‹ Mercure de France, tome 7Chapitre 7 sur 86 · PARADOXE SUR LA POÉSIE · texte numérisé non relu

PARADOXE SUR LA POÉSIE

■' ■ • Àu% Poètes.

>^5" ter d l poési ^ ee Peit être bien;,discuter de poésie vaut sans doute mieux . '

Afin de tenir à l'écart, ainsi qu'il sied, Vlnsbiranon chère . aux 'brebisenragées^de ce Daphnif des mfeT^nof^' ^ de ^set, afin, de P proW , X£ï H -?°w« est ^?* e ' aon d'instinct -^etins- StÏ £p - af ^? é ^? ? om ^ a * x P^ cuvais £2£v ^ el , ec ^f la ^ a ^ lenne .--maisde volonté .réfléchie, (quil soit. entendu que le-, mot poésie

inxphqne et le tempérament poétique etle/manï

riïSïl' afin + f* fr « f^^je démontrerai expé^ ÏK tale?ment les splendeurs d'une volontaire es- :

Envisagée de la sorte, la poésie apparaît — «t'

dïï? ?f*?^ ] es ^ade S Puisqu'il permet rœuvre "

^ll'i • a dlre r e . vl «l^^ des lois apparentes: de la. logique positive. ' F r™'"*

• .Nous voilà très loin dé. l'inspiration, et des lan

de médiocres écrivains- :• . •

Je transcrirai donc ici des .glosés, augmentées de quelques commentaires qui Jé.c^isSants ■' a ma proposition. Ces. gloses ^ écrites à peu nrèc

S:&L a s llberte ^ leè -^tûler :£^ .^^, ,

Notes de carnet. . Chez Àustin's. -~ Après . une

JANVIER 1893. ./ -•" : ï3

:'■:'■ blëmënt,-. : . J e- m'abstrais .en la fumée assoupissante ...../ '. demapipe.,.. SU.ence.et vertige, puis.grand remue- , ; ; ménage en ee. gùignbl. dont les. idées sont les: ,pantins :1e cerveau.. Blancheur, sensation, de. blan- .

çheïxr — des "rythmes cômmëncent.à chanter. , , , ... Pésgoëiahds. viennent et volent parmi tels , piz- v ■ zicati "de ressouvenir. passionnel; et triste, r- Fiers , j

Mes'-gdëlands altiçrs "envolés sur la iner : • '; '• '

Pas ce poème, maïs! l'auitre où vont encore'- des ; goélands — Il n'est pas faïi:. — Ah L cherche. ns.le.. : ^Musique italienne : au dehors..., Rigolettv, air.

.: d'entrée duDuç... ;1 : .; P ' ".■"■: : : :■■' .-^

-'•' Souvenir triste et tôujoùrô le même ^r. et jamais;.

plus ta même \ — Xés goélands s'en vont languis-

samment sur,la mër: fit. alors ■': :.'

* ' Des oiseaux blancs: et' des parfums mélancoliques • . Volaient parmi la brise et berçaient ton" sommeil- : • Nous avions parcouru des pays sans soleil t- .- Ô brume,. ô goélands, ô pâleurs idylliques:'.;

. lies Violons et la harpe ricanent — H semble,— l'accompagnement de la sérénade de Don Juan — pas de tristesse passionnelle l — l'apaisement seu-

'lémént vers tels gouffres ^oirs, aux .sombres étoiles.:,:. Voici le. rêve d'un Eden que j impose

■:• pour uri leurre, a mon Esprit.^V6lonte;! volonté !.. -^ Voici la Fêté -et . là Fleur et je ne sais quelle rédemption parmi les fumées, blanches, les ailes fraîches des goélands, etlesmélodies palpitantes, pareilles à des angesen extase..... . ■.- : -'

■•• ■ dn"éteinilentemehtle.s,lumières^les cristaux.

du comptoir \ pleuvënt des feux bizarres dansée -: • bleu de rëlectricité surbaissée; à peine-,. reflété,

du dehors dans la glace, un rayon très bleu aussi ; ■ mais revêtant cette eadavéreiisè pâleur. propre aux.

Edison..., Alors ce décor sotebre et comme so.ndàin foudroyé vers quelque -bleuâtre enter de 1 alcool; "ces exotiques pochard s, cette Vieille prostitution ambulante des pavés internationaux — et ' puis les pas mous des passants -7- et puisse vent. 4

qui chantonne parmi les girouettes...... Et aussi

cette musique — et aussi ma tristesse revenue avec cette rancœur à cause d'un absurde et téméraire amour. Alors la dernière strophe . menteuse et désolée.... . .

Entends-tu quel vent noir s'éplore par la ' dune ? ' - .

Car il s'agit d'un poèmepublié en I'Ermitage du 15 septembre et intitulé Songe. "D'oïl venait-il donc ? — Il naissait de ceci : La . vie vue en rêve par un effort de volonté. Cela seul et rien déplus^

A ^ , . ■- . . /ajouterai: et qui

extrait de la vie, au moyen, du rêve, la part d'Eternité que la. vie comporté. '

En application, voyons de quelle sorte plusieurs qui, consciemment ou non, pratiquèrent cette métaphysique, pnt su réussir.

.. Certains jeunes poètes tardivement parcoururent, au pa ys du Parnasse, de froids palais radieux où ne résidaient même pas des fantômes et où .ne fleurissent que des immortelles. — Ces poètes sont des plus estimables.

Il s'est trouvé des gens de géiiie. Il y a euM. Mallarmé; il y â M. Paul Verlaine; il y aura peut-être un jour M. Moréas. Par M. Verlaine nous avons réappris que Dieu existait : ...

Loin de ces temps d'esprit charnel et de chair triste .

Nous avons appris aussi que nous avions un cœur et que cela était plutpt fâcheux. -, Encore, ; qu il faut se méfier un peu du rïrë :

Le seul rire encore logique

Est celui des têtes de mort.' **~

Constatations qu'il eût peut-être inieùx valu. ne

pas faire.'. . '" ■ .

Dé M. Mallarmé nous ayons appris qu un des ...:. noms, dé la Beauté était : Mystère,. e£ qu'une, mélodie chantât dans lés Verbes.— Cependant, a , causé de ce même Maître; nous nous sommes surpris % nous éicriér;:: '■■''. '■■■','.' •'•.'.■'.'■'•'..

- j»aï 4è mon, rêveèpars pbaaa lanàdité.

flancs de célt aigle; ,'. ■-. :•: . ■ ..-..■ "; ■ • ■ .-': De Mi Moréas" nous n'apprendrons péages p» qtf à siediderecommençer'la Pléiade - mais cjez : : fui nous .trouverons la , grande éloquence et la .

" :^ e Sfin;aui6ùfdliui; certains, nous ; non* sominçs . . j, mfiS f écoïedè Iayïe. Là, notre seul prof esseur fat ,

le Rêve,: envers qui :nous * ^f^£°*£2 ' • des élèves Un peu pervers.;... Des, enfants certes . , —puisque les poètes ont le don d enfance — mais quels enfants? • ; ' ; . " .'. ... ■ .

' : '. ' '■'■■.■.""■: '■ IV-' ■■"■-'"■. '. '"'"■'"' '' '■'

, iys parmi des épinesàsolxè front? -.commet , s'exérce-t-il èncoré.après les années, et : la sout-

• Se, et "toutes cesBàçnes top^^ent^^ 1 ^ ..

'■■ mie la vie Quotidienne nous darde au cœur, r, .

:Û rïvièrev La rivière. ^ toai ^^f^Sj^

une autre chose, c^ui me tarait peur , semen* soyeujdo reau fuy g^P^gS^ ; "

. quiète à-cause du prisme de rêve .a toyers tejueL .. i&sentais le rvt&me etlabeaute.de ces cnoses . ]e Ce^violenceVdans >«^ ;c ££ " •: ,; de situer au point jiiste& non autour, notre emOr . ..

. tïon; cette volontaire et plus où. moins consciente . induction ramenant à notre âme intimé et non. pour de vaines descriptions, mais pour 'ime^çrea- ■ ■ tion subjective — le rythme essentiel et l'essentielle \ beauté dojit nous douons les apparences, forment ■ l'apanage virtuel de. l'enfant qui sera poète . Déjà : pour lui les choses sont ce qu'il veut qu'elles . soient. Et de là ces.sileip.ces absorbés, ces adrsuon ' étonnés mais attentifs .'qui inquiètent, combien à tort, maints parents, et les incitent quelquefois à des barbarismes d'éducation.... Cela est. v d-ailleurs, d'une importance médiocre : le poète, de- *. meure l'Elu ; * il porte le signe qui le gardera ' defe • . . sollicitudes maladroites.. \. ;■*-*

Si nous nous, examinons, nous verrons que/ les . facultés divines éhumérées tout à l'heure persistent durant toute la vie du poète. Si elle disparaissent ou s'affaiblissent, il restera peut-être un virtuose,^ un artiste — mais le poète sera mort; ' ,

Je ne parlerai que pour mémoire . d'une antre faculté sur laquelle il vaut mieux ne pas trop insister, car elle est un peu sinistre : et comporte un. . : frisson mystérieux; cette, faculté est telle ;. les. : \ allants et venants, les vivants — même les proches — n'apparaissent au poète que comme de très vagues fantômes tristes ou joyeux, selon son âme propre, et destinés à animer deleurs gestes et de . leurs paroles— celles-ci notées seulement pour, leur timbre — le décor qu'Use créé,pêrpétuellement; de ;. là certaines épouvantes enfantines qui. font dire, aux gens de sens commun : « Cet enfant est très exalté ; il faut le mettre eh pension >>— c'est-à-dire

en prison. . ...

; Mais qu'importe : l'Etoile intérieure ne s'éteint ; .

nulle part* . .,

Or, où l'âme du poète retrouve sa vraie patrie., c'est aux œuvres d'art : féerie dés belles toiles ; océan passionné dé là musique; harmonie des . beaux vers et des belles phrases. Le poète Vit ses

ÎJAKYEÉR 1893./ ; ■'.; ' '- \ ■ ■ -17

heures heureuses —^ les. plus heureuses après celles de'dréationpersonneUe^ehpojcnpaçiiie des âmes fraternelles par qui \ se réjouit et .s'illumine son esprit. Aux treilles d'or de ridée il cueille, comme des grappes savoureuses, les formes jusqû'a/ri.jouf . où tu poses tes mains froides .sjir son front, ange

dela.MortL../ '/• . ^ /■'■-. "''■. /''■■■■

— ? Enfin ! me dît quelqu'un * vdilà le grand, mot lâché: il ne s'agissait qne; de Forme I

Point du tout; ce serait alors admettre la

de la formée que la foriaiene naît de .l'idée. Une idée belle contient sa* forme. Seul un médiocre — quelque normalien — pouvait oser soutenir qu^ùné idée belle par elle-même ne contient pas '*.-.: implicitement sa formeharmoniëusë. ; ; -;' ; V

L'Idée-avec^la-Forme;, c'est Isis sous, un double roilè; et sous àê yoile r què nous aVpns le privilège ■ de soulever,; nous .découvrons toujours un. ndû^;-. ; veau visage — parce que çé visage^ no iïs le créons-. '[

Notre, strict devoir est de le créer toujours différent,, car nous ne serions qiie des poètes de -se--.-cond ordre si, dès la première fois qu'il, nous a été donné- de contempler, la 'face -d'Isisy 'nous nous en * tenibns à cette impression, et nous attachions à . la faire revivre toujours identique à elle-même durant toutes nos œuvres. ...*-. Ù y a des. écrivains à , qui ce malheur arrive .— malheur relatif, s'entend. Ecoutez ce que dit le poète anglais . Beddoes : «Nous devons plutôt engendrer que ; faire revivre., teiiter dé donner à la littérature: de cet âge un esprit et utie idiosyncrasie propres '.. et ne dresser un spectre que pour le : contempler et non pour en vivre (i^ : >> ';■'.' - , >'• ..; ■' ■„ ;. ' . . Certes non : 'pas pour envivre^ . . . Mais lorsqu'à-. bordeht à nos .terres ces « premières barques \ chaînées. dTnconscient. » dont parle JtyL Kàhn,

. (1) Mercure 4e France (octobre 1892) T voir le bel article de~

M. CJu'-ÏIenry Hirsch. ■

rS ' , M&RCVRE DE FRANCE

recueillons-y . la\ misère parfumée des rouges fleurs, des fleurs noires et des fleurs d-qr dé la- Vie,tressons-en des guirlandes dldée, et de ces gnir- . landes sans cesse renouvelées que notre Rêve orne l'autel dlsis immuable -r— mais selon notre vouloir et non d'après je nesais quelle inharmonieuse inspiration. ..*..

—Si je vous comprends.bién,reprend celui-là de tout à l'heure, il" s'agit d'une mise en ordre et d'une sélection?

; - — Si'vous voulez,bien que ce dernier mot se ressente étrangement d'un système scientifique que. je ne puis admettre. ,,

— Et vous concluez : après l'art de . sentir ses émotions, il y â Fart de les transformer selon un.; rythme personnel inné; et c'est là que réside le don de poésie?

— Vous dîtes vrai — ou à, peu près.

.— ■ Transposition d'art ! s'écriait Gautier * . ; .- Mon cher^ c'est un lieu commun que je pourrais résumer ainsi : inventer ne suffit pas; il faut récréer, par le travail, son invention.

— Enfin, vous vous apercevez qu'il s'agit de lieu, commun! C'est cela même — j et j -irai plus loin: non seulement je m'applique à(ne traiter que de lieux communs dans mes écrits théoriques, mais encore je vous affirme que j'en peuple mes vers — aussi bien ceux cïtés plus haut que les. autres; ils recèlent peut-être des, symboles: ce m'est un souci secondaire, très, secondaire :1e .

. symbole étant la raison d'être et l'essence même de l'œuvre d'art— je suis sûr qu'il se trouve implicite en tous mes poèmes — mais tenez pour assuré que ces mêmes poèmes se constituent sur-

. tout de lieux communs. "

Et;, pour conclure, instruit par telle impérieuse . et pénétrante phrase de Baudëlaire v je déclarerais volontiers : « Lé lieu commun, c'est un Dieu dans la peau d'un paria, » .

- 26-£8 Septembre 1892. .

,J . Adolphe Retté. ■■*■'.

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