‹ Mercure de France, tome 7Chapitre 15 sur 86 · IN ANIMA VILI · texte numérisé non relu

IN ANIMA VILI

a XF^ -^ D " Hiraberg, professeur à la Faculté de Médecine de X:.., membre: correspondant .

; national de 1 Académie dëMëdecinede Paris et de nombreuses autres sociétés savantes européennes n'était pas inconnu pour beaucoup. Les travaux . du professeur sur la suggestion hypnotique et la ; psychothérapie avaient en effet produit un grand retentissement, qui s'étendit à l'époque hors. des limites purement médicales ; et .cette, notoriétéaugmenta encore l'immense mouvement de curiosité provoqué, peu après son. décès, bar cette clause du testament, qu'un. jOurnaTmoins indis^ cret que bien informé avait rendue publique « J ai, y etait-il.dit, fféposé.le 25 juin 18.. sur le . buireau'de, l'Académie dé Médecine de Paris un pli cacheté renfermant, une note relative à une importante expérience, de. suggestion; je désire qu: il soit ouvert, à la séance de la semaine qui suivra/ma, mort.». ,.-■.' ■•.■;.-••"•.. . -■

^ .Le déki expiré,, conformément aux volontés du • aerunt, les cachets scellant le manuscrit furent rompus-devant une nombreuse assistance par le secrétaire de l'illustre compagnie, qui. donna : iecturè de la communication posthume.

ii ," ^ J h ' ',

'— - «Je n ? ai pas cru, 'écrivait le regretté profesn . seur ' devoir, publier de mon vivant l'observation $ u , e .J a î l'honneur de soumettre / au jugement éclaire de l'Académie. ■'■.•■-

' . » Cette réserve ne. m'a été. dictée, je me hâte de le dire, ni, par le désir d'éviter la libre discussion --au reçte ma conduite. passée suffirait à me disculper de cette accusation — ni par celui d'échapper a une grave responsabilité- — j'étais dès abord résolu à las subir — -maïs par la., seule

crainte de voir surgir probablement de regrettables contestations/, touchant là légitimité scieur tifique du fait, et surtout pair peur que cette pu- . blication ne pjrêtât à une interprétation sans doute fausse, néanmoins susceptible d'occasionner un scandale, dont le. déshonneur, rejaillissant sur la corporation/ risquait d'en ternir l'éclat. Aije eu raison d'espérer qu;à l'appréciation des faits ici rapportés présiderait une \ impartialité meilleure, s'ils demeuraient en quelque sorte impersonnels, leur observateur ayant. abandonné les demeures des vivants ? Le respect dont on entoure . la mémoire de ceux qui ne sont plus m'a paru un sûr garant de bette impartialité, car il préserve d'une témérité hâtive les jugements que Ton porte sur eux. -■'■./■ "

» L'expérience qui sera . relatée en ces notées offre un intérêt que vous apprécierez ; elle est la première qui éclaire nettement. et d'un jour . nouveau, fixe sans conteste la réalité d'un phé- . nomène jusque-là discuté par ^la plupart, admis sous réserves par d'autres, et aussi bien fallait-il toute la puissance de mon, désir d'établir la ; base objective de ce point de la science, si controversé, pour que l'idée me -fût venue de l'oser entreprendre.;' .

^ Je . n'apprendrai rien à mes savants collègues . en leur rappelant la discussion fameuse , qui Releva entre. deux grandes écoles, peu après Tintronisation de l'hypnotisme dans le domaine mé-. dical, encore que, pour, les plus, jeunes d'entre

. . eux, ce souvenir, ne revête guère qu'un intérêt . purement historique. Quelles limites, devait-on attribuer à la suggestion,- au point de vue de là responsabilité pénale ? Qui avait raison de Charcot, Brouardel et Delb œuf, pour lesquels le somnambule ne réalise :. jamais que des suggestions agréables ou indifférentes, en tous cas pas en opposition avec son éducation et son caractère, ou de Liébault, Beaunis et Lîégois, qui professent.

. que chez certains sujets l'automatisme est ab-

■ JANVIER: .-xS^ -, ■ '■' ^

solù, que l'impulsion. à l'action est irrésistible, et par conséquent la responsabilité xniHé-? Entraîné : par la nature même de mes travaux, vers ce genre ■ !■ de recherchés, je. suivais passionnément toutes :

les penpéties. du. débat, contrôlant lès assertions del un; et l'autre; partis, par une suites d'étu- -

. des expérimentales, qu'on trouvera mentionnées ' .. dans le tome I er de mes Essais sur Il Hypnose: Pour

moi, la question: demeura longtemps, pendante: et . pas plus que les auteurs que. j'ai cités je. n'avais

encoreTencontré aucun /ait. catégorique, capable

: de me fournir la solution irréfutable, quand survint dansma vie privée: un grave incident.

» A cette époque, j'étais. marié, depuis plusieurs . années de] a, lorsqu'un douloureux hasard me fit . connaître que ma femme n'avait su résister à la séduction de l'adultère. Il m'est cruel d'avouer ici la nature, des. pensées qui -m'assainirent en cet instant. Cependant, je vous en dois un rapport exact,, sacfiant trop la nécessité d'apporter en la matière une sincérité entière ;. et,- peut-être la connaissance.de la ..psychologie de semblables états dame egale-t-ëUe en. valeur l'expérience même dont je me suis proposé, en' premier, de vous entretenir: Bien qu'il, m'en coûte, je le fé- ■■ p % ète, de mettre ainsi à nu les secrètes parties de' ...mon âme, je .confesse que,, si le sentiment éprouvé immédiatement fut une profonde dbu- : leur,, mélangée de haine et d'idées, de vengeance contre le misérable complice, .cette . affliction né dura pas. J étais à ce moment. dominé par lapassion que m'inspiraient mes récherches sur la sug- ■ gestion,, a. ce .point que surgit., aussitôt dans mon ' esprit, assez confusément d'abord, , la." pensée de tenter une expérience qui ne. fût pas ié laboratoire. ■." W V -Î- ? et homme ne m'appàrtenait.elle pas, tant d après . la , loi naturelle ,qué d'après lès lois ' : sociales, et n'y. avait-il pas là une occasion sans

' décisif f r ° mTe ' m ' a ^ mà ' viU ' Tek P é rime»tatioh

»Que si ces sentiments vous semblent inhu- • mains, a priori, vous me;. laisserez les justifier pour que j'évite au moins tout reproche d- illogisme ou de cruauté, et jusqu'au soupçon d'un tel blâme. Vous n'attendez pas toutefois que j'évoque devant vous des arguments sentimentaux, non plus que je m'érige à vos yeux en manière de justicier rigide, qui, à la facondes héros dé Vega ou de Corneille, estimerait le seul baptême du 'sang capable 1 , d'effacer l'outrage fait à son honneur. J ai toujours tenu» d'nne part; :dans ma vie et dans mes écrits,, ce principe dû . talion pour sauvage, pour indigne d'une . époque civilisée * d autre part, j'ai souvent professé, l'absurdité de ces doctrines, hélas trop facilement acceptées et . qui tendent à , voir dans la peine une' compensation,, un rachat du crime: — du crime, irréparable ■ par essence ! — ou une punition nécessaire — alors: que lé droit de punir n'est nul- .- lement. tonde et la punition elle-mêméj. un acte de barbarie, sans excuses — ; aussi ne pourrais-je, sans manquer gravement aux principes auxquels je suis attaché, esquiver, par ces considérations banales, une responsabilité, que je né songepasànier. Dé plus, je tiens à vous donner le clair exposé des raisons qui me dictérent cette .pensée, plus haut exposée, et militent en faveur dé l'acte, sa conséquence, logique rigoureuse, légitime, que j'accomplis ensuite et me propose précisément de soumettre à votre appréciation.

'.. »Ence qui a traita l'adultère, si nous examinons ce manquement aux lois en faisant table , rase dé toute fausse sentimentalité, en, n'accordant pas acces^ aux ■ considérations d'amour-propre, de vanité personnelle, de colère, toutes égoïstes et contraires à une idée dé pure justice, nous ne manquerons pas de nous apercevoir qu'envisagé sous ce seul aspect de délit social, il ne cause aucun préjudice gràve.aucun dam sérieux à la masse et ne suppose chez, ses auteurs qu'un taux assez

faible de criminalité; Aussi, punir ce crime de mort^ comme le ïoât certains maris outragés, lïï'a toujours semblé, excessif; Comment, sériez : vous en droit de me demander, me suïs-je ainsi mis en " ■/

" contradiction .avec mes propres théories ? Eh bien, la contradiction n'est qu'apparente! .

à J'estime, en effet, qu'il est à la. fois puéril, illusoire et dangereux de déroger aux commentions, de la Société dont on fait partie. Par. exemple, .je . blâmerais uii capitaliste qui; convaincu de la misère réelle llèutourant et de la funeste influence , dé sa fortune,, s'en, débarrasserait spontanément,, se figurant ; accomplir, un acte d'équitë< alors cju'en ; réalité sa conduite aboutirait à le laisser injustement désarmé dans: l'âpre lutté pour la vie; Or, constatant mon impuissance à réformer^ pour' ma part, . l'iniquité; dont j 'jetais témoin, j e pouvais .

'. nonobstant, et en me conformant aux lois.sociales, , : tirer parti pour un pljis noble but de ce qui, généralement, ne sert. qu'à une. banale vengeance. . Il* n ? én est pas moins juste de reconnaître que l'espoir d'obtenir- enfin un.résultat positif, après ; des années dé travail et d'essais hésitants, battrait scientifique d'une telle épreuve, ne furent pas .,; étrangers à ma détermination, d'où, j'imagine, la sorte de satisfaction, qui ne tarda pas. succéder à , ; nia prostration première,: .

>Le 18. avril 18. M à 6. heures du soir, l'épreuve .

fut tentée dans mon laboratoire,' où j 'avais convié .■■'L..„i un des : sujets, hystérique mâle, dont on

trouvera l'observation détaillée dans le tome, III

^de.mes Essais sut V Hypnose, p. 147. A cette . ... epoqtie, cet homme, quoique n'étant plus dans

mon service hospitalier, voulait bien se tenir à

de mon dessein, tant en raison de sëis antécédents parfaitement honnêtes, de, son caractère doux et timide, qui m'était connu depuis longtemps, que pour la facilité avec laquelle oh obtenait chez lui

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le degré profond de l'hypnose. Plusieurs fois — le fait est. consigné dans son observation — j'avais ; noté chez lui la. réalisation de suggestions posthypnotiques, même à des délais éloignés Je 1 endormis par ma méthode habituelle, etl'amenai .a la phase dernière du sommeil. Dans cet état

jelniintimaiformellement,etàplusieursreprises 1 ordre de tuer : « il tuerait ; il voudrait tuer. ■ ■ il ne pourrait faire autrement, etc. » Je . parvins à . lui faire accepter la suggestion, après une résistance et des dénégations qui. ne durèrent pas moins de.35 minutes. Je remarquai que v dans les courts intervalles où je réitérai l'ordre; il semblait s établir une lutte-entre la personnatité,apparen> ment dédoublée du sujet, car il s'échappait de ses ie vres des exclamations entrecoupée s : <ç Moi. tuer ?. il le faut !.. »" prononcées sur un ton dîf- . férent. Lorsque je fus assuré qu'il existait de sa part une soumission absolue, je précisai les détails de 1 execution.Au reste, L.... demandait sponta- *ement,deja possédé de Vidée-: «Tuer qui»? Je lui indiquai explicitement la personne.qu'il aurait à frapper, mais à" ce moment je m'aperçus que, dans ma préoccupation,' j'avais négligé de préparer larme nécessaire. Aussi, ■ désireux de ne pas prolonger outre mesure cette séance, encore moins de. la recommencer, les circonstances pouvant ne plus être aussi favorables je.- ■ lui repais un marteau d'autopsie qui traînait sur la table du laboratoire. Cette négligence cons-

- i** a j ? • P 1 ï entune preuve matérielle de la •reaim du fait.. Je fixai naturellement de la façon

la plus précise lé lieu ou devait se commettre l'attentat, et indiquai même à. L. ,'. . la manière de procéder a,-. 1 attaque. Ce n'est qu'après avoir fait repeter, pour ainsi dire, .chacun des épisodes les

PlUS minutieux (îe la wir,» >^„* :* j'.,.' *•

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souvenir de. rien.

2» rapprenais le lendemain là réussite de Feipé-

rïence : : le meurtre paraissait s'être accompli dans les conditions exactes que j'avais déterminées v et : l'expertisé médico-légale, démontra que la victime", avait succombe aux suites d'une fracture de 1-occipïtal, produite par un instrument contondant, . dont là forme.était exacteàient cèlle.d.'nn marteau d/autopsie — ce qui frappa les médecins, au cours de leurs. constatations. Je n'eus pas à intervenir pour justifier k .1, qui ne fut pas soupçonné, du reste^ pour des raisons particulières; l'affaire, dont • on retrouvera- facilement trace dans.les journaux ' d'Avril 18.,, n'eut par de suite; judiciaires; ■

■ » Ultériêurernent, L. . i : , que/j interrogeai sur sa 'nuit, ma. raconté que. sans dôutè il avait eu une . • des crises nerveuses dont il . était, cqùturtiier, pendant là quelle il aurait eu un saignement de . ■ nez, comme- cela -lui arrivait quelquefois,- car au réveil il était fatigué.; et ses- mains portaient des . traces de sang. Mais, mis. en état-' .de.'somnambUT lï$me ? . il me retraça avec épouvante; la scène dû meurtre, et j'ai pu me rendre compté par 'ce nouveau témoignage; de là valeur absolue de cette ■ suggestion post-bypiiGftique. , ' \ :

. ^ Ce fait constitue donclapremièréobservation , scientifiquement etablie.de la réalisation effectuée 'et complète d'un crime suggéré pendant l'hyp- ■ ,nose.;Il démontre quun meuirtre. réel à .pu être, accompli avec poxïctualïté par un. sujet, transformé, alors en lin -véritable impulsif ,-. qui a exécuté sans hésita tionttne suggestion criminelle.;;» : ■'".•■* ' Gaston Banville, ■

tâRïiffiîpp^

Ao . . . MERCVEE DE FRANCE

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