‹ Mercure de France, tome 7Chapitre 48 sur 86 · LA. GERBE · texte numérisé non relu

LA. GERBE

Anatole voit; au milieu d'un champ: le mauvais, fermier qui chasse. durement une pauvre femme. il s approche et demande ce qu'elle" a fait

— La vieulene segêuepas,.dit le fermier : pour glaner plus vite, elle vole des épis dahs.me&gèrbes

— N est-ce que cela ? dit Anatole ; voici cinq îrancs : dOrinez-moi une de. vos gerbes." -

Le fermier interloqué tarde à : répondre, tourne la pièce et dit : . . ' . .

. — .Vous voulez rire !

.Maïs .déjà Anatole s'est emparé dé la gerbe. IL la délie. Il prend une brassée d'épis et la jette au loin. Il en porte une secondé ailleurs et la secoue il revient et continue avec hâte d'écarter la gerbe.'

Puis, quand il l'a répandue tout entière par le champ moissonné, ..il pousse du bout du doigt la pauvre femme: ■'■'." ■

— Maintenant, glanez, lui dit-il. ..

LÀ LÔtTPE

Ce ^soir, Anatole est allé dans le monde: Il se promène sous les lustres, salue quelques invités et trouve enfin le sujet qu'il chef chait pour son

expérience : il retient longuement dans sa maïn la main d'une femme.

- — Quelle peau fine vous avez, chère madame I

-vous devez en êtrefière, dit-il, /'.

. A ces mots, iltire.de sa : poche une lôûpe: \ — : Regardez plutôt»'

.Le verre appliqué, on voit des ornières profondes, des grains pareils aux pierres de la route, des yeinès navigables, ■ dés poils oubliés comme de mauvaises herbes,. de sombres. taches ici, là uh point qui bouge, une petite bête sans douté -.et partout des horreurs.' .. \ '-.•':'■' .

Anatole se garde de faire \une réflexion blés- "santé. " : - ■* ■ •*. • ■-■ \ ' v ; •;* '

Il ne dit rien, .11 remet la Jbûpe dans sa poche, presse une dernière fois cette main de femme, discrètement, et s'éloigne, . > r -;-.,? "

.■"'■■: Jth,es ; .Ren£d*'

s 10 MERCVRE . DE FRANCE

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