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nouvelles iBlles, qui constitue un si bel hommage à leur œuvre, mériterait beaucoup mieux que d'être signalée au passage. "C'est à Bethléem, leur disait-il en présence de cette brillante assemblée, que vous entrez aujourd'hui. Les commencements des grandes choses de la religion sont d'ordinaire pauvres. Presque toujours, elles naissent dans une crèche. C'est pour que nous ne soyions occupés que du ciel. Vous avez quitté votre diocèse, votre famille religieuse, vos saintes directrices et vous êtes accueillies ici aux acclamations de tout un peuple réjoui . . . Mais vous aurez des croix, vous devez vous y attendre, c'est votre mission de souffrir pour combattre le bon combat ... Il y a beaucoup de piété dans cette ville de Montréal, mais aussi il s'y commet beaucoup de mal. Vous êtes ici comme des jeunes Davids, vous allez être mises en présence d*un terrible Goliath. Vous souffrirez pour demander et obtenir pardon pour les uns, pour édifier les autres et pour intercéder à la place de ceux que le tourbillon des affaires distraie des choses de Dieu ..." L'évêque de Germanicopolis prit à son tour la parole. " Vous annoncez des croix à mes filles, Monseigneur, prononça-t-il. Vous dirai-je que la même pensée m'est venue au cours de ces cérémonies ? Cette pompe et ce triomphe, ne serait-ce pas le jour des Rameaux f Non, ce peuple sera constant. Cependant, comme vous, Monseigneur, je dis à mes filles qu'elles doivent s'attendre à souffrir. Si ce n'est pas de la part des hommes, ce sera de la part de Dieu, ou de la part du démon, ou encore de celle de leur propre esprit, et ce ne sera pas ce qui leur sera le moins sensible." Mgr Bourget ajouta un mot : * Elles ont dû, vos filles, Monseigneur, apprendre la science de la croix ! **
Le dimanche, 21 juin, on lut en chaire le mandement de Mgr l*évêque de Montréal, du 12 du même mois, annonçant au diocèse l'arrivée à Notre-Dame-de-Grâce des Sœurs du Précieux-Sang. Aux dix congrégations religieuses qui se partageaient dans Mont-
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réal les œuvres de charité et d'éducation, le saint évêque se disait très heureux d'ajouter cette communauté vouée à la contemplation. " Cette communauté est encore jeune, écrivait-il, elle compte à peine quatorze ans d'existence. Mais elle a pris naissance sous nos yeux, elle a été formée à la vie religieuse par des maîtres expérimentés, elle a été arrosée avec soin des eaux vivifiantes de l'instruction religieuse, de la grâce divine et du Précieux Sang. . . La voix de cette communauté contemplative, comme celle de la tourterelle de l'Écriture, s'est fait entendre... Elle a retenti dans notre voisinage avec des gémissements ineffables . . . Elle proclame avec l'Église, à toutes les heures du jour et delà nuit: " Que le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde vos âmes pour la vie éternelle! ". . .Mgr Bourget entrait ensuite dans de belles considérations pour établir quels avantages ce serait de posséder au pied du Mont-Royal cet institut, pour l'affermissement des bons dans le bien, pour la préservation de ceux qui sont exposés à tomber dans le mal, pour le salut surtout des pauvres pécheurs. " 0 Agneau de Dieu, divin Jésus, terminait-il, après le dispositif qui réglait les conditions de l'installation de la communauté nouvelle, vous qui avez lavé nos robes et purifié nos consciences dans votre sang adorable, afin de nous préparer au festin de vos noces . . . , nous vous en supplions, daignez bénir cette nouvelle œuvre qui commence ici sous les auspices de votre sang divin. Arrosez-la de cette divine rosée qui la rende féconde et lui fasse porter des fruits abondants de salut ! "
Ce témoignage rendu à la grandeur et à l'efficacité de leur œuvre, et venu de ?i haut, ne pouvait pas ne pas toucher profondément les cœurs sensibles de Mère Catherine-Aurélie et de ses filles, non seulement à Notre-Dame-de-Grâce, mais aussi à Saint-Hyacinthe et à Toronto. A quelques jours de là, l'évêque de Saint-Hyacinthe, Mgr Charles LaRocque, qui vivait à Belœil, ainsi que nous l'avons déjà dit, écrivait, en date du 16 juin, une
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lettre pastorale sur la fête du Précieux Sang, dans laquelle, à son tour, il rendait un bel hommage à l'œuvre de son prédécesseur dans la fondation de l'institut. Après avoir rappelé comment le pape Pie IX, alors glorieusement et douloureusement régnant, avait été amené, à son retour de l'exil de Gaëte, en 1850, à instituer cette fête pour honorer spécialement le sang divin qui a sauvé le monde, et qu'on adore à si juste titre depuis la cène et le calvaire, Mgr de Saint-Hyacinthe se félicitait que son diocèse eût su, grâce à ses deux prédécesseurs, répondre, " plus qu'aucun autre peutêtre ", à la grande voix du pape appelant les âmes à la glorification du Précieux Sang. Parlant ensuite de l'institut de Mère Catherine- Aurélie en particulier, il écrivait : " Le ciel a béni cette œuvre. Fondée sans aucunes ressources, elle a été soutenue par des libéralités inattendues que la Providence lui a envoyées. Des sujets en grand nombre lui sont venus de toutes parts. Véritable grain de sénevé, elle a pris, là même où elle est née, à Saint- Hyacinthe, de grands développements. Bientôt, une tige s'en est détachée pour être transplantée à une grande distance ..." Ayant aussi signalé, avec faveur, la fondation de Notre-Damede-Grâce, qui se faisait à ce moment, cinq ans après celle de Toronto, Mgr l'évêque continuait en traitant longuement et doctement du bien fondé doctrinal de la dévotion au Précieux Sang. Ajouté à celui de Mgr Bourget, ce témoignage de sympathie, donné à leur œuvre par leur évêque diocésain, était bien de nature, on le comprend sans peine, à encourager puissamment Mère Catherine-Aurélie et ses pieuses filles.
La fondatrice demeura plusieurs semaines à Notre-Dame-de- Grâce. Sa compagne de voyage, sa nièce Sœur Aurélie-de-Jésus, devait faire là sa profession, dans l'église paroissiale, le 15 août. Mgr de Germanicopolis vint la préparer et recevoir ses vœux, et ce fut Mgr Pinsonnault, évêque de Birtha, qui avait pris sa retraite à l'évêché de Montréal, après avoir été le premier évêque
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de London de 1856 à 1866, qui prêcha le sermon de circonstance sur l'importance de la vie contemplative. Le 18 août, Mgr La- Rocque, Mère Catherine-Aurélie et sa compagne, maintenant professe, retournaient à Saint-Hyacinthe. Tout le temps qu'elle avait vécu à Montréal, la fondatrice n'avait cessé, comme naguère à Toronto, de recevoir des visites et d'être l'objet de la vénération de tous. Elle en manifestait souvent sa surprise et sa confusion à ses filles, leur répétant même avec larmes qu'elle était indigne de toute cette attention et que Dieu, en se servant d'elle pour activer la foi et la piété de tant de gens, utilisait un bien pauvre instrument. Le 19 août, au lendemain de son retour à Saint-Hyacinthe, elle leur écrivait : " Je vous ai quittées, maii je suis avec vous plus que jamais peut-être, parce qu'ici on ne parle que de vous . . . J'ai retrouvé au cher berceau d'autres enfants toutes joyeuses de me revoir et exprimant leurs transports avec une expression qui m'allait au cœur. La joie d'être avec elles et le regret de vous avoir quittées se confondaient en moi avec une force singulière... Aimons en souffrant, mes bien-aimées filles, mêlons ensemble le sang et les larmes de nos cœurs déchirés par la séparation et offrons-les à Jésus comme un calice d'actions de grâces. . . Je ne saurais oublier vos dignes voisins et voisines, doués d'âmes si sensibles et si bonnes. Oh ! dites-leur à tous que je les aime de cet amour qui se sent pressé de donner ... Je leur donne le sang de Jésus, mon unique trésor. Je leur donne le fruit de mes petits sacrifices et de mes souffrances. Je leur donne en un mot tout ce que Notre-Seigneur me permet de donner. Il sait, lui, jusqu'où va ma reconnaissance. Saluez-les pour moi, remerciez-les pour moi, sauvez-les avec moi. Puis, faites le bonheur de votre père spirituel (M. Maréchal)., comme vous faites celui de votre aiinante mère."
Au mois de novembre suivant, vu le nombre de postulantes qui se présentaient à Notre-Dame-de-Grâce, Mgr Bourget décida
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d'ouvrir un noviciat et fit une ordonnance fixant cette ouverture au 13, jour de la fête de saint Stanislas Kostka. Mère Catherine- Aurélie, en revenant d'un voyage à Toronto, put se donner la consolation d'y assister. La cérémonie fut présidée par Mgr Fabre, évêque coadjuteur de Mgr Bourget depuis le 1er avril 1873. Mgr de Germanicopolis, qui était venu préparer saintement la communauté à l'événement, commenta heureusement l'ordonnance de l'évêque de Montréal, montrant que la confiance du vénéré prélat créait à ses chères filles une obligation nouvelle d'être plus complètement fidèles à leurs devoirs d'adoratricesexpiatrices. Il les plaça spécialement sous le patronage de saint Stanislas, le si parfait modèle des novices et des religieux. Il leur proposa comme programme de vie, le molto du jeune saint; ** Peu de choses avec beaucoup d'obéissance. " Cinq jeunes vierges commençaient, ce jour-là, leur noviciat. Mère Marie-du-Saint- Esprit fut nommée maîtresse des novices et Sœur Marie-Réparatrice sous-maîtresse. En exhortant ses nouvelles enfants à beaucoup de courage, la fondatrice, avant de les quitter, le 21 novembre, leur dit : " La croix est un pont divin par lequel il faut absolument passer pour aller au ciel," C'est là une parole qui est dure à la nature, mais combien elle est juste et vraie! On ne se donne à Dieu et à la contemplation qu'à cette condition. Celui ou celle qui veut suivre Jésus jusqu'au bout, doit d'abord se renoncer et accepter la croix — Qui vult post me venire, ahneget semetipsum et tollat crucem.
A Saint-Hyacinthe aussi, cela va sans dire, on s'efforçait d'entrer dans l'esprit de la croix pour mieux suivre Notre-Seigneur et rendre davantage kommage à son Précieux Sang. Dans une lettre du 20 septembre de ce même automne, à ses filles du monastère de la montagne, ainsi qu'elle appelle la maison sise au pied du Mont-Royal, la fondatrice annonce que, depuis le 17, un véritable cloître existe avec de sévères grilles au berceau de l'institut.
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" Cette bien-aimée clôture, écrit-elle, va nous donner roecasion de faire plus d'un sacrifice. Je la bénis pourtant avec amour, non pas parce qu'elle nous sépare de nos amis, mais parce qu'elle nous contraint de nous immoler davantage pour eux et pour notre œuvre." — " La maison-mère, ajoute-t-elle, pourra ainsi donner l'exemple de la sévérité claustrale aux deux autres monastères. Les visites ne seront reçues qu'au parloir, et il ne s'y trouve pas un seul petit guichet. Tout effet ou papier, que l'on veut passer à une Sœur, devra être confié à la portière, qui, comme il est dit dans la règle, les remettra tout de suite à la supérieure. De plus, aucune visite ne sera reçue après 5 h. 30, à moins de raisons exceptionnelles. Je vous mentionne toutes ces décisions, approuvées et bénies par Mgr le fondateur, pour qu'elles soient la règle chez vous comme ici. . ."
L'institut avait désormais trois monastères. Qu'adviendrait-il de l'esprit d'union entre les Sœurs des diflérentes maisons ? Naturellement, les fondateurs désiraient ardemment qu'il se conservât. " Rien, je m'en flatte, écrivait Mère Catherine- Aurélie, le 26 décembre 1874, à ses filles de la montagne, ne viendra jamais affaiblir ces chaînes si douces et si sacrées qui feront de nos petites bergeries une seule et même communauté, ayant les mêmes règles, les mêmes usages et coutumes et le même esprit." Et Mgr Joseph, le vénéré fondateur, disait pareillement, dans sa lettre du 1er janvier 1875, aux Sœurs de Notre-Damede-Grâce : " Oh ! qu'il plaise au Seigneur de maintenir toujours dans la plus étroite et la plus fraternelle union les divers monastères de l'institut ! Qu'il n'y ait entre eux qu'un même esprit et que leurs communes règles soient toujours l'objet de leur affection ! Que chaque maison appréhende de jamais donner l'exemple de la moindre " dégénération " dans ces dispositions qui causent tant de bonheur aujourd'hui ! " C'était aussi le sentiment de Mgr Bourget. Peu de temps après la fondation de Notre-Dame-
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de-Grâce, il écrivait, en effet, à Mgr Joseph : " Toutes les fondations doivent demeurer tendrement et fortement unies au berceau de l'institut. S'il est vrai de dire en général que l'union fait la force et que, suivant l'oracle de Notre-Seigneur, tout royaume divisé tombe en ruines, cela doit bien surtout s'entendre des branches d'une communauté. En se séparant les unes des autres, elles ne doivent pas cesser de vivre de la même sève, afin de porter les mêmes fruits. . ."
Mais l'union, surtout entre des maisons cloîtrées, doit s'entendre avec de nécessaires restrictions. Dès le 18 janvier 1875, Mgr Joseph, répondant à ses filles de Montréal, qui avaient exprimé le désir de posséder encore leur chère Mère Catherine-Aurélie au milieu d'elles, leur disait : " La retraite va commencer ici le 3 février, votre Mère est souvent malade, ce voyage est difficile. Et puis, pour être franc avec vous, je dois vous avouer que cet bonne Mère n'est pas tout à fait libre de suivre les mouvements de son cœur à ce sujet. Nos Seigneurs les évêques, surtout celui de Saint-Hyacinthe (Mgr Charles), ne verraient pas d'un bon œil un voyage si rapproché de ceux qu'elle a déjà faits. Il faut compter, vous le comprenez, avec la manière de voir des premiers supérieurs, qui sont les anges gardiens des épouses de Notre- Seigneur. Sous ce rapport, je dois m'incliner comme vous. Il faut donc refouler dans vos cœurs votre filial désir. Je suis tout triste avec vous, mais ma raison redresse le penchant de ma tendresse. Abnégation donc ! Offrons ce sacrifice à Jésus et à sa sainte mère ! "
L'abnégation, la croix, nous savons déjà que Mère Catherine- Aurélie ne voulait rien autre chose, ni pour ses filles, ni pour ellemême. Le 13 mai 1875, nous lisons sous sa plume à l'adresse de la supérieure du monastère de la montagne : " Vous êtes sur le chandelier, ma chère fille, vous êtes la fondatrice d'une maison . . . Je cède à l'impulsion de mon cœur, je vous donne pour livre de sagesse et de science la croix rougie du sang de notre Jésus et je
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laisse à votre mystique époux le soin de vous expliquer toutes les grandeurs et toutes les beautés de cet ineffable don ..." Le 11 juin, pour l'anniversaire du 14, elle écrit à la même, mais à l'intention de toutes ses filles : " Recueillez bien soigneusement les enseignements qui découlent pour vous des bienfaits du Seigneur. Apprenez à aimer d'autant plus que vous êtes plus aimées, à pimer comme des vierges, à vous immoler comme des victimes, unissant toujours la pénitence à l'amour, puisque l'amour sans la pénitence est une fleur sans fruit. . ." Enfin, le 30 juin, préludant à la fête du Précieux Sang, elle écrit encore, toujours aux mêmes : " J'attends tout du sang divin de Jésus. Il me semble que, dimanche prochain, Dieu vous regardera comme des créatures nouvelles, toutes rajeunies dans le sang de son fils et que Jésus lui-même pourra se dire avec délice : " Voilà les vierges que le vin de mon sang a fait germer et qui sont toutes blanches et toutes aimables comme je voudrais qu'elles fussent toujours ! "
Le 15 juillet 1875, l'évêque de Saint-Hyacinthe, Mgr Charles LaRocque, mourait à l'Hôtel-Dieu de sa ville épiscopale, d'une maladie qui le minait depuis longtemps, à 66 ans d'âge, 43 ans de sacerdoce et 9 ans d'épiscopat. Nous avons déjà raconté qu'il avait presque toujours vécu à Belœil, loin de son évêché, et qu'il s'était occupé moins qu'il ne l'aurait fait en d'autres circonstances de ses Sœurs du Précieux-Sang. Mais nous savons de même qu'il ne leur avait pas ménagé ses encouragements et que toute sa bienveillance leur était acquise. Au<!si, a-t-on gardé de lui dans rin«titut un excellent souvenir. Le fait qu'il était le cousin de Mgr Joseph et qu'il le laissa à peu près gouverner la communauté à sa guise n'a pas manqué sans doute d'y contribuer. Cinq jours avant de mourir, le 10 juillet, sentant venir sa fin, et pour se conformer à une " recommandation expresse " de Rome, il avait pourvu le diocèse pour la vacance du siège et nommé adminis»
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trateur l'un de ses grands- vicaires (les autres étaient Mgr Joseph et M. Raymond) qui était aussi son chancelier, M. l'abbé Louis- Zéphirin Moreau. Le 19 novembre suivant le même M. Moreau était élu évêque de Saint-Hyacinthe, et il était sacré par Mgr Taschereau et prenait possession le 16 janvier 1876. Secrétaire de l'évêché depuis 1852, bras droit tour à tour de Mgr Prince et des deux Mgr LaRocque, curé de la cathédrale et vicaire général depuis 1869, à quatre reprises administrateur du diocèse, Mgr Moreau était qualifié comme personne pour le haut poste d'honneur auquel il était appelé. Il devait gouverner le diocèse jusqu'à sa mort (24 mai 1901). En montant sur le siège épiscopî«l de Saint- Hyacinthe, il devenait, par le fait, le premier supérieur du Précieux- Sang. Comme son prédécesseur, il laissa cependant, en grande partie, la gouverne spirituelle du monastère à Mgr Joseph, ce qui ne l'empêcha pas d'en garder la haute surveillance, ni d'intervenir, quand il le jugea à propos, et avec une fermeté parfois plutôt rude, ainsi que nous le verrons dans la suite.
Cependant, nous l'avons dit, les constructions du monastère de Saint-Hyacinche, de 1872 à 1876, étaient restées en plan. Depuis le départ de M. Lecours, en septembre 1873, on se demandait qui le remplacerait dans le rôle ingrat de pourvoyeur matériel ou de père nourricier. On priait avec ferveur saint Jojeph, mais, comme avait dit l'annaliste, le bon ^aint ne se pressait pas. Son heure vint l'année même de l'accession de Mgr Moreau au trône épiscopal. Un nouveau Joseph, en chair et en os, fut donné par la Providence à l'institut, et ce fut M. l'abbé de la Croix. Ce prêtre distingué, très versé dans les beaux-arts et d'un talent d'organisateur hors pair, était natif de France. Charles-Marie- Gabriel-Roch-Gaston de la Croix de Ca stries de Mérangues et Ganjac — un nom de la noblesse évidemment — était né à Paris, le 7 octobre 1836, nous apprend le dictionnaire de M. l'abbé Allaire, et il avait été ordonné prêtre, le 29 janvier 1869, à Feld-
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kirke, en Autriche. On le trouve à Montréal en 1874 et il vint résider à Saint-Hyacinthe en 1875. Il semble bien qu'on ne connut jamais rien, ou à peu près, au Canada, de son passé, et il reste, même pour l'institut qu'il a obligé avec tant de zèle et d'intelligente activité, un personnage assez mystérieux. Il fut aumônier au Précieux-Sang, ou tout au moins il y séjourna en qualité d'hôte de Mgr LaRocque, de 1875 à 1882. Il partit ensuite pour les Etats-Unis et l'on n'eut de lui, après cette époque, que fort peu de nouvelles. La tradition se conserve au monastère, et d'ailleurs ses multiples noms et prénoms l'indiquent suffisamment, que M. de la Croix appartenait à une très grande famille. Il est sûr, en tout cas, qu'il était parent ou allié du comte de Montalembert. Ce prêtre de France était un artiste dans tous les genres. Il excellait, en particulier, dans les arts de l'architecture et de la peinture. D'une discrétion parfaite, qui ne laissait pas que d'intriguer un peu, sur tout ce qui le concernait personnellement, il était par ailleurs assez ouvert et communicatif . Sa piété, pour tous ceux qui l'ont connu, était évidemment sincère, mais elle avait un brin d'excentricité qui ne plaisait pas à tous. Il ne fut jamais très répandu, ni très populaire, dans les milieux du clergé de Saint- Hyacinthe. Tous cependant rendaient hommage à son zèle. Pendant les six ans qu'il passa au Précieux-Sang, son dévouement à l'œuvre fut inlassable et au-dessus de tous les éloges. Si l'on en croit un renseignement particulier, dont nous n'avons pu toutefois vérifier l'exactitude, il serait mort quelques années après la fondation du monastère du Précieux-Sang de Portland, qui se fit en 1892, dans un hôpital de San Francisco, en Californie.
Peu de temps après son arrivée à Saint-Hyacinthe, au printemps de 1876, M. l'abbé de la Croix se sentit la confiance de continuer l'œuvre de M. Lecours, et il ofifrit à la communauté de diriger les travaux nécessaires à l'achèvement de l'intérieur de la chapelle et du chœur des religieuses. Avec l'approbation de Mgr