‹ Mercure de France, tome 7Chapitre 57 sur 86 · THÉÂTRE LIBRE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE LIBRE

A bas le Progrès, bouffonnerie. satirique en un acte en i>rose, dé M. Edmond dé Goncottrt. —Mademoiselle Julie,

" tragédie, en prose r dê M, " Auotste' Sïmh»ber<* traduite; par . M. 'de dlsAwovÈ. — Lé Ménagé Bsrésille,.^*? «» «» «*** ■en prose , de M. RoMÂm. Çootus. : . " r *«*«.«.■■

tt tenue sotte de la presse devant l'œuvre; ■ de 1 écrivain suédois, qui pour là première: fois, était révèle, au grand pu- •.

■ blic (peu de personnes, sans doute, ont lu .un superbe roman . . " de Strjndbergf Mariés, dont il existe une traduction française), .

nv exciterait -volontiers 'à un éloge ■ sans borne de Mademoi-'..-

• selle Julie, né fut-ce que, par . manière ■ de protestation . D ailleurs les défauts de cette pièce sont minimes en regard des .

■ -qualités presque"géniaies d « force > de grandeur,, de. puissance

• d'expression, de science des 'caractères quelle manifeste. -Il a- : fallu un mauvais vouloir qui, vis-à-vis tfïïn auteur étranger, ,

■ devient une insulte toute gratuite, oaralorsune inintelligence, ■ confinant vraiment ;àridiotie ? . pour s' être plu à ne voiras; 'Mademoiselle Julie que le fait-divers* assez répugnant, dune . • îeune comtesse, se faisant ouvrir . des horizons nouveaux par

• son cocher. Bons Aristarques \ vous : deviez' pourtant penser

- qu'un auteur, fut-il' Suédois, nè-s'en va pas, pour le plaisir .\

■ "d'occuper la scène pendant une heure ou , deux, vous:, narrer,

sans plus de propos et -te raison, une aventure banale arn-

■ vaut je ne dirai pas tous les jouxs/mais assez couvent pour -

-■ "qu'on la connaisse. Vous deviez supposer quil y avait la-. .

■ dessous des. intentions, et les chercher si vos yeux de myopes . -

• ne les voyaient pas du premier coup. Au lieu de. cela, il vous . ' aparu plus commode de plaisanter aimablement. G est très

* IlUf ™- s ^ z , be «coup - j e veux dire bien peu d'esprit. I» «ÏÏÎ7? 1 ?" *? P ubllc , <ie k première a été impossible. La pièce s est jouée au milieu d'un concert de tezzis "de cris

•' Si ffi& f Carnations indignées et' dé riresrtupideV,' qui étaient peu propres à créer un milieu convenable £ une audition, seneuse. Les spectateurs les plus probes sont sortes S.w'ftwH ? è P ré ? eata ti°a. ^ec. la ^conviction |u*ls v£

■ Sï?„ÀÎ*|S? ter 5 ° ne monstruosité, ^ seconde a îté beau- • ™£L P ^ 1 ^ ; 0aà éC0Uté avec c ^m«et décence; on a

SeadreP dK • CeU3: .^ r ° at biea .^^ .ont .pu coin! .

si^ïhf î? rt i- : àiD ?? 16 ' . c iPe nd * at ! J^ rarement vu dé pièce S,mnorfl TV "^ ?' S1 **»**««!«* et consciencieusement SÏÏSîf ™ J ! i S^ te prBS i ue à avoir à V«*Uq«»r; alors que " in W% ^T?^.^ discuter. Et la préface dé "Strindberg, l'a-t-

auk déteiS S d? ^^ no ^. ou ^> ^ «oit Wté élément .'

™«T* « * Duse en - scene ' dont ' Strindberg, soit dit en

fA ^ ' h préoccupe peut-être trop, car là n'eftpas l'Lté-

' ««,. o? P J e f a ? unissait Partant de précieuse indica-

-?!•'„■? • aur , axt P u y T0ir . *u moins, qne l'auteur était"

tLSSÏLS?*?*?* P as seulement une i aventure » qu'il se proposât d offrir au public. Certes, le désir d'étonnêrVahum ou de scandaliser était le dernier de ses- soucis Et si 1«' spectateurs ont cru. devoir.se choquer ou se. moquer des ^ôtfs purement formels de l'œuvre, .sans.. daigner en pénétrer féï

%&£'££%& Jiï** «* **■* PO^lebon-^Tt déset :

perant pour les meilleurs courages;

1 a "« • atts J Ie drame "-après, dit Strindberg, je n'ai pas essavé de faire dn nouveau - c'est chose impossible! - f'ai tâche

SrT* d \ m ï? ern J Ser ta forme > d V è * « que J la jeune génération actuelle m'aparu réclamer en cet ut.\ ( LaWe

tout à f^V.^ Fl ^ Ce d " moi ^* e réclame. peulêtre J piTs tout a fait cela, mais-ce ne serait pas une raison pour se refuser a admettre une pièce composée dans dVutrw éirdons tances et pour- un autre pays.) « A cette fin, rL ? fait cW •

£™ „?•? -I pe ^-t tre ^ ^ <ï"i tu'a pri's J -^dom onp^dire qujl est en dehors des partis actuels ; en effet ■ le problème de 1 élévation ou de £ déchéance' sociale, des |rSd s '

■ ou des. petits, des bons ou des- mauvais, de l'homme of^ll • femme, a eu et aura toujours un intérêt permanent ? Ouand^

ll"sieurs UJ a L d 'f ■ la Tfc ' **■** ^ lWîs rt *^ SS Plusieurs années auparavant — mais l'événement avait fait ■

■sur moi une. forte impression - je le trouva? teés propre a :

nue tragédie, car cela fait encoreune impression douloureuse '

?W "7* ^ ne d ï tt indÎTidu à 1 uiIe sort souriaitlt au«i . 1 extinction dW famille... Mais, -premièrement, il i'v S • de mal absolu,, car la ruine dW famille, ;. n'est-ce 7 pas P un

natives de haut et ba-s ne constituent-elles, pas un des- . plus grands charmes de la vie, le bonheur résidTnt un^qul! TTLÏ? nS \ S? m P. a ««on? Quant à l'homme à proSme qui veut remédier à c^t accident fâcheux, savoir quelSu

^»VH^>to«^

de proie déyôrè le pigeon, et le pou l'oiseau . de proie , Je lui

—.demanderai: à quoi v bon ; remédier à cela £. La vie n'est pas ■■

. -si mathématiquement idiote que les grands seuls dévorent les

. petits ; au contraire," il arrive aussi souvent que c'est* l ? àbeilïe

» qui tue le lion ou .du moins- Ie : met en fureur.- » " •'

. C'est donc là une véritable tragédie,. dans le plus haut sens,

■ où, la fatalité joue le premier rôle, le rôle grandiose et terri-

■ .fiant. Là vie sociale tout., entière, avec ses • énormes ^soubre- -

sauts, ses violences, ses bouleversements, avec 1 ses. abattages dans le parc' royal « d'arbres pourris et caducs qui ont gêné trop longtemps les autres,, lesquels avaient également le droit :

" de pousser à leur, tour », y. est puissamment symbolisée. La ■ lutte entre cet "homme i vulgaire et- jusqu'ici servile; mais qui • . . aspire à monter et. détient en. lui la sève des futures victoires, .

.la, lutte entre, ce valet et l'héritière dégénérée, d'ua monde

.qui s'en và^cquiert l'importance d'un mythe. Dans cette cuisine, au milieu des casseroles, c'est la bataille des" castes

. qui-'.se, livre. Et- l'humilité du décôr"rend plus frappante en- ; ., corè la' grandeur de Faction, plus palpitantes ses -péripéties./

, ' Mais il .ne s'agit pas seulement de- fatalité'. La .tragédie' , moderne va plus loin ;' elle* veut l'explication de l'inéluctable dont les anciens "se bornaient à .5 T ëfrrayer,' Et c'est iciqu'in--: tervient l'étude approfondie des causés., A ce. point de vue, . l'œuvre de Strindbèrg est très remarquable. .11 s'est applique . -

- à* motiver par Une foule de circonstances lès événements, quiaboutissent, en .une suite logique, de nécessités', à l'irréparable

. catastrophe.' : Le triste sort de Mademoiselle- Julie n'est point

■ Tceuvre aveugle du destin: tout j àù contraire, concourait. à le -. rendre inévitable; D'un côté, le caractère propre de la "jeune. fille, les instincts qu'elle tient de sa mère, l'éducation qu'elle'

a reçue, l'action .que son fiancé a exercée: sur ' elle ': d'un . autre, l'énérvement de -la nuit' : de la. Saint-Jean, l'absence du père, la coïncidence de" l'instant physiologique des 'règles, lé parfum des fleurs, Tétat de la- chienne, : en£n l'accident . . .qui, la place à 'un certain moment- a" la ' merci de.' l'homme

■ ."surexcité „ Chacun de ces motifs j pris, à part, .Saurait peut-

être, pas été capable dVxpliquér la ■■ déchéance . de Julie; .pris ensemble, ils acquièrent une- force, irrésistible. Il n'y 'a- plus.

■ qu'à courber là tête et à laisser l'ouragan sévir et accomplir son œuvré. . '.<-.■.■■,' ' -.'■■. ■- •-Leprincipal.de ces éléments' du drame,, celui qui, à lui seuli suffit à l'éclairer d'une'. viveAumière, : c'est la pérsohua- * ■

' lité même' de. l'héroïne. Striadherg a mis' tous ses : soins à. la poser ; et une fois' ee personnage établi, il semble presque . impossible '.que ce qui arrive n'arrive pas ; le "désastre ■ final 'en est- là directe, et : lamentable conséquence, '.Hà r f demoiselle. Julie, — cela' ' est indiqué dans la préface et ' lumineusement exposé- dans l'œuvre — est une demi- femme j une haïsse use de 1 homme, et La demi 7 femm*e est un type qui . cherche à : percer, et se vend présentement pouf, de. la puissance-; des rubans, des distinctions et des -hohneurs.i comme. elle s'est vendue jusqu'ici pour de l'argent : elle est un signe .d'abâtardissement. Ce -n'est pas une' bonne espèce, car elle

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n'est pas viable, mais, par. manieur, elle se propagera une génération encore avec toute son infirmité ; des hommes, dé- . générés, sans en avoir conscience, -ce me.. semble, font leur choix parmi elles, .si "bien qu'elles se ■ multiplient et donnent naissance à dés. êtres au sexe indécis, pour qui la vie^est un .supplice,- mais .qui périront heureusement,, soit parce- qu'ils .sont en dissonance avec là réalité, soit parce que leurs instincts comprimés, éclateront irrésistiblement, -ok ; qu'ils se seront vainement flattés de s* élever, jusqu'à V homme, ». . J'ai souligné ces derniers mots, parce qu'ils expriment pour ,. ainsi dire l'essence de l'œuvre .et en constituent la morale. ' ■Mademoiselle Julie, qui, si elle n'est pas une fènimej n'est pas un homme, a toutes les faiblesses inhérentes à la conformation physique et à la situation sociale' de la femme, et en même temps elle se refuse .à en comprendre lès devoirs, à en .assumer les responsabilités. Elle méprise l'homme,, c'est-àdire, en réalité, qu'elle veut faire acte d'indépendance et se soustraire au joug' dominateur de l'homme. Elle s'imagine qu'elle n'a qu'à prendre toutes les libertés pour être libre.,Son cocher lui plaît, pourquoi ne se l'offriraït-elle pas ? Cela tire- . t-il à conséquence? Et voilà en quoi la pièce est une virulente satire contre l'émancipation de la femme. On sait que • cette question préoccupe beaucoup les esprits en Suède, et ce ' - n'est pas étonnant gu'un auteur suédois ait voulu l'agiter toute vive suir. la; scène. Ah! vous 'croyez- que la femme est Tégale de l'homme ? Et Strindberg la j ette imperturbablement dans ,1e creuset de l'amour, comme une matière que Ton va soumettre à une expérience, poux prouver ah ab&urdo son incapacité. Supposez un homme à la, place de Mademoiselle Julie, un homme ayant un beau j our/ la fantaisie .de-couche ravec une .petite bonne. Qu'est-ce que ce caprice sera dans sa vie? Rien, moins que rien, aussitôt oublié que satisfait Voyez, au contraire, Mademoiselle Julie : du moment où elle s'est livrée à son cocher,^ elle devient sa chose, sa chair. Le laquais devient son maître, la rudoie, lui impose sa bassesse- et son or- . dure. Elle perd si bien sa personnalité quelle en vient' à s'apr proprîer l'idéal du drôle, à rêver avec lui d'un hôtel en Suisse où elle sera dame.de comptoir I Mais là honte de vivre'. avec cet homme, dont .tout la sépare et dont elle ne peut maintenant se séparer, l'horreur que sa brutalité et sa vulgarité lui inspirent, .l'effroi de la faute, la .répulsion' devant une infâme. maternité la plongent dans l'affolement- et le* désespoir. Aucune issue pour sortir de ce cauchemar. La mort, là mort seule et que, symbole suprême, elle se suggérera en s'hynoptisant ■ elle-même sur. la face luisante et. vile de son amant. Quelle " épouvante et quelle leçon !

Telle est cette tragédie-, que quelques admirateurs ont qualifiée de chef-d'œuvre et qui me semble bien près d'en être ■ . un, malgré lefcris d'oies de la critîquaïlle parisienne; . Elle a été. interprétée excellemment par Mme Nau et M. ArquiUière, consciencieusement par Mme Bessier..

.'.-."■ ■■■.':'..'■■■ MARS 1853; /,.-.:;'.•-. ■ - 2n -

La pièce , d*e M; Goôlus est une aimable fumisterie, plus fumiste qû\>imable, \ . ■; . . ■ .' ::. „ " • ' ■ J

*" Gellè de M. -de' Goncôûrt est, aussi ;ùné aîniàble fumisterie, .plus aimable <jue fumiste-/ ■ : \'; .

' Cette dernière pièce à. été jouée par, M. Antdïué .avec , son intelligence Habituelle* -* ■ ■.-'■.".■"'/' ^

■-■.:*.;■ -'■-. '■" ; . - Louis Dumur. V

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