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MERCURIALE ANNUELLE

La mercuriale annuelle est trèscommune dans notre pays. On la rencontre à chaque pas au bord de la route mêlée aux Urtica, Lepidium, etc. Elle est plus abondante encore dans les vignobles, les champs d’oliviers, les terrains cultivés, où elle constitue pour le laboureur un ennemi véritable. Selon les localités, on la désigne vulgairement sous les noms de: forrole, forrande, blé fotroux, leuzette, ortie morte, chenevière sauvage, vignette, marquois, remberge, cagarelle, cagarelle, vignoble, ete. C’est une plante herbacée qui ne vit guère au delà d’un an, d’où le nom de Mercurialis annua : cependant, abandonnée à elle-même et placée dans un endroit qui la préserve des froids trop rigoureux, elle peut vivre plusieurs années et acquérir une taille relativement considérable. Le Mercurialis annua disparaît en automne pour reparaître au printemps. C’est une plante dressée, atteignant vingt où trente centimètres de hauteur. Toutefois, lorsqu'elle vit plusieurs années, la tige principale, n’étant plus assez forte pour supporter les axes secondaires, s’infléchit et rampe sur

le sol par sa base. ce | |

= Les rameaux sont obscurément tétragones, dépourvus de poils et renflés au-niveau de l'insertion des feuilles. Si lon examine une tige de près, l’on remarque, entre deux nœuds et de chaque côté de la tige, deux filets longs et aplatis, opposés et parallèles, parcourant l’axe depuis le nœud supérieur jusqu’au nœud inférieur. Chacun de ces filets prend naissance au nœud supérieur entre deux stipules et aboutit au nœud inférieur à la base d’un axe secondaire.

La racine s'enfonce verticalement dans le sol et ne tarde pas à donner des radicelles plus petites servant au soutien de la plante. Sa grosseur est en raison directe des dimen-

EL DO sions de la tige ; elle est blanche, tendre ou ligneuse, suivant l’âge de la mercuriale.

Les feuilles sont opposées; typiquement, elles devraient être opposées croisées, mais, par une torsion de l’axe sur lui-même, cette disposition ne se voit que grâce à un examen attentif. Elles sont longuement pétiolées, pourvues de stipules, aiguës au sommet, dentées sur les bords. Leur forme est ovale-lancéolée. Leur couleur est d’un vert Juisant à la face supérieure et d’un vert pâle au-dessous. Les feuilles paraissent être glabres, mais présentent au microscope quelques poils à leur pourtour. La nervure médiane est saillante à la face inférieure; cette nervure partage la feuille en deux moitiés inéquilatérales à la base. Les nervures secondaires sont alternes sur la nervure médiane et chaque nervure secondaire aboutit à une échancrure des bords de la feuille.

La mercuriale annuelle est dioïqne par avortement; les fleurs mâles et les fleurs femelles sont sur des pieds nettement différents. Les plantes mâles sont généralement moins développées que les pieds femelles ; il ont un aspect plus délié et plus élancé, car les fleurs inâles sont portées à l’aisselle des feuilles par un long pédoncule, tandis que les fleurs femelles sont sessiles.

‘On trouve dans quelques jardins, à Angers et à Issy-

l’Evêque (Saône-et-Loire), une monstruosité fournie par le Mercurialis annua. Les feuilles de cette forme bizarre sont étroites, linéaires ou même réduites à la nervure “édiane; quelquefois divisées en lanières capillaires. Cette plante se reproduit et Marchaut, en 1719, décrivit les deux formesque nous venons d'indiquer, l’une sous le nom de Mercurialis folus caprllaceis (Mém. acad. des sciences de Paris, 1719, p. 59, tabl. 6) et l’autre sous celui de Mercurials allera folus in varas elinæquales lacenias quasi dilaceratas (ibidem, tab. 7).

Le ME.

Habital.— La mercuriale annuelle abonde, comme nous l’avons dit précédemment, dans les champs cultivés et sur les bords des routes. Elle est commune dans notre région. On la rencontre à Saint-Béat; elle est assez rare à Luchon (1) On la trouve à Grenoble et presque partout dans les Alpes, d’après Verlot (2). Si l’on en croit Grenier, elle manque ordinairement dans la région des sapins (3). {Elle est abondante dans le département de l'Hérault; mais elle est rare sur les granits, d’après Henri Lecoq et Martial Lamotte. Maurice Palun, dans son Catalogue des plantes phanérogaiwes (4), dit que la mercuriale annuelle est très commune à Avignon et dans le département de Vaucluse.

Dans une lettre que M. le professeur Planchon a bien voulu nous communiquer, M. Naudin, de l'Institut, s'exprime en ces termes à propos du Mercurialis annua : « Ce que je trouve »de singulier danscette plante, c’estque, tandis qu’elle abonde »dans le Roussillon, elle manque totalementdans cette par- »tie de la Provence (Antibes). J'ai bien rencontré ici quel- »ques pieds mal venant de mercuriale dans deux ou trois »jardins, sur de la terre rapportée au pied desimurs, mais il »est visible que ces plantes sont étrangères au pays etnes’y » propagent pas. [l y a une dizaine d’années, j'ai fait venir du » Muséum des graines de mercuriale ordinaire et d’ortie dioï- »que, pour les semerici, elles n’ont même pas levé. Pourquoi? » Je l’ignore, mais depuis qu’on a constatéla présencedanslesol »de microbes qui jouent un rôle considérable dans la végéta- »tion, je me demande si l’absence de la mercuriale dans cette

(1) Plantes vasculaires des Pyrénées principales par Zetterdst, p. 234. (2) Catalogue des plantes du Dauphiné, par Verlot. (3) Flore de la chaîne Jurassique, t. 2, p. 694. - (4) Catalogue des plantes phanérogames qui croissent spontanément dans le territoire d'Avignon et dans les lieux circonvoisins.

Top »partie de la basse Provence ne tiendrait pas à ce que laterre »y est dépourvue de microbes chargés d’y faire vivre ces »plantes.»

Avec M. Naudin, nous faisons des vœux pour que des esprits plus éclairéset plus versés que nous dans cette sorte de science nous instruisent sur ce sujet.

MERCURIALIS HUETI (1)

C’est une simple variété du Mercurialis annua. C'est la forme des lieux escarpés et arides. En descendant des rochers dans les champs voisins, on rencontre souvent tousles passages de la variété au type (2). Elle se distingue de la mercuriale annuelle par sa taille beaucoup plus petite et son aspect misérable. La plupart des feuilles sont jaunâtres, la plante entière est rabougrie. .

Habitat.— Cette variété de mercuriale annuelle est commune à Montpellier, à la Colombière, à Saint-Jean-de-Védas, à Villeneuve, à Cette, Fabrègues, à l’Escalette et au moulin Genier

MERCURIALIS AMBIGUA

Ici encore nous avons à faire à:une variété du Mercurials annua. La seule différence qui sépare le M. ambiqua du M. annua, c’est que l’on rencontre, avec le premier, des fleurs mâles et des fleurs femelles sur le même pied. Pour nous, le M. ambigua serait une forme transitoire et accidentelle, mais

(4) D'après Loret et Barrandon, nos herbiers publics possèdent souvent, sous le nom de M. ambigua, des pieds de M: Huelüi, c'est là une confusion qu'il est facile de

remarquer. es (2) Loret et Barrandon. Flore de Montpellier, p. 597.

PRO te non un type nettement défini. En effet, M. Daveau, correspondant de l’Académie des sciences de Lisbonne, a bien voulu nous procurer un échantillon dela plante provenant de cette dernière ville. |

Les caractères extérieurs rappellent de très près la mercuriale annuelle ; même port, même aspect, feuilles identiques, même disposition des poils sur les feuilles. Seulement la plante est monoïque ; c’est là toute la différence. Encore ce dernier caractère n'est-il pas suffisant pour faire du Mercurialis ambigua une espèce particulière ; le Mercurialis annua, dioïque le plus souvent, pouvant se montrer parfois monoïque (1). M. Daveau nous apprend que l’Herbier de l'Ecole Polytechnique de Lisbonne possède un exemplaire de Mercurialis annua ayant,sur le mêmeindividu,desfleurs (M) en épis et desfleurs(F) mélangées de glomérules de fleurs (M}sessiles et axillaires. S'il fallait un autre argument pour établir la parfaite ressemblance qui existe entre le Mercurialisannua et le Mercurialis ambigua, nous rapporterions le fait suivant : M. Daveau ayant semé, dans le Jardin des Plantes de Montpellier, deux graines prises sur l’échantillon venant de Lisbonne, une seule graine a levé, et le pied produit a été dioïque ; nous n’avons pu voir en effet que des fleurs femelles. C'était à proprement parler de la mercuriale annuelle (pied femelle). La variété remontait à sa forme-type primitive.

Habitat.— Te Mercurialis ambigua se trouve dans les lieux cultivés du midi de la France. Elle est commune en Provence, en Languedoc, dans le Roussillon, la Corseet le Portugal |

(4) Daveau. Euphorbiacées du Portugal, p. 34-35.

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