LETTRES INÉDITES DE J. G LÊSINGÈR
A M e LÉON DUVAL; AVOCAT. ""
Monsieur^ -
, Du nioment où ma signature m'a engage bien., au-delà de ce que je pouvais imaginer, je m'empresse de retirer vis-à-vis de M. Barbedienne une ^ demande de droits hauteur que je rhë croyais eh droit de réclanier. Je le confesse, j 'ignorais les ruses cachées squs les fleurs de la ; rhétorique commerciale ;la leçon est rude, trop .rude, puisque je la jpaie non seulement de dix années de* travail opiniâtre, mais encore dé la perte d'une illusion sur la loyauté humaine.
Cependant, Monsieur, si je suis prêt à renoncer au combat, en ce qui concerne des intérêts Matériels bien légitimes et nécessaires au travailleur^ si j'accepte sans les discuter les désastres causes par mon imprévoyance, ou plutôt ma' confiance, fl. est un point sur lequel je. lie puis nLiie dois. céder; c[est celui de l'art que je professe, la responsabilité qu'il m'impose, c'est ma signature artistique, dont je ne .puis faite bon marché visà-vis du public.
. Je ne suis pas la première et,- ne serai malheureusement pas la dernière victime de la rapacité commerciale, mais si mon exemple peut, fortifier le courage dès uns, prévenir la ruine des. autres, la cause que je soutiens aujourd'hui sera gagnée d'avance, comme un gage public, de la probité
-artistique.
Je suis à cette heure, moi aussi, un des naù-
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fragés de la: camèi:e,- pûîsqii'aprës une existence . énergiquénieiit remplie je n'ai comme rêve d'avec
; nir, le jour où. mes forces physiques me trahiraient,; que la perspective de la inisère. Cependant je ne suis ni un inconnu; ni un méconnu, caries
. encouragements, publics . ont fl avec ùnè bienveillance marqu.ee, accompagné mes; efforts.
/.;■ Ma vie n'est bas une exception, malheureuse-- : \ ment, elle est semblable à celle de la .'plupart de mes confrères; dans la carrière artistique. Point de départ pénible, obscurs labeurs / luttes et :. défaillances jnsiq[u>urnoment où là lumière se fait, parfois graduellement, parfois avec un subit : éçlàt v -C'est . là ^précisément où la vie d'artiste , ..devient une exception flagrante à la vie commune car, tandis que pour là majorité le succès de- : vient la route di)L bien-être, du repos, de la considération, en, un. mot, la route "aplanie, l'artiste, lui, erre et vagabondé. en; enfant perdu dans le
: sentier caillouteux. Comment croire aux misères d'artistes ? lé talent, " : l'intelligence ne sônMIs pas la mine inépuisable que la mort seule peut tarif:? Certes, mais le talent, l'intelligence, : produisent individuellement, isolément, il leur faut donc une y S e - d t e P°?*»iTiTiicati0n publique, un reliement •'. \ officiel;. cette ■. voie à été .ouverte/ ce reliement établi depuis longtemps sous la désignation d-Ja-
-™s--cfes.d.euxm0ts , ai3colé-SilésècQûd évidemment était destine h amollir le premier, il: Ta fait en -, <ïftet a .ce.: point qu'aujôurd^ui les rôles sont
: intervertis, c est lé maître qui a revêtu la /livrée de son serviteur, et nous avons Y art industriel ï
Jf^.attaque pasacilaquestion.de. moralité; ceUe des éditeurs est trop généralement connue pour : :
.que je. puisse sur ce point enregistrer autre chose-" que ma -ruine personnelle.- Mais ce que je pré-
: tends, invoquant la justice, refuser à Texploiteur , c est. le /.droit ^altérer, dVmoindrir; dé dégrader. lceuyre dont je suis publiquement irespensable. L auteur ou le compositeur permettent-
**° . ' . ' " MERCVRH DE FRANCE
ils laltération, dans la reproduction de leur travail ? Pourquoi, moi, sculpteur, la : subirais-le? Parce qu'il est plus aisé d'imprimer,un livre due de fondre une -statue?. Parce que, pour, le pr*!
seconde, il suffît de *\nti\nSeï fabricant de bronzes fff&' < TT' <*.&& fabricant de chaudelE!
-lrafic honteux ignoble, que les artistes ont
£r°n£ gé \ P - a - ^^^ Coupable, pS suïi par nécessite. impérieuse.. Un premie/exemole Bons a été donne;. notre Mustre confrïrè ^ Sa* Sw/lÇf S per T S a - U coniîI >erce de défibrer son ,T * ™ ' * ^ S3ït par comb ^n de . difficultés n„«?S^ &° F im P oser * u P u t>Hc une.'signaturè pure de détérioration mercantile, car il n^est Pas aisé pour l'artiste d'arriver directement^ ?ÏÏ ■ TU- ne anmoms ce que ie vais teniW
iTS hUÎ/ 6t l *"&"* 3 e A^ S^rédlfS la confiance .-DécrmiàrA niiï-êA«-+ i — — -■ ■. . ■ .:
les moyens et ë montrerai au
public, qui m'approuvera et m'encouragera fen suis certain, que le bronze d'art n'est nasuS commerce de fantaisie, mais là. reproduction ariis* tique et fidèle d'une oeuvre d'art -
Comment M Barbedienne reproduit-il les originaux que je lui ai : confiés ? > ar la . réduction
SÏÏS^^^ 1 aVQué **™«ne, n'est qX procède mécanique assez imparfait, puisqu'elle laisse l'œuvre morcelée et dépouillée des qualité! que la ^ M de l'artiste seul/doit lui rendrï 0*v
&™c ,amaiS ret< ïï^ é u «e senledes réductions de mes œuvres publiées par Barbedienne; admets
S£S *% =?«» confrères ait un semblable S Lf ff01 if Evi ^ em J ne nt non. Quant à cela,
t vÏÏSP' -^f Cra i nte : la ^*™^ «rfe%J nexiste point. Le réducteur passé mon œuvre autondeur + , qui la passe au monteur; lequel la
£w3 v U C1SeleUr - <%> ce d «er ratisse et.
5™ SlSï F* ^^^■Pr^nti générale :W plans, s altèrent, se perdent . souvent complète.' ment,.mais l'ensembfe se fait si lisse, et surtout
si bien étiqueté, que le publie n'y ; voit que du jfeu; V surtout quand la signature du socle est une garantie acceptée^ d'avance,; Le début de l'édition est toujours plus sôjgné^ c'est le morceau de TExpo* .si-tion, il. coûte plus cher de fabrique, se confie" - 4ux . ouvriers les plus expërîmen tes;. Mais l'œuvre* doit rapporter davantage, à l'exploiteur, s'entend v car pour l'artiste créateur le bénéfice -se solde ■ généralement par zéro ou à peu . près, le ballon ■ d essai lancé; qu'importe . désormais la . qualité ? k -défaut de. la. France, l'étranger est la pour accepter le rebut r les ouvriers maîtres sont rèm^" placés par les apprentis, un seul but.rèste : diminuer le prix de revient Les membres des statues" s effacent; sous, les draperies; les mains, et les
pièce, ... Sapho âe M. r Clésinget n'aura qu UAJ l C
jambe et tombera -sur le nez,. sa tête de Christ : n aura, qu'une, narine et qu'une joue, et l'auteur devra, se cpntenter de cette fidèle image de son œuvre. Avouez, Monsieur, qu'il .est impossible qu on, me force à cela ? M. Barbedienne aurait-il la prétention: de diriger là partie artistique de mes œuvres ? Mais que sait-il en art, sinon autre c 7??% ^. u ? cîie ter: à vil prix, pour revendre fortcher? Comme preuye de- son gôùt artistique, îe possède certaines commandes écrites de sa main : " «:f An &e de T assassinat assis sous un pommier en Normandie^ écoutant la voix^
: ■ ^ La mariée marchant à V autel \ voilée, les veux * baissés et son livre à là mairie ■'. ■• ::■ :. .
. Sujet qui. devait nous conquérir toutes lés sym^ pat k tes des mères de famille l . ;
% Faites-moi la Cornélie,- cette mère, èfe.. Je' vous donne lès dimensions/ il faut que ce groupe soit une pendule; voire- composition est belle, mais elle ne fait pas pendule, voici lé socle , »
c -}\l l ^ ai ?ait !a pendtde, si bien que M', de Saint-Victor, en visitait l'Exposition, V entendait
saimer-QuL, elle sonnait, pour moi surtout, mais faux I Ce fut la .seule commande de Barbedienrie que j'exécutai, feu possède .encore nombre d autres quil serait aussi long d'ënumérer que les rires qu'elles eussent excités* f Donc, pour résumer, je viens. Monsieur* demander au tribunal de. n'être pas cdndamaê à supporter ^ ma signature, et par conséquent ma responsabilité artistique; sur des œuvres qui n*eii ont pas qualité,, qui sont le travail d'ouvriers 1 intelligents, sans doute, mais prives de toute, direction artistique. Il sera facile, du reste, par les, bronzes que je vçus envoie.' à comparer, et qui sont exécutée par les mêmes procédés, de se rendre compte de la part qui incombe nécessairement, à l'artiste dans la reproduction dé son œuvre.
Quant.au public, son approbation sera sans nul doute accordée à tous ceux de mes confrères qui, à mon exemple, prendront envers lui souci et soin de la dignité du nom qu'ils ont conquis.,
Paris , ce 7. novembre 1866. ...
M&H&xS^j : ' ' ig^
■'•ûAMÊMrûQ/GTS^pS...
Damé aux doigts purs qui files le fin lin des rêves, - Situ rie yeux du Temps devenir lejouet^ Si tu veux quéi lés heures à jamais soient brèves, . ÇPécoûte d'autre voix . que la voix dit rouet J
Laisse tes pâles soeurs courir à la eurée ! !
Et résiste aux appels insidieux du cor:
Depuis que les dieux sonttomb'ésde TEmpyrée, '■'
Seul, rexîl en là Tour vaut que Fon vîye eucor*
Puisque les Séraphins qui défendent ta porte Enchantent ton silence, ô Dâmè, que t'importe La, futile allégresse des fols lyendangeurs ?
KTe gjuitte pas la. Tour pour leur Joie illusoire :
Dehorsil pleut, il vente, et éùr la route noire .
Les malandrins dé nuit guettent les voyageurs.
. ,.':>" ■; • Jean Court,
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