‹ Mercure de France, tome 7Chapitre 55 sur 86 · DU LAPIDAIRE · texte numérisé non relu

DU LAPIDAIRE

{Fin).

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. VESCARBOUCJLE

. L'amour violent et désintéressé aspire au sacrifice avec un- emportement surhumain et qui resr semblé à la folie; "Le sacrifice ,- c'est le sang. L'Es-; carbouclè semble une goutte de sang éclairée par une flamme intérieure.' V. ■ '*

Le sang n'est point l'amour,- mais, -il' est le véhicule de l'amour et le. depositaire.de la vie,

' aussi longtemps qu'il résiste à la corruption. La vie spirituelle se communique aux âmes par la Foi qui joue ici le rôle du sang dans l'ordre élémentaire. C'est pourquoi rEscarboucle< exprime Tidée de Foi. ;

. L'Escarboùcle surpasse *; en éclat • toutes les geioames ardentes, et elle ne redoute .point Tobsr curité. C'est ainsi que ; la Foi" dédaigne les froides lumières du " syllogisme inaptes ; à ' percer ^ lesténèbres ambiantes ^ étant .elle-même l'illuminâ-

• tion subite .et spontanée à cause du feu qui-est en elle. Même la Foi, 'comme rEscafboucle,' aime. l'ombre et la recherche ; elle y éclate en gerbes ■ de rayons d'autant plus éblouissants que l'ombre est plus épaisse. QuelquTJn â- dit en ce sens: « Il y aura plus de joie dans, le ciel pour- tw seul , pécheur qui fait pénitence quepottr cniatre-vingtdix-netif justes qui n f ont pas besoin de pén iience »,

■ M&RS-T1893 . .: / *jffi-\

■Lorsque ïïttteïïigeiïce de Dieit consent à -visiter. le monde, à cause; du grand amour -des /hommes, qui est au .coeur' de Dieu, elle; âjppar ait sous la

figuré; de ïa .Foi. Lâïoi est .donc, : si nous pouvons .^ous, exprimer ainsi, la. 'face extérieure' et visible

■ ié rintelligen-ce' drw.Be. Mais y Jbi en quelle soit ' devenue eu quelque sorte Humaine,. eflè' n'habite' : pas le -cerveau <fe Hiomme,- 3é]à occupé p^Iox-

gâeil,'eVdemeure;incompréheiisïble* . .

. ; La Foi -est là.. raison supérieure .tjug le raisonne^

ment

c:hqsé ., .tîncf vietroii pourrait dire quelle est -dansTbrdre

de'" la~vie sublime vce^qtfest dans '.lé?domaïne de * ■; l'ammaméd^stkct 4S1 ne se trompe point: . .. ;.'

■ ■Cependant, ainsi-que nous Pavons .vu. en coït- ■. templant le Sâint™Gra.al ? ' la Foi;ést. contenue 'dans ■ 1-Espérance par la' vertu de Tlutelligence et de là ■" 'Charité, Saint. -Jérôme ^attardant à-, considérer" .

■ l'Escaf boiïçle la nomme. « Verbe enflammé de lu \

■ Doctrines. . ■;,. . . ■'; '■" ■'■".; ' "' . ■"- '. .

L'amour. de Dieu a fait à l'humanité le .sacrifice- ' ' de- son -Verbe, mais; il- â délibéré', de' ne lé .point . : soumettre slux lois de l'orgueilleuse raison,, de.- \ peux, qu'elle né s^attrilmât Thonnéur delà décon- - verte et dé la; possession et qu'elle ^ né se- mît à' : crier: «J?ai trouvé' Diéu-et je.me suis -emparé de ■ Lui. !>>'I)iéU'.n!a donc .doiméson Intelligence -en .pâture qu'aj^pérânce-et à TAmour, qui sont- les.-' puissances .du. cœur.,/ afin; que* les idiots et les . '] petits enfants', puissent .prendre place au banquet,- selon Jgti'ïl est -éprît :i.^Xi ':sutvocra.. J&$ Ixoriîmès ;&i.\ les ' hêiàs.de somfà&%'. Rappelez-vous en. .effet, je . vous prie, ïjue là pourpré .intervient dans; là' genèse, de lai 'violette Améthyste, signe de rHumi- '■ lite. ■. . ■ ...-•. ' ■ ■ -■..-.;'-

".'■C'est pourquoi l'Intelligence, s'est ensevelie ".dans/ le sang, érigeant en ; symbole '.la tragique : Escarbouc;le. • ■ \'./v ■■;.■-"',-.*

'.. - Par sa consistance- fluide r sa. chaleur $t sa mobi- •

. lité, le sang confine à la substance incorporelle. Etant lia noblesse de la matière, il a mérité d'être choisi comme médiateur*

. . Nous touchons à un redoutable mystère. Voici : Quand TEsprit-Saïnt yit que" le temps était arrivé, il envoya son ange sur la terre, avec mission de saluer Celle qui avait été élue pour être le, vase insigne de la Charité, l'étoile première de ; l'aube npuvelle, une vierge de, feu, servante très humble du Seigneur, dont le coeur immense gar- . dait jalousement les trésors d'espérance accumulés depuis les siècles par les nations. Et Marie, émue et souriante, ayant ouvert toute grande son oreille à la Grâce, elle, fut aussitôt imprégnée de la surabondance divine -et elle conçut le Verbe inconcevable, Le Verbe ! c'est-à-dire l'Intelligence de Dieu inséparable de son expression.

Et maintenant laissez au tabernacle des en- . trailles immaculées l'Hostie de l'alliance élaborer * et revêtir eh silence le sang qu'elle doit verser sur le monde en cascade de rubis f étin celants I. Laissez la merveille se renouveler sans interruption à travers les âges dans lés cœurs purs qui s'ouvrent à la Parole ! Ineffable merveille, certes ! et non telle cependant que mon esprit, si faible -; . gu'il soit, ne puisse la comprendre, puisque c'est ici le Verbe essentiel, entendez! et que le mot . chétif que mes chétives lèvres n'ont proféré, qu'une seule fois est néanmoins simultanément . perçu dans toute son intégrité par. toutes les oreilles qui, m' écoutent I . : '

Et le Verbe est né du sang, Il s est fait chair et Il a habité parmi nous. Quelle révolution s'est donc accomplie? Quel gouffre s'est donc creusé entre l'ancien monde et le nouveau ? .

Les plus clairvoyants génies, de: l'humanité, avaient entrevu quelques-uns des attributs de la Perfection et ils lés avaient offerts à l'adoration des peuples. Mais qu'avaient a faire les simples et

k? P a p vre s d'esprit jde ^ès notions abstraites à infini, d- éternité, de beauté, d'absolu dont on leur parait une divinité à Jamais inaccessible ?

Mais voici, que Dieu lui-même est descendu parmi nous, et qu'adoptant Tentrëmise dW sein . virginal il est devenu le fils de la femme, Tenfànt de la chair et du sang. Encore une fois quelle prodigieuse révolution s r est accomplie? Voici que les ignorants, les femmes et le& nourrissons vagissants ont vu Dieu avec' leurs yeux de chair. Nous, avons vu pieu avec nos . yëai de chair ; . notre, oreille a perçu, lés* vibrations- dé sa langue luinineuse , notre tête s'est reposée. sur sa poi- . trine, il a mangé à notre table, il a ; erré dans nos chemins, .et nos doigts se sont rougis dans la plaie de son côte. /■. ./....'^v'. ;'■ ' ■ . - ■ " '■;':..-■ -Nous savons mainten ait Celui; que nous devons . adorer I C'est un hoinmecomme nous : îlétait bon, misérable et sans '-■ prestige,. Oh lui a. craché aii visage; il a souffert et il est mort du supplice des esclaves, entre .des voleurs de grand routés : rinfinii Celui qui n'est pas, a revêtu une forme dont la matière brutale ellërmèmë a pu prendre connaissance. Comme nous sommes loin de ces entités insensibles en. qui les plus glorieuses intelligences se sont abîmées, sans recueillir d'autres fruits de leurs méditations, que le découragement etTépouvante ï Voici Notre-Séigneùr ignominieux' ' et doux! Et. cependant en ce corps lamentable où toutes les misères et les hontes de la matière organisée et pensante semblent slêtre donné rendez-vous, le Divin réside corpor.ellement dans son absolue plénitude. < I

Corporëllement^ vous avez "bien entendu ? Une' vraie chair a; été mordue par les clous, ;Un vrai sang roûge -et tout fumant s'est échappé du beau flanc, déchiré : mais c'était pour ne phîs se tarir la source de Foi, ïa doctrine . enflammée; qui s epandait à travers les vallée$ béantes d'ètonne- * ment et de. désir. . Quelle. iUùmination ! .

Eçcarboùcle î plus vive est l'intensité du rayon, '

^ MERGVRË DE FRANCE

plus dense et plus compacte s'oppose l'inertie dé Timbre. Mais tu as brillé, ramante et la. consolatrice des ténèbres, Escarboucle ! et, ne sachant pas d'où venait cette lumière, nous ayons regardé en nos coeurs : la virile Espérance avait éclos sa corolle, et le cpêur de la fleur était une goutte de sang, comme un rubis. . * .

LE JASPE SANGUW

Ce n'est pas à proprement parler "une; gemme, mais plutôt une pierre opaque et vulgaire, une matière répandue dans la nature abondaiUment. Par ce premier caractère, le Jaspe se déclare apte à exprimer ridée de multiplication, Précisons : la pierre est d'un vert lucide strié de vermisseaux sanguinolents, et le sens exact qu'elle présente serait : espérance de postérité née du

sang.

Il est écrit en nôtre méditation dé là Topaze : Le mélange de la Charité avec les concupiscences de^la chair provoque cette, redoutable passion qui. bouleverse le . cœur et lui cause de cuisantes brûlures, sans toutefois le consumer jamais. C'est cet étrange et puissant attrait . des sexes qui est figuré par le Jaspe, pour ce que son but et sa raison d'être est génération et multiplication/ ainsi, qu'il est ordonné enrEçritûre : <n Croisse^ et muU tipliei ». Donc, bien qu'altéré et corrompu, comme on Ta remarqué, cet amour ne laisse pas d'être une émanation de TEsprit-Saint, où autrement une dés formes de la Charité, tellement que des anges de Dieu y furent trompés, dit-on,

-autrefois et qu'ils s'unirent aux filles des. hommes,

^ Le nom de la femme est un archet ; le cœur de l'homme est une lyre. Les nerfs de l'homme sont une harpe éolienhe ; la voix de la femme est une brise chaude qui : a traversé les bois, d'orangers,

.les champs de" roses et, les buissons de Iilas en . fleurs.; ■ \ r ' ■.''■',■.■'■ ;" '■-. .-;

, « // »W pas hok que l'homme, soit sêuî% et que :

v le désir s'exaspèfe et, fermente dans, lé vide, tes larves, vésicantes.et les lémures vampires qui se: ,

. repaissent de la substkiipè humaine s'empressent à. la curée de ces tristes, amours: C'est pourquoi il fut jadis. allégué que le jaspe, symbole de. l'union conjugale, met en fuite les esprits malfaisants et les. fantômes nocturnes, 'c'est-à-dire que rhomme qui a; pris une épouse et là femme qui' est en . puissance de niàri se trouvent, par le seul . :■ fait de leur, mutuelle présence, protégés contre lés hideuses insinuations des démons incubés et succubes.-' '. ." v ..' " *'-"'■

". .' A tous, les degrés, jusqu'aux plus infimes de réchelle.des êtres, les-crëatures sont, en.vuédela conservation des espèces; soumises à dé përio- diques effervescences, amoureuses produites par. un. excès de vitalité, qui tend à se répandre au

dehors.; Mais c 7 est le. seul instinct qui: détermine et. règle les manifestations de la vie organique. Si ■.. V ® lev : ^'avait/pas enfermé, dans de . justes bornes . l'activité génitrice des animaux, la terre bientôt ; n'aurait plus suffi & nourrir l'effrayante multitude , de ses habitants, croyez-vous? Non pas, mais lalutte pour la possession des femelles aurait en peu d'années transformé le monde en un désert, Ne voyons-nous pas, en effet, % la saison, d'amôùrv les hôtes paisibles des forêts et des plaines, mués en. bêtes furieuses; se livrer eùtrë eux de sanglantes, -batailles, -à cause du rut qui les aflfole, et qu'ils n'ont pas de cesse que les rivaux ne soient. allés : chercher bien loin, de leurs gaignages un refuge à leur jalouse haine, à moins que trop . faibles ils n'aient été frappés de : déchéance; et parfois de mort?. Mais la Prudence divine a yoiilu qu'ûne- . fois passé le temps' réservé aux açcpupleioientsy et. apaisées les passions nécessaires, ils retournassent ^ aussitôt à leur foncière douceur et à leurs goûts

sôo . MERCVRE DE FRANCE

de sociabilité ou d'isolement, indifférents à leur sexe comme les. faons qui bientôt naîtront d'eux.

Il n'en va pas ainsi de l'homme, parce qu'étant libre il a le choix de son heure.. "'*';"'■

Les animaux n'ont que des besoins auxquels ils obéissent dans la mesure prescrite. L'homme a la concupiscence : l'infatigable aiguillon des dé-, sirs Imaginatifs jette la chair en proie à des besoins factices et violents qu'elle-s'épuise à -satisfaire, en dépit des maux qui en résultent. Or. le désir relève de l'intelligence, et pourquoi criezvous anathème à la chair ? Elle n'est qu'un instrument et incapable par elle-même de péché.

L'esprit seul qui se connaît aura â répondre de la luxure et de la.débauchel '

Si nous explorions avec impartialité les profondeurs de l'amour, nous n'y trouverions que fa conscience orgueilleuse delà force et de la beauté avides de se produire et de. s'extérioriser. La beauté de- la femme soumet et entraîne à sa suite là force de l'homme ; mais elle se ment à ellemême dans sa vanité, né comprenant point que la soumission conditionnelle de l'homme n'est que le gage de l'essentielle servitude de là femme. . D'autre part, la force de l'homme s'abuse si elle ne voit pas que sa victoire n'est que le couronnement de son humiliation. . -

Ce n'est point assez, de Torgueil. La colère assassine et l*avarice qui; possède sont avec lui les satellites maudits du sexe. Les païens adoraient Priape et confiaient leurs champs à la gardé des Termes, dieux phallomorphes : c'est une indica- . tîon qui a son prix et qui pourrait bien jeter * quelque lumière sur l'origine dé la propriété. - Mais le lieu n'est pas d'en discuter, et jl est.temps ' d- ajouter un nouveau terme au parallélisme analogique du Jaspe et du mariage.

Les différentes formes que présente l*âssocia- / tion passionnelle de l'homme et de là femme, pu mariage, peuvent être ramenées à deux types prin-

MARS ,1893 -" ■ . * - tô x

cipaïix : c'est ou Fembrâssement profond ëtspasmodique dèdeux âmes en une seule chair, où, à ■■ un degré d ? intèlleçtuàïité plus haute et comportant une volupté plus douce et plus, prolongée, la fusion intime de: deux chairs en une seule rame. Toutefois, dans Tun^et l'autre cas un prodigieux effort vers l'Unité se trouve démenti par sa conséquence naturelle qui est, par .la procréation des enfants, un ; retour à la variété et à la dm-* sion* " ■ >' : '':'■ ,': \ ' " *■' .",■"." -,■'.'

■ Or, parmi lès propriétés thérapeutiques du Jaépe, nous, trouvons cette singulière vertu de faciliter la délivrance des femmes en couches par sa seule juxtaposition, sur leur >eiifire/Eri outre, le Jaspe n'acquiert toute sa puissance que lorsqu'il est enchâssé dans l'argent.

Pénétrons Tarcane, et considérons que: pour tel qui fonde une. famille la lutté du bien-être

.. s'érige à la hauteur d une obligation morale exclu-*' sive et que;, irenonçaiit à îa pauvreté contemplative et aux spécula tionsâësinteressëes, il secondamne *

■.. à la recherche médiocre et laborieuse, de, l'aisance .et. du confortable. Caria maternité est donloureuseinent compromise si l'homme se dérobe au devoir qni ldiincombe : de veiilëf.à la sécurité de Tépousë 'affaiblie jpar la gestation et l'allaitement, ejt le mariage remplit plus parfaitement sa fission qui est de développer en ses fruits les ger-

. mes latents des vertus physiques et spirituelles .

■ jusqu'à l'état de maturité, lorsque se consomme et s'exerce* dans les conditions favorables d'idnç vie matérielle paisible et assurée.

Telle" est la naïve légende .de saint François,., unie nuit d'hiver qire sachair. était en révolte;, qui sortit nu de sa cellule sur la colline mordue par les bises; et là> ramassant à pleines mains la neige qui ? tombait à gros flocons, il en. fit plusieurs sta-?\ tues, une grande et d'autres plus petites, puis s'in terpellànt : « Voici ta femme , dit-il', et voici tes enfants. Ils n'ont point mangé, ils ont froid et

ils ont faim. Que tardès-tu ? Ne sont-ils pas. en droit d'attendre de toi les vêtements et la riour-. riture ? » Alors, reconnaissant humblement combien il était impropre aux durs labeurs de la paternité : « Quel est ce fou qui désire une femme et n'est pas capable de la vêtir, et de lui procurer les aliments du corps? Et que serait-ce quand naîtraient les enfants qu'elle ne manquerait pas de lui donner?» Sur quoi il s'en alla tout apaisé . terminer son austère sommeil.

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