‹ Mercure de France, tome 7Chapitre 36 sur 86 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Aux jours morues, aux jours pesants, aux jours d'angoisse et de misère..;

Une sourde tristesse au fond du coeur vide, et lourd d'autant : fruit de joie que mine et ronge . ï'infime ver imperturbable et silencieux.

L'horizon ? Non, pas ce verbe d'azur où la libertéi s'éploiè. Mais plutôt un mur de brouillard sale, épais, .gui se rapproche lentement, inévitable, raréfiant l'air ;: l'âme s'abandonne froidement à l'asphyxie. ■ " ' .' '■ ' . '

. Lïntèlïigence a clos les paupières sur les yeux inutiles. A quoi bon voir ? Si morne est le jour, ce jour de souffrance au soupirail .sali dé toiles d'araignées. ■*.-'.■

Nous avons connu ces jours ;. et n'ont-ils pas semé de leur semence maudite au champ borné de . notre vie ?

Mais aussi de rares et violentes réactions de la volonté de vivre : alors nous hurlions à la Lumière- ; . nous désirions d'un désirimmense un rayon ; nous implorions Un inconcevable éblouissement, dussions-nous en demeurer aveugle. :

Aux jours mornes, aux jourspesants, aux jours d'angoisse et de misère... . ." ,

Trop las cependant pour l'effort nécessaire, nous nous donnâmes sans pensée à. des besognes qui ne nous semblaient calmantes que parce que nous

Snf^° n K S ^ rdeSi Et àëfnt de longues lectures sans but choisies à: dessein hors • du%omaine ordinaire de notre activité. - " ' e?1 ;-.

ou âSft^^ :

ou.plutot, Se gneur, nous- né; pbuvons pas dire

nnwf IO A- d ! *? Prd ^oureufe, pûïï i £3êptï e " ' noble et bienfaisante, la magnificence desS " : ries radieuses et ruisselantes de joie VinKS ■

.Ainsi aux.massifs parois des cathédrales pleines décence et de ténèbresluit. la gloire poty&romî des ■ vitraux anciens par quilà Lumière supérieure

: ssfiî? ï &a?.-.? ^ **>££%, .

" c^î^ nC no P* Mutâmes -le charme : suranné la

STIirt^S^ 1* Telent de mbml^pxii cière des , vénérables lapidaires, tels Eniofiam*

'3*2 a éo ^^; Mar ^e^d6:nt^ .

SlsSS, 2 ^^ aucnns /S on!p-, .

cerS 8 les m iSÏ de ^ ^^re, ànofcre insu," cènes, .les généreuses gemmes avaient laissé • comme lin reflet de leur splendeur. -*

IniiSt^ 01 ^ s, ^P^rént; des transparences.

£S- de ^es pour nous encore un : P éu nautames s imposèrent. ■" ...?■•■

Et nous n'eûmes plus qu'à- écrire— neut-ëtre «^^aladresseSe la Maine" lulnons

SS^Sr :noire - ce p ** ■*«:?** ;

l'onyx:

„ Sans redouter le sort tragique' qui échut à l'é-

pousede^Loth pour S 'être retournée une dernière

,?ois yers 1 infâme Sodome.en : flammes, jetons un

n?r?,£?o de Contrition sur la.mauvaise.vie, empire de 1 Onyx. Nous avons l'hyacinthe qui para-

certaine aux venins des serpenté : ne craignons

point*

L'Onyx suscite les quenelles et les discordes sanglantes : c'est du moins ce qu'en rapportent les antiques thaumaturgies/La malfaisante Onyx, pierre d'ombre et d^insomnie, déchaîne par le monde les lémures rongeurs de l'envie et les démons familiers du sarcasme.

Onyx est un mot grec qui signifie; ongle, pour ce que cette pierre a la couleur de l'ongle détaché de la chair. Les démangeaisons qui sont la joie, de 1 ongle et qu'il déchire avec volupté figurent les curiosités malsaines dont le Méchant aiguillonne l'esprit de l'homme pour le conduire en bonds desqrdonnes.au précipice du désespoir. Car de même que l'ongle qui n'adhère plus à la chair est un ongle mort, demêmela Science hasardeuse et sans mandat, matrice des hideuses disputes: ne saurait aboutir qu'au néant.

N'avon^nous pas été déjà possédés' par les impurs élémentaux ? Et les fakirs de TOscillàtiàn, les convulsionnâmes du Doute, les: énergumèneé du Vertige et les apôtres de l'Inquiétude /car tels sont les vocables troublants de leur hiérarchie n'ambulent-ils pas encore au milieu de nous- précédés par les griffes de leur sourire et prêts à nous emprisonner de nouveau dans les séductions de leurs filets ? -. ....

Déjà ils nous ont entraînés parmi les lourdes fumées et des musiques semblables aux hallucinations de la fièvre, à travers leurs jeux de glaces illusoires et leurs montagnes russes "psychologiques donton meurt délicieusement uneseconde Longuement ils nous ont fait visiter les profonds laboratoires où toutes les. vermines sont avec amour multipliées, où les. sales cultures fermen-

. tènt v en les artistiques 4pfouyettes et les plus ini^ •! gnonnes fioles; pieusement. Nous :àvons Vu blê- . mes. ^.épouvante, s'étendre . et se propager les sourdes mvasions, , lès louches, prurits, tes côn- • tagieuses gigues macabres du cas-de-conscience ut. voila qiie pour toutes les'danses de Saint-Guv intellectuelles y pour.tous: les feux Saint-Antoine cérébraux: ont fonctionné devant nous lés aiguilles

.empoisonnées des tarentules et les trépidantlsbou- ■iimies des yibnons. :. •...•• ■••... . . '

' Ah J 8&à& ,qtié l'anneau 4e ton doigt né porte en çaboçbon la malfaisante Onyx, évocatrice des ..spectres.^t des esprits d'effroi 1 Tu - ne cesserais plus.de- frissonner aux caresses félonnes, aux baisers amers et glacés dé l'Invisible;. ■:. '••-,,

Lorsque nous quittons la voie' du désordre et " de la migère pour pénétrer dans le monde dé

lùariiionie et du repos, la première manifestation ■ de notre métamorphose est de pleurer.

Parfois aux déserts du Septentrion la terrée : squee de mystérieux frémissements s'entr'ouvre et laisse échapper une gërbè d'eau bouillante oui soudainement -.jaillît vers le ciel, entraînant d*fns / la violence desès vapeurs desfragments dé rochers arrachés aux entrailles maternelles. Mais, parmi les pierres amorphes et viles. que le geyser a vo- ' mies;, l'œil avide dé rhomme ëait distinguer les discrètes splendeurs de l'Opale. -. . .

. m Ainsi lorsqu'une crise: douloureuse ébraide famé jusque dans ses intimes profondeurs, parfois nous sentons sourdre,, dans l'écume, des sanglots haineux, des ; malédictions, et des blasphèmes, unç douce larme irisée dont la saveur, mue en un miel de consolation ramertume du désespoir* Car en c^tte larme .vient de se" révéler, encore que confusément, le caractère non définitif de la souf-> , irance*\ . y*

1X >° mercyre de france :

X'ancestrale naïveté croyait voir l'Opale dis- -tmerdes pleurs perpétuels ; et il apparaît ici tout 4 abord que fable .n'est pas mensonge, mais expression parabolique . et. détournée de Vérité Si

.dpnç la belle pleureuse n'est en réalité, qu'ttn simple éclat de silice traversé en tous sens par des fissures délicates en lesquelles' de minces lanres d air et d humidité. produisent par .leurs déplacements les changeantes colorations qui se jouent a la surface de > gemme, il subsiste que. le phénomène de 1 irisation, en l'espèce seuldigne â'intéret, est, causé par la présence " del'eau — d eslarmes. • • .

C'est sur un fond bleu- de ..lait d'une infinie . pâleur, incessamment modifié . par la subtile influence de la lumière, l'éclat royal du.Rubis, de 1 Hmeraude de la Topaze et du Saphir, mais un . éclat ineffablement atténué , fugitif et comme noyé dans une lymphe très limpide, saisissable à peine. n s + e ™ b /. e 5 ue } ^pondérable arc-en-ciel se soit matérialise en la pierrè-qui-pleure. Et voici qu'un merveiUeuxenseigneméntsurgitènrintelliffence. , Car lorsqu aprèsla colère de l'orage l'arc-eh-ciel s eploie dans 1 -infini du ciel pacifié, à travers les nuages en déroute; et les couches ' humides de 1 etUer, comme s'il voulait étreindre le globe dé tourments en la joie de sa ceinture adorable, de nouveau la yoix du Seigneur qui aimait l'oreille .des patriarches s'inscrit poUr.no us dans l'azur : ^ectest le, signe dû pacte que fat établi entre Moi et toute chair qui est sur la terre ». C'est-à-dire que de même qu'en la gemme Opale et dans le firmament, larcin-ciel, ou irisation, est produit par la rencontre des rayons du . soleil avec une nappe d eau, ainsi d'âme humaine devient par les MisérfcoSÏ à cpûceyoir 1? rayonnement de la

L'Opale correspond donc, dans le monde ter- \ restre, a 1 arc-en^ciel dans le monde céleste, lequel signifie dans 1 ordre humain la Prière qui est le

FÉyBpŒR i%; . "•.'•'x 5I

... mystiqpe reflet de. Timmarcëssible "Joie; primor- : diale, et dernière ," sûr les : Larmes. Car;, de même encore que sous l'action de la lumière la pierre se pare des feux de toutes lés autres gemmes, sans . toutefois Ues: égaler^ ainsi,, sons lés ■ regards de

. Dieu,, la Prière s'illumine de la splendeur encore •

que voilée de tontes, les vertus qu'elle contient enpuissahce. ' •• ■'■;.■ --.a- ..■.•.

• Toute larme qui ne. procède que du regret est une • bulle;de savon qui né sait où . elle va et n'a quun instant; pour briller, ta Larme efficace est une aspiration —déjà une Prière. '

; le iâfïdàirb:::

, Quia iittnc per' spéculum, viâëmus in ente- ■. -mate-.- -. i -°

Sx Jérôme. Commentez, ts^cafc kd, tn Esatamy ' ; . ■

. Non ; otiosa iateïia tantss diTèrsitatîs sed icujus^.spéçies materiam reru'm latêntium significaT&fr * :'...■■'"'

; " ■ St Hkgesippe;^ exclàïo Rierosoïv-

' L'AÀtÊT&YSTE .... . ■.■■'■'■ •■..'•

L'attitude' de la prière est un certain accroupissement par lequel l'homme qui prie penchant son front vers la terre semble vouloir ravaler au

pieuseenereux au pardon, ^attitude du besoin qui . appelle au secours: C'est encore le mouvement prëalabje^dela bête qui va bondir. Le Pharisien ' priait debout; proclamant ses. vains droits à la ..couronne promise; mais, le; publicaïn se prosternait. I e front dans, là poussière, sachant que ranimai se'ràmassèrd'aùtànt plus contre terré' qu'il 3 besoin, de faire un bond plus prodigieux,— et lui vc étaithors du temps qu'il voulait faillir. . . : .' , ^,fi s la -prostration. est aussi le'gêste essentiel . de IHumilité. •■•".■.."; ; ...

I5 a MERC

• Si l'orgueil était compatible ayec là honte, l'orimeil de l'homme mourrait dé honte à chaque cas qu'il fait, car toutes les manifestations dé 1 activité humaine s'écroulent dans l'épouvante et lé vertige, •

Dors: les esprits de rêve t'attendent pour les

déconcertants sabbats. '■''"' ",'v .' ■

Ehivre-toidevin et d'opium, afin. d'errer comme

un vagabond aveugle dans les méandres dune.

• ville inconnue. . r'^.j„'*^„

Pétris ton corps dans un autre corps, fonds, tan âme dans une autre âme: bois jusqu a la vase l'amoureux Léthé dont la douceur terrible a trompé les anges, semblable à l'extase; '..'..

Aux mystérieuses nostalgies du Rythme, soupçonné et de la Ligne immuablement . fugace laisse,

tôi mourir. '■...■; ' ■ .

Que les initiés t'enseignent la volupté des^ tortures et des plaies béantes : tu vivras dans la fami-

liarité des affres et des agonies.. ; ' .

Et la petite sœur blême du Suicide :1a r.enr .

Sataa.

iusqu'aux eiîtraiUes révulsées vous enfonce! ayantgout exécrable. La Peur.., tu sais bien— la Peur S Puis, c'est l'œil terne de la Folie quiguette dans l'entrè-bâillement des, portes, glace les moelles, tragique et ridicule. Ha l.Ha ! . • -\ . •' ; :,

. Ami, mon ami, ne voisrtu pas l'Infini qui te . presse de toutes parts ? N'as-tupàs compris qu aux radieux sommets veille l'ange des paradis perdus, l'esprit de vertige :dont la seule vue fait s écrouler; les Babels, et que « Tu n'iras pas plus loin »? . Jusqu'à ce que t'arrache à tes préoccupations . métaphysiques, la Mort— autre vertige» .

-• Ceci n'est point une invocation, au Néant, mais une constatation du formidable et consolant mystère dans lequel l'homme baigne tout ehtieir r qu il

Je veuille ou non. : * '..:." -. ., ;

Aussi pour tel qui, n'ayant pas à : -jamais. égaré-

son âme et sa conscience au labyrinthe dé son orgueil, connaît son impuissance à s'écèapper Wr

flot de larmes, et plus la démence, aura été "frénétiqtie r î?1us; il s'exalte en son mépris. .

G'est ici qu'intervient l'Humilité. ' , -La poésie; latente des âges chrétiens fît dé l'Améthyste .la gemme de l'humilité et de la paix^ et la pierre violette irradia âù doigt de l'ëvèque,. abondante en . bénédictions, enluminant de sa nuance bénévole la Tôbe sacerdotale;. Or l'antiquité païenne lui. avait, déjà reconnu une cer-r \taine vertu hostïl&'à'rébriété. La fable et le symbole : s'identifient ici intimement pour affirmer les affinités de la matière et de l'idée. Si en : *. effet la fin nécessaire de toutes les passions humaines n'est que vertige et abdication, parce que I -orgueil les a engendrées, .l'Humilité vappàraît Tantidotè^ naturel de leur enivrant poison. Et ,de même £Ùe le yïn ,b.u en la coupe d'Améthyste de-, ■ ■* vient innocent de Tivresse^ ainsi par la vertu d'humilité la vie dépouille son ferment dé fièvre. ■' et 4é stupeur. . . . ' . . . : -"■; .;"

n - fc . . • ■ i 4 h ^ r - -, '"',.. *

^Bién, qiie l'Améthyste . soit la plus modeste Centre les . pierres précieuses, de premier ordre, * ellepossède.néanmoins nn éclat vif et pur, ;encore

; que le limpide lilas qui la" décoré n'aii ni lès pourprés, irutilances de l'Escarbôude, ni rangé-. ; liqùe splendeur du Saphir ; et tellé : est sa genèse ; Le yiplet dont l'Améthyste .s'illumine n'existe pas

.... en tarit que couleur propre et indépendante, maïs

seulement par la combinaison dti roii^e et du '4*1 a»' rw.^ ~* >:^— x m j* a'ji-- .*?;■-. -*■■-'.

qui est Saphir, par la notion exacte et dédaigneuse-

qu'elle à de la laideur, et de la Foi, qui est Êscar-

boucle, parce "que la connaissance/ du mal et de

■ sès.a ttribiits est proprement le viatique de la bonne

; volonté en marche yers le souverain bien» V- ' . - .

*$4 MESCV&Er DE FRANCE

C'est-à-dire aussi quePHumilité ne se rend pas témoignage à elle-même, et^uê sa gloire réside dans l'aveu de son abjection et de,sa misère, par quoi elle proclame. du même coup l'inaliénable Vérité. Car l'Humilité et la Gloire ne sont pas irréductibles dans l'absolu, ; et c'est pourquoi l'Améthyste ellé 7 même rayonne.

L'Humilité se substitue au désordre deèâppa- . rences dont l'orgueil s'abusait et bénéficie de l'expérience acquise, car elle est clairvoyance, et décision. Elle n'est point dupe de la chair ni de . ses fêtes qui ne durent qu'une heure; Elle est une : soif insatiable qui vient de se reconnaître ; et qui renonce à l'eau des citernes et au vin des celliers, car elle sait, que Teàu. des citernes et le vin des celliers peuvent/bien^ la noyer ou l'enivrer, mais non pas l'abreuver. - ."•,./.

11 ne faut pas confondre le .renoncement, avec la négation. La négation rêve,, s'il est permisse s'exprimer ainsi, dé donner ûiie réalité au néant. Mais quand l'esprit connaît la- mesure- du relatif,, il le méprise, et de toute son énergie impuissante il aspire à FAbsolu. Le renoncement est là forme supérieure de l'activité. : :

Marthe s'agite en vaip aux. dures besognes delà maison. C'est Marie oisive aux pieds de Jésus qui a choisi la meilleure part.

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