CHAPITRE X
Des événements de 1882 à la la réélection de la fondatrice (1887)
Sommaire. — Les événements de 1882. — Leurs causes. — Une lettre de M. Raymond. — Visite pastorale de Mgr Moreau au monastère (mars 1882). — Direction de Mgr Joseph. — M. le curé Lecours à la maison blanche. — Mgr Moreau change l'administration (27 novembre 1882). — Conséquences de l'acte épiscopal. — Esprit de soumission de Mère Catherine-Aurélie. — La nouvelle supérieure, Mère Saint- Alphonse. — M. le grand- vicaire Gravel. — Mère Catherine-Aurélie est invitée à Toronto. — Distribution du livre des règles et constitutions. — Mère du Saint-Esprit remplace Mère Saint-Alphonse. — Séjour de Mère Catherine-Aurélie à Toronto d'avril à septembre 1884. — Le 50e de sacerdoce de Mgr Joseph (mars 1885). — Nouveau don de M. le curé Lecours (mars 1886). — Consécration de la chapelle (avril 1888). — Fondation d'Ottawa. — Mgr Duhamel. — Mandement et installation de " Béthanie " à Ottawa (24 mai 1887). — Lettre d'obédience donnée par Mgr Moreau. — Réception à Ottawa de la fondatrice et des " missionnaires ". — Mort de Mgr Raymond (3 juillet 1887). — M. le grand- vicaire Gravel le remplace au Précieux-Sang. — Deuil de la fondatrice. — Nouveau séjour à Toronto. — Lettres de Mgr Joseph aux Sœurs d'Ottawa. — Ses appels à l'union. — Mort de Mgr Joseph (19 novembre 1887). — Bel éloge par Mgr Moreau. — Sympathies de la communauté à la Mère fondatrice. — Mgr Moreau ordonne des élections régulières. — Elles ont lieu le 9 décembre 1887 et la fondatrice est réélue supérieure. — Souhaits et bénédiction du jour de l'an 1888 aux pieds du portrait du regretté Mgr Joseph. — Éloge des Pères disparus par la Mère fondatrice. — Heureusement pour l'institut, sa fondatrice lui restait. — Un mot de M. Georges Goyau.
^?^AiNTES et maintes fois, depuis vingt-et-un ans que l'institut existait. Mère Catherine-Aurélie, fondatrice et toujours jusque-là supérieure, avait exprimé le désir de souffrir et de boire au calice de Jésus. Bien des tribulations et des épreuves lui étaient déjà venues. Mais l'année 1882 devait lui en apporter davantage encore. En avait-^lle comme le pressentiment, quand elle adressa, le 1er janvier de cette année, à ses filles de Saint-Hyacinthe, son
allocution accoutumée du jour de l'an ? Il n'est sans doute pas sans à propos de le supposer. " Vous avez Jésus dans votre cœur, leur disait-elle en substance, vous possédez par votre communion de ce matin celui qui est tout. Je voudrais voas souhaiter la continuation de ce bonheur, c'est-à-dire le ciel sur la terre. Dans les communautés, on a, en effet, le ciel sur la terre, mais à la condition de vivre vraiment en la présence de Jésus. Pour cela, vivez dans la paix et dans la charité. . . Qui pourrait mettre obstacle à ce bonheur, en vous faisant perdre la paix ? . . . Ce serait l'orgueil qui mettrait en vous des pensées d'ambition . . . Prenez entre vos mains le flambeau de la vigilance. Portez-le en avant, afin que votre pied ne heurte pas contre cette pierre du chemin . . . Jésus vous a fait ses étrennes en vous donnant son corps et son sang ! Offrezlui, comme étrennes, votre chair pour l'immoler, votre sang pour l'épuiser à son service, votre cœur enfin pour qu'il se consume en son amour. . . Je vous entends me souhaiter la même paix, le même bonheur du ciel sur terre, et je vous en remercie. Mais je tiens à vous dire, à la gloire de Notre-Seigneur, car aucun mérite ne m'est dû à moi à ce sujet, que les épreuves et les tribulations ne me font rien perdre de ma paix ni de mon ciel, et que c'est la croix de notre Jésus qui me nourrit et me fortifie. Qu'elle soit aussi, mes chères filles, votre nourriture et votre soutien ! Je vous bénis par le sang de Jésus et par la main de Marie ..."
Ces épreuves et ces tribulations, qui ne lui faisaient rien perdre de sa paix et de son ciel, nous savons déjà qu'elles en étaient les causes ou les occasions. Les divergences de vue des évêques, qui avaient le droit canonique d'exercer la haute direction sur les diverses maisons, au sujet de l'office à réciter, de la clôture à garder, de la façon de pratiquer la direction spirituelle, et surtout de la plus ou moins grande dépendance des maisons-filles vis-à-vis de la maison-mère, ne^pouvaient pas ne pas produire chez les religieuses elles-mêmes des manières de voir différentes. " Qui pourrait
DES ÉVÉNEMENTS DE 1882 A LA RÉÉLECTION DE LA FONDATXtICE 267
mettre obstacle à votre bonheur en vous faisant perdre la paix ? " avait dit Mère Catherine-Aurélie, et elle avait répondu ellemême que " ce serait l'orgueil qui mettrait en ses filles des pensées d'ambition ". Elle avait sans doute ses raisons pour parler ainsi. Sans incriminer personne — ce serait peut-être téméraire à la distance où nous sommes des événements et en l'absence de documents positifs — il est bien permis de penser que, parmi les Sœurs capitulantes, qui avaient droit de vote aux élections après cinq ans de profession, il put s'en trouver qui, étant plus anciennes que les élues, se sentant capables de prendre part à l'administration et en étant éloignées, aient vu avec moins de faveur le résultat de l'élection du 13 décembre 1881. De Montréal, nous l'avons dit, se manifestait depuis plusieurs années un refroidissement assez marqué. Mgr Fabre et M. Maréchal étaient pour le bréviaire romain, pour la clôture plus sévère, contre les relations trop suivies avec la maison-mère en matière d'administration matérielle, et même spirituelle, et contre les voyages trop fréquents et les visites prolongées de la fondatrice. La tradition, au dire de quelques anciennes, dont nous avons eu les confidences en 1922, va jusqu'à laisser entendre que l'excellent M. Maréchal aurait aimé que le premier siège de l'institut fut transporté dans sa paroisse à Montréal, comme cela s'était fait pour les Sœurs de Sainte- Anne, d'abord de Vaudreuil à Saint-Jacques en 1853, puis de Saint- Jacques à Lachine en 1864. Avec d'excellentes intentions, il voulait exercer une certaine action, non seulement au monastère de Notre-Dame-de-Grâce, mais jusqu'à Saint-Hyacinthe. " Il se croyait l'autorité suprême dans la communauté — nous disait une Sœur de ce temp^ qui fut plus tard supérieure — et, par quelquesunes de ses dirigées (de Montréal), il voulait tout conduire. '* Sans aller jusque-là, Mgr Fabre trouvait que la fondatrice s'immisçait trop dans les affaires du monastère de la montagne placé sous sa juridiction. Mgr Moreau voulait certes conserver au mo-
268 MÈBE CATHEBINE-AURÊLIE
nastère de sa ville épiscopale la primauté qui lui revenait du droit de maison-mère. Mais il jugea, semble-t-il, que le gouvernement de l'institut, tel que l'exerçaient Mgr Joseph et Mère Catherine- Aurélie, n'était pas assez sévère, ni assez conforme aux prescriptions canoniques qui régissent les instituts cloîtrés. Des circonstances spéciales, et qui s'expliquent, inclinèrent le digne év^êque à penser qu'un changement serait utile pour le bien, La fondatrice, toujours demandée par d'innombrables visiteurs, était bien souvent au parloir. Elle avait admis au monastère quelques parentes très jeunes, la petite Aurélie, sa nièce, par exemple. Pour aider Mgr Joseph dans la rédaction des règles et constitutions, elle devait souvent se rendre auprès de lui, puisque lui-même, perclus de rhumatismes, ne pouvait marcher. Toutes les Sœurs d'ailleurs, qui le voulaient, passaient facilement du monastère à la maison blanche, pour s'éclairer auprès du vénéré fondateur. Tout cela se faisait sous l'œil de Dieu, Tout cela était très paternel d'une part, et très filial de l'autre. Rien que de très digne, assurément, dans toutes ces relations. Mais, était-ce bien régulier ?
Ce qui est certain, c'est que la fondatrice eut à en souffrir. Les lettres d'elle, que nous avons citées au chapitre précédent, à ses filles de Notre-Dame-de-Grâce en particulier, nous l'ont déjà montré. Une lettre à elle adressée par Mgr Raymond, le jour de Pâques 1882, va nous le faire toucher du doigt pour ainsi dire. " Aujourd'hui, lui écrivait ce père spirituel qui la dirigeait depuis un quart de siècle, il ne doit y avoir dans votre âme que paix et joie. Quelque raisonnable que vous paraisse une peine dans son motif, repoussez-la énergiquement ! Aujourd'hui, c'est le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et tressaillons d'allégresse en lui ! Si nous aimons Jésus, son bonheur et sa gloire doivent nous donner une joie qui absorde tout autre sentiment. Faites de vos douleurs mêmes des cris de joie qui glorifient le Seigneur et montrent que vous ne vivez plus pour vous-même, mais que vous
ne vivez qu'en lui et pour lui, ne vous occupant en aucune façon de vous, mais de lui seul. Cependant, à cause de la charge que vous exercez, vous devez demander à Jésus, par la gloire de sa résurrection, qu'il vous guérisse, je vous l'ordonne. Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur dit : "Que la paix soit avec vous !" La paix, ma très chère fille, voilà ce que je vous donne au nom de Jésus triomphant ... La paix, c'est tout simplement la certitude que Dieu nous aime. Souffrez, pleurez vos fautes et celles des autres, quand la minute ou la grâce l'exigent, mais demeurez en paix ; car Dieu vous aime, et cela veut dire qu'il changera tout en mérite, qu'il pardonnera, qu'il accordera des grâces. Comprenez cela et rien désormais ne vous troublera ..." Ces conseils très surnaturels, mais où il est sans cesse question de peines et de souffrances, s'adaptaient sans doute aux circonstances.
En mars 1882,Mgr Moreau fit au monastère sa visite pastorale. Il en profita pour tout examiner devant Dieu et se rendre compte exactement de ce qui se passait. Quelques religieuses estimaient que l'esprit du gouvernement de Mgr Joseph et de Mère Catherine- Aurélie n'était pas suffisamment austère, ainsi que nous l'avons laissé entendre. Naturellement, elles s'en ouvrirent à Mgr l'évêque, et peut-être le malaide qui existait dans la communauté fut-il de ce chef augmenté parce que Mgr Moreau, voulant être bienveillant à toutes, écouta tout ce qu'on lui disait avec bonté. Sévère pour lui-même, l'évêque de Saint-Hyacinthe entendait que tout se fît, dans ses communautés, avec une scrupuleuse régularité. Or, on lui affirmait et on lui répétait que l'administration manquait de fermeté, que les conseillères, jeunes pour la plupart, dont au moins deux étaient parentes de la supérieure, n'osaient rien dire devant elle, et que, d'autre part, le bon père qu'était Mgr Joseph laissait tout faire. Voulant être avant tout soumise au bon plaisir de Dieu et ignorant toute espèce d'intrigue. Mère Catherine-Aurélie n'opposait à ces insinuations, voire même
à ces accusations, aucune défense. Mgr Moreau fit donc ses ordonnances en demandant qu'on fût plus attentif sur les divers points que nous avons signalés.
Le 30 avril, jour où tombait le patronage de saint Joseph, Mgr de Germanicopolis, commentant, avec l'esprit de foi qui l'animait, ces instructions de l'évêque diocésain devant les Sœurs professes, y insistait. " Ce doux Père, raconte l'annaliste, s'est épanché avec nous de manière à émouvoir sensiblement nos cœurs. Il nous a rappelé la joie et le calme qui avaient inondé son âme à pareil jour, il y a vingt-et-un ans, et qui l'avaient enfin décidé à mettre à exécution son projet de fonder notre institut. Puis, il nous a fait connaître les sollicitudes (lisons les inquiétudes) qu'il éprouve aujourd'hui au sujet de notre communauté... Puissions-nous répondre aux intentions de nos dévoués fondateurs et faire en sorte, par notre esprit religieux, que leurs dernières années soient remplies de paix, de joie et de saintes consolations !. . ."
Le 28 septembre, le dévoué M. le curé Lecours, qui avait tant fait pour l'institut à ses débuts, on s'en souvient, quittait Saint- Théodore-d'Acton et le saint ministère définitivement et s'en venait prendre sa retraite à la maison blanche, auprès de Mgr Joseph. " Je viens mourir parmi vous, dit-il aux Sœurs, et vous être un peu utile avant, si le bon Dieu m'en donne l'occasion.'* Nous verrons qu'en effet cette occasion lui serait fournie par la Providence.
Le malaise, cependant, dont nous avons parlé, persistait. A la mi-octobre, Mgr Moreau vint faire la visite canonique, et, ainsi qu'il l'avait annoncé à sa visite pastorale de mars, il vit tour à tour en particulier les Sœurs du chapitre. Le 20 novembre, détail significatif, sur lequel il n'est guère besoin d'appuyer, l'évêque ordonnait qu'on renvoyât la petite Aurélie, accueillie au monastère en février 1879, à l'âge de 3 ans. Elle partit le lendemain et retourna dans sa famille.
Le 27 novembre enfin, Mgr de Saint-Hyacinthe, après avoir pesé toutes choses devant Dieu, décida, comme naguère Mgr Bourget à Saint-Jacques, en 1853, pour les Sœurs de Sainte-Anne, de changer l'administration. Usant de son autorité d'évêque, mais en s'efforçant de mettre dans la forme beaucoup de délicatesse, il déposa la fondatrice, tout en lui laissant le titre de supérieure, et lui substitua une vice-supérieure, chargée, avec l'assistance d'un nouveau conseil, de tout ce qui concernait l'administration de la communauté. Cet acte épiscopal, que nous devons accepter avec le plus profond respect, comme le firent les religieuses ellesmêmes qui avaient le plus à en souffrir, est trop important dans la vie de Mère Catherine-Aurélie pour que nous ne le relations pas ici dans toute son amplitude. Nous n'avons d'ailleurs, une fois de plus, qu'à citer les Annales de l'institut.
" Le 27 novembre 1882, y lisons-nous, vers 4 heures de l'aprèsmidi, Mgr l'évêque de Saint-Hyacinthe se transporta en notre monastère et requit toutes les religieuses de la communauté et du noviciat (47 professes, 4 novices) de se réunir dans la salle des exercices. Ceci fait. Sa Grandeur, revêtue du rochet et de la mozette, récita la prière du Veni Sancte, après quoi elle s'a dressa aux Sœurs dans les termes suivants : — " Mes chères filles, — Je viens vous entretenir de choses très importantes. Recueillez-vous bien et demandez au Seigneur d'entendre ma voix avec docilité, soumission et respect. Car c'est en qualité de votre premier supérieur que je viens vous parler et vous intimer les ordres que, dans ma conscience, je crois nécessaire de vous donner. Il est visible qu'il règne un grand malaise parmi vous et que ce malaise est en grande partie dû à un manque assez notable de confiance dans l'administration qui vous gouverne. Voulant donc remédier à cet état de choses, comme c'est mon devoir de le faire, je règle et ordonne ce qui suit, et cela en vertu de l'autorité canonique dont l'Eglise m'a revêtu pour la gouverne de votre monastère :
272 MÈRE CATHERINE- AUEÉLIE
1 ° La Mère Catherine-Aurélie-du-Précieux-Sang, supérieure et fondatrice, est déchargée de tous les devoirs spirituels et temporels et de toutes les affaires de la maison. Mais on lui conservera les titres de Mère, de supérieure et de fondatrice. Elle gardera sa chambre et aura, comme par le passé, une Sœur à son service pour prendre soin d'elle. Elle conservera sa stalle au chœur et sera la première partout, chacune d'entre vous s'appliquant à lui témoigner en toute rencontre le respect, l'amour et la reconnaissance auxquels elle a un droit si acquis. Il est juste que, après un actif et constant labeur de vingt-et-une années, et avec sa santé bien affaiblie, elle goûte le repos et la tranquillité. 2° Sœur Saint-Alphonse, que je rappelle de la masion de Montréal, remplacera la Mère Catherine-Aurélie dans la charge de supérieure de cette maison, et elle en aura tous les droits et toutes les attributions, gouvernant le monastère au spirituel et au temporel selon les règles de l'institut. Elle n'aura cependant que le titre de vice-supérieure, pour conserver le titre de supérieure à la fondatrice. Mais, dans les actes civils, elle signera avec le titre de supérieure. Sœur Thérèse-de-Jésus sera assistante ; Sœur Marie- Sainte-Ursule, maîtresse des novices ; Sœur Marie-du-Saint- Esprit, dépositaire ; Sœur Sainte-Croix, première conseillère ; Sœur Marie-de-la-Rédemption, deuxième conseillère ; Sœur Saint-François-Xavier, troisième conseillère et secrétaire. 3 ** J'enjoins, en vertu de la sainte obéissance, à toutes les nouvelles officières que je viens de no aimer de ma propre autorité canonique, d'accepter les charges qui leur sont conférées et d'en remplir (tout) de suite les devoirs et les obligations, les anciennes officières se trouvant par là même déchargées de leurs fonctions." — " Monseigneur termina, ajoute l'annaliste, en exhortant la communauté à accepter comme venant de Dieu les décisions qui venaient de lui être communiquées et à s'animer d'un vif et continuel sentiment de foi et de charité, afin que la paix, l'union et une
DES ÉviNEMENTS DE 1882 A LA RÉÉLECTION DE LA FONDATRICE 273
Sainte fraternité régnent toujours et à jamais dans le monastère, ce qui, disait-il, arrivera infailliblement, si chacune y met du sien et s'efforce de pratiquer les vraies et solides vertus religieuses."
Ce compte rendu, dicté par Mgr Moreau, et conservé aux archives de la communauté, est signé par toutes les nouvelles, officières nommées et par Monseigneur lui-même. Cet acte d'autorité épiscopale eut ses naturelles conséquences. Le 29 novembre, l'ancienne maîtresse des novices. Sœur Saint-Stanislas, partait pour Toronto, en même temps que Sœur Séraphine-de-Jésus, désignée pour cette mission. Elles emmenaient avec elles la petite Aurélie, que sa mère, madame Benoît, sœur de la fondatrice, confiait à la supérieure de Toronto, Mère Euphrasie-de-Saint- Joseph. Le 7 janvier suivant, Mgr Moreau insistait, par un ordre spécial, pour que la clôture fût rigoureusement observée, même vis-à-vis les hôtes vénérés de la maison blanche. Le 7 février de cette même année 1883, M. le curé Maréchal venait, de Montréal, prêcher la retraite aux religieusesdu monastèrede Saint-Hyacinthe. Comme il paraissait plus que plausible que sa manière de voir et ses avis n'avaient pas été étrangers aux décisions prises naguère par Mgr Fabre et plus récemment par Mgr Moreau, et comme, en plus, il ne se priva pas, rapporte la tradition, dans ses instructions, de faire plus d'une allusion à l'ancien état de choses, on comprend que Mère Catherine-Aurélie eut à réprimer les mouvements de la pauvre nature. Ce n'était pas cela, évidemment, qui pouvait panser la plaie faite à son cœur par l'acte d'autorité, si légitime qu'il fût, qu'avait posé Mgr Moreau, usant de son droit, le 27 novembre précédent.
Loin de nous la pensée de juger, encore moins de condamner, l'acte d'un évêque, que la renommée publique a presque déjà canonisé vingt ans après sa mort, et qui fut sûrement le plus digne des prélat^. D'ailleurs, nous croyons en toute sincérité que sa décision fut utile au bien général de l'institut. Mais il ne fau-
drait pas être homme, et il faudrait n'avoir jamais souffert soimême, pour ne pas apercevoir ce que Mère Catherine-Aurélie, du point de vue naturel, dut éprouver en cette circonstance. " L'émoi fut grand dans la communauté, nous écrivait une contemporaine de ces événements maintenant décédée. Mais, d'un mot de douceur, notre vénérée fondatrice apaisa tout le monde. L'une des religieuses, qui avait été très mêlée à l'agitation qui avait amené ce dénouement tragique, s'en excusait plus tard, plus ou moins, après la mort de Mère Catherine-Aurélie." — " Mgr Moreau lui-même, ajoutait cette même correspondante, trouva dans notre digne mère, si fortement éprouvée, de telles dispositions d'humilité, de simplicité et d'esprit religieux, une si vraie piété filiale, manifestée, en toute occasion, avec cette gaieté de cœur qui caractérisait tous ses actes, qu'il en dut être profondément touché." Si sa grande bonté d'âme et sa délicatesse innée avaient peut-être porté la fondatrice, sous la direction si paternelle aussi de Mgr Joseph, à marquer trop de bienveillance et de douceur dans le gouvernement de sa communauté, son obéissance généreuse la grandit aux yeux de tous et de toutes. C'est à l'heure de l'épreuve que le bon Dieu, a-t-il été écrit, reconnaît ses vrais fidèles. Nul doute que le divin maître reconnut à ce trait la fidélité de celle qui ne voulut jamais que son service et sa gloire par le culte de son Précieux Sang.
La vie de l'institut, fécondée ainsi par les larmes de l'obéissance et du sacrifice, fortifiée par une direction que sa fermeté même consolidait dans la voie du bien, se continua, sous la nouvelle administration, avec, comme toutes les institutions humaines, ses alternances de progrès et de revers. Mère Saint-Alphonse, dans le monde Parmélie Duguay, était d'une famille distinguée. Elle eut trois de ses sœurs au Précieux-Sang et deux dans l'institut de l'Assomption. L'un de ses frères, entré chez les Jésuites, mourut jeune. Énergique à bien remplir son devoir de religieuse, mais
tendre et sensible, d'ailleurs très vite malade, elle ne resta pas longtemps à la tête de l'administration. Le 20 mai 1883, Mgr Moreau la remplaça d'oflBce, et sans élections régulières, par Mère Marie-du-Saint-Esprit, ancienne supérieure et fondatrice de la maison de Montréal. Le 8 novembre 1883, Mère Saint-Alphonse décédait à Saint-Hyacinthe, après avoir donné toujours l'exemple de la fidélité aux saintes règles et de l'obéissance. On a vu qu'elle avait souffert, étant supérieure à Notre-Dame-de-Grâce, des difficultés qui étaient survenues. Pendant sa courte administration à la maison-mère, elle eut peut-être à souffrir davantage. Elle était déjà minée par des crises cardiaques souvent répétées et les responsabilités que l'obéissance lui imposa lui pesèrent lourdement. Les grands faits de la vie de l'institut, pendant qu'elle le dirigeait en qualité de vice-supérieure, furent la nomination de M. le grand-vicaire Gravel, de Saint-Hyacinthe, le 26 décembre 1882, à la charge de procureur de la communauté, et la distribution, le 15 avril 1883, du livre des règles et constitutions, faite à la communauté par Mgr de Germanicopolis.
M. de la Croix était parti de Saint-Hyacinthe assez précipitamment vers ce temps-là, et certaines affaires portées en cour de justice, auxquelles les Sœurs du Précieux-Sang se trouvèrent mêlées, nécessitèrent la nomination d'un procureur. Mgr l'évêque désigna pour ce poste son vicaire général, M. l'abbé Gravel, en qui les religieuses voyaient déjà un ami et qui leur fut par la suite très dévoué.
Mère Catherine-Aurélie, de par la sainte obéissance, n'avait plus rien à voir dans l'administration de la maison qu'elle avait fondée, et, dans son humilité, elle se persuadait volontiers que c'était pour le mieux. Elle fut même tout près de quitter, à ce moment ou peu après, le monastère de Saint-Hyacinthe. Mgr Lynch, l'archevêque de Toronto, avait toujours hautement estimé la fondatrice, et, dans toutes ces difficultés dont nous avons parlé.
276 MÈBE CATHEBINE-AURÉLIE
il s'était prononcé en faveur de ses vues aussi bien que de celles de Mgr de Germanicopolis. En particulier, il était tout à fait opposé à l'indépendance complète des maisons-filles. Dès le mois de mai 1879, à la date du 14, nous lisons cette note dans les Annales de Saint-Hyacinthe : " Mgr Lynch persiste à ne pas vouloir la séparation des maisons dans un institut aussi jeune que le nôtre. L'enfant, dit-il, ne doit pas être séparé de sa mère et, pour une communauté, l'enfance dure plus que cinq ans. " (Notre-Damede-Grâce avait été fondé en 1874.) Fut-il particulièrement ému des événements de novembre 1882 ? Toujours est-il que, trois mois plus tard, le 22 février 1883, Mgr Moreau vint annoncer à Mère Catherine-Aurélie que l'archevêque de Toronto désirait qu'elle se rendît au monastère de sa ville. Mgr de Saint-Hyacinthe assura la fondatrice qu'il la verrait partir avec peine, mais il lui donna en même temps pleine liberté d'accepter ou de refuser ce voyage. " Vous êtes chez vous, ici, ma Mère, lui dit-il, et vous le serez toujours, quand bon vous semblera de nous revenir, si vous nous quittez. " Mère Catherine-Aurélie demanda conseil à Mgr Joseph, qui promit de passer la nuit en prière. Le lendemain, le 23, sur son avis sans doute, elle pria respectueusement Mgr Moreau, qui était venu dire la messe au monastère, de décider lui-même ! " Étant devenue simple religieuse, lui dit-elle, je désire que l'obéissance règle tous mes pas. " Monseigneur décida qu'elle resterait à Saint-Hyacinthe. Ce n'était, en fait, que partie remise à l'année suivante.
Elle restait donc, toujours supérieure en titre, mais privée du commandement et confinée dans la prière et les pénitences. L'une de ses plus douces consolations fut sans doute cette cérémonie de la remise du livre des règles et constitutions, qui se fit, avons-nous dit, sous l'administration de Mère Saint- Alphonse, et que Mgr Joseph présida, le 15 avril 1883. Depuis l'ordonnance de Mgr Moreau du 7 janvier, la clôture était rigoureusement observée.
même vis-à-vis de Mgr Joseph et des hôtes de la maison blanche. On se soumettait de part et d'autre de bon cœur à cette sage loi qui est celle des saints canons, mais, du point de vue naturel, étant données les habitudes des années précédentes, on en souffrait bien un peu. Aussi, avec quelle joie, voyait-on venir à la chapelle ou à la communauté le pieux vieillard qu'on appelait avec tant d'affection " notre vénéré fondateur '. Ce 15 avril donc, en la fête du patronage de saint Joseph, jour de sa décision de fonder l'institut il y avait maintenant vingt-deux ans, Mgr de Germanicopolis vint faire à ses chères filles la distribution de ce livre qu il appela, en sa langue toujours riche d'images, leur feuille de route et leur étoile polaire. " Vers 8 heures, raconte l'annaliste, la communauté se réunit pour saluer Mgr Raymond, dont c'était aussi la fête (il s'appelait Joseph-Sabin), puis, à 10 heures, la cloche nous convoqua de nouveau, et Mgr de Germanicopolis nous distribua, après une prière à saint Joseph, les livres de nos saintes règles. Dans le livre de chacune, se trouvaient, à l'avers et au revers, deux viotios : celui de notre vénéré Père, fidélité, constance, générosité, signé Jos, évêque de Germanicopolis, et celui de notre toujours tant aimée Mère, précédé du Sitio, adorer, réparer^ souffrir, signé Sœur Catherine-Aurélie-du-Précieux-Sang. Mgr Joseph commenta pieusement ces différents mots, si pleins de sens. Le bon M. Lecours était près de lui. Disant aux Sœurs qu'il fallait savoir donner pour être vraiment généreux, il fit spontanément cette application ! " Oui, donner, comme mon bon vieux voisin, qui ne s'est pas contenté de donner, mais qui a tout donné, et sans qui nous n'aurions rien fait, parce que nous n'avions rien. " Monseigneur était profondément ému, et ses filles pareillement. La première, la fondatrice, reçut le précieux livre, au nom de toute la communauté ; la deuxième, Mère Saint-Alphonse, au nom de la maison-mère ; la troisième, l'assistante, au nom de la maison de Toronto ; la quatrième, la maîtresse des novices, au nom de
278 MÈBE CATHERINE-A^^lÉLIE
la maison de Montréal ; puis, chacune pour soi, toutes les professes. Quant aux novices et aux postulantes, la distribution leur fut faite plus tard, av^ec la recommandation spéciale de bien les étudier et de se bien pénétrer de cette règle de vie. En recevant le petit livre des mains du prélat, chacune baisait son anneau d'évêque, puis le livre même. En donnant le premier à la fondatrice, le vénéré prélat, père et fondateur lui-même, prononça ces paroles significatives : " La règle, ma Mère, se résume en vous. Ne soyez pas surprise si les souffrances qui doivent accompagner votre vocation (d'expiatrice) selon l'esprit de vos règles se résument aussi en vous. C'est la condition ordinaire des choses. Vous avez été la première, tout doit aboutir à vous." Enfin, à chacune, en lui remettant son livre, Monseigneur répétait : ** Fidélité, constance, générosité. "
Que de symbolisme et que de sens caché en tout cela! Rien qu'à lire ce compte rendu, que nous avons condensé, on se sent vraiment ému, malgré l'espace de temps — quarante ans — écoulé depuis. On se souvient, nous l'avons raconté au chapitre précédent, que ces règles et constitutions, patiemment élaborées par Mgr Joseph en un travail de quinze ans, avaient été officiellement approuvées par Mgr Moreau le 15 octobre 1881. Léchant du Magnificat, note encore l'annaliste, termina cette cérémonie. Magnificat ! oui, il faut louer le Seigneur dans les épreuves comme dans les joies, car l'épreuve vaut souvent devant Dieu beaucoup plus que les brillants succès, ces succès dont les pauvres humains s'enorgueillissent si facilement. Bienheureux ceux qui souffrent ! Le 20 mai 1883, Mère Saint-Alphonse cessait d'être vicesupérieure. Mgr Moreau vint lui-même désigner de son autorité épiscopale, nous l'avons dit. Mère Marie-du-Saint-Esprit pour la remplacer. Les officières, nommées également par Monseigneur, et qui devaient assister la nouvelle vice-supérieure, chargée en fait de toute l'administration, furent les suivantes : Sœur Marie-
des-Cinq-Plaies, assistante ; Sœur Marie-Sainte-Ursule, maîtresse des novices ; Sœur Thérèse-de-Jésus, dépositaire ; Mère Saint- Alphonse, Sœur Marie-de-la-Rédemption et Sœur Saint-François- Xavier, conseillères, la dernière étant maintenue dans ses fonctions de secrétaire. Mère Catherine-Aurélie gardait ses titres de Mère, de fondatrice et de supérieure, mais elle n'avait aucune part dans l'administration de la maison de Saint-Hyacinthe. Il devait en être ainsi jusqu'après la mort de Mgr Joseph en 1887. Les deux faits saillants sous l'administration de Mère Marie-du-Saint- Esprit furent l'achèvement et la décoration de la chapelle de la maison-mère et la fondation de la maison d'Ottawa dont Mère Catherine-Aurélie fut spécialement chargée.
Mère Marie-du-Saint-Esprit, dans le monde Hermine Bourdon, était déjà très entendue en affaires, quand elle était venue frapper à la porte du monastère de Saint-Hyacinthe. Elle y avait, devenue professe, occupé les fonctions de dépositaire, de maîtresse des novices, puis d'assistante. Fondatrice, en 1874, de la maison de Notre-Dame-de-Grâce, elle en était revenue en juin 1879. Dans le conseil nommé par Mgr Moreau, le 27 novembre 1882, elle avait été élue dépositaire. Elle resterait à la tête de l'administration de mai 1883 à décembre 1887.
Le 25 novembre 1883, les Annales enregistrent la mort, à 85 ans, du vénérable père de Mère Catherine-Aurélie. Deux ans plus tôt, elles avaient de même enregistré, le 28 novembre 1881, celle de sa deuxième femme, madame Caouette. L'on a vu que la pieuse fondatrice avait beaucoup d'attachement à sa famille. Son père surtout, son cher vieux père blanc, comme elle l'appelait, lui avait toujours été très cher en effet. Sa mort fut un deuil pour son cœur. Le regret d'ailleurs de le voir mourir fut général. " Il semble, disent les Annales, qu'un lien de famille nous unissait à ce vénérable vieillard. C'était un chrétien d'une grande foi et d'une vive piété. Il s'est préparé à la mort de la manière la plus édifiante."
280 MÈBE CATHEBINE-AURÉLIE
En 1884, la question s'agitait, à Toronto, de la construction d'un monastère. Mgr Lynch avait, dès l'année précédente, on s'en souvient, manifesté le désir d'avoir la fondatrice dans sa ville épiscopale. Le 27 mars, la supérieure de Toronto, Mère Euphrasiede-Saint-Joseph, et son assistante. Sœur Sophie-de-l'Incarnation, deux des compagnes de fondation de Mère Catherine-Aurélie — l'autre. Sœur Elizabeth-de-l'Immaculée-Conception, était revenue (de Toronto) mourir à Saint-Hyacinthe en 1881 (le 2 août) — arrivaient à la maison-mère. Mgr Moreau leur permit, cette fois, d'emmener la fondatrice, pour les aider dans leurs travaux de construction. ** Je vous envoie là-bas, dit-il à Mère Catherine- Aurélie, pour que vous érigiez un nouveau sanctuaire à la gloire du Précieux Sang, et je veux que vous hâtiez les choses afin que tout soit terminé, ou du moins en voie de l'être, quand vous nous reviendrez dans quelques mois." Elle partit le 16 avril pour ne revenir que le 22 septembre.
Dans la situation spéciale que les circonstances lui avaient faite au monastère qu'elle avait fondé, la généreuse supérieure entretenait en son âme les plus hauts sentiments de foi et d'esprit d'abnégation. N'ayant pu aller, comme autrefois, offrir ses vœux du premier de l'an 1884 à Mgr Joseph, elle lui écriv ait à quelques jours de là : " Mon très vénéré Seigneur et bien cher Père en Jésus, — Il m'a été impossible, au premier jour de l'an, de venir vous présenter mes profonds hommages et vous exprimer mes vœux ardents, mais il m'a été possible d'aller dans le cœur de notre Jésus et de lui dire bien des choses pour vous. Le sang de la victime d'amour aura, je l'espère, répandu sur vous les grâces que je lui ai demandées en votre faveur, un amour généreux et confiant, une grande abondance de paix au milieu des tempêtes de l'esprit et des perplexités de l'âme. Je vous ai offert à Dieu comme une victime de l'adorable volonté de Jésus crucifié et crucifiant. Ne craignez pas, les coups que veut vous lancer votre
sacrificateur sont proportionnés à vos forces . . . J'offre à Jésus l'incapacité oii je suis d'écrire à mon bon père. Que la douloureuse passion de Jésus-Christ soit toujours présente dans votre esprit et dans votre cœur ! — Adieu ! Je suis, en Notre-Seigneur, votre petite enfant Aurélie, petite victime d'union en Jésus crucifié.*'
Le 15 mars 1885 tombait le cinquantième anniversaire de sacerdoce de ce tant vénéré prélat qu'était, au Précieux-Sang, et partout dans le diocèse, Mgr Joseph LaRocque. Mgr Moreau fixa la date de la célébration des noces d'or, le 15 tombant un dimanche, au 19, jour de la fête de son saint patron. " Nous ne pouvons oublier, écrivait l'évêque de Saint-Hyacinthe, dans une circulaire à son clergé datée du 1er mars, que Mgr LaRocque a généreusement dépensé presque toute sa vie pour le diocèse, même depuis que les infirmités l'ont forcé de se retirer de la vie active. En effet, depuis dix-huit ans qu'il est dans la retraite, il n'est pas resté oisif. Vous connaissez tous son dévouement et ses travaux pour la sanctification de nos communautés religieuses, qui aussi l'aiment et le vénèrent comme un père, et surtout sa sollicitude pour la belle et si utile fondation du Précieux-Sang, où il est chéri et entouré des soins de la plus filiale piété. C'est l'œuvre de son cœur, qu'il a léguée à son diocèse comme témoignage de son zèle ardent pour la conversion des pécheurs et l'établissement solide du règne de Dieu dans les âmes. Son bien trop court passage sur le siège épiscopal de Saint-Hyacinthe n'aurait-il été marqué que par l'établissement de cet institut si précieux, nous pourrions dire qu'il a fait beaucoup pour le diocèse." Au monastère, on réserva l'honneur et la joie de tout préparer pour cette célébration à la Mère fondatrice elle-même. C'était une attention délicate, à laquelle elle fut naturellement très sensible. " Notre vénérée Mère, dit l'annaliste, a déployé une habileté et un dévouement vraiment incomparables, dignes de celui qui devait être l'objet de tant de démonstrations. Elle n'a rien épargné, elle y a mis toute son âme, tout son cœur et tout son amour filial. "
282 MÈRE CATHERINE-AURÉLIB
Depuis septembre 1882, le bon M. Lecours, nous l'avons vu, avait pris sa retraite à la maison blanche, auprès de son vénérable ami, Mgr Joseph, et au Précieux-Sang. Qn se rappelle qu'il avait dit en arrivant aux religieuses : " Je viens mourir parmi vous, et, si le bon Dieu m'en donne l'occasion, vous être encore un peu utile." Ayant toujours vécu dans un grand esprit de pauvreté, il avait, depuis son départ de Saint-Hyacinthe en 1873, réalisé quelques économies. Le temps lui parut arrivé d'en faire bénéficier les Sœurs du Précieux-Sang en 1886. Au moment oùle bon curé prenait sa retraite, exactement au mois de mai précédent (1882), une généreuse ami de la fondatrice, madame Bliss, de New York, avait fait don à la chapelle, construite par M. de la Croix, d'un magnifique autel en marbre blanc, qui avait été consacré, le 7 septembre de cette même année, et dédié au Précieux Sang de Notre-Seigneur. Mais les deux autels latéraux, celui de la vierge Marie et celui de saint Joseph, n'étaient encore que projetés. Et puis, la chapelle elle-même et le chœur des religieuses attendaient toujours le3 décorations qui leur convenaient. Plus de trois ans s'étaient écoulés. Aux fêtes jubilaires de Mgr Joseph, tout cela avait semblé à beaucoup peu digne du culte ardent qu'on rendait là à Notre- Seigneur. M. Lecours décida, une fois de plus, d'être le mandataire delà Providence. Le 13 mars 1886, il faisait don, sous le voile et le pseudonyme, dit la chronique, de sa fidèle ménagère, mademoiselle Julie La voie, d'une somme de huit mille piastres. D'autres libéralités s'ajoutèrent à celle-là. Le 29 du même mois, l'entreprise de la décoration de la chapelle et du chœur était donnée à un artiste-peintre de Saint-Hyacinthe, M. Joseph Rousseau. Les deux autels latéraux furent aussi bientôt commandés. De la sorte, le 30 avril 1888, disons-le tout de suite, la chapelle et les deux autels nouveaux purent être consacrés. " La chapelle du Précieux-Sang de Saint-Hyacinthe, lisons-nous dans le Livre d'or, n'est peut-être pas le bijou de V Amérique que l'artiste Rousseau
nous avait promis. Mais elle est certainement très pieuse. On a dit qu'elle " recueille " dès qu'on y entre ! Toutes les personnes qui la visitent lui rendent un témoignage analogue. Il nous suffit. " Qu'il soit permis à l'historien de Mère Catherine- Aurélie d'ajouter ici son témoignage à tant d'autres. Il a, lui aussi, éprouvé plus d'une fois la vertu purifiante et édifiante de cette atmosphère de recueillement et de beauté qu'on respire au Précieux-Sang de Saint-Hyacinthe.
Pendant qu'on procédait, en 1886-1888, à ces achèvements magnifiques, sous l'administration toujours de Mère Marie-du- Saint-Esprit, l'œuvre même de l'institut, nous voulons dire son accroissement par les recrues nouvelles qui venaient s'immoler sur l'autel du sacrifice, prospérait sans cesse. Une troisième fois, la pieuse ruche, ainsi qu'affectionnait de dire Mgr Joseph, allait essaimer. Après celles de Toronto et de Notre-Dame-de-Grâce, la maison-fille d'Ottawa allait naître.
Le 8 juin 1886, Mgr Duhamel, deuxième évêque d'Ottawa depuis 1874 (élu à 33 ans le 14 septembre et sacré le 28 octobre), avait été élevé au rang d'archevêque et il avait reçu le pallium le 29 juillet. " Homme de travail méthodique, administrateur prudent, évêque rempli d'un grand zèle pour le bien, a-t-on écrit de lui, Mgr Duhamel, pendant ses trente-quatre ans d'épiscopat — il devait mourir le 5 juin 1909 — a dirigé avec un merveilleux succès l'organisation des paroisses et des communautés de son vaste diocèse, et il a mérité la confiance et le respect de toute la population d'Ottawa, sans distinction de races ou de langues " (Mgr Brunet). En remerciant la fondatrice du Précieux-Sang des félicitations et des vœux qu'elle lui avait adressés à l'occasion de sa promotion et de la réception du pallium, le nouvel archevêque lui exprima le désir d'avoir une maison de son institut dans la capitale devenue ville archiépiscopale. Le projet, pourtant si honorable pour la communauté, n'eut pas de suites immédiates.'
284 MÊBE CATHBBINE-AUBÉLIE
Huit mois plus tard, le 25 mars 1887, Mgr Duhamel revint à la charge, proposant de mettre à la disposition des Sœurs qui lui seraient envoyées l'ancienne maison des Sœurs Grises de la Croix, celle qu'elles avaient occupée dès leur fondation, par la Mère Bruyère, de pieuse mémoire, en février 1845, Si cependant la maison de Saint-Hyacinthe pouvait disposer de quelques centaines de piastres, ajoutait l'archevêque, elle pourrait choisir entre deux belles propriétés qu'on acquerrait à des conditions faciles. Après avoir consulté Mgr de Saint-Hyacinthe, et les deux co-fondateurs, Mgr Joseph et Mgr Raymond, le conseil de la maison-mère accepta l'offre de Mgr l'archevêque d'Ottawa, et Mère Catherine-Aurélie, supérieure en titre, fut chargée, comme elle devait l'être pour toutes les fondations futures, de négocier avec Mgr Duhamel. Dès le 28 mars, elle écrivait à Sa Grandeur que sa communauté verrait avec bonheur un contingent de ses religieuses " aller se placer sous sa houlette pastorale, pour accomplir là leurs œuvres d'adoration et de réparation au profit de tout son cher troupeau ". Elle ajoutait : " L'ancienne maison des Sœurs Grises de la Croix, Monseigneur, conviendrait mieux à mon humble avis, pour un sanctuaire où tout devra rappeler les sanglantes immolations du Golgotha. Si, plus tard, nous en voyions la nécessité, et si le ciel nous venait en aide pour cela, nous pourrions construire un monastère plus régulier et portant davantage le cachet monastique. Mais, pour jeter les bases de notre petit édifice, nous sommes bien aises d'avoir pour premières pierres la glorieuse humilité et la riche pauvreté de Jésus." Les conditions matérielles et autres, dans le détail desquelles il n'est pas nécessaire d'entrer ici, ayant été bientôt arrêtées. Mère Catherine- Aurélie se rendit à Ottawa, avec les Sœurs Aimée-de-Marie, sa secrétaire, et Véronique-de-la-Passion, pour préparer la prochaine installation. A la fin d'avril, les " missionnaires " d'Ottawa furent désignées. C'étaient : Mère du Saint-Cœur-de-Marie,
DES ^ÉVÉNEMENTS DE 1882 A LA BÉilLECTION DE LA FONDATBICE 285
supérieure ; Sœur Aurélie-de-Jésus, assistante ; Sœur Marie- Réparatrice, maîtresse des novices ; Sœur Marie-Immaculée, économe ; Sœur Saint-François-de-Salles ; Sœur du Divin-Cœurde-Jésus, secrétaire ; Sœur du Saint-Nom-de-Marie et Sœur Marie-Bernadette. " Je ne saurais dire à Votre Grandeur, écrivait Mgr Duhamel à Mgr de Germanicopolis, toute la joie que je ressens en voj'ant les Sœurs du Précieux-Sang venir travailler à répandre le culte du sang divin dans mon archidiocèse. Que d'âmes seront lavées dans ce sang purifiant qui ne l'auraient pas été sans les prières et les sacrifices de ces religieuses ! "
Le 19 mai, Mgr l'archevêque publiait un fort beau mandement annonçant l'arrivée des Sœurs du Précieux-Sang à Ottawa et leur installation, le 24 mai, jour de Notre-Dame de Bonsecours, dans l'ancienne maison des Sœurs Grises. " Ré veillez- vous, échos de ce sanctuaire, écrivait-il éloquemment, à la voix de ces nouvelles épouses de celui dont jadis vous avez tant de fois répété le nom ! Le temps vient pour vous de le répéter encore et la nuit et le jour. Revenez, anges adorateurs de l'hostie vivante ! Reprenez votre place dans cette enceinte sacrée. Venez, vous aussi, anges privilégiés qui avez assisté au drame sanglant du Golgotha ! Venez, des coupes en mains, puiser, dans le calice de l'autel, le sang du Sauveur, pour le porter partout, dans ce diocèse, où il y a des âmes à rafraîchir et à purifier. Et vous, qui venez vous dévouer comme des victimes, entrez avec confiance dans cette pauvre maison qui vous tiendra lieu de monastère. . . Ne craignez pas de manquer du nécessaire. La Providence de Dieu et la générosité des catholiques de cette ville et de ce diocèse tout entier vous seront comme des trésors où vous pourrez puiser en temps opportun.''
L'installation à " Béthanie ", car c'est ainsi que, selon le mot souvent usité par Mgr Duhamel à leur endroit, les Sœurs du Précieux-Sang voulurent nommer leur nouveau monastère, se fit
286 MÈRE CATHERINB-AURÉLIE
donc aux premières vêpres et le jour même du 24 mai. Mère Catherine-Aurélie, qu'une chute malencontreuse obligea heureusement à prolonger son séjour à Ottawa jusqu'au 3 juillet, était là, avec ses deux compagnes, pour recevoir ses filles " missionnaires " et Mgr Raymond, le dévoué père de son âme et de celles de ses filles, qui les accompagnait. Comme naguère à Toronto, puis à Notre-Dame-de-Grâce, on leur fit, à Ottawa, une magnifique réception, dans laquelle il y avait tout ensemble de la foi, du respect, de la confiance et de la vénération. A leur passage à Montréal, les " missionnaires " avaient visité les sanctuaires et les communautés. Mais le saint Mgr Bourget n'était plus là pour les bénir et les encourager. Depuis le 8 juin 1885, il était allé recevoir au ciel la récompense de ses labeurs et de ses peines. Le bon Dieu voulut sans doute leur ménager une compensation, en leur faisant rencontrer, chez les Sœurs Grises de la rue Guy, le grand archevêque de l'Ouest, Mgr Taché, qui les bénit affectueusement. A Notre-Dame-de-Grâce, elles reçurent également un affectueux accueil. Mais, à Ottawa, répétons-le, ce fut presque un triomphe. En les installant dans leur modeste monastère, en présence d'une foule sympathique et émue, Mgr l'archevêque, aussitôt après le chant du Te Deum, leur dit : " Dieu ne manquera pas, mes chères filles, de vous récompenser en retour des sacrifices que vous avez faits en laissant vos familles et le berceau chéri de votre vie religieuse. . . Considérez-vous comme à Béthanie et goûtez dans votre cher cloître le calme et le repos, vous confiant à la Providence qui veillera sur vous. . ."
Aux partantes de sa ville épiscopale, Mgr de Saint-Hyacinthe avait bien voulu donner une lettre d'obédience en bonne et due forme, dans laquelle, à la date du 21 mai, il leur disait : " Nous vous remettons, nos très chères filles, sous l'entière juridiction de Mgr l'archevêque d'Ottawa, qui devient votre supérieur immédiat et majeur, avec l'entière confiance que vous ferez sa consolation
DE8''ÉV1ÊNKMRNT8 DE 1882 A LA R^éLBCTION DE LA FONDATBICB 287
et son bonheur . . . Que le Dieu de bonté vous comble de ses dons les plus parfaits et vous donne des cœurs d'apôtres, afin que voua le fassiez aimer, que vous procuriez sa gloire et que vous fassiez bénir son nom au sein de cette Église d'Ottawa, qui vous accueille avec tant de bonheur et qui espère que vous serez son soutien et sa gloire par vos prières, par vos immolations et par vos sacrifices..." Le 30 mai, Mgr de Germanicopolis adressait, à son tour, une longue lettre aux " missionnaires " d'Ottawa, et leur disait entre autres choses ces paroles, qui, comme celles du Nune dimittis de Siméon, l'événement l'a prouvé plus tard, étaient une prophétie en même temps qu'un encouragement ; '* Aux Sœurs de la nouvelle mission est dévolu le grand rôle de répandre l'honneur du nom et de l'œuvre de l'institut du Précieux-Sang dans les vastes pays qui s'étendent de cette capitale jusqu'au Mississipi et jusqu'aux Montagnes-Rocheuses. Que l'auguste sang, dont les effusions sont suflSsantes pour le rachat des crimes du genre humain jusqu'à la fin des siècles, soit donc adoré, vénéré et aimé, par les nouvelles zélatrices de son culte, maintenant et toujours !...'*
La secrétaire de la fondatrice, Sœur Aimée-de-Marie, écrivait au début de cette installation à Ottawa : " C'est à croire que tout se fait ici par enchantement ! Si nous n'avions vu une main d'évêque tracer leschangements à faire (dans la maison), nous aurions cru voir une baguette de fée présidant au travail ! . . . " C'est qu'en effet la Providence est parfois une bien bonne fée. Et puis, Mère Catherine-Aurélie restait là pour quelques semaines encore. Durant les quelques jours qu'il y passa aussi, Mgr Raymond, autorisé par Mgr Duhamel, multiplia ses bons soins spirituels à ses chères enfants. Mais il dut repartir pour Saint-Hyacinthe le 27 mai. La fondatrice vit à tout et, comme toujours, dut en plus recevoir nombre de visiteurs. Le soir du 27 mai, Mgr l'archevêque Duhamel voulut accorder une douce consolation aux adoratrices
du Précieux-Sang. Il leur fit don d'une relique de la vraie croix, qu'il avait emportée de Rome, à l'un de ses précédents voyages, et vint lui-même l'exposer et la faire vénérer dans la chapelle du monastère. " Pourquoi, me disais-je, exprima-t-il en souriant, ne pas porter à mes nouvelles filles cet encouragement dans les croix que Dieu leur ménage ?" — " Huit jours s'étaient à peine écoulés depuis l'installation, dit l'annaliste d'Ottawa, que déjà le petit monastère avait pris un aspect d'ordre et de propreté qui charmait tous les yeux. L'accident survenu à notre vénérée Mère (cette chute dans laquelle elle s'était donné une entorse) nous a été favorable tant au spirituel qu'au temporel, car cette chère Mère, tout en attirant les plus précieuses bénédictions sur la nouvelle maison par sa résignation à la volonté du bon Dieu qui l'y retenait enchaînée, était là pour aviser dans tout ce qu'il y avait à faire. Qui sait ? Sans cet accident, elle fut peut-être retournée plus tôt. . . Toutes se trouvaient remplies de joie et de courage, et notre Mère fondatrice se disait heureuse de voir ses filles ne pas marchander avec les sacrifices. Les petits Traités du Précieux-Sang (œuvre de Mgr Joseph) étaient réclamés avec empressement et la diffusion, partout dans la ville, s'en faisait rapide. La Sœur portière ne suffisait pas à remplir seule son office, tant était grande l'affluence des personnes du monde qui venaient chercher à la nouvelle " Béthanie " les prières et les encouragements." La fondation d'Ottawa était faite et tout laissait prévoir un avenir prospère.
Le dimanche 3 juillet 1887, Mgr Raymond mourait subitement au monastère de Saint-Hyacinthe, à l'âge de 77 ans, au moment où il se préparait précisément à dire la messe du Précieux Sang. Ce fut un grand deuil pour l'Église canadienne, pour Saint-Hyacinthe, pour le séminaire, pour le Précieux-Sang — à qui il avait légué son cœur. Ce fut une perte immense pour la fondatrice, dont il était le directeur et le père depuis 1848, c'est-à-dire depuis
quarante ans. La triste nouvelle lui fut communiquée, à Ottawa, par M. l'abbé Plautin que Mgr Duhamel avait donné comme aumônier à la communauté. Mère Catherine- Aurélie fut aussitôt mandée à la maison-mère par télégramme. C'était encore la croix, et une croix bien lourde à prendre. Sa grande consolation dans cette épreuve, l'âme sensible de la fondatrice la trouva dans ce fait que le père de son âme, l'instigateur et le co-fondateur de sa communauté, le grand apôtre, on peut l'affirmer, de la dévotion au Précieux Sang au Canada, mourait le jour même de la fête tant aimée et à l'heure de la messe qu'il allait célébrer en son honneur. L'oblation, cette fois, c'était celle du saint prêtre lui-même. Nul doute qu'elle se consommait là-haut. Sur terre, l'œuvre à laquelle la fondatrice avait voué sa vie perdait son premier protecteur. Au ciel, visiblement, lui semblait-il, elle avait l'assurance de compter sur un puissant protecteur. Cette coïncidence providentielle, c'était, selon le joli mot de l'annaliste d'Ottawa, un " sourire du bon Dieu " jeté sur la douleur de la Mère et de ses pieuses filles.
Revenue à la maison-mère dans ces tristes circonstances, la généreuse fondatrice n'en continua pas moins ses travaux et ses labeurs. Mgr Moreau désigna M. le vicaire général Gravel pour remplacer le regretté Mgr Raymond dans l'exercice du saint ministère auprès des Sœurs du Précieux-Sang. Cela encore, ce fut une consolation pour le cœur éprouvé de Mère Catherine-Aurélie. Le 11 juillet, c'était, nous le savons déjà, son anniversaire de naissance. Elle atteignait, cette année-là, 54 ans. " La fête de notre digne et aimée Mère fondatrice, écrit l'annaliste de la maisonmère, d'ordinaire si joyeuse et retentissante de chants d'allégresse, se présente aujourd'hui toute sombre encore du deuil qui vient de voiler nos cœurs et notre institut. En exprimant à notre Mère fondatrice et supérieure notre respect, notre vénération et notre attachement, notre Mère vice-supérieure (Mère Marie-du-Saint-
290 idiBE CATHEBINB-AUBiUB
Esprit) n'a pas manqué de faire allusion à la perte récente que nous avons faite." — " Lisez dans le cœur de vos enfants, lui a-t-elle dit, et vous les sentirez battre à l'unisson du vôtre dans le souvenir de tout ce qu'a été notre cher et regretté Père Raymond et pour vous et pour nous toutes." — Mère Catherine-Aurélie, après avoir proposé d'abord la récitation immédiate d'un fervent De profundis à l'intention du regretté prélat, parla longuement de sa bonté, de son dévouement, de ses lumineux enseignements. Elle bénit ses filles avec des larmes dans la voix et leur recommanda de cultiver soigneusement dans leurs âmes les saintes semences qu'y avait jetées la parole, si convaincue et si pleine d'onction toujours, du père qu'on pleurait. — "Ce sera là, leur dit-elle, la meilleure manière de témoigner que nous avons su apprécier son infatigable dévouement pour nous."
Le 15 juillet, elle partait pour Toronto, où ses filles la réclamaient. De là elle écrit à la supérieure d'Ottawa, le 24 juillet : ** Huit longs jours sans nouvelles de mon " Béthanie " ! (Elle s'y était arrêtée au passage.) J'aime à vous suivre pas à pas dans toutes vos occupations, en partageant vos soucis. Que ne puis-je garder pour moi seule les travaux et les sollicitudes de mes généreuses enfants, sans cependant diminuer leurs mérites ! . . Humainement parlant, n'ai- je pas raison de compter que Mgr d'Ottawa est cet apôtre zélé du Précieux-Sang que ma confiante prière réclame depuis des années ? L'impulsion qui le pousse à l'extension du culte au sang divin, surtout, comme il le dit lui-même, depuis la mort de notre vénéré et à jamais regretté père Mgr Raymond, ne serait-elle pas la réponse à mes vœux du jour et de la nuit ? Je suis aussi toute émue du bienveillant intérêt que Monseigneur daigne me témoigner en toute occasion, comme de la sympathie qu'il me manifeste dans les angoisses si longues et si crucifiantes de mon cœur. . . Mgr Lynch, ce premier et fidèle ami de notre œuvre, m'a reçue avec ces marques habituées de bienveillance
DES ÉTÉNEMSNTB DB 1882 A LA BÉéLECTION DB LA FONDATBICE 291
qui me confondent toujours. . . .J'ai trouvé le tout petit monastère de mes chères Torontines, comme leurs cœurs, dans l'ordre le plus parfait. Tout y respire la paix, la sainte gaieté, la simplicité et une exquise propreté, à travers laquelle perce un certain goût qui pourrait être qualifié par quelques esprits d'un peu recherché. Je me surprends quelquefois à me demander si nous ne devrions pas sacrifier le bon goût ..."
De Saint-Hyacinthe, le pieux Mgr Joseph écrivait aussi à ses filles de la nouvelle maison d'Ottawa et à leur supérieure Mère du Saint-Cœur-de-Marie. Toujours souffrant dans son pauvre corps perclus de rhumatismes, mais toujours alerte dans sa vitalité intellectuelle, il laissait, d'une plume facile, s'épancher son cœur d'apôtre du Précieux Sang, " Je suis on ne peut être plus heureux, disait-il (1er août 1887), de voir le bon accueil que toute la population vous a fait. C'est une source de jouissance pour mon cœur, tant par rapport à vous-mêmes qu'en vue du culte du Précieux Sang dont l'extension réjouit mon âme. A ma mort, qui ne peut guère tarder que de quelques années, Jésus me consolera, j'ose l'espérer, et me rassurera contre la frayeur du trépas et de la dernière agonie. Animez-vous du même esprit que moi, mes chères enfants. Prenez cet esprit dans le livre de vos constitutions. Faites-en la méditation. Demandez-en le développement à l'Esprit de lumière. Tendez toujours à les mettre en pratique. " Une autre fois, à l'occasion de sa fête prochaine, celle du saint cœur de Marie, il mande à la supérieure, à la fin d'août: " Le cœur de Marie est le plus digne sanctuaire, après celui de Jésus, que la divinité ait habité, celui qui, après le cœur de Jésus toujours, a le plus aimé les hommes. Le cœur de Marie éclaire, échauffe et féconde les esprits et les cœurs de tous ceux qui se dévouent amoureusement à son culte . . . Humblement prosternée, ma chère Mère, dites à ce cœur aimant de notre douce mère du ciel, dont vous portez le nom, qui est tout resplendissant de clarté, tout
292 MÈKE CATHERINE-AUBÉLIE
embrasé de flammes divines et tant empressé à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, de v^ous faire éprouver ses propres sentiments, de consumer en vous toutes les affections qui déplairaient à Dieu, de vous remplir d'une lumière, d'une chaleur et d'une vie non plus terrestres mais célestes et divines ... Je laisse mon âme aller vers vous, mes bien-aimées filles, imprégnée de tout ce que contiennent mes quatre pages, avec en plus une pleine coupe de Précieux Sang ! Faites attention que je vous ai écrit ces pages à l'âge de 79 ans révolus le 28 août prochain et que ma démarche est une preuve de mon désir de votre perfection toujours croissante ..."
Et nous pourrions sans doute multiplier ces citations de lettres, ou ces comptes rendus d'annales, qui peignent au vif la belle âme et la foi si vraie de ce pieux et saint vieillard. On dirait qu'en cet automne de 1887, et après la mort de son grand ami Mgr Raymond, son cœur, sa parole et sa plume s'attendrissaient encore. Ses appels à l'union entre les maisons et entre les cœurs de ses filles se faisaient plus fréquents et plus pressants que jamais. Comme saint Jean devenu vieux, il redisait sur tous les tons : " Mes petites enfants, aimez-vous ! " C'était un peu, et même beaucoup, son testament, un vrai testament d'apôtre. Ainsi qu'il le rappelait lui-même, dans la dernière lettre que nous avons citée, il touchait à ses 80 ans, et, nous l'avons vu, il comptait à sa mort, qui, disait-il, ne saurait tarder, sur les consolations de Jésus pour le rassurer contre la frayeur de l'agonie et du trépas. L'heure ainsi attendue avec confiance vint en effet et ce fut en novembre 1887. Dès le 3, nous lisons dans les Annales de Saint-Hyacinthe : " Notre très honorée Mère fondatrice nous est arrivée ce matin (de Toronto), mandée en toute hâte auprès de notre vénéré Père fondateur, Mgr La- Rocque, dont la santé décline sensiblement depuis quelque temps. Les joies du retour ont été, de ce fait, douloureusement amoindries. Cependant, il semble que la consolation de revoir notre chère
Mère ait donné un regain de vie à Monseigneur ..." Le 9, l'annaliste écrit : " Bien que l'état de notre vénéré malade ne soit pas encore alarmant, le médecin a jugé bon de lui faire administrer les derniers sacrements. Sa maladie de cœur prend un développement plus marqué. Les faiblesses et les syncopes se renouvellent plus souvent ..." Le 18 novembre, elle ajoute : " L'holocauste est consommé ! Tout est fini pour notre vénéré fondateur sur cette terre, et ce jour — un vendredi — consacré à honorer la passion de Jésus, en la fête de la dédicace des églises des saints Pierre et Paul, que Monseigneur solennisait avec tant de piété, nous a enlevé la plus haute protection qui soit au monde : le cœur et le dévouement d'un père, l'amour et la bénédiction d'un saint. Qui redira surtout le brisement de cœur de notre très honorée Mère fondatrice ? " Les eaux amères de la tribulation l'ont environnée ! " Notre tendresse, hélas ! ne peut rien pour la consoler ! Mieux que nous toutes, elle comprend et ressent l'étendue de la perte que nous venons de faire. . ."
Le lendemain, 19 novembre, Mgr Moreau, dans une circulaire à son clergé, annonçait la mort de son prédécesseur, à l'âge de 79 ans, dans la cinquante-troisième année de son sacerdoce et la trente-sixième de son épiscopat. " En apprenant cette triste nouvelle, écrivait l'évêque de Saint-Hyacinthe, vous vous dites tous que c'est une existence des plus précieuses qui est ainsi ravie à la terre, à la religion et au diocèse, car vous connaissez tous sa riche intelligence, son profond savoir, son esprit exquis, ses belles et solides vertus accompagnées de simples et nobles manières. Parmi ses vertus, qui nous ont tant édifiés, il en est deux qui ont brillé par-dessus toutes les autres, son humilité sincère et sa grande défiance de lui-même . . . Celui qui fut autrefois notre guide nous laisse donc un précieux héritage et un exemple très salutaire, car personne n'ignore que l'humilité est le fondement de toutes les vertus ... Je ne vous ferai pas la biographie de l'illus-
294 UÈBE CATHEBIKE-AUBÉLIE
tre prélat ... Je me bornerai à vous exhorter à garder le souvenir de cette existence, qui nous était si chère, devant Dieu surtout et dans vos prières de tous les jours, afin de soulager son âme et de lui procurer l'entrée du ciel, s*il n'en est pas déjà en possession . . Les longues et cruelles infirmités, par lesquelles il a plu à Dieu de le visiter, l'ont sans doute purifié de toute souillure, mais hélas ! Dieu trouve des taches même dans ses anges . . . Aux prières que nous ferons privément, nous joindrons la prière publique. En conséquence, il se chantera dans toutes les églises paroissiales et les chapelles où se fout les offices des dimanches, au jour qui sera jugé le plus convenable, un service solennel... Mgr de Germanicopolis n'est pas mort à la vérité sur le siège épiscopal de Saint-Hyacinthe, mais il n'en mérite pas moins notre bien affectueuse reconnaissance pour la large part de prospérité qu*il a apportée au diocèse et pour le service éminent qu'il lui a rendu en fondant la communauté du Précieux-Sang, cette œuvre qui est pour nous un tré.sor de grâces et qui est déjà parvenue, par son zèle et ses travaux, quoiqu'elle ne date que de vingt-six ans, à une étonnante prospérité ... Il est mort au milieu de ses chères et bien-aimées filles, qui lui ont prodigué jusqu'à son dernier soupir les soins de la tendresse la plus filiale et les marques de la gratitude la plus vivement sentie. A l'amère et juste douleur que leur cause cette perte si regrettable pour elles se rattache cependant, pour les Sœurs du Précieux-Sang, une bien grande consolation, qui est celle de conserver au milieu d'elles les restes vénérés de leur saint fondateur . . . Les obsèques auront lieu, à la cathédrale, le 23 courant . . . Après le service, le corps sera transporté au monastère du Précieux-Sang, pour y être inhumé dans le cimetière des religieuses . , . **
Au soir de ce jour bien attristant. Mère Marie-du-Saint-Esprit, vice-supérieure en titre mais supérieure en fait du monastère oiï venait d'expirer Mgr Joseph, réunissait toutes les Sœurs professes
auprès de la fondatrice et supérieure, si fortement éprouvée par cette mort de Mgr LaRocque qui suivait à cinq mois de distance celle de Mgr Raymond. En termes émus, elle lui offrit, au nom de toutes, l'expression de la plus sincère et de la plus vive sympa» thie. " Notre affligée Mère, raconte l'annaliste, fut la première à se montrer forte dans le sacrifice et à comprimer les sanglots qui lui montaient à la gorge. Elle nous adressa de tendres paroles, nous pressant de nous joindre à elle pour graver de plus en plu» dans nos âmes le souvenir des vertus de nos vénérés fondateurs» Elle nous rappela l'horreur que notre cher père Mgr Joseph, en particulier, avait toujours eue de toute faute, et nous engagea avec insistance à éviter, pour honorer sa mémoire, l'ombre même d'une imperfection. Après nous avoir assurées que nous retrouverions en elle le cœur des pères qui nous aimaient tant, elle nous bénit et termina en disant : " Tout pour la gloire du Précieux Sang 1 "
Mgr LaRocque était mort sans que la discipline imposée par Mgr Moreau au sujet des élections le 27 novembre 1882 eût été changée. Après cinq ans, c'était encore l'évêque diocésain luimême qui nommait aux charges à la maison-mère. Il convient de remarquer une fois de plus qu'il était dans son droit. Le poids de l'autorité est lourd bien souvent de deux manières, pour celui qui commande et pour ceux qu'il dirige. Dans sa conscience, Mgr de Saint-Hyacinthe estimait qu'il valait mieux s'en tenir aux mesures qu'il avait alors adoptées. Aucune élection dans les formes voulues par les constitutions n'avait eu lieu pendant ces cinq ans. Le chef du diocèse, puisqu'il s'agissait d'une communauté diocésaine, n'en était comptable qu'à Dieu. Mgr La- Rocque et Mère Catherine-Aurélie étaient les premiers à le comprendre, parce qu'ils étaient avant tout surnaturels dans leurs vues. Mais il est impossible de ne pas apercevoir qu'ils en souffraient tous les deux, et le grand nombre de leurs filles avec eux. " L'obéissance se commande, mais non pas la joie ", disait.
MERE CATHERI>rE-AURELIE
il n'y a pas longtemps, un évêqiie de l'Ouest canadien, à qui le Saint-Siège avait imposé un dur sacrifice. C'est profondément vrai. Cependant, le vénéré fondateur ne mourut pas sans emporter dans sa tombe l'espoir que cet état de choses changerait bientôt. Depuis la mort de ]Mgr Raymond, c'était M. le grand-vicaire Gravel qui remplissait les fonctions d'aumônier au Précieux-Sang. Il était aussi le confesseur du pieux vieil évêque qui allait mourir. X^ne confidence qui est venue jusqu'à nous, et dont l'authenticité nous paraît certaine, nous permet d'affirmer que M. le grandvicaire assura Monseigneur mourant que " tout rentrerait bientôt dans la régularité ". îl avait sans doute ses raisons pour parler ainsi et il ne se trompait pas.
En effet, le 1er décembre 1887, Mgr de Saint-Hyacinthe vint annoncer à la communauté réunie que des élections régulières, selon la lettre même des constitutions, pour le choix de la supérieure et des autres officières du monastère, auraient lieu au lendemain de la fête de l'Immaculée-Conception. Le 9 décembre donc, sous la présidence de ^igT Moreau, on procéda au scrutin régulier, avec le résultat que voici : Mère Catherine-Aurélie-du- Précieux-Sang, supérieure : Sœur Marie-de-l'Assomption, assistante ; Sœur Marie-des-Cinq-Plaies, maîtresse des novices ; Sœur jSiarie-Sainte-Ursule, dépositaire ; Sœur Marie-de-Bonsecours, première conseillère ; Sœur Aimée-de-Marie, deuxième conseillère et .secrétaire; Sœur Marie-Jeanne-de-Chantal, troisième conseillère.
Au soir du 31 décembre 1887, pour les souhaits et la bénédiction du jour de l'an, la fondatrice eut la délicate pensée de réunir les professes et les novices dans l'appartement qu'avait si longtemps occupé, à la maison blanche, le fondateur, Mgr Joseph LaRocque, et où se trouvait son portrait dans un grand tableau. " Elle avait voulu, dit l'annaliste, nous faire resserrer nos liens d'union sous les regards de notre regretté père, pour ainsi dire. Elle avait
désiré que ce fut lui encore, en quelque façon, qui bénît nos communes résolutions pour l'année nouvelle . . . Que de souvenirs évoquait cette réunion chez Monseigneur y aux pieds de son portrait! Avec larmes, chacune d'entre nous a renouvelé le cruel sacrifice» en l'offrant à Dieu pour la gloire du Précieux Sang ! . . . "
A la mi-janvier 1888, la dévouée garde-malade de Mgr Joseph, Sœur Marie-de-la-Nativité, mourut subitement, au monastère d'Ottawa, où elle avait été envoyée en mission. Ce fut là une occasion pour la fondatrice, écrivant à la supérieure de cette maison, de parler encore du regretté fondateur : " Pauvre Nativité, écrit-elle (19 janvier), qui se serait attendu à un départ si prompt pour le ciel ! C'est Monseigneur, notre doux père, qui est venu la chercher, deux mois précis après sa mort ... La croix est toujours un heureux présage . . . Plus nous serons toutes ensemble sacrifiées et broyées, plus nous aurons de pouvoir pour enfanter des pécheurs à la vie de la grâce . . . Relevons-nous, chères enfants, et pressons-nous plus que jamais près de la croix où notre père incomparable nous a dit de nous asseoir et de planter notre tente. Pourquoi chercherions-nous à nous en éloigner, si c'est là seulement que notre vie peut devenir féconde pour la gloire du Précieux Sang?. . ." A l'occasion de la fête prochaine de saint Joseph, un peu plus tard, le 16 mars, elle écrit de nouveau à ses chères filles d'Ottawa, et, leur parlant des deux pères qui sont au ciel, elle leur dit : " Du sein de ce bonheur suprême, dont j'aime à les croire déjà en possession, ils me permettent bien sans doute de m'emparer de leurs sentiments, d'interpréter leurs vœux. Avec eux donc, mes aimées filles, joignant ma faible main à leurs mains glorifiées, je l'espère, par les saintes œuvres qu'ils ont accomplies et par les bénédictions et les absolutions qu'ils ont tant de fois données, je vous bénis dans l'intention de vous couvrir toutes d'une pluie de sang divin, qui vous fasse croître comme des lis dans le parterre de la vie contemplative. Avec eux aussi, surtout avec Mgr Joseph,
298 MÈRE CATHEBINES-AUBÉLIE
dont le départ plus récent nous laisse au cœur la plus saignante blessure, je vous répète, dans toute l'énergie de mon âme, que je ne souhaite qu'une chose en ce monde : vous voir toutes fidèles aux grands devoirs de votre sainte vocation, vous voir toutes marcher dans la route de \a fidélité, de la constance et de la génê' rosité, en adorant, en réparant et en souffrant . . . Vous connaissez les dernières aspirations qui ont fait battre le cœur de ce tant regretté père. Il voulait que nous n'ayons toutes qu'un cœur et qu'une âme ; il soupirait pour notre paix, cette paix qui ne s'obtient qu'en s'oubliant soi-même pour travailler aux intérêts communs de sa famille religieuse ; il avait soif pour nous de recueillement, d'esprit intérieur, de cette vie de foi sans laquelle les œuvres extérieures sont toujours défectueuses et souvent vides de mérites. Dans ces longues et douloureuses insomnies, on l'entendait demander à Jésus crucifié et à la Mère des douleurs, qu'il aimait tant, de répandre sur sa troupe de vierges l'esprit de prière, de contemplation et de réparation. Il savait que notre siècle impie a besoin d'âmes réparatrices et que l'Eglise veut des victimes qui s'immolent pour sa délivrance. Il désirait, en conséquence, que nous fussions de ces âmes priantes qui hâteront le jour du triomphe et de la paix ..."
C'est ainsi que la fondatrice, dont le vingt-cinquième anniversaire de profession religieuse approchait, et qui avait toujours été l'âme de sa communauté, bien qu'elle n'eût plus occupé de fait la supériorité de la maison-mère en ces derniers cinq ans, reprenait les rênes de son administration, en s'appuyant sur l'esprit si profondément surnaturel des Pères fondateurs. Les souvenirs édifiants laissés à leurs filles par Mgr LaRocque et Mgr Raymond continuaient, surtout grâce à elle, d'être des leçons vivantes. Mère Catherine-Aurélie s'employait, en toute occasion, à les proposer en exemple aux adoratrices-expiatrices du Précieux Sang. Elle-même, sans le dire, se donnait comme le parfait modèle
DBS ÉVÉNEMENTS DE 1882 A LA BÉÉLBCTION DE LA FONDATBICB 299
à imiter. Au moment où nous écrivons ces lignes, les journaux de France nous apportent le discours de réception à l'Académie française que vient de prononcer l'historien catholique Georges Goyau (15 février 1923). Nous y relevons un mot, dont l'application nous paraît tout à fait de circonstance dans notre récit : " Les exemples vivants, a dit M. Goyau, sont plus eflBcaces encore que les souvenirs." Les Sœurs du Précieux-Sang, à la période où nous sommes arrivé, en faisaient l'expérience heureuse. Tout en gardant les précieux souvenirs de leurs pieux fondateurs, elles avaient l'avantage d'avoir toujours sous les yeux l'exemple vivant de leur admirable fondatrice.