‹ Mère Catherine AurélieChapitre 15 sur 31 · DE LA FOND. DE N.-D.-DE-GR ACE AUX ÉLECTIONS PB · texte numérisé non relu

DE LA FOND. DE N.-D.-DE-GR ACE AUX ÉLECTIONS PB

Saint-Siège avait, le 19 juillet précédent, accepté sa démission comme évêque de Montréal. Son coadjuteur depuis 1873, Mgr Edouard-Charles Fabre, lui succédait par le fait même. Né à Montréal (20 février 1827), le nouvel évêque de ce diocèse, avait fait ses humanités au séminaire de Saint-Hyacinthe, puis, après un séjour d'étude à Issy (Paris), il avait été ordonné prêtre à Montréal par Mgr Prince (23 février 1850). Élu évêque de Gratianapolis et coadjuteur de Mgr Bourget, le 1er avril 1873, il avait été sacré à l'église du Gésu (Montréal), par Mgr Taschereau, le 1er mai suivant. C'était en un sens un enfant de Saint-Hyacinthe, et c'était un doux et un pacifique. Mais, comme tous ceux qui ont conscience de leurs responsabilités, il tenait à ses vues, quand il les savait ou les croyait justes. Pour la direction d'une communauté cloîtrée, par exemple, nous verrons qu'il estimait plus convenable la séparation assez complète d'une maison-fille d'avec la maison-mère, surtout si les deux étaient sises dans des diocèses différents. Il vint avec bonheur, lui qui aimait tant les cérémonies religieuses, présider, le 16 janvier 1877, celle de la bénédiction de la nouvelle chapelle du Précieux-Sang, à laquelle la coïncidence du premier anniversaire du sacre de Mgr Moreau contribua à donner un si bel éclat. Trois évêques, note la chronique, et pas moins de cinquante prêtres y assistaient.

Le prêtre dévoué qui dirigeait Mère Catherine-Aurélie depuis un quart de siècle, et qui était aussi le père spirituel de toute la communauté depuis sa fondation, le bon M. Raymond, était là» radieux, au milieu de cette imposante assemblée d'évêques et de prêtres. Mais il assistait à la bénédiction de la chapelle de son cher Précieux-Sang revêtu d'une nouvelle dignité. Dès la première année de son épiscopat, en effet, Mgr Moreau avait demandé au Saint-Père d'honorer la personne et les mérites du vénérable supérieur de son séminaire, et le pape Pie IX avait nommé M. Raymond prélat de sa maison pontificale. Les documents oflSciels

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arrivèrent à Saint-Hyacinthe le 15 août. On devait dire maintenant— et avec quelle joie on le disait au Précieux-Sang! — Mgr Raymond. Son nouveau titre ne changeait en rien, on le conçoit, ses habitudes de vie et de dévouement. Au cours de l'avent de 1876, il écrivait, empêché, ce jour-là, de lui faire sa visite accoutumée, à la fondatrice, ce billet très simple, mais significatif: " Quand je ne puis aller vous voir, je m'entretiens de vous avec Jésus. Je le prie de vous parler lui-même, de vous suggérer les sentiments qu'il demande 'de votre cœur, de vous éclairer de sea lumières sur les moyens de tendre à la perfection et sur l'emploi de votre charge. Il m'entend, en ce moment, demander pour vous ce que j'ai demandé pour moi-même à l'oraison de ce matin, la conviction profonde que nous ne pouvons absolument rien faire de bon sans la grâce divine et la détermination d'implorer fréquemment le secours du ciel. Sentons notre misère devant la grandeur de Dieu et la condescendance extrême qu'il a de se servir de nous pour faire du bien aux autres. " Ajoutons tout de suite qu'au mois de juillet suivant, le 26, Mgr Raymond, à la création du chapitre diocésain, qu'installerait, le 15 août, Mgr Conroy, délégué apostolique ad tempus au Canada, devait être fait chanoine et prévôt.

La joie de Mgr Joseph, cela va se soi, en constatant les progrès de l'œuvre qui lui était également chère, n'était pas moins vive que celle de Mgr Raymond. Le 6 janvier 1877, écrivant à ses filles de Toronto, il leur annonçait la cérémonie de la bénédiction de la chapelle en des termes qui le laissent bien voir : " Si mes jambes, leur disait-il, me refusent leurs services, il est loin d'en être ainsi de ma mémoire, de mon imagination et de mon cœur. Aussi tout cela se tourne-t-il vers vous avec vivacité et tendresse. . . Depuis plusieurs mois, je suis dans ma soixante-dixième année. A mesure que je vieillis, je comprends davantage que notre conversation doit être au ciel. " Mais les intérêts légitimes de la terre, conti-

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nuait-il en substance, ne me laissent pas indifférent. " Je tiens à vous écrire quelques lignes au sujet des travaux d'achèvement du monastère-berceau. La chapelle est prête à recevoir la bénédiction solennelle le 16 courant, dans l'après-midi. Ce sera un gentil petit sanctuaire lorsqu'il aura reçu plus tard ses ornements. Le chœur des Sœurs est presque achevé, si j'en excepte les stalles. Votre Mère et toutes vos Sœurs sont enchantées de le voir silencieux et si propre au recueillement. Il reste encore à achever, si la Providence le veut, le rez-de-chaussée et le troisième étage, plus les infirmeries. L'excellent M. de la Croix nous a beaucoup aidé. 11 a payé de sa bourse et s'est imposé des fatigues énormes. Veuille le bon Dieu exaucer nos prières reconnaissantes et le récompenser !

Nous avons vu que, pendant que se continuaient les travaux des constructions du monastère de la maison-mère, l'infatigable fondatrice se dépensait au service de ses chères enfants, à Saint- Hyacinthe même, à Toronto et à Notre-Dame-de-Grâce. Outre les voyages, qu'elle devait espacer, mais qui étaient encore assez fréquents, sa correspondance, en se multipliant, exigeait d'elle un labeur considérable. Et pourtant, elle était bien souvent souffrante et elle tenait, autant qu'il lui était matériellement possible, à donner l'exemple de l'assistance aux exercices réguliers. C'est dire, en peu de mots, que la charge de la supériorité lui devenait de plus en plus absorbante et lourde à porter. Bientôt, des divergences de vues se manifesteraient — elles commençaient déjà en 1876 — entre les supérieurs majeurs, au sujet des relations entre les diverses maisons, qui compliqueraient encore sa situation. L'art du gouvernement n'est pas d'un maniement facile. Il faut être ferme sans rudesse, bon sans faiblesse, et ce n'est pas toujours aisé à la pauvre nature humaine, qui penche plus ou moins d'un côté ou de l'autre, alors que le véritable esprit de Dieu veut pourtant qu'on tienne entre l'un et l'autre un juste équilibre. N'y a-t-il pas des supérieurs qui brisent parfois sous prétexte de réformer.

et d'autres qui laissent tout faire pour ne pas blesser et faire de la peine ? Mère Catherine-Aurélie penchait peut-être vers la bonté. Mais, sachant généreusement se faire violence à ellemême, elle n'hésitait pas, quand son devoir le lui commandait, à reprendre et à corriger.

Elle savait, disons-nous, se faire violence à elle-même. Toute sa vie, elle en a donné des preuves. Au cours de cette période, par exemple, qui va de 1874 à 1877, que de fois, dans ses innombrables lettres, on en trouve l'expression manifeste ! Ne pouvant tout citer, rappelons au moins quelques-unes de ses déclarations les plus catégoriques à ce sujet. Parmi ses correspondants du temps, il y avait un riche négociant de Montréal, bienfaiteur insigne du monastère de la montagne, à qui elle écrivait régulièrement, et qui a pieusement conservé ses lettres. Que de choses édifiantes on y peut lire ! " Je vous remercie, écrit-elle (24 décembre 1873), des bons souhaits que vous me faites pour la nouvelle année. Je les accepte avec reconnaissance, même celui d'une longue vie dans l'exil de la terre. Mais je vous supplie de retrancher celui qui implore en ma faveur une santé florissante. Veuillez me croire, mon bon monsieur, ce serait le plus triste cadeau que le ciel pût me faire. J'aime mes souffrances, tout ce qui m'immole et me sacrifie, tout ce qui me fait ressembler davantage à la victime sanglante que j'ai prise pour modèle et que je suis avec bonheur à la trace de ses épines. Oui, j'aime mes douleurs, comme l'avare aime ses richesses, et je ne voudrais pas en perdre une seule. .." — " L'affection surnaturelle qui nous lient à nos bienfaiteurs, lui dit-elle une autre fois (23 août 1874), ne ressemble pas à l'affection (purement) humaine. Celle-ci, en effet, vit de jouissances, tandis que la nôtre vit de sacrifices. Mais elle n'en est que plus forte, puisqu'elle porte le cachet du Dieu du calvaire." — " Le bon Dieu permet que vous ayiez à souffrir dans votre cœur et dans vo.3 aspirations les plus intimes, ajoute-t-elle un an

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plus tard (14 mars 1875). Je vous dirai, avec un saint évêque, que cette souffrance ne fait qu'enlever un peu de boue à vos sandales . . . Sans la souffrance, les âmes seraient toujours infirmes et débiles, elles n'acquèreraient jamais cette vigueur et cette générosité qui fontles héros de la foi chrétienne ..." — Au cours de la semaine sainte de 1876, écrivant au même, elle insiste de nouveau sur l'importance du sacrifice (10 avril) : " Vendredi, ce sera le grand jour de la douleur et de l'immolation. Consentirez-vous à vous tenir avec nous au pied de la croix ? Oui, n'est-ce pas ? Car, vous savez bien qu'il faut des Jeans, des Nicodèmes et des Cyrénéens, pour pleurer avec les Maries et les Madeleines et leur aider à recueillir le Précieux Sang, à l'empêcher d'être profané, à le répandre sur le monde ? . . . " Quel beau langage et comme on sent, même sous la froide écorce de lettres vieilles de cinquante ans, qu'il jaillissait de source, sans efforts et tout naturellement ! De ces affectueuses exhortations à la souffrance, rapprochons cette autre, qu'elle adresse vers le même temps à une jeune fille : " Si mes pauvres prières peuvent être efficaces, enfant trop chère, je t'asdure que le sang de Jésus coulera délicieusement sur toi et qu'il te rendra le joug (du Seigneur) doux comme le baiser d'une mère . . .

A lire ce que Mère Catherine-Aurélie écrivait ainsi à ses correspondants de l'extérieur, on imagine aisément ce qu'elle devait écrire, et surtout ce qu'elle aimait à dire, à ses filles en Dieu. Nous n'insistons pas davantage, car nous en avons précédemment donné plus d'un exemple. Son humilité, son esprit de foi, son amour de la souffrance, sa générosité à se dévouer et, par-dessus tout, son culte au Précieux Sang, voilà où était sa force. C'est dans ces sentiments élevés que, depuis seize ans, elle gouvernait, sous l'œil de Mgr LaRocque et celui de Mgr Raymond, son institut de vierges rouges et blanches. Pendant toute cette première période de la vie de la communauté, qui va de 1861 à 1877, les Annales

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ne parlent pas d'élections à Saint-Hyacinthe, et il nous semble bien que la fondatrice, de par l'autorité des évêques diocésains qui s'étaient succédé, et du consentement au moins tacite de toutes ses filles, avait porté la charge de la supériorité sans autre élection formelle, ou, dans tous les cas, que si des élections avaient eu lieu, elles s'étaient faites à peu près toutes seules. Peu de temps après la bénédiction de la nouvelle chapelle (16 janvier 1877), Mgr Moreau décida qu'on procéderait, le 6 février, à des élections absolument régulières et selon toutes les prescriptions canoniques. En annonçant à ses filles, le 27 janvier, cet événement important, Mère Catherine-Aurélie leur recommanda d'accepter cette décision de Mgr l'évêque diocésain comme l'expression de la volonté de Dieu et surtout de bien prier pour attirer sur les prochaines élections la bénédiction du ciel.

Le 6 février donc, Mgr de Saint-Hyacinthe, accompagné de Mgr Joseph et de Mgr Raymond, se rendait à la salle de la communauté, où étaient déjà réunies les Sœurs qui avaient droit de prendre part à cette élection. " Après le chant du Veni creator, raconte l'annaliste, notre vénérée Mère vint se mettre à genoux au milieu du chœur et prononça les paroles suivantes : " Monseigneur, — Je me démets aujourd'hui de la charge de supérieure des Sœurs du Précieux-Sang, au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit, et je demande pardon des fautes que j'ai commises en cette charge." Mgr Moreau lui répondit : " Ma chère fille, — J'accepte votre démission et j'espère que Notre-Seigneur vous pardonne les fautes que vous avez pu commettre. Allez en paix. " Les votes furent ensuite déposés dans la petite boîte préparée à cet effet. Mgr le président l'ouvrit et Mgr Raymond, faisant l'office de secrétaire, compta les voix... Le moment d'attente ne fut pas long. Comme nous l'avions espéré et désiré, le nom de notre mille fois aimée Mère Catherine-Aurélie-du-Précieux-Sang fut proclamé comme étant celui de l'ange gardien et consolateur que

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Dieu voulait bien nous laisser encore pour nous guider vers lui. Malgré la solennité de la circonstance, un sourire de bonheur illumina toutes nos figures. Notre Mère, toute confuse et toute rouge, s'agenouilla de nouveau pour accepter le fardeau qui lui était imposé. Mgr de Saint-Hyacinthe lui adressa alors à peu près ces paroles : " Dieu veut, ma chère fille, que vous continuiez à diriger ce monastère que vous avez fondé pour la glorification du Précieux Sang, quoique vous en soyiez la plus indigne. Ayez confiance, Notre-Seigneur vous aidera ! De mon autorité épiscopale je confirme l'élection qui vient d'être faite et je vous déclare supérieure du monastère du Précieux-Sang de Saint-Hyacinthe, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit." On sonna alors pour réunir toute la communauté et Monseigneur présenta aux religieuses leur ancienne et nouvelle supérieure, en leur disant d'aller, en signe d'obéissance, lui baiser la main. Cette cérémonie touchante s'accomplit au milieu de l'émotion générale. Des larmes de bonheur coulaient de tous les yeux. Mgr Moreau et ses deux vénérables assistants paraissaient eux-mêmes émus. En nous donnant sa main à baiser, notre chère Mère répétait à chacune, en s'inclinant vers elle : " Je vous donne Marie pour mère." Quand cette obédience fut terminée, Mgr de Saint-Hyacinthe entonna le Te Deum. Il fut chanté avec une expression d'indicible joie." Nous aurions vraiment mauvaise grâce à alourdir de quelque commentaire que ce soit ce compte rendu éloquent.

En faisant ces premières élections régulières et canoniques sous les regards de leur évêque et de leurs deux co-fondateurs, les Sœurs du Précieux-Sang, et en particulier leur très honorée Mère en se démettant d'abord de sa charge et en acceptant ensuite de la porter de nouveau, se soumettaient à Dieu et pratiquaient l'obéissance. " Epouses de Jésus-Christ et vierges victimes, leur avait dit naguère Mgr Moreau, dans son mandement d'entrée (16 janvier 1876), à elles aussi bien qu'aux autres religieuses du

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diocèse, pensez à nous dans vos pieuses oraisons, dans vos saintes veilles, dans vos mortifications et dans les saci'ifices de toutes sortes que vous vous imposez pour votre sanctification et pour la conversion des pauvres pécheurs. " Depuis, la sollicitude du nouvel évêque les avait constamment entourées. Il avait voulu fêter avec elles, en quelque manière, son premier anniversaire d'épiscopat. De tout cela, elles lui étaient reconnaissantes. Elles priaient pour lui, elles pensaient à lai, ainsi qu'il le leur avait demandé. Et elles savaient que la meilleure façon de penser devant Dieu à un supérieur, c'est encore de lui obéir. Les élections suivantes devaient avoir lieu au bout de cinq ans, ou plutôt à la fin de l'année 1881, en décembre.

Avec un nouveau courage, Mère Catherine-Aurélie reprenait son fardeau. Être supérieure, pour elle, c'était d'abord et avant tout travailler au bien spirituel de ses filles. Se trouvant à Notre- Dame-de-Grâce, à Montréal, elle écrivait à ses enfants du monastère de Saint-Hyacinthe, le 3 mai 1877 : " Dans les rapports que j'ai eus déjà avec les religieux et les religieuses amis de notre œuvre, j'ai pu constater que, dans le diocèse de Montréal, évêques et supérieurs travaillent énergiquement à réprimer tout ce qui, dans les maisons religieusei, sietntirait tant soit peu la mondanité et le sensualisme du siècle . . . On veut que tout soit simple, sans luxe, sans aucun indice qu'on se souvient des aises du monde . . . Grâce à Dieu, ju?qu'ici, nos dignes supérieurs nous ont maintes fois répété que, s'ils voyaient en nous des imperfections, du moins ils constataient qu'il y avait chez nous l'éloignement du monde et l'amour de la pénitence . . . Mais l'œil d'une mère est perspicace et découvre quelquefois, à l'état de germe, des misères qui donnent de l'appréhension pour l'avenir . . . Que mon assistante et mes conseillères veillent, qu'on observe les saintes règles, qu'on s'avertisse mutuellement, qu'on ne se permette rien de profane et de mondain ! . . . La maison de Saint-Hyacinthe, je crois, et

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j'en suis humiliée, a été, sur ce point, dépassée par celle de Montréal . . . Pardonnez-moi si je parais vous crucifier chaque jour davantage. Ce n'est que pour vous rendre plus heureuses en vous rendant plus saintes ..."

Deux jours après, le 5 mai, elle mandait à Mgr Joseph : " Tout le monde ici est plein de vous. . . Mes filles ont-elles besoin de vous redire leurs sentiments et leurs vœux reconnaissants ? Vous les devinez trop bien. Au reste, elles et moi, pourrons-nous jamais assez vous remercier de votre dévouement, de vos soins, de vos sacrifices et de vos bienfaits, de tout le bonheur dont vous avez rempli notre solitude, de tout ce que vous y avez répandu de paix ? Nous nous avouons vaincues et il n'y a qu'au ciel que nous saurons reconnaître les angéliques journées que vous nous aurez fait passer sur cette terre de larmes."

A M. l'abbé de la Croix, qui avait tant travaillé pour diriger les constructions du monastère, elle écrivait, alors qu'il s'était rendu àMontréal, pour y faire sa retraite, au mois d'août suivant : " Je n'essaie pas de vous dire tous me» souhaits et tous mes vœux pour le bien de votre âme de prêtre et d'ami de Jésus durant ces jours de grâces et de salut. Vous les connaissez. Vous savez avec quelle sainte passion, si j'ose ainsi dire, je voudrais vous voir de plus en plus saint, de plus en plus parfait, l'âme ornée de toutes les vertus sacerdotales ... Je ne sais si je suis présomptueuse, mais il me semble que, ni en France, ni ailleurs, il n'y a pas d'âmes qui vous veulent et vous souhaitent plus de bien que certaines âmes du monastère du Précieux-Sang de Saint-Hyacinthe. "

Le cœur débordant de pieuses sollicitudes pour ses chères filesl et de respectueuse gratitude pour tous les bienfaiteurs que la Providence donnait à son institut, Mère Catherine-Aurélie accomplissait ainsi son devoir dans la vie. Elle voyait à tout et elle pensait à tout. L'heure allait venir bientôt, où elle devrait, plus que jamais, passer par la voie de la tribulation. Son âme était prête.

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Dans l'obéissance toujours et dans le respect des autorités constituées, mais avec une calme fermeté pour le soutien de "l'esprit" de sa fondation, elle garderait, au milieu de tous les embarras et de toutes les souffrances, un cœur vaillant. Et c'est pourquoi peut-être, même aux jours de sa vie où, extérieurement, elle paraîtrait plus accablée et plus faible, elle resterait, au vrai, plus puissante en actes comme en vertus. A cœur vaillant, dit l'adage rien d'impossible !

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