CHAPITRE VIII
De la fondation de Notre-Dame-de-Gràce aux premières élections régulières de 1877 (1874-1877)
Sommaire. — Les travaux de construction sont suspendus de 1872 à 1876. — On prie saint Joseph. — Fondation de Notre-Dame-de-Grâce. — Projet d'avril 1866. — Reprise en 1874. — M. l'abbé Napoléon Maréchal. — Préparatifs. — Choix des " missionnaires ". — Installation du nouveau monastère aux pieds du Mont-Royal (14 juin 1874). — Allocution de Mgr Bourget. — Mgr l'évêque de Germanicopolis (Mgr Joseph) prend aussi la parole. — Mandement de Mgr Bourget. — Lettre pastorale de Mgr Charles LaRocque dans laquelle il loue l'œuvre du Précieux-Sang. — Mère Catherine-Aurélie passe quelques semaines à Notre-Dame-de-Grâce. — Rentrée à Saint-Hyacinthe, elle écrit aux Sœurs de Montréal (19 août 1874). — Un noviciat à Montréal. — Clôture régulière à Saint-Hyacinthe. — Mgr Joseph et Mère Catherine- Aurélie s'efforcent de conserver l'esprit d'union entre les maisons-âlles et la maison-mère. — Premiers germes de difficultés. — Mère Catherine-Aurélie écrit à ses 611es de Montréal. — Mort de Mgr Charles LaRocque (25 juillet 1875). — Mgr Moreau lui succède. — Un nouveau " Joseph " : M. l'abbé de la Croix. — Première messe dans la nouvelle chapelle du monastère (28 juillet 1876). — On en prend possession le 8 décembre. — Allocution de Mgr Joseph. — Bénédiction de la chapelle par Mgr Fabre (16 janvier 1877). — Mgr Fabre succède à Mgr Bourget, démissionnaire. — M. l'abbé Raymond nommé prélat (15 août 1876). — Mgr Joseph écrit sa joie à la supérieure de Toronto. — La charge de la supériorité se fait plus lourde pour Mère Catherine-Aurélie.— Divergences de vues. — Quelques lettres de la fondatrice. — Premières élections régulières le 6 février 1877. — Mère Catherine-Aurélie est élue supérieure. — En visite à Montréal, elle écrit à ses filles de Saint- Hyacinthe et leur recommande la simplicité. — Lettres à Mgr Joseph et à M. l'abbé de la Croix. — Son âme est prête à passer par les tribulations.
A vie matérielle d'un institut, comme celle d'un individu, r^l a ses exigences. L'homme ne vit pas que de pain, *^ nous enseigne l'Écriture. Et c'est très vrai. Mais il
lui en faut. L'institut du Précieux-Sang de Saint- -^ ^^=— ' Hyacinthe existait depuis treize ans et sa maison-fille de Toronto depuis quatre ans. A la maison-mère, on était en construction, et, d'autre part, les vocations se multipliaient
C'est dire que les besoins étaient pressants et nombreux. M. le curé Lecours, le dévoué père nourricier et le pourvoyeur attentif, était maintenant parti, depuis le 29 septembre 1873, pour sa cure de Sainte-Rosalie. Pendant quatre ans, de 1872 à 1876, les travaux entrepris pour les bâtisses nouvelles devaient rester suspendus. Dans ces circonstances, on n'était pas, au monastère de Saint-Hyacinthe, sans éprouver une certaine gêne, tant pour la subsistance quotidienne que pour les constructions qui s'imposaient. Que faire ? La fondatrice et ses filles, avec une confiance inaltérable, priaient Notre-Seigneur de les tirer d'embarras. Elles l'invoquaient par son Précieux Sang, par sa sainte mère la Vierge Marie et par tous les saints. Elles s'efforcèrent, en particulier, de mettre saint Joseph dans leurs intérêts. Elles savaient par expérience que le bon saint est un avocat puissant au ciel, et, sur la terre, un protecteur à qui on n'a jamais recours en vain. Elles redoublèrent donc leurs instances et leurs supplications. Déjà, depuis quelques années, afin de ne jamais manquer de pain, elles s'étaient engagées à ne point rompre inutilement le silence au réfectoire, même les jours les plus solennels, et c'est une coutume qui s'est conservée jusqu'ici dans les maisons de l'institut. Après le départ de M. Lecours, en 1873, on se persuada qu'il fallait faire plus. " Nous aidant des poutres et des bouts de planches, raconte l'annaliste, nous allâmes placer l'image de saint Joseph et sa statue aux quatre coins du grand édifice inachevé, et surtout nous ajoutâmes en l'honneur du saint les dévotions aux dévotions." Les neuvaines, en effet, succédaient aux neuvaines et les processions aux processions. Jamais, par exemple, les exercices ainsi dits du culte perpétuel n'avaient été plus fervemment suivis et pratiqués. Or on remarqua que si la neuvaine se terminait un mercredi, ou que si l'on faisait ce jour-là la procession, invariablement, à la suite de la prière aux sept douleurs et aux
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sept allégresses qui couronnait ces exercices, les dons affluaient providentiellement chez la Sœur dépositaire ou économe. "En conséquence, écrit l'annaliste, tous les mercredis, un oratoire fut dressé quelque part dans le monastère ou dans les édifices en construction, où nous nous rendions en procession, au chant des hymnes et des cantiques, pour honorer et prier le saint pourvoyeur des communautés religieuses." C'était là, évidemment, un beau geste de foi. Cependant la prière des confiantes filles de Mère Catherine-Aurélie dut se faire persévérante et être inlassable, car, comme dit encore joliment l'annaliste, " saint Joseph ne se pressait pas pour leur venir en aide au sujet des constructions ". Il les nourrissait, c'était déjà quelque chose ! Et puis, nous le constaterons bientôt, pour les bâtisses aussi, son heure approchait. Le 14 juin 1874, avait lieu, à Montréal, la fondation de la deuxième maison-fille de l'institut, celle du monastère de Notre- Dame-de-Grâce, sur le versant ouest du Mont-Royal. Mgr Bourget, on s'en souvient, s'était toujours intéressé à l'œuvre de Mère Catherine-Aurélie. C'est lui qui avait jadis prononcé, pour fixer sa vocation, la parole définitive. Le 14 septembre 1863, sur l'invitation de son ancien coadjuteur Mgr LaRocque, il était venu à Saint-Hyacinthe présider à l'installation dans le nouveau monastère, à la prise d'habit des premières novices et à la profession de la fondatrice. Plus d'une fois, par la suite, il avait honoré de sa visite les pieuses recluses. Huit ans auparavant, en 1866, il avait un jour formulé le souhait d'avoir chez lui une maison des Sœurs du Précieux-Sang. " Pour la première fois, écrivait alors Mgr LaRocque à la supérieure (17 avril 1866), Mgr l'évêque de Montréal m'a exprimé le désir (à sa dernière visite) d'avoir un essaim de cette jeune ruche dans sa ville épiscopale." Jusquelà, les circonstances ne l'avaient pas permis, et, nous l'avons vu, la " jeune ruche " avait d'abord " essaimé " à Toronto. En 1874, le moment parut propice pour Montréal. Il ne nous est guère
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possible, dans cette histoire générale de la fondatrice, d'entrer dans tous les détails, merveilleux sous plus d'un rapport, de cette fondation de Notre-Dame-de-Grâce, qu'une relation, d'ailleurs fort bien faite, expose dans de volumineux cahiers que nous avons sous les yeux. Force nous est, une fois de plus, de condenser et de résumer.
L'homme de la Providence, après Mgr Bourget lui-même, en cette circonstance, ce fut M. l'abbé (plus tard chanoine) Joseph- Napoléon Maréchal, curé de Notre-Dame-de-Grâce depuis 1867. Nous avons eu déjà l'occasion, qu'on nous pardonne ce souvenir trop personnel, de parler du zèle et des activités de ce prêtre au grand cœur, dans notre Histoire des Sœurs de Sainte-Anne, publiée en 1922. Lui-même et ses frères, M. le grand-vicaire L.-D.-A. Maréchal et M. le curé Théophile Maréchal, ancien trapyîiste, ont été, en effet, très mêlés à la vie de cette communauté de Sainte-Anne, née à Vaudreuil en 1850, mais dont le second berceau, en 1853, se trouva providentiellement placé à Saint- Jacques-de-l'Achigan. Successivement, les trois frères, M. Louis- Delphis-Adolphe, puis M. Théophile et enfin M. Napoléon, ont été curés de Saint -Jacques de 1858 à 1905, soit pendant près d'un demi-siècle. De plus, M. le grand-vicaire et M. Napoléon ont été chapelains, puis supérieurs ecclésiastiques, de la même communauté. De 1861 à 1867, M. Napoléon avait été aumônier à Lachine, troisième berceau des Sœurs de Sainte-Anne, et, devenu curé de Notre-Dame-de-Grâce, il avait continué, de 1867 à 1871, à s'occuper de cette communauté en qualité de supérieur ecclésiastique. Il se connaissait, par conséquent, en fait de direcfion spirituelle. Très pieux et très ardent, il nous paraît même s'y être donné parfois, tant pour les Sœurs du Précieux-Sang que pour les Sœurs de Sainte-Anne, avec un peu d'outrance et d'absolutisme. Hommes de Dieu, certes, dévoués comme personne et désireux avant tout deîiaire le, bien, les MM. Maréchal enten-