‹ Mercure de France, tome 7Chapitre 56 sur 86 · LE SAPHIR · texte numérisé non relu

LE SAPHIR

Nous voici parvenus à ces hautaines régions où la parole humaine ne trouve plus d'ècho;

Le Saphir exprime réblouissemént. de l'intelligence face à face avec l'Inconnaissable, et « là Gloire du Seigneur \ dit saint Jérôme, réside en sa couleur », pour ce qu'il fut investi de l'azur du ciel, qui est le trône de Dieu. Il fut aussi appelé « la (Jemme des gemmes », et son nom rend témoignage de sa magnificence;

La couleur bleue a pour complémentaire Torangé eh qui.s'étreignent l'or vivant de la Topaze et Técarlate rayonnant du rubis, et qui signifie l'amour exclusif de l'âme ; pour son Auteur.

« Celui qtti m'aime, enseigne Christ, sera aimé de mon Pàre 7 eije V aimerai ei Je me découvrirai à lui ». Cest-à-dire que i'âme né peut s'élever que par l'Amour à la connaissance de l'Intelligence incréée, dont lé divin Saphir recèle le symbole» •

Après avoir reconnu en. l'Escarbôucle l'humaïne révélation de l'Intelligence par. -le Sang et la Foi, nous voicï maintenant arrêtés- muets et blêmes, au seul nom de son ineffable Réalité*

.MARS ■ ïB&- \ ■ : .-'363 ' \

Mettez-vous à genoux ! Il 7 à peut-être à. cette heure une âme qui, 'par un prodigieux retour *

: rend au Yèrbe depïeu la visite de Bethléem. ' ' V Nous savons qulcrrefibrtde. chercher est inutile; vous ne trouverez point | ici lé raisonnement s'avoue impuissant; à^ conclure : . seule, à la . lueur de rïhcendie qui la déyôre, la passion agonisante et hors d'elle-même voit et comprend,, sans toutefois savoir selon la science humaine,

■ aijisi que Ta chanté en un réveil encore tout frénaissant des eflxayantes joies goûtées sur la haûr

teur rextatique Jèan-de-la-Croix : ,

'■ Je -suis entré sans savoir, où; j'entrais, ., ■

J'y suis' resté sans savoir .où j'étais :. .

.; Transporté plus, liaut que tonte science.

'C'est pourquoi nul de ceux qui ont été ravis dans la lumière aveuglante de la; Vérité, n'en ont jamais parlé, sinon, pour dire, en tremblant qu'eue est là VÉRITÉ, se refusant avec un dédain mêlé de pitié à tout ce qui n'est pas l'Unique au regard . de qui il n'est qu'illusion et supercherie. Car il 1 est allégué à la gloire du - Saphir que la fraude; et le mensonge n*ont plus de prise, sur celui qui en est décoré. ■.

- Que sî la raison de l'homme, né peut embrasser

FObj et de cette amoureuse et sainte tyrannie, tour

tefpi^ nous savons, comment l'a mour y pafvîent r .et

que c'est par son excès même, et sa surabondance, .

et cette pureté sans alliage qui la consacre pour

être sans ^restriction et en toute intégrité la proie

de l'Esprit dé vorateur. Ainsi, par une sorte de

. divin atavisme, rame comprenant soa origine

s'identifie avec elle, de la manière qu ? on v dit :

; comprendre, c'est égaler; ou plutôt, comme

toute lumière a le feu pour principe et ne saurait

exister, çans lui, Famé se prêtant -avec ardeur,.

\ confiance et joie au baiser enflammé de la Grâce

engendre en elle-même ce foyer resplendissant

d'où est sortie Fétinceile qui la consutne.

Il se passe alors ceci :, que Fàme ayant remi^

sa. volonté au Tourbillon jaloux qui ne souffre . pas de partage se: trouve, par le fait de ce divin * esclavage, affranchie des contingences argileuses, des entraves de la pesanteur et des affections sensorielles, et ravie épefdûmerit dâxis la liberté de rOmniscience. C'est la pensée qu'exprimé le : joaillier profond en cette parabole du Saphir, lorsqu'il révèle que \z gemme céleste possède la magique vertu d'ouvrir les portes verrouillées, de briser les chaînes, et de délivrer les captifs.

Le véritable Amour est exclusif et ne se partage point : sa. mission est de réaliser TUnité, Lorsque, s'allument les. artificielles clartés qui puérilement tentent de suppléer le soleil, là pierre bleue couleur du temps pâlit* et s'éteint; Car la vie contemplative ne jouit pas de la beauté mortelle ni des charmes très véritables que le monde présente; elle ne les a pas en elle et lie saurait les montrer. Divinisée par ie bain, de splendeur immense en lequel elle s'est plongée^ elle ne comprend plus les limites de la forme ni la mesure des relations, et elle s'ensevelit comme une morte dans un tombeau de silence et d'ombre. . ^

. Il est très certain qu'en 1 -âme pure qui, par une amoureuse impatience de Dieu, se clôt hèrmétiquen^ent aux joies même équitables d'en bas pour s'abîmer dans lé Principe réside la plus parfaite expression de la Charité, Cependant il est non moins vrai que cette âme, créée pourtant, se refuse aux embrassements des créatures et renie leur société. Manqùe-t-^elle donc à la Charité? Non pas certes, mais elle ne saurait plus les aimer, . ces créatures/ individuellement, parce qu'elle ne petit plus faire de distinction entre elles, avide seulement du suprême attouchement dont elle; à une fois tressailli. C'est pourquoi saint Isidore écrit : «Saphir^ amourettocde chasteté^

L'extase est le lion vorace qui ne se nourritquë de vierges. - ;'..--■ .■

Par iin iûstinct admirable des sublimes conve-; nànces, le ;; paganisme vouait à un infrangible ■.célibat les Vestales, prêtresses du Béu. Alors ; quelle blà sphéni âtoire f ôUe de dénier . à Marie; qui neuf mois adora au tabernacle dé ses propres en^ traillesrintëlligerice'dé Dieu, le Yérbe qui Voù-v : ; lut. .habiter le sang triste, la virginité, parfaite {et

;. l'essentielle innocence ! Et comment ne. pas véné-

1 rer la profonde sagesse, qui riva, comme le corps à raine,"' le sacerdoce à la chasteté ? .

:. La Chasteté est. la condition de la douceur, et ...

. . de la mansuétude. Le tigre privé de son sexe, lèche comme iin. chien soumis \ la main qui Ta mutile, et Jfe taureau indomptable, lorsqu'il a oublié les belles génisses des pâturages,, se ré-

. vêle l'auxiliaire paisible, et dévoué, du laboureur- Là Chasteté et la ; Foi sont les deux, facteurs invisibles . de rHumîlité-Àméth^ste , ainsi que . renseigne l'analyse du violet qui est. une conju- ; gaison du Saphir azur et de? la pourpre Escar- \ bouclé,. L'amour Hùmàinest une forme déguisée , de ;là\ domination; Mais pour. ce. qui est de THumilité, elle a horreur du. triomphe :■ elle est la prppre conscience de l'impuissance et de la faiblesse, et elle se connaît trop vile pour rechercher un objet pl^s ,^-qu*elle r mêmè . et sur qui elle pourrait, prévaloir r comme cela a lieu dans . les œuvres de la chair. Et ainsi l'on peut affir- -\. mer qu'il n'y a. point de vraie humilité que la chasteté ne parfume. v : . ./'

Réjoui^sez-yous dqnc t cœurs \purs y ô vous les doux et les humbles de cœur, par ce. que vous ver-

; re% Dieu. \, : ; '■ ; . ... ■■■ ,"...-., '■'■■. - fc "■'.

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; « Cehti qtti est mo rt est justifié de son péché ;», V dit l'Apôtre. .. ■ •■; ;"''-'■'. '* : ,"•'.'.. .->;■'..■•

Sépulcre yide et menaçant, l'intensité de mon

a66 ' ." MERCVKË DE FRANCE

Désir a exploré ta vaine terreur et ton mystère. Tu es la porte du palais où chante et s ébat a jamais la fête qui n'a pas- de soir, l'extase sans defail-, lance et sans limite dans la Clarté victorieuse en- ■ fin; «Seigneur, fat aimé la beauté de votre maison et le lieu > ois. réside votre gloire». . , ' •, ■

. Là gemme la plus dure, là plus rare et la plus éclatante, celle dont l'excellence décourage 1 hyperbole et la comparaison, l'indomptable et maïnifiqueDiamant a été élu pour être 1 hiéroglyphe, de la Mort : il en proclame par sa puissance line- , ' luctable nécessité, la domination sans ecùec : comme aussi, par sa virginale, transparence, il exprime. l'âme délivrée de son vêtement de ma- ■ tière, dépouillée des accidents charnels qui troublentdelburdësscoriésopaquessàlimpide essence,

l'âme radieuse enfin de sa nudité sublime et pénétrée delà pure lumière incomposée et sans cou- Diamant que nulle violenceau moud'e n'entame et ne brise, chasseur des songes creux et des larves dé nuit, je te salue ! Je te salue, Thabor des. V transfigurations indicibles, ■ seuil éblouissant des heures àjamais neuves, aube douloureuse du Jour que Dieu a fait, Diamant !

Les iustes vont manger là chair de l'Agneau, ils vont boire le sang de l'Agneaii que les méchants • ont tué . La Terre Promise attend ses hôtes attardés. Irons-nous par les printemps puérils des.

amandiers ? ou par les berce P^^^S - profond des lacs crépusculaires ? -Non, • c est une mer de sang qu'il faut passer , la Mer*ouge où s'abîmera la servitude égyptienne, La Paque est une féerie sanglante. . . . • .

Mais, ô Mort, immortelle épouvante des vivants, par quel horrible stratagème as-tu trouvé ï placJ au sein de l'indivisible Eternité? Et la Vie est-elle donc la bête forcenée qui dès les temps où elle fut se dévore elle-même et se digère :poùr. assurer sa. sempiternelle reviviscence.?.

Spécieux blaspltèmé. Nous .savons que ce n'est, pas ainsi; et que la Destruction, sans cesser d'être, .. ^xécra-blé en! son'principe, accompUtune œuvre bonne lorsqu r en..sa fureur ..aveugle et fatale, .ne '

.pouvant s'élever contre, l'Impérissable^ elle s'acharne, fille hideuse et hors nature^ sur son père Jtiïdeux^ le Mal, le Pharaon oppresseur et maudït. : G'èst pourquoi Dieu Ta adoptée, afin que toutes souilliïrés et toutes infirmités fussent abolies, ^r souvïéns-toi parce que tu fus humilié ! — et que

. par la Destruction - -'fût enfin réalisée l'Harjcaonie*

Un jourdonorhômme créé pour layie.contra.cta dans l'ivresse de son Libre arbitré une alliance * avec lé Négateur, c'estàrdire avec lé MaL Adam avait-iL donc le pouvoir; de supprimer d'un Jcoup ,

; la Yiè, fille de Dieu ? Non. pas, car la Moiît n'a point d'empire sur la Yie 7 mais seulement sjur.cë qui est mortel; alors entré ï'êtreimniortel et . Tenvieiix Néant une sorte de louche compromis intervint; le. Temps parut et aussitôt çomniença. de mourir» ;.- ...'*,'■ \

Passé qui n'est plus et. qui. n'a pas été également pour chacun ; Àyenii: qui n'est pas encore * et qui ne.sera pas universellement ^Présent, atche ; fragile,, pont, infinitésimal jeté entre ces deux néants : voilà le Temps, "c'est jt'enriëmi qu'il faut tuer ! C'est M'Patteh tè, . là langueur et la sépara-

. tiori, la soif et la satiété, le commencement et la fin; c'est lui lé mauvais assassin : des espoirs",, le ■ destructeur dés rêves légitimes, la géhenne aux barreaux d'airain des libertés, la;grifife; sournoise et féroce des déchirements; .

Mais parce que les enfants de la Vie et de la . : Promesse avaient* par leur incrédulité, fait entrer dans le monde le \men songe de la. Mort, -la . Promèsseder Dieu n'était pas pour cela résiliée, et la Mort ne détruisit que le Temps dont les apparences^ sans cesse renaissantes s'efforçaient vainement d'éluder l'héritage d'immortalité.

Abdique, ô Néant, ta transitoire tyrannie ! -

a 68 MERCYRE DE JFRAHCE

Et voici que la Mort ouvrit la porte à l'éternité du Seigneur, que la. Liberté s'étonna. de respirer au sein de là Loi et que le Relatif étireignit 1 inviolable Absolu.. Là Justice se reconnut au inirpir de la Miséricorde, et toutes contradictions, toutes -. antinomies furent réduites en Dieu par la JVLort. C'est pourquoi, en même temps qu il . recevait la tragique investiture, le Diamant était appelé la Gemme \de réconciliation et d'amour \ .

Que si vous répugniez à voir dans la pierre émi-

porte que jjiuugc u.aiiz> x^> ©«^5 ~-~ «~ — . — ™ . -- — r

table diamant: mollit et perd sa force cohésive.. Or que faûtôl entendre parle sang du luxurieux

cette scieu^e 111 C&4 unit, auo^ **«*« ~ r - v

testé, par laquelle l'homme en vérité sent et con-, naît, mais seulement dans le temps, et 1-étendue, > qualités de mort et de restriction dont son ignorance a fait les conditions de l'Etre . Tellement qu à l'heure formidable où se soulève le voile de Tinfini, inapte à concevoir la théômëtamorphose, il recule glacé du vertige de l'espace, qui s'ouvre à ses yeux hagards et se crispe éperdument aux moribondes vanités qui déjà échappent à êoH

étreinte*

Ce n'est pas tout : le Diamant n'a pas- encore épuisé sa naturelle éloquence. Il a dit le:. martyre, il va montrer la palme. Regardez.: te joyau unique ne serait-il pas invisible, tant est parfaite Tinnocence de son eau, n'était que dé son rayon-

" nement royal il éblouit la nuit; auguste ef véhêment? Et maintenant écoutez Paul, le visionnaire

-■ au chemin de Damas. «: L'oeil n'a point vu, dit-il,

Voreille n a. point entendu, l esprit de Vhomme.esi

inhabile à comprendre ce que Dieu a préparé pour

ceux qu il aime*. $> ; J v ..

Allez, agonisants 1 Au jardin nocturne des On-

MÂRS ; 1895

¥ty

yiers^sùez yotrè sang effroyable ! Encore quelques minutes et cette lie de la tèrrenr et de rangôisse* vous ne l'aurez plus même à boire; Mais cpii que vous soyez, et. que. mêmis vous ayez cru devoir voué borner à ce lambeau pantelant dévie, votre actualité précaire et douloureuse, que Je Mal a-* détaché, de l;Eternité, souvënëz-voùs que vous , êtes sous Ja sentence des .çubUmes. allégresses,; des incessantes. Epiphani.es,. à jamais, à jamais, et

ne se couche pas; « Je: vous te dis : vous êtes des dieux. s>

XotflS " DiËNISE.

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