SONNET
ïmXS?^ ? éses P oir -qui souffre à l'horizon EllçappeUe la sombre danseuse qui rôff? '
Et Salomé Tient dans la salle basse eVchaude ' Secouer le péché touffu de sa toW
Au*o^^^^
Mon âme, entends-^as^S, *ïïl?%g!P*'
EÏ qu'elï va^soh^! qU6i ^r te ^^ '
L'A^ÎS wi ^i ^ réclamer pour sa haine
L Agneau blanc de ton pauvre cW pour regorger. .§"
Albert. Samain,
au MERCVRE DE FRANCE
ANATOLE FRANCE (i)
Il ne résistait pas ; il glissait-^ il s^échappait par d heureuses perfidies.
(Abtatoue PttAKCE : Jean Racitu*}
Il y avait chez les anciens. Romains tin certain Dieu Janus. assez modeste, presque ridicule. à . force de candeur, que Ton nommait Bifrons, à cause qu'il était représenté avec un double visage. M. Anatole France,, dans. Tordre, littéraire, n'est pas sans lui ressembler beaucoup ; non certes que cet écrivain soit candide et ridicule, ni que le symbole doive être ici interprété au sens moral, ainsi que le pourraient penser de méchantes personnes :. il ne faudrait point croire, en effet que Ton voulût ingénieusement faire allusion à l'attitude parfois ambiguë de l'honorable polygraphe. C'est là, en toute simplicité, une manière de dire que par une évidente et rare faveur du ciel M. Anatole France est en même temps créateur et critique. Il peut ainsi, selon les jours, agréer du déplaire au même lecteur, et tel qui fut offensé par ses critiques n'osera point se refuser au charme de ses poèmes ou de ses contes- J'en sais qui ne lui pardonneront point de sitôt lfe silence criminel, ou peu s'en faut,, à Tégard d'oeuvres qu'il devrait mieux que personne apprécier, sa prolixité, au contraire, sous ombre de fantaisie, sur des sujets extérieurs à la littérature,' ni les louanges envenimées, plus cruelles que Toutragè loyal, adressées à la plupart de ceux que nous aimons parmi les morts et parmi les vivants. Et cependant, à moins d'être bourreau de soi-même, il faut s'abandonner avec
(i) A propos de V Etui de .Nacre, (i Vol gr. in^i8Xalmann . Lévy.)
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.Je jniel des Poèmes Joï£%u^™Î^T* belles coupes la prose subffie et forteTe 8J?
£n <5 l® — nge £«*#» en une coupable ioie J^est toujours pénible aux âmes dëlicates 9 ^
réèSent /^"'f x ?°"vea,ix qu'iT a publié
: fiSmeî dl 9 ?f ' VeS ' aUÏ ""^oHques jeunes
n^?"" 1 M ? X " 1S et W d'autres ? Ce n'est E f 2" Ce : les ' é P ô q^s où ils vécurent se£- ■ Ment prçspices entre toutes à manifester l'JSL
&ÏSSl d ri 1 Y "V- r «^Sff.Çaduc1S
grande pitié poussent telS^Ï JH» S'.contes, que lès nuirai, m-*- A-*!' 1 ï sant «es ohsénrémtZtf miraculeux fantômes soient nés
SSteïSïï.? DS - S âmes ' inconscientes d'une teUe splendeur en gestation, aieut grandi comme
ai6 MERCVRE DE FRANGE
par un concours fortuit de lois naturelles et doivennï&mbrer dans l'irrémédiable oubli, après avoir causé à l'heure de leur gloire, malfaisants ; et superbes,, toutes les folies sanglantes et tous les deuils.
Voici maintenant qu'ils sont devenus le jouet favori des écrivains : ceux-ci les prennent dans leurs bras en guise de charmantes et fragiles poupées et les endorment pour la tombe avec des chansons de nourrice. M. Anatole France excelle à ces berceuses plus funéraires que dés nénies, et je comprends que les derniers fidèles le tiennent pour un méçréantdesplus dangereux. Sa timidité native empêche qu'il se rue à des violences ; il vient d'un air ingénu et s'approche de Zeus ou de Jésus comme pour des révérences et des génuflexions; toujours innocemment, ■ avec une sorte de tendresse envers leur royauté . déchue, il emporte les images divines; il lui arrive de. célébrer leur.- ineffable grâce par de pieuses cantilènes ; mais, ainsi qu'il a coutume en ses critiques d'en user avec les poètes de génie, cependant qu'il semble les exalter.de ses louanges, il a bien soin de laisser voir, avec une malveillance sournoise leur faiblesse et leur néant.
Tantôt, dans Amycus et Célestin, il contera l'aventure du vieil ermite et du jeune faune qui vivent, en bonne, intelligence parce que, au fond, ils ne se comprennent pas. Tous deux;. le jour . 4e Pâques, s'écrient avec ferveur : «Il est ressus-r cité x,. « Il ^ pour Célestin, signifié le Christ, mais Adonis ou quelque autre pour le chèvrepieds : cependant, plus tard, la colline .où ils s'étaient retirés deviendra un lieu de pèlerinage, «et lesfidèlesy vénèrent la mémoire bienheureuse des saints Amie et Célestin ». Tantôt il reprendra la légende si fréquente des époux chrétiens qui demeurent vierges dans le mariage ;Jes paroles qu'il prête à Scolastica morte sont d une exquise modestie : son mari aux yeux du monde, Injuriosus, remercie à haute voix le ciel qui lui à
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donne la force de respecter en celle qu'il aimait
la mystique fiancée de Jésus: «la morte se souleva de son ht funèbre, sourit et murmura dou-
«ÏÏf n i : ~~ ^ 0n a ^iv pourquoi dis-tu ce qu'on ™£ amande pas ? * Mais aussitôt l'ironie m-
Joftfdn 3 ? U1Se -, e 5 damn ? ble > reparaît: un rosier sorti du cercueil de la sainte enlace là tombe des
deux époux, sitôt qu'Injuriosus a rejoint Scokïï Sm^T ? mo ^ e i u a poète païen, en des disait l glaqu î?' chante ce miracle comme un prodige de ses dieux : le rosier signifie les baisers que les amants vierges ne se sont point donnés et enseigne amsi aux hommes « à goûter les joies de la vie tandis qu'il en est temps encore >. Et
H^ro^L-?^ 6 ^ 3lors ' ce P etit chef-d'œuvre d Ephraim Mikhael, Armentdria, où nulle dissonance n adultère l'harmonie religieuse de la légencfe/ . .
çJH d % pL reîl ? co 2 tes et en d'autres, comme bamte Euphroswe, Sainte Olivérie et Sainte Liberette il faut peut-être avoir l'esprit fort pervers et naturellement éveillé au mal 'pour s'attriste? tJ T ù - ^ on l^ u& les simples rie remarqueraient .pas. Mais d est bien difficile de ne pas reconnaître dans Le Procurateur de Judée le plus flagrant et le plus monstrueux blasphème. Un patricien -.■roman qui fut jadis exilé et fit un long séjour à Jérusalem, rencontre aux. bains de Bàïes, après de nombreuses années, Pontius Pilatus qu'il a
t£Sn U Pî 1 * ? D Judé ^ Les deux amis sWefS, d ? 2°Si disparus, de la sottise des juits, de la beauté des femmes orientales. L'exilé, qui, dans sa jeunesse, ne méconnut point la dé-
efnW '**' lï UV ï ent d ' u ° e Juiveplus voluptueuse et plus troublante pour les sens: « EUe disparut un jour etje ne la revis plus.... Après quelques
"S33S! %F¥ ^ P erdlie ' i ,a PP^ p5 halardqu elle s était jointe à une petite troupe d'hommes
2r£f fe ^ mes T W avaient un jeune thauma-
î^£ e ^fiirri onimait . Jésus ' n étaitde
isazarethy et il fut mis en croix pour je ne sais
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quel crime, Pontius^ te souvient-il de cet honnie ? « Pontius Pila tus fronça les sourcils et porta la main à son front comme quelqu'un qui cherche ; dans sa mémoire. Puis, après quelques instants de silence :
« Jésus ? murmura-t-il, Jésus de Nazareth ? Jene me rappelle pas. >
Les apologistes, qui ne s'embarrassent point pour si peu, trouveraient là malgré tout un motif à édification. Ils diraient que Pontius Pilatus ni Lamia n'étaient dignes de comprendre la prodigieuse révolution qui s'accomplissait dans les choses des dieux ; ils diraient aussi que Thumilité de son origine montre mieux que les plus doctes raisonnements. la force mystérieuse duchristianisme. Mais à qui ne.se paie point de spécieuse dialectique révhémèrisme élégant de M. France, apparaîtra comme la plus terrible: des impiétés. Sans doute, les dieux r etï tant qu'ils se reflétèrent en . de basses cervelles d ? hiér*odoules et de sacristains, méritent des sympathies médiocres et servirent le plus, souvent à consacrer diverses infamies : l'invectivé, la négation hautaine -des hommes. ^ qui détruisent en eux-mêmes, pour leur en substituer de plus belles-, ces images avilies et pernicieuses, n'ont rien que de louable et dé légitime, mais Tâpre haine contre les formes inférieures de la pensée chrétienne affligera moins les catholiques et les protestants que cette ironie dépréciante. En outre, à ne considérer que Teffet esthétique, qui nous intéresse seul, pour parler franc, on ne voit point quel profit d'art il y a à dégrader de la sorte la beauté des mythes: élaborés dans Târne collective de? foules, ils ont . perdu le caractère accidentel et particulier, et nés de l'homme, par une tacite connivence despoètes,! ils sont devenus en apparence supérieurs à Thomme et différents de lui, tant que c'est presque un outrage à l'art même que de rappeler ainsi la misère de leur genèse, ail risque de détruire l'illusion. .
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■•■ Toute conception de l'infini semble, en vertu f^f n n * ém P é ^ m . e ^i>ff^«erM. AnatoléFrance, et tf n y aurait nen de surprenant à ce que l'héroïsme aussi le. dégoûtât comme excessif et dépassant la mesuré d'une saine raison. Il faut avouer cependant que l'induction est un peu ha-
avec ÏÏÏ * %? ? ép ^ S ' ^ borderait assez ÎVZh - -Wt***. dominantes d'un si délicieux
Pî^?!'- De S Â '^ Bh * t P° int én tous cas dans miSS? * ^ lVre - 9 n ^ ^contrerait au contraire
?Sfc S / &Ure - S de ^ SU P fème et de haute aristocrate qui acceptent sans hésiter un rôle
tragique dans le drame de l'amour et de la mort t U ^m Ç l SC dénoilce Pour é aller en prison et à la guillotine »ayecsa maîtresse, la comtesse Fanny
W er Pf 1 r ï USede ^ enfuir et ne veutpai tenter detre heureuse avec l'homme quelle
aime par crainte de perdre ceux qui la feraient
évader, sont vraiment d'une parfaite éurhythmie
morale, et il faut toute l'adresse d'en prestigieux
malien pour esquiver, en dé semblables 5 hîs-
tol 1 J es - la sensiblerie et l'emphase.,. ..
JNul non plus, à moins de mauvaise foi, ne s'a-
HiïfâfA**- 1 6 "^ on 5 8 ^ r *"*■ M-Ànatole France • tut un des plus; artificieux écrivains de ce temps, sinon même le plus artificieux. Bien qu'il ait aim^ teindre en un passage de Sainte Euhhroshie
Si tP X T* asse -? tiède P our c $ que Ton appelle la décadence, il ne se fâcherait point, je pense, d être pris pour un alexandrin, soit qu'on le voumt. comparer aux poètes contemporains des Ptoîemees ou aux philosophes audacieux qui embêtent les dern^ ^^^^ de la domination romaine. Il s apparente à ceux- ci par un «ont marqué pour les: spéculations métaphysiques,- :'■ mais plus encore à leurs prédécesseurs qui se contentaient d'êtrédes artistes raffinés et minutieux, ba pensée, par un don extraordinaire, est, connue sa langue, compliquée et harmonieuse, " .naturellement, on dirait instinctivement: il ne se travaille pas à bien faire et garde toujours la
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grâce d'une heureuse nonchalance. Son insouciante désinvolture est telle qu'il lui arrivera même, en sa hâte d'écrire^ d'oublier, à quelques lignes de distance le nom de ses personnages (i), mais sans qu'un instant la phrase perde son équilibre et se déshonore à tituber. Et les syllabes se déroulent noblement, comme une théorie de çanéphores. On devine bien une science cachée, un art secret : mais le charme est tel qu'il empêche de réfléchir. Lisez une. strophe comme celle-ci : « Elles dansent avec . tant de langueur, les fefiimes de Syrie 1 J'ai connu une Juive de Jérusalem, qui, dans un bouge, à la lueur d'une petite lampe fumeuse, sur un méchant tapis., dansait en élevant ses bras pour choquer ses cymbales. Les reins cambrés, la tête renversée et comme entraînéepar le poids de ses lourds cheveux roux, les yeux noyés de volupté, ardente et languissante, souple, elle aurait fait pâlir d'envie Çléopâtre: elle-même. » Seul un démon, ennemi de votre plaisir, vous révélerait le mystère et susurrerait à votre mémoire les vers des Catalecta ;
Copa Syrisca caput Graia redimita mite lia
Crispum sub crotalo docta mouere latus (
Ebria fumosa (3) saltat lascïua ta berna .
Ad cubitum raucos excutiens calamos.
Oui, un démon, qui traiterait le style de M. Anatole France ainsi que le sacrilège conteur traita les dieux. Je ne veux point t'enténdre, adversaire de la beauté verbale. Va-t'en et ne gâte pas ma joie en évoquant à coté d'Hélène,. fille de Léda, les. larves risïbles de l'Ecole romane, sous leur grotesque souqueniUe empruntée, haillon par haillon, aux glorieux ancêtres.
Pierre QuiLtARP-
(1) Cî.LEtut de Nacre, pages 249 et a^a (Germain devient Marcel), et pages 587 et 388 (Fanny d'Avenay s'appelle momentanément Pauline).
(a) Certains manuscrits portent famosa ; mais M. Anatole France est trop bien informé pour ignorer aucune variante
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