Mais, sorcier ■ reine où roi né l'ont point entendue La sublime chanson que chantait le pendu!.';..

Sous le chêne immortel, des paix et des batailles,

Lt des traites conclus par des princes retors Ont assemblé souvent des fous et des Nestors : £t des troupeaux humains hurlant sous les entailles Ues sabres redresseurs de crimes et de torts.

Mais reitres ou Nestors ne Font point entendue .La sublima chanson que chantait le pendu 1... :

Quand le tyran troqua son bandeau pour un hearaie Et mit en place d'or de Tairain siir son front Il fit servir au pied, du séculaire tronc *'":.: Un grand festin où tous les gens de son rqyaume Burent, la tête en fleurs, et s'assirent en. rond.

Mais le royaume entier ne l'a point entendue

La sublime chanson quechaptait lé pendu L.l

It6 : . ",•'/""' MERfcVRËD E FRANCE ..' v . '.}'■'':■ ' y^ xil.

E , depuis,™ ràg» j.*5£*S S^nus, " !

KfîL ÏÏSto ta !nouSu*>ule, ,*>»t veuus, . .

Pauvres bateaux pousses vers uc= r .,

Mais dans tout l'univers, qui 1> donc entendue La subUme chanson que chantait le pendu?...

'.IV Ayant glané l'encens de toute cassolette,

Savent chaud, envolé du «el^onen^

Fait résonner les os sonores du f^ e * e *L stal •

Comme des cordes d'or sur un l ^ àe J nS ^' Dans l^er frissonnant, vers l^d ameute

Son hymne ^« te ^^ u ^^re e° triste, .

Il monte et se répand dans l^ir, sonor ^ sQir j

Grave et lent comme un fleuve et caime wui

Il dit les cris haineux des populaces viles

L martyre infligé B^^S^TH^

K P ^^«^^e desaoups,

Il ditle désespoir d'ignorer les caresses

Etle cœur vicinal ou s'cpandraïUe ^œur

Et Tasile. des seins et le parfum des cesses^ .

Et le ventre où poser son front et sa rancœur Il dit aussi l'espoirdes revanches futare s.

L'apothéose d'or, les trônes ecl 5^ ta es

Dans les ^î«t^^^SS£S^^..." D'un azur qui peut-ctre est au aeoxui «j. r

Avant glané l'encens de toute cassolette, Un îent chaud, envolé du ciel oriental Fait résonner les os sonores du s«ette Comme des cordes d'or sur unluth de cristal ....

... *-• m ^n ft-fae à. l'àmè tendre,.

Toi que J>ir enco ^e, motr frère a i ^ étend

Bien dés nuits, tout en P le ^' d î^ s S euls à l'entendre . Serons-nous donc toujours les de^ fi euis La sublime chanson que chantait le penau .

Avril i8po. Q.. AuffiK r AtlRIER.

f NOVEMBRE . 189a ; * - *97

Page 1