SUR
«.LA DAME DE LA JfÀER i
D'ans la nuit où nul bruit, nulle- clarté ne rappelait . la vie,' r— brilla l'éclat d'yeux, verts étrangement et grands. Et se dessina la hautaine forme d^me femme toute vêtue de splendeurs blanches, — :én mon rêve ! . Elle dit très simplement, "— et -sa voix était une toujours même note, triste, et sa parole, lente comme d'une qui veut être souvenue*..
■ Elle dit : ■':,■.*■"'..
Je suis celle que, vivante, ses proches désignèrent : « La Dame de la Mer >x Et je fus vraiment ..-cela. 1
Dès mes premières heures de vie, je respirai cet air qui rend amères de sel les lèvres, -—et nies tout premiers et incertains pas me guidèrent vers où meurent les vagues, ; — d'où venues ?
Toujours, je. fus la compagne de la Mer qui m'avait liée à elle parTabsolue; possession dé mes. sens: .-'■-!'
Je touchais ses algues mystérieuses ; ■
J'entendais ses eaux parlantes ; ■ .
je les goûtais;
Et les sentais ; \
Et, surtout, je voyais la Mer,.. *
La grand'Mer en moi pénétra, par la quintuple brèche, et remplaça mon âme qu'elle avait noyée I
Ainsi, je suis devenue Celle que disaient^ sans le savoir, mes proches, pour .seulement m'avoïr vue contempler les marées et frissonner comme si, au lieu des rochers du fjord^ elles m'avaient caressée, Moi. V
Airisï ; je suis devenue vraiment la Dame de la Mer, - -;■ '" ■ ■'.■■■'-
FÉVRIER 1893. " \ ■ . Ia 5
Pàtce qu'en moi était la Mer, et nori une âme ..■
humaine I •''■ ' j/ '. . - : . ".;. /."'.'. \ ■ ■<■.".
J'ai vu le flux- et le reflux sans jamais .savoir:
quelles choses étaient amenées .et emportéesyni d'où Venaient, ni. où allaient ces choses inconnues 'mais que je; sa vais exister. \ ■ .
Pourtânt/ief connus un. homme qui /était venu sur la Mer, — d'où ? Elle, était en lui comme; en moi : je le vis à ses yeux inquiets et verts,. étran-
. gement : ; . . ■ . .■ .. : , , •*"
Il était V Homme, de la Mer. .. ; ; : . ; :
Parée que ce «devait» -être, nous fûmes *nn ;a - ■l'autre liés; Il m'ordonna de- venir à lui. Je n ai pas pu n'obéir; pas; car, lui, il savait d-pà rement ; la Mer ;le prestige de cette science, força ma
: volonté; . V, ■. , - ■ f 'V ir ■ A ±
A la face mouvante, insaisissable, plurielle,; ae
la Mer,. nous, fiançâmes nos âmes qui étaient << de la Mer », et nos corps furent unis par ces solennelles %nçaiUes^^ le corps obéit aux . ■-.
dèssemsde Tâme, simplement, , .
V Homme de 'la Mer retourna . sur :1a Mer : 77* où il savait, où j'ignorais! Il me dit avoir tué un. hoihme ; que- cela était juste, mais qu il devait partir cependant à; cause des autres hommes qui l'auraient châtié comme dune injustice.... ■. ^
Getiomme avait des yeux inquiets, et verts,
étrangement... / ,-,,:„■,.
; Il advint qu'un étranger me souhaita ponr être la Gardienne de son foyer. On non? maria. selon lès lois y Vest-à-dire que nos âmes n étaient nas comprises dans le marché. Des. ans-nous ye- ■\ cûines. ensemble- Notre intimité : physique ne , rapprocha pas nos deux âmes : car rame ne. peut
être tributaire du corps. / : > *:' ■ .
De cette union charnelle naquit un. être qui
: mourut., Son corps : était fait dé notre chair». . L'âme se reflète -: l'enfant avait des yeux' mquiets et dont la couleur changeait avec celle de la JVLer. Cela signifiait que la Met était en lui, .
ia6
Et que l'union de mon âme, Devant la Mer, avec Fâme T>&V Homme delà Mer ',"■■ avait été féconde....
Et celui-ci revint II devait obéir à, la Mer : , s'en -aller — c '"
reflux. Certai ^ o ,
me dit que je «devais;» le suivre^
Ainsi, Rien de moi ne m 9 appartenait plus 1
Je résolus de reprendre mon «corps», et à cette fin je prouvai à mon époux qu'il devait y renoncer, car ■ ■■-
VHàmme de la Mer était fort, sur Moi, par sa science ( qu'il, ne m -avait apprise) d'où réviennent perpétuellement les vagues.
Mon àme, qui, à vrai dire, était un peu de la < Mer», brûlait d'acquérir la connaissance de. cela qtCellë savait devoir exister au-delà de la Mer. ■ .,■,.,:
L'heure approchait; du reflux...
Les hommes à qui m'avait liée le double pacte furent alors l'un devant Vautré. Ils voulaient; chacun, avoir plus que selqn le droit.
V Homme de là Mer parla en maître. Il était lécho de la Mer dont l'inconnu pressenti, dont ■ r«horrible» (i) me sollicitaient.
Mon «époux selonla chair» me rendit toute liberté ! J'étais donc. 'ma propre .maîtresse de sa-. voirl Je pouvais apprendre ce qui était , au-delà des eaux parlantes^ connaître où le reflux emporte là marée ! Tout cela qui faisait V Homme de la Mer puissant sur Moi,, tout cela, je ja pourrais
SAVOIR ! , m . ■
Et il m'apparut que serait autrement supérieure la jouissance dé n'apprendre pas ce qui, désormais, était en ma dépendance,
Et de me reconquérir toute ! ■ . ■
v j£L m Au J° nd ' - c? S st g 10 " Jouissance que (Tattendre fépau- M?feîc?~ /**«#*, -par Henhik laser, tadF L
ÈTEVRTEK 1S9?
V Homme de la Mer s'en alla,; sur la Mer, verscet au-delà, sans attirance; puisque ]e Pâtirais pu connaître, .puîsqùll serait devenu le TaBgiHe ? le Concret, selon: ma volonté. ■', . ■'■. v : .'..!'"\ .
Et la Mer, ette 7 méme, à cause de cette révolte,
et voire, chassée A — se retira <Tèu' Moi:
Je n'étais plus là Daine de. la Mer L~- : Libre dïspeasatcîcé de -moii Ame et de mon corps, feu fis don volontairement à celui dont : lès lois n'avaient fait ^ueerépoux. de mon corps>> - . et ]è songeai avoir auprès de Ixri
non des devoirs à remplir, * .. ' ^iiaîs à me dévouer. l.L.
La forme hautaine de la^femme, toute Têtue de
.splendeurs blanche^ Wéranourt-dans là nuit,. où. je ne /.. vis .plus lmreTéciai: de ses yeiix, .verts étrangemèjxt- .
êt.grands-- ' ■ ' ■ " :
'* Une femme' apparut* ' ■ — en mou rêve! — assise à mon çhëvet, et. qui brodait::.- 'Elle portait de très ■ ■ simples vêtements,..
-. Elle dit.' sûr le ton. d'un' ordinaire bavardage : ..*■■■, :
Peut-être la Mer n'était pour rien en. tout cela ?„» ■.'.-...
; Mon mari était mon aîné de beaucoup plus que. . : . Par lui, j r âppris certaines sensations. J'en pusdéduire qufe .d'autres encore,'' et d?autres infini- . ment, existaient en dehors!
d'aptitude ou -lé maître pi
ayant appris tQ-utœ qpieje me désolais de ne s
pas, je fus heureuse, corps etSmsl ■.
savoir
A son tour, & brodeuse âotsparaÉ,.- — e V nion rêve I Enfin la remplaça, debout à mon chevet, et nue, une autre femme,-' doirt Tattitude était chaste. ,. ' ^ . .
Elle dit, -^ et sa vois: . témoignait de la sincérité de ses paroles..-. ■ : ' : •
Elle dit : .• * : ^
isS
MERCVRE DÉ KRANCE:
En la Mer, j'aimais; : '■■"■■ '*
' La variété de ses courants, la diversité des forces agissant en -elle, la pluralité de ses aspects, sa mobilité, sa voix,
^ Qui résultent en. très parfaite harmonie, pour n avoir, agi que selon leur nature !
Et je songeais : ; :
L'humanité est telle que là Mer, Les hommes
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des arrêts préconçus qui dictent aux îug es leurs sentences ? . / °
Les hommes comprendront-ils enfin la nécessite de remplacer ces lois, établies par quelquesuns, dans un but égoïste, — par. les mutuell dévouements, librement consentis, et nobles qui concourraient. à l'Harmonie Universelle ? *
J>imaïs la Mèr parce qu -elle m'avait semblé limage, de la Société révéeyet non pour elle-même,, comme 1 ont cru les ignorants dui m'appelaient :
La Dame de la Mer,
Au lieu de :
La Dame de TAn-Ârchie! '" ■ . '
Âpre s ces mots, disparut ma troisï ème>ïsIon . . .
Chàrles-Henky HlRSCH/ "
FÉVRIER i%-
F&ÀTERlsriTÉS IDÉALES
A Semy de GourmonU ■ ; !■
..■;;.. « In cariie enîtn ambulantes non V ....,-..■■.,■..■ secundnm carnem -mUitàmus V '
. S. Paul. Cor., IX. 4 Q . 3
sensation nm: encore . SslnâTe^un^df noWd^
la vaieur^ns^c^
tout ensemble dans lé soutenir ca? fl &2^" d ?'
Le peintre murmure :.i'La. ; valêdr' ! «S*^^- : ^mystère et la motion, lwSSTumto rfc
d<£ c^L^Î '" W*** de * éyahiations 'qStatiïes * ."'
■ •■•■-,' •' ■•'■.'■ - ' . .■ ■§:.■ ■'.''■ \ ' . • ■'. ; tin sot venant d'écrire quelque part que «l'i
ironisine; étant ana-
ntablement, cela eue en, moi tout ensémpte, - ' '.
ï 3 o MERÇVRE DE FRANCE
Ce même sot, et d'autres, invectivant « la littérature
fondée sur la via artificielleàu cerveau, des nerfs, et
non sur la vie profonde du cœur >,me feraient désirer
violemmentrétatd'âmedVn.matérialisteintransigeant.
Qffeussiez-vous dit, Cabanis, de. cette nuance ? Et vous, Edgar Poe, Baudelaire, comme vous auriez souri de méf>ris à entendre proposer d'écrire/les livres avec le cœur ! Te respire là le relent de la fainéantise , de la lutte renoncée avec l'expression rebelle, de la diarrhée sentimentale excusant sa syntaxe par son émotion, et tout le drapé du demi-romantisme se dépenaillé en nia rêverie, hantée au spectre hâve de Musset. Ceux4â nous incriminent d'avoir respectueusement scruté la pensée des autres, ils raillent nos intelligences * meublées *, eux qui jugèrent plus simple d'ériger la leur en exemple, parfaite dès l'origine certes ! suivant leur goût; Mais cette pâleur sur le manuscrit surchargé, cette aile chimérique insaisie au-delà du cercle d'or de la lampe, et aussi cette fierté de n'offrir de soi que le suprême, en leur âme grossière que tout d'elle-même ravit, les conçoivent-ils ?
Minute surprenante, où lé nom <T « intellectuel » est devenu un signe de dépréciation sur.les lèvres déjeunes hommes qui s'immiscent à la littérature I Ils seront des « sentimentaux», paraît-il : ô fauteurs àès romances de 1840, piétinerons-nous le souvenir de Baudelaire et de Flaubert^ pauvres «bûçheurs>,pour revenir à vous ? Ceux-là n'ont jamais soupçonné ce que le génie quasi-. ' fabuleux d'un Verlaine recèle de patient labeur,, de science orchestrale, de respect du mot,d*amour illimité. de l'écriture : vers faciles, disent-ils, et naturellement produits par V inspiration. Bons naïfs,, comparons , voulez-vous, l'esthétique de Sagesse. et celle àejocelyh ? ■■ . Intellectuels. Le mot garde tout de même sa noblesse et sa valeur d'art. Dans ce temps où le panmuflismé prédit par nôtre Flaubert -contamine tels nouveaux venus, futurs parlementaires prônant Vogué ou insulteurs des maîtres d'hier, notre groupe qbstiné demeure, amants de la vie cérébrale. Le génie d'un Oœthe, d'un Mallarmé ou d'un Caflylè nous (émeut. Le cœur, ce cœur, le vôtre dont vous parlez, gardez-, le et créez ce que vous pourrez avec ce viscère encombrant. Nous prétendons exalter - autrement le nôtre,
tri-
; fi nous^ejfaisons pas, comme, vous, des Jivres avec les petites frasques de la vie privée • .Le cœur, votre cœur ? Vous dites. bêla comme cer-' St^ ^ : J ,ai jnal . au cœur. Vous n'avez, quune indjges&oni c'est du ventre que vous souffrez", ■yos racontars- d amourettes: contrariées, c'est la ^^Uttë-
S^ Vot — ld l^ ^^ se un -onanisme, " votte . philanthropie un désir dé parvenir, . - °.
„: ^g^S??. a PP«s<ians;Fichte et. dans Emerson S^ ^f* idéalisme que celui des romances. Le don du style, le goût esthétique est. notre défense • il vous
^^.coinmode de bruiner en là proclamant musoire et négligeable. Mais peut-être Êiudra-t-il du temps; Là passionhéroiquè de : ViUiers, le sentiment dé Verlaine nous les glorifions,. nous n'en voulons point d'autres nous , les; avons .et. les godons, contre ^vOus , malgré vos ingérences et .vos poses. ', " 8 ■ .
fi£*^W * in ^ a ? ie triste ' ° ri . a l'art comme on a la
•■: ■ .«tf*?. chtœiW3M.Çela. ne concède nul droit, nulle revend
.diçation,, nul mente :c'est un état dont on souffre, et
voilà tout. Eu*, paradant, et pareils à des femmes ïmi-
,tentavecplaismlamièvreriedesconyalescences,étalent leur sentirent, sedisenjt inspirés.*.. Pauvres au souffle' ■ court. L. Leur marne est fatigante-.. Ceux-là seuls, bien rares, qui. savent le. secret d'une page d'art,. peuvent dire ce que sont le sentiment et. l'inspiration, la Snce
-:: SÈSeï Se*^ ?> *\?*Ê»* : Sentimen-
JLa passion !• Mais, ce sont ies. seuls intellectuels oui
Œ 1 ex P" œ |^. Si le. cerveau né concentrait jL
dansl œuyre.les désarrois, des sens, où serait l'œuvrit?
Est-ce. que l'Amour est en dehors du paroxysme du
moi r . . ^ J ■■
. Et ce mépris de la forme au profit du fond ! Suprême incarnation dune cuistrerie normalienne .ignorante et ennemie de 1 art I. Le. charme, mystérieux qûr allie au mot bien serti musicalement dans le vers sa pius exacte signification, -ils ne. le sauront jamais. En art ils ont inventé cela le fond distinct de la forme :' étranges dessma^ure/sçulpteurs absurdes ! « H faut savoir: son métier etréfléchu-, fi ne s'agit pas. de Rêveries yen* au ciel et de répéter. qu'on:a.une aine pour faire une bonne chose. »■ Qui dit cela ? Puvis de Chavannes.
i 3 a . ". MERCVIŒ DE FRANCE
. Rodin, Carrière savent cela : d'autres, heureusement,
-■ encore. . . '* "- ■■:".
La facilité, l'improvisation, le dédain de la. forme—
Partout où l'on: prône ces lâchetés-Jà, instantanément
pullulent les gradés en Sorbo.nne ^ les diplômés , les
pions gardiens d'institutions, désireux de nous in-
. téresser avec leur âme, leur cœur, leurs, larmes et
autres denrées. Dans le naturalisme, au moins, l'on-
travaillait : ceux-ci bavardent.- Et puis, la désagréable'
odeur de sacristie, de bureau , de çhambrette où Pon
est bien à vingt ans , apportée par ces intrus: larr
moyants ! Odeur aussi de [maison close, car l'amour de
la cousine ou l'allocution à la fiancée n'excluent point
ce que ces messieurs appellent «la passion ?. Mais est- '.
ce qu'ils pensent avoir un point commun avec nous ?
Décidément, des choses ne seront que de. nous seuls
comprises : c'est notre luxe. . -
Mais, consolantes de tout en sommé, pour nous, que peu d'événements sollicitent dans les échéances humaines, les fraternités idéales s ? essorent. «: Marchant dans notre forme de chair, nous ne combattons point
selon la chair. > Voilà où se reconnaître et. s'estimer;
avec cela ce qu'ils nomment œuvres, d'art : notre famille connaît d'autres sollicitudes. ....
Admirable Nietzsche qui écrivit que.râme supérieure ne doit point regarder en haut, mais en face d'elle et : au-dessous, ayant conscience qu'elle. '-est. elle-même en haut I Là est notre individualisme., la règle de notre ordre : Tart. est le mode de manifestation et; l'éclat même de notre moi- Elle crie, notre conscience : ■ Périsse tout, pourvu que l'art survive 1 Tout naît d'elle, tout y retourné, notre balance juge le monde, et lavalidité de. l'esprit humain se prouvé en nous : c'est notre rôle. Comme un mal primordial^; comme, une, . émanation des ombres terribles, il ne peut s'apprendre . ni s'éluder. Il ne rend pas heureux, mais cela ne regarde personne. Notre façon de bonheur n'est pas celle des autres.
Le poète, ayant conçu les vérités qui demeurent derrière les formes, noue en un geste de grâce et de
JFÉyRIER'r%
ryi^e les innombrables et fines relativités des formée* ■ ^"^s noue en. une seule. tresse idéale, chevelure, de . . Bérénice ou parure d'une glacée Hérodiade, et de ces eneyeux^annelés, comme un amant fidèle,Il se fait une bague. Puis,: ingénu,; il se penche: sur le fleuve des tumultueuses apparences qui étmcellent, chantent ^t s enlacent fugitivement: et il contemple en cette onde courante: son image immobile. . - ■ -, > -
: - Poète.qui portes, tel Gygès son .anneau magique ton âme au doigt, sk tu tournes l'anneau . des mille allusions que Ion nomme réelles, il te fait découvrir et. percevoir,^ et, comme le berger ancien, tu n'es point perçu Tu peux: ainsi te proclamer roi du peuple des symboles aveugles. . . -
Poète., Narcisse qui imagines le monde et y contemples ton image, reflétée, ton reflet ne te perçoit pas. Se manifester , c'est ; être semblable à la lumière qui n existe, que parce qù- elle- crée l'ombre : car si Tombre - r concevait la. lumière, eUé serait eUe-même la lumière; .Mais elle ne sait nen. , .'■■ ;■■'•.■'.
}■' Castor, et vous, Pollui, Dïoscures^ vous revivez éterneUement. Oui, Tun fanant en lui- Tapparat dW fcéros, â. 1 instant jaillit . l'autre, le héros" en son idée première. Il devient tour à. tour le dompteur de eéants et le cavalier surnaturel; et puis il défaille, et fautrè :immortellement, surgit. Symbole de l'âme transfigure par la légende ï Dibscures, fils de Dieu comme-toutes les idées pures, ils sont les deux aspects fraternels d une -même idée.. Lorsqu'elle est en puissance dans 1 âme qui la manifeste, Vidée est morte au; inonde ex* ' teneur, elle se nomme Castor ; et en le même temps cette idée s incarne et réagit sur les apparences sous la forme héroïque de Pollux. Et puis, inversement, ce gui ; s incarnait se délivre^ de l'apparenee charnelle, ÇoUux meurt, et, l'idée ne pouvant demeurer latente' Castor . bondit, armé dfe toute sa gloire: Et. ce sera toujours ainsi, . en une; naissance et un trépas parallèles: Ce mythe éternel, c'est révolution du savant, le rythme du poète, le moi et le non moi du philosophe. ■.- La vie est faite de relations. analogues; Fleur flétrie da.ns ma main, ta; mort n'est qu'un mot ,: il mereste de toi 1 idée ;de toutes les fleurs que tu me résumais par ta présence. Et si, la main tendue vers le mirage d'un bouquet, .je referme les doigt s^sur -une de tes soeurs :
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plus yivaces, je substitue à ton idée une appàrerïceqm m en. restitue de nouveau la gloire. Ttisqu'àçeque : tout le bouquet étaMîané, e£ nja, main vide errant dans 1 absence de sa pureté,renaissent dans mon esprit éparse, la multiple notion des fleurs qui le composaient; une, la notion du bouquet entier. Idées qui, évoquées, me feront concevoir aisément par leur sou-
- venir, dans le tumulte indécis de mes sens , l'exacte , disposition d'une nouvelle gerbe parfumée- Ainsi s'ordonnance le rythme varié et multicolore des apparences
: selon Je secret dessein de Fidée pure. Plotin savait cela, Hegel 1 avait clamé, Carlyle l'a redit, et l'art de
- ces temps renaît sous cette nouvelle étoile au ciel métaphysique.
Nous sommes liés aux artistes morts par des liens auprès desquels s'éteint toute. illusion familiale, tes harmonies élues sont tissées au. silence comme des pierreries. La magnificence éternelle v le nimbe et la chape dor dévolus au poète, par la légende ne naquirent point d une erreur pour qui sait hausser au symbole ce faste héréditaire. Le poète est séparé d'Isis par un voile oùfulgurentà son contact des. musiques de lumière et des joyaux sonores- : il lui faut soulever ce voile pour que la Révélée se .tfomme désormais psyché. Songer au secret des aînés qui le soulevèrent, cest ce que Nietzsche nomme %■ la gaie science.*. Ce sont les fraternités idéales.. Nous avons notre langage dans le silence, nous nous entretenons souvent avec des morts, nous avons des systèmes de signes et de tacts connus de nous seuls. Un nom prononcé, et la minute première d'entrevue jaillit à dix ans en arrière * on s est. rencontré depuis toujours. '
Mon cher Gourmont, une note d'un incroyant pour vous remercier de. l'envoi de Liîith : peut-être l'épinglerez-vous en marge, ;. - . % .
— • L'homme ne peut ; devenir un symbole absolu. ' b aimant, et là est le principe même de ^personnalité, il tend à réunir en lui le- moi et le non-moi II va .vers l'identification aux lois naturelles, à la divinité Mais sa modalité substantielle et. phénoménale, sV élargissant, se déforme par là même : et c'est la mort. L'homme, ne peut se concevoir idée pure! Il ne peut
FÉVRIER 1893V v -
concevoir que sa chair, dépouillant toutes ses attributions et tous ses modes pour contenir tous modes et
attributions concevables, et restant pourtant. identique, ' devienne la preuve substantielle.de sa connaissance de
, la cause. Voilà l^inique antinomie, Ténigmë de Jésus. La chair de Narcisse est bien remanie en illusion yégétale datas là légende païenne : mais par /un autant inexplicable miracle ! LTiommè tend en sa raison intime à/cette résultante. La mort empêche que Fètrë s'érige ensymboleV eii signe' visible dû Verbe. Et c'est à, mon sens la seule conception possible du, Paradis : il ne doit être qu'idéalement, mais il est.
Ainsi la secrète permanence de toute agglomération
. atomique humaine s'oriente vers le dénombrement de ses symboles iutur's. C'est ce qu'on appelle le rêve.
.'■ Cest ce qui. détermine les. actes de l'homme, sa part de réciprocité dans les commotions; ethniques, ir est nécessaire, que Thomme ne soit qu'une fraction symbo- Hqùe, et il tend à être un symbole universel (c est nous qui progressivement créons la notion Dieu, dit Hegel) /'
à être, en un mot, Jésus, à représe^ér l'idée toute de la Divinité* .-.■ V
. Jésus est doncTArtiste par excellence . puisque celuici veut, être maître^ par une récréation, de tous lesi
. mirages de la substance. "..."'.'
Ainsi, en ce débat' métaphysique,, mon incroyance peut-être . sacrilège, désire instinctivement s 'allier à; vôtre foi, mon; cher amji : et nouknpus' accordons. sur un nom qui, délicieuse coïncidence, se trouve êtreïe signe même de toutes les fraternités idéales. ' '
- .; ' - '; Camille' Mâuclair. * '
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