DE L\ « IMPUISSANCE D'AIMER
- Pour ceux qui' se bornent! n'admettra dans lé domaine, du réel que les -seules manifestations grossières, vulgaires pourrait-on dire, du Malêtre/ . telles par exemple les; douleurs physiques, cette tmfmssance £ aimer, essentiellement psychique " ^fiection. purement mentale ,-, est bien près de ' paraître 1 illusion de quelques désabusés, Terreur de faciles et volontaires, désolés.' Serait-ce qu'elle' n existe pas, en réalité? "et ^orsj'amôur ne teprë-' : ■ f nterait^ilquun gentiment; sinon banal, susceptible du moins d'eclore en -toutes les âmes ? • '■ ■=- :•: ie± n est pas notre sentiment, et nous avions tente — dans un. . roman paru, récemment { i)
-vJSS^ 6 ** ■ nU ^? 8 ^P ^ nous, rendent 1 amour inaccessible à certains. ■ Cette . thèse
nous a yalu,dela.part.deM.A.Vanette(2),une ingénieuse critique. D'un côté, la valeur des ànmments invoques dans son article à rencontre de notre théorie, peut-être au fdndplus philosophique
que littéraire, justifiera que nous y reveniohsfci; de 1 autre, l'intérêt que le sujet emprunte égah^
ment a la place qu il occupe dans la psychologie générale de la sensibilité et à celle qu'il a prise^etous temps dans les œuvres d'art légitimera les
développements dans lesquels nous d'evrons en- . Tirer* * - ■■■'.-■',
taj ,Y. Mercure de France, Janv. l^VNitis sur VÀ.mour..
.Prenant texte, comme ; c'était son droit, de la seule affabulation du livrç, notre contradicteur la * compare à l>xp<>sé d'ûiï tKéorème, dont la prppositLon^ënohcerait, ainsi : certains êtres rie peuvent aimer d'amour -passion; Toutefois; à son sens ■
;- «la réalisation : de l'amour dépend delà correspondance entre elles de;|aicultés déterminées, ou encore, pour plusde. précision, à supposer ramôur -
, mensurable Car nn' appareil gradué de 1 à., ioo;" et : 1 amour-passion - réalisé à partir dé 8o, tous - ceni '
dont le maximum de dynamique passionneUe sera inférieur a 86 Réprouveront jamais Tamour-pas- ■-- sion>. • ;.''.'■'. ;; ;.■■:."■*"* v-""'" ' : ' ' . <- " . ■■■■ \\\ .$irassimilàtioii:de Ja démonstration de 11m- : puissance <T : aiuiêr à celle, d'un théorème ne saurait nous, déplaire, du moins, est-èe à cette condition que, poursuivant lé parallèle; on procède de la même façon qu'en géométrie;On'partirait,dans ce cas, soit d ? axiomes r de postulats, soit de propositions déjà reconnues vraies, . Nous sommés donc amené à. exposer en premier lieu quelle est selon nos vues,; la nàiure "dàramour-passion et quel -en ; est le mécanisme psychologique. Nous reproduirons simplement à ce propos quelques^ mies des conclusions d'un travail que nous avons entrepris sur ce sujet (iV et dont notre roman n est /du reste que la tradûcgon Uttéralre. ...
f I — /-- Vamoùr^ produit dijSFéréncïé dudé-
yeloppementémotionnelaupbintdè.vue pTtysià-
. lôgwue, modalité particulière du mécanisme gé-
. . péral de la connaissance au point de vue psyàkor
logique, loin d'être une . forme morbide et de ré-
gression, ressortit à révolution mentale, normale
■ 'et progressiste. /* /',*'-"■
- 2> IL. —.Cette manière de voir rend en effet ;; mieux xompte que toute autre, des divers, carac-
fév. 1895O. En s> reportant, , on trouvera' rexposé didactique des arguments 'qux établissent tes con&ïusïonV
i& MERCVKE. CE * FRANCE
tères de l'amour. On comprend ainsi que, cette passion n'existe à son état parfait que dans la . race humaine,. et que chez Thomnie lui-même.' elle ne se manifeste pas che\ tozis, étant donné le rang très élevé qu'elle occupe en: ..tant que : sentiment dans la hiérarchie phylogéniqué.
^ & D'autre, part, la soudaineté de. l'apparition de l'amour chez l'individu est bien en rapport avec le mode dé fonctionnement du mécanisme dldentification auquel il correspond ., . .^
particulière du procédé, générai, mis en œuvre à l'occasion de toute- perception consciente. Com-* ment s'organisent, à. l'état normal , nos perceptions conscientes ? << Les excitations parties des. surfaces sensibles sont transportées par les nerfs' centripètes, d'abord aux centres réflexes inférieurs (où elles peuvent s'arrêter, en donnant lieu, par* l'excitation des centres moteurs correspondants et la voie centrifugera un réflexe), .puis elles parviennent aux centres supérieurs où- se fait uiie^ association (entre les éléments de l'impression actuelle, et ceux auxquels, antérieurement, une. impression analogue a donné iieu), aboutissant à une sélection qui constitue le stade de perception^ La. synthèse: :en laquelle consiste cetté^ perception: aboutit à la mise en action d'un centre moteur su-/ périeur ; un mouvement a par suite lieu, et selon que les excitations engendrées par les impressions . consécutives à ce mouvement font retour ou non aux centres d'association et; s'y identifient, la perception est dite consciente (àperception) ôii non (i). '■ "''■',. -v
Dans l'amour, le procédé ne diffère pas.' Le schéma suivant, qui du reste est calqué-sur celui des auteurs que nous venons de citer,: nous fera mieux comprendre^
(i.) PAULBL0CQ.-et.0NAN0FF, Maladies ktrveuses. ,
FÉVRIER r'%'
SchéM^vexplicatif, de l'Amotir
considéré comme perception consciente ; {pMnpmène dit du cqtjb de FOTORE).
S. Si surface «ensiblé/.E^exci^tion. C.E^V; centre dësélémente vîsiiels. CE. D, c. d .. e, olfactifs ; C E. S; c: d. e, de la sçnsib^té musculaire. Ç ErG, c. d. e,du goût G. E.À,c. d.e 7 "??™ ft * ^.E.T^ccL e, tactiles. L A- R, image de Fa mante réelle. G; M, centre moteur supérieur: M; mouvement j S. S% sensations produites .par le mouvement de réponse, £% nouvelle- excitation -proyenarit de S S', et allant se. disperser aux
*4o MERCVRE X)E FRANCE
" Il i— ^^>.
Au cours de notre vie, diverses impressions ayant Irait aux préoccupations sexuelles sont enregistrées et sommeillent, dans l'inconscient Elles ?ZZ!?? , as , s ° ci , ent R**- moins. selon la logique, des recepts (i), a laquelle la conscience est étrangère pour former- une sorte d'image synthétique: I.. A 1.; JN ous gardons donc tous . en nous cette ôerceû-
^Jl C T Ct6 H e :iï p , eut ardver 0.™ des..impres- sions S. S, recueillies lors de la rencontré d'un
sujet, donnent naissance à une excitation E, oui
après sete dissociée en ses éléments aux centres
ÎSZÏv*?** - C * E "- V '- C ; K D ' «?*• - ^r l'excitation h n est jamais simple : ellese compose tou- '
jours d un certain nombre d'éléments qui, parvenus . aux^ centrés supérieurs, se séparent pour se rendre chacun dans la région de son centre spécifique — et avoir . subi là cette sélection dont nous avons parlé, aboutit à la formation d'une, image, 1. A. R. lien résulté la mise eh œuvre d'un centre moteur supérieur, C. M, d'où un mouvë- . ment M. En la circonstance,.*! représenterait eh réalité la série des mouvements destinés à prendre connaissance des attributs de l'image de l'amante reeiie, i. a. K. Dans sa réalisation, ce travail. en-*
~~.. « T-i ~t ":■"■"' «"•. yciie excitation
nouvelle E sont semblables aux éléments préformes,si donc après le contrôle opéré parles centres d'association C.E. V, G. E. 0,%tc, la synthèse a laquelle ,1 aboutit s'identifie à L A. I, cette identification des deux représentations , l'ancienne, jL .A*. -I, l'actuelle, LA. R, produira la ^» 5 ctence.^ est cette perception personnelle succédant ala perception inconsciente qui, selon nous constituerait la révélation soudaine de l'amour • L on nous pardonnera cet exposé, sans doute ande mais indispensable/ car if résulte des considérations précédentes un fait qui prend, en la matière, une importance c apitale : l>mour étant 1
(r) Cf. J, Romams. VE-oolwticn mentale chez les animaàv 1 - .
FÉVRIER 1895/ i. / X41
considéré côjnnie une perception personnelle, . nmpmssance'-'d^ïmer devient un. trouble partie 'culier de= La personnalité. .En conséquence, 7 rim4 puissances ■" d ? àimer ne saurait, d'après nous, être assimilée à une altération quantitative] mais au. contraire qualitative. La, conception de M, Vallette," .. qui nous fait dire ; 1°/— que la réalisation de Tà^ '.
lui-iftême est susceptible d'être comparé à une quantité mensurable, devient,, de ce*. fait,' au : moins inexacte.
D'une part, il est facile, en effet, de se- rendre compta que toutes, les pièces du mécanisïne, ou, suiyànt l'expression ; de M. VaUettej;' toutes les facultés indispensables à l'amonr, peuvent exister sans- que néanmoins leur présence, entraîne, l'apparition de la passion, aibâoufeusè^.: Seule la communication entre? E ? et les différents , centrés Ç. R V, Ç.'.E. Q, etc..;, est Nécessaire ; lorsqu'elle n'a pas lieu, soit en ôasde jeu ïrrégulier du mécanisme, l'identification. à .1.. A.. L ne se -produit pas! Dans cette hypothèse, LA. R, qui chez un sujet normal seraît.dévenue. Pimage dç raniante : réelle^ consciente, demeurera une image féminine quelconque, *et n'entraînant nullement ' lacprisciencé de l'amour, oui est, bomme nous le
ali point . de vue objectif .
Il est certain, d'autre part, qu'aucune notion de quantité n'intervient ici. Qn[ ne saurait prendre en considération ni V intensité dés représentations mentales, ni le nombre, des facultés dont le jeu est ; réclamé- c'est uniquement une. certaine combi^ haisondQ ces représentations, due a leur nature spécifiquement sembla ble^ qui est en cause. La comparaison . de, ; M. Vallettè, ; pour: séduisante qu'elle paraisse; n'en , demeure donc paè moins,, comme 6n le. voit, induémént établie.
Si nous en venons maintenant^ de cesobjecr-
U? . MEÊCVRJE 3DÊ FRANCE
tiens qui visent la théorie, en. général, aux critiques de détail qui nous soiit adressées, nous aurons à répondre en premier Heu à ce reproché : <<M. Daiiville considère Famour comme un absolu fatal, ce qui équivaut à lé situer en dehors de l'individu. » Nous nous réclamerons* à ce propos, de . la définition dpnnée plus haut et <T6ù il ressort que nous tenons l'amour pour iin simple phénomène psychique- Absolu ? si Ton veut, à la façon de tout autre phénomène considéré isolément Fatal? certes,pour peu qu'on emploiele terme dans le sens de déterminé- Ainsi conçu* l'amour est-il
susceptible de là critique précitée ? Le situons nous en dehors de l'individu ? En réalité, non, et on ne saurait le. considérer de la sorte que par abstraction, pour l'étude, . cela identiquement cpmmë toute autre conception abstraite. Il n'existe pas d'amour, mais seulement » des amoureux, de même qu'il n'y a pas dé couleurs, mais des objets . colorés. Toutefois, les méthodes didactiques s'en prennent, à juste titre, à de telles abstractions ; et, ,dâns la circonstance, nous n'avons fait que nous conformer aux règles établies. - .
L'amour demeure donc un. absolu fatal, soit . mais à condition . que Ton entende par là un phénomène., précis, irréductible à d'autres;, et soumis comme eux tous à un déterminisme rigoureux. Et, en somme, « c'est dans le déterminisme, non en dehors, qu'il faut chercher la vraie liberté puisqu'elle est la détermination par des raisons supérieures, ayant leur unité dans Tidée. même de; notre moi, comme cause et comme fin ». (i) Nous ne nous refuserons pas plus à admettre avec . M- voilette que l'ampur-passion soit « un point . délimité du monde, une île où, entreront seulement ceux qui sont marqués». En effet, rapprochons, comme il est permis, l'impuissance d'aimer d'une, autrealtération de la personnalité, de
(i)Aoted FotriiiiE. Développement de la volonté. (Revue PhilosQphtque, oct^a, p. 39S). v
FÉVBIElt'i89?.; -- : . ■"'-■' 143
la maladie hystérique. par exemple: H apparaît clairement que l'unou l'autre trouble ne Vacquiert pas volontairement,, maïs suppose la prédispô~- -sition, .c'est-à-dire l'existence d'une tare ■ spéciale, , dont* pour nous; sont exempts les êtres . normaux;, les amoureux. Mais cette tare, irépétonsle, kt'estpas constittiéepârrabsence (Tune faculté, . d'un rouage du uiécànisme^ Si Ealéyrmes, notre ., type cté non-ampurerix; -ne parvient pas .à àimër, .ce n'est : pas. parce qu' « il : est -dépourvu d^àu ■moins une. dés facultés dont Rentier faisceau est
. indispeiisable à rëeïosîôn de l'amour^. Il possède au: contraire tous les. éléments requis, mais ceuxci, mal associes,- rie. sont pas synthétisés» Aucun
" d'eux rie : fait, défaut -;. ils restent désagrégés, dépla-
: eés,saiis arriver àla sélection susceptible d'éveiller le centre moteur, et par suite de détérinirier le
. cercle feriné qui correspond àïamour. : ' " ■'■- . .
-M. Vallette, parti, lui, 'de cette notion de
*■ quantité qu'il' nous impute à tort, est conduit à ne plus voir de différences entre le désir intense et Taniour. Aussi a-t-il beau jeu de nous demander ùjie critérium que, .selon lui, «il. n'est pas
. possible d'assigner à rambur-pàssion », cârj ditril, «c cotament, chez des êtres si dissemblables* le constater?^ '■..■'■
,Or, là question ne nous sembleiïuUement insoluble, .;pour • peu qu'on la place à son véritable ■point de vue etnon à celui qui nous est pire té. Ce critérium- n'esMlpàs contenu implicitement dans notre définition même de l'àmoùr ? Nous ayons.
. assigné à 1 amour-passion, un rang parmi les peiv.
. £eptions personnelles : c ? est un fait de conscience v w ■L'on aura donc, pu non, conscience d'aimer. C'est là.le seul témoignage, celui de la conscience personnelle, auquel on soit autorisé à se rapporter. Le critérium demandé, consisté donc en une véritable sensation interné, et par suite il est aussi difficile à définir en termes concrets que la sensation de conscience elle-même* On voit qu'à cet égard -les dissemblances individuelles impôt-
Toutefois, cette conscience A* -ﻫ™« ■ ■ - * de ?aSto a W 6 SM,S f ^ SES :
Certes, et . nous sommes d'accord avec lui Sr ce point, leur valeur n'estpas absolue * cela ref " sort au surplus de ce qui précède ïertcenen" 7 dant a peine besoin de faire remaràuern,,^^"
: miÏÏ ^ ^^^ un .2ÏÏXT îiSïï Secktion ^t™" P ° Ur - Un ; '«^**&$£
nnî^/T le m ? nde e ^ieur. ^ouloï nie? k Fe^faTre^ur lîT^ ~ * «*Mï & ' '
svmDtôme^ <w';f • f! * 5 ré cisement sur ces ■ quER ÎZ Û Z' ent de contéstar. la valeur, ' qu u va lui-même se baser pour conclura m-. V «7»,
.- Nous serions tenté d'excuser ainsi Stté non velle erreur d'interDrétati™ xfl • " ou ~
propres sensations? Je puis, mbi^ouver Ï2
So^ :
SSon de fidS ^ïîî 81 "^? 1 * P^sique. de la sen" \ ton lïfwu ' - fendre compte en me met- S? J* ble que J e n avais pas faim, A fortiori . un autre ne sera-t-il nac àX™ T • Ioruc >^ dpe «rm«*A - P as du PÇ des apparences
des symptômes que je présenterai alors > En ce qm concerne notre : héros, il n'en est pas autr2
ment tes signes qu'U accuse lui ont donhé -, ainsi qn'à d'autre, - im^ d^ramoS! ,
Mais, en définitive, Faleyrmes ne tarde pas à • avoir conscience de. l'inanité de sa prétendue passion. U est séulbon juge de ce qu'il a éprouvé aussi devons-nous en conclure qu'en * dépit des apparences il ri atteignit pas à ^amour-passion. " *-* c ette. impuissance n'est pas due non plus â ce - . . dé ^5 leD ? ent > Propre.àson métier d'écrivain . qui le fit regarder. « comme un étranger^ l'une de
ses personnalités, et contester la signification des ' .
sensa^ons qu il éprpuvait.,Non, ce dédoublement aussi bien que l'impuissance d'aimer elle-même '■ ■ sont, lune et l'autre /dés manifestations de même • ordre du trouble de la personnalité, -qui caractérisé notre .héros . -:'..'
En dernier, lieu; MV iVaUette émet une opinion " décourageante touchant la vanité qui: s'attache à '
. son sens^auxrecherches sur -les raisons d'être des ciioses.! Dénier.ainsi les droits de laScience, proclamer d emblée qu'on n'ajoutera jamais rien à la sonime de nos connaissances, c'est poser une . aHirma^on anti-progressiste vite démentie- par
: 1 évolution quotidienne, et à Jàquellë 'd'ailleurs son auteur contredit, lui- ïé tout premier, tant en ■ ■ ! • lormulant géométriquement :une loi dé- l'amour qu en apportant ' dans Jà -discussion dés données' ■ vraiment originales, des éléments nouveaux de jugement. ;
■ ' Gaston DAnvxlle. .
LA MERVEILLEUSE JL>OXOLOG7E
Dp LAPIDAIRE :