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CHAPITRE XII

De l'approbation définitive à la mort de la fondatrice (1896-1905)

SouMAiRE. — Lettres de félicitations. — Noces d'or de Mgr Moreau. — Mort de Mgr Fabre. — Mgr Bruchési lui succède. — Élections du 9 décembre 1897. — Mère Véronique-de-la-Passion succède à la fondatrice qui ne peut plus être réélue. — Mère Catherine-Aurélit s'occupe des fondations. — Fondation, à Manchester, du monastère du " Cénacle ". — La supérieure générale se rend à Manchester.— Elle s'arrête à Ottawa au retour. — Voyage à Brooklyn. — Vœux pour le siècle nouveau. — Voyage aux Trois-Rivières et à Nicolet. — Projet de fondation à Rome. — Construction d'un calvaire. — Vœux de Noël 1900. — Voyage à Toronto. — Mort de Mgr Moreau. — Mgr Decelles. — Mgr Falconio. — La fondatrice termine la rédaction du " coutumier ". — Elle rentre à Saint-Hyacinthe pour le 14 septembre (1901). — Belle fête, jolis vers. — Le 30 avril 1902. — Fondation, à la Havane, du monastère de " Santa-Cruz".

— Élections du 9 décembre 1902. — Une hésitation de Mgr Decelles amène l'intervention de Rome. — Mère Catherine-Aurélie est élue supérieure de Saint-Hyacinthe. — Mort de Léon XIII et avènement de Pie X. — Le 42e de l'institut. — Souhaits du premier de l'an 1904. — Télégramme de la Havane, état de l'institut. — Anniversaire (17e) de la mort de Mgr Raymond.

— M. l'abbé Roy remplace M. Dion comme aumônier. — Le 14 septembre 1904. — Au soir de la dernière année.

^'institut du Précieux-Sang était donc maintenant définitivement approuvé par le Saint-Siège. Pour un an encore, de novembre 1896 à décembre 1897, Mère Catherine-Aurélie resterait supérieure locale de Saint- Hyacinthe, et ce serait une année grosse d'événements. A la lettre de Mgr Moreau, que nous avons lue au chapitre précédent, s'en joindrait plus d'une autre, bénissant Dieu également de la faveur obtenue, et ce serait là une bien douce consolation pour le cœur de la fondatrice. Les noces d'or sacerdotales du pieux évêque de Saint-Hyacinthe auraient leur écho au monastère. Le deuil de la mort de Mgr Fabre ne laisserait pas

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insensible le personnel du Précieux-Sang. Un projet de fondation en Californie ajouterait aux préoccupations déjà existantes. Puis, on saluerait, avec une émotion joyeuse, l'avènement de Mgr Bruchési au siège de Montréal. Enfin, viendraient les élections de décembre 1897, auxquelles, d'après les règlements canoniques, Mère Catherine- Aurélie, étant donnés ses deux termes consécutifs de supériorité, ne pourrait plus être réélue supérieure locale, devrait passer la gouverne du monastère-berceau à Mère Véronique-dela-Passion, mais ne cesserait pas, exceptionnellement, ainsi que nous avons vu, d'être supérieure générale.

Mgr Duhamel, dès le 6 novembre, adressa d'Ottawa le télégramme expressif que voici : " Avec vous toutes, je remercie le Précieux Sang et vous félicite de votre approbation définitive." De Sherbrooke, le même jour, Mgr Paul LaRocque écrivait une longue et belle lettre. " Ce décret, disait-il, est la sanction de l'œuvre de vos vénérés fondateurs . . . Quel sujet de légitime satisfaction pour vous en particulier. Révérende Mère fondatrice. . . Quel sujet aussi de douces consolations et de saintes espérances pour les âmes privilégiées qui viennent chercher dans la retraite de votre institut la perfection dont elles ont soif . . . Plus la faveur est grande, plus impérieux devient le besoin de manifester sa gratitude et plus nombreuses sont les voix invitées à prêter leurs accents pour la redire et la chanter. Votre télégramme est dans cette note : " Décret d'approbation arrivé ! Aidez-nous à remercier le Précieux Sang ! " Eh ! bien, oui, je me ferai un devoir et un bonheur de joindre ma voix aux vôtres..." De Rome, où il se trouvait en ce moment, Mgr Gravel, de Nicolet, écrivait : " Quand j'ai annoncé au Vicaire de Jésus-Christ l'érection d'un monastère de votre institut dans ma ville épiscopale, il n'a pu contenir sa joie et a demandé sa part, une large part, dans vos prières de chaque jour. Je lui ai dit que vous ne l'oublieriez jamais, maintenant surtout qu'il a daigné approuver votre institut.

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Vous pouvez donc vous sentir heureuses et chanter votre bonheur d'avoir été choisies entre tant d'autres pour une vocation si excellente, et vous devez travailler avec une attention soutenue à mériter de plus en plus les faveurs que le Seigneur tient en réserve pour ses hosties vivantes. . ." De son côté, M. le grandvicaire Gravel écrivait de Belœil, où il était curé depuis 1893, ces bonnes paroles : " J'entonne mon plus beau Te Deum, en insistant sur le quos pretioso sanguine redemisti ... Je suis bien sûr que Mgr LaRocque et Mgr Raymond, de si illustre et sainte mémoire, redisent avec nous cette hymne de la joie et de la reconnaissance, qu'ils ont dû chanter les premiers au ciel le 20 octobre ..." Enfin, et nous bornons là ces citations que nous pourrions aisément multiplier, M. le chanoine Ouellette, supérieur du séminaire de Saint-Hyacinthe et successeur de Mgr Raymond, disait dans sa lettre de félicitations : " Vos bienheureux et saints fondateurs doivent bien se réjouir au ciel et remercier le bon Dieu d'avoir inspiré à son Vicaire sur la terre de donner à vos règles et constitutions l'approbation définitive. Beaucoup d'autres, ici-bas, sans être fondateurs, se réjouissent sincèrement de votre joie et se permettent de vous féliciter ..."

Les noces d'or de Mgr Moreau furent, tout de suite après, une autre occasion de pieuses et saintes réjouissances pour l'institut et pour sa fondatrice. La fermeté même avec laquelle le pieux évêque était naguère intervenu dans le gouvernement de la communauté en 1882 n'avait eu qu'un sens aux yeux de l'humble fondatrice, celui de montrer sa profonde sollicitude pour le bien de l'œuvre. Et que de fois depuis, nous l'avons vu, Mgr Moreau avait prouvé qu'il tenait en haute estime la fondatrice et son institut. Le 19 décembre, jour même du cinquantenaire,^ on avait fait de jolies fêtes à Monseigneur à l'Hôtel-Dieu. Les grandes célébrations du diocèse avaient dû être renvoyées, pour l'accommodation du clergé, au 21 janvier, où elles coïncideraient

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à peu près avec le vingt-et-unième de sa consécration épiscopale. Mais, dans la semaine de Noël, le 27 décembre 1896, on eut " la fête des noces d'or " au Précieux-Sang. Laure Conan l'a racontée dans la Voix. Ce nous est une joie de la citer : " En face du trône de Monseigneur, à l'extrémité de la salle, des flocons de tulle de différentes nuances figuraient des nuages, au milieu desquels apparaissait une copie charmante de la Vierge de Murillo grandeur naturelle. La sainte Vierge tenait dans ses mains un riche diadème inachevé et semblait présider à la fête avec les fondateurs de l'institut dont les portraits se voyaient sur les murs . . Dans la maison de la prière, il n'y eut pas d'adresse, mais on récita Vofice des noces d'or ! C'était la grande originalité de la séance. De cet office, voici quelques versets : " L'institut du Précieux-Sang n'existait pas encore — Et aux ouvriers et à l'ouvrière de cette œuvre, il disait — Dieu le veut, la Providence viendra à votre secours — Elle vous nourrira comme les oiseaux du ciel et vous vêtira comme le lis des champs — La prédiction du digne prêtre s'est réalisée : nous ne semons point et nous sommes rassasiées — Nous ne filons point et nous sommes vêtues de blanc — Que Jésus, le souverain prêtre, nous garde notre Seigneur et Père ! — Aujourd'hui, demain et vingt-cinq ans encore ! — Que l'or se change en diamant ! — . . . " Dans un chœur symbolique, les neuf maisons de l'institut offrent ensuite leurs hommages ... A neuf reprises, deux Sœurs se détachent du groupe et viennent déposer aux pieds de Monseigneur un cadeau de circonstance. Puis, toutes les portes se ferment. Dans un lointain mystérieux, on entend des chants suaves. Ces chants se rapprochent . . . Ce sont les Sœurs du ciel qui se joignent à celles de la terre . . . Une pluie de fleurs se répand. C'est leur présent ! . . . On les dépose aux pieds de Monseigneur. Sa Grandeur remercie en quelques paroles émues ..."

Les beaux jours, sur notre pauvre terre, ont toujours leurs lendemains. Le 30 décembre 1896, Mgr l'archevêque Fabre

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mourait à Montréal à la suite d'une maladie de plusieurs mois. On s'associa au Précieux-Sang au deuil du diocèse métropolitain et la Voix y sous la plume de Laure Conan encore, rendit un délicat hommage au prélat défunt, en appuyant sur la beauté singulière de sa vocation sacerdotale. Fils d'une famille riche et considérée, il avait dû, se soumettant à l'autorité paternelle, fréquenter le grand monde avant de suivre l'attrait qui le portait vers les autels du Seigneur, mais cette épreuve, souvent redoutable, n'avait fait qu'affermir sa résolution de devenir prêtre. Promu au sacerdoce, puis à l'épiscopat, il s'était fait remarquer toujours par son esprit ecclésiastique, son tact et sa modération. Au Précieux-Sang, on avait éprouvé sans doute qu'il tenait à une exacte discipline et on savait qu'il ne partageait pas toutes les TUes des vénérés fondateurs. Mais, devant sa tombe, onsesouvenait surtout de sa bonté, de sa dignité et de ses autres belles qualités du cœur.

Au mois de juin suivant, on salua, avec une joie très vive, l'élection, puis la consécration (8 août 1897), de son successeur, Mgr Paul Bruchési. La Voix reproduisit la belle lettre que Mgr Moreau avait adressée à son jeune métropolitain, dans laquelle il disait : ** Je vous affirme de tout mon cœur et en toute sincérité que vous êtes l'homme de la situation, l'élu de Dieu. Vous êtes dans la force de l'âge, vous possédez la science. . Vous êtes doué du don de la parole et de celui de bien écrire, vous avez l'expérience de l'administration . . . Vous êtes rempli de l'esprit ecclésiastique et du zèle des âmes, et, ce qui est par-dessus tout important, vous êtes en union intime d'idées et de sentiments avec l'épiscopat du pays pour tout ce qui concerne les^questions religieuses ..." A ce moment, Mgr Merry Del Val, délégué extraordinaire du pape Léon XIII, était en mission au Canada. Son Excellence fît une visite au monastère de Saint-Hyacinthe, et, précisément, le nouvel archevêque de Montréal s'y^trouva en sa compagnie. Comme

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Mgr Bruchési remarquait que, la nouvelle officielle de son élection lui étant parvenue le jour de la fête du Sacré-Cœur, il se devait d'être l'évêque du Sacré Cœur, la fondatrice lui suggéra aimablement " et du Précieux Sang aussi, n'est-ce pas, Monseigneur ?" " Très certainement, répartit le nouveau prélat, car le Sacré Cœur et le Précieux Sang ne sauraient être séparés, l'un ne vit pas sans l'autre ! "

En cette année 1897, dès le mois de janvier, puis et surtout en juin et juillet, il fut question d'une fondation en Californie, dans le diocèse de Sacramento, à la demande du Père Hennebury, religieux des Pères du Précieux-Sang. Le dévoué procureur de la communauté, M. le chanoine Beaudry, qui avait succédé, pour cette fonction, à M. le grand-vicaire Gravel, fit le voyage en ce pays. Mais le projet n'aboutit pas.

La grande affaire au cours de 1897 ce fut, en décembre, la tenue des élections générales, où, d'après les nouvelles règles canoniques. Mère Catherine- Aurélie ayant terminé son deuxième terme de supériorité, on devait nécessairement lui choisir une remplaçante. Nous lisons dans les Annales^ à la date du 8 décembre : " Notre grande fête de l'Immaculée-Conception a été tout à la fois joyeuse et triste. C'est la fête de Marie, notre première Mère supérieure . . . Mais celle qui nous représente sa maternelle autorité sera remplacée demain. Ce changement est dans les desseins de Dieu, puisqu'il est voulu par nos constitutions. Il n'en est pas moins douloureux à nos cœurs . . . Heureusement que notre fondatrice nous reste comme supérieure générale ! . . . "

Ces élections du 9 décembre 1897 donnèrent le résultat suivant : Mère Véronique-de-la-Passion, supérieure ; Sœur Saint-Louis-de- Gonzague, assistante ; Sœur Marie-Jeanne-de-Chantal, maîtresse des novices ; Sœur Marie-de-la-Providence, dépositaire ; et les Sœurs Marie-Anne-de-Jésus, conseillère, Marie-de-Gethsémanij conseillère et secrétaire, et Thérèse-de-Jésus conseillère. En novem-

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bre 1898, Sœur Thérèse-de-Jésus fut remplacée par Sœur Mariedu-Saint-Esprit, puis. Sœur Saint-Louis-de-Gonzague ayant dû démissionner pour cause de maladie, la même Sœur Marie-du- Saint-Esprit fut choisie comme assistante et Sœur Marie-del'Assomption devint conseillère.

La nouvelle supérieure, Mère Véronique-de-la-Passion (Virginie Dion), née d'une famille très chrétienne et pieusement élevée par une mère attentive, était entrée jeune au noviciat de Saint- Hyacinthe. A plusieurs reprises, nous avons vu qu'elle avait accompagné la fondatrice dans ses nombreuses courses pour les installations des nouveaux monastères. Son beau talent d'artiste en peinture lui permettait de rendre partout de précieux services* Dans la chapelle de la maison-mère, on a de son pinceau plusieurs tableaux de mérite. Durant sou administration, de 1897 à 1902, tout en remplissant avec une scrupuleuse exactitude ses devoirs de supérieure, elle s'occupa de décorer le chœur des religieuses. Plus tard, elle devait être encore conseillère à Saint-Hyacinthe, puis assistante, et enfin fondatrice, en 1906, du monastère de Lévis.

Plus que jamais, ce fut la tâche de la fondatrice, qui n'avait plus la charge de l'administration de la maison-mère, de voir aux fondations du dehors et de visiter, pour les aider de ses conseils, les diverses maisons-filles. La première dont elle eut à s'occuper, fut celle de Manchester, qui s'ouvrit le 8 décembre 1898. C'est la maison de Brooklyn qui fit cette fondation, mais la supérieure générale fut bientôt demandée d'aller prêter le concours de son expérience à l'installation nouvelle. Toutes les négociations premières furent cependant conduites, en cette affaire, par Mère Marie-Sainte-Gertrude, la supérieure du " Bethléem " de Brooklyn, avec surtout Mgr Bradley, l'évêque de Manchester. Ce nouveau monastère, le troisième aux États-Unis — duquel naîtrait bientôt celui de la Havane — fut placé sous le joli vocable du * Cénacle ". Il convient d'enregistrer ici, comme nous l'avons fait

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pour les fondations précédentes, un bref historique de cette fondation du " Cénacle ", à laquelle la vénérée fondatrice du Précieux- Sang fut invitée à aller présider en décembre 1898.

L'évêque-fondateur, c'était, cette fois, Mgr Bradley, évêque de Manchester depuis la création du diocèse en 1884. Né en Irlande le 23 février 1846, Mgr Bradley était venu très jeune avec sa famille — sa mère veuve et quatre enfants — en Amérique, et il avait été élevé à Manchester même. Après ses études à Holy Cross de Worcester et au séminaire de Troy, il avait été ordonné prêtre, le 3 juin 1871, par l'évêque de Rochester, Mgr McQuaid. D'abord chancelier des évêques Bacon et Healy de Portland, il était devenu, en 1880, curé de l'église Saint-Joseph à Manchester. A l'érection du diocèse en 1884, il avait été consacré, le 11 juin, premier évêque de Manchester. C'était un prélat instruit et pieux, dont l'âme ardente rappelait beaucoup celle de Mgr Lynch, qui avait fait, à Toronto, la deuxième fondation du Précieux-Sang en 1869. 11 se montra tout de suite très affectionné à l'œuvre de Mgr LaRocque et de Mère Catherine- Aurélie. Et il en fut de même du Père Delaney, qu'il désigna comme aumônier du " Cénacle ", et qui devint dans la suite son successeur sur le siège épiscopal.

Les desseins de Dieu sont toujours impénétrables et ses voies souvent bien mystérieuses. Sans reprendre un à un tous les détails des pourparlers qui amenèrent la fondation de Manchester ; comment une dame Boivin, autrefois de Saint-Hyacinthe, intéressa à l'œuvre une religieuse des Sœurs de la Merci de Manchester, Mère Gonzagua ; comment les Pères Murphy et Lessard, de la même ville, en entretinrent l'évêque du diocèse, Mgr Bradley ; comment, en 1894, les premières lettres s'échangèrent à ce sujet ; comment surtout, en 1898, deux personnes protestantes, dont une dame Coït, furent providentiellement conduites, après plusieurs visites au " Bethléem " de Brooklyn, à vouloir un établissement semblable à Manchester, qu'il nous suffise de retenir que Mgr

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de Manchester, en ayant conféré avec Mgr de Brooklyn (Mgr McDonnell qui avait succédé à Mgr Laughlin), décida, au mois d'août 1898, d'accepter les Sœurs du Précieux-Sang dans son diocèse. Notons encore en peu de mots que, de ces deux personnes protestantes dont nous avons fait mention, l'une, devenue catholique et entrée au Précieux-Sang, fut dépositaire à la mission de Manchester, tandis que l'autre, madame Coït, devenue également catholique, mais empêchée de se faire religieuse, voulut être la bienfaitrice du monastère nouveau. C'est sur l'offre qu'elle fit d'une donation de six mille piastres qu'on décida l'établissement projeté. A la vérité, elle ne put tenir plus tard ce qu'elle avait promis, mais la Providence y pourvut autrement.

A la fin d'août 1898, la supérieure de Brooklyn, Mère Marie- Sainte-Gertrude, écrivait à Mère Catherine-Aurélie, la supérieure générale, pour la mettre au courant des derniers événements. ** Ce matin, lui mandait-elle, Mgr McDonnell est venu nous dire qu'il accepte que nous fassions la fondation (de Manchester) et que nous pourrons nous tenir prêtes à partir pour aller ouvrir le nouveau petit " cénacle " le 8 décembre. Les Sœurs sont toutes en feu ! C'est à qui s'offrirait pour la mission nouvelle . . . Deux d'entre nous devront partir avant les autres pour voir aux derniers arrangements à Manchester . . . Quelle part allez-vous prendre, chère Mère, à ce bonheur ? Nous avons hâte d'avoir votre pensée sur tout ceci. . ." Ce que pensait la fondatrice, la supérieure de Brooklyn le savait d'avance, et sa demande était surtout une formule d'invitation. Une fondation nouvelle, quand elle était agréée par les évêques et se pouvait faire avec prudence, c'était toujours pour Mère Catherine-Aurélie une occasion de grande joie, puisque c'était un moyen de répandre davantage sa chère dévotion en ajoutant un foyer de son culte à ceux qui existaient déjà.

Le 28 août 1898, on fit à Brooklyn l'élection des " missionnaires " du " Cénacle " de Manchester. Le personnel fut ainsi

constitué : Mère Marie-Sainte-Gertrude, supérieure ; Sœur Marie- Réparatrice, assistante ; Sœur Thérèse-de-Jésus, maîtresse des novices ; les Sœurs Saint-Paul-de-la-Croix, Imelda-de-l'Eucharistie, Marie-de-Gethsémani, Marie-de-Jésus, Aloysius et Adèle. Pendant qu'elles se préparaient à leur future mission, les arrangements s'effectuèrent pour les recevoir à Manchester. Le 9 octobre. Mère Sainte-Gertrude se rendait dans cette ville avec les Sœurs Catherine-de-Ricci et Saint-Bernard. Elles furent reçues chez les Sœurs de la Merci, qui se montrèrent très sympathiques, en particulier leur supérieure, la Mère Béatrice. Le 27 novembre, le groupe des fondatrices du " Cénacle " quittait Brooklyn, et, le lendemain 28, elles prenaient possession du nouveau monastère. Tel que prévu, l'installation officielle se fit le 8 décembre. Elle fut comme auréolée par la mort, la veille, si peu de temps après l'arrivée, de Sœur Marie-de-Jésus, la " chère petite victime ", comme on l'appela, dont le sacrifice fut une bénédiction pour le nouveau monastère. " Ce matin du 8 décembre, racontent les Annales locales, à la première messe dite pour le public, l'autel avait été paré de ce qu'on avait de plus beau. Après cette messe, le corps de la petite défunte fut apporté dans la chapelle et le service eut lieu." Il y a là un contraste touchant. Les deuils dans les communautés attristent comme ailleurs. Il semble que, moins que partout ailleurs, ils n'arrêtent la vie. La vie du nouveau monastère s'affirma tout de suite, en effet, très prospère. Mgr Bradley et le Père Delaney, d'autres prêtres encore et nombre de citoyens, irlandais ou canadiens, furent des plus dévoués et des plus généreux pour l'œuvre naissante.

Le 18 décembre. Mère Catherine-Aurélie arrivait à Manchester, avec Mère Euphrasie-de-Saint-Joseph (redevenue supérieure de Toronto) et Sœur du Saint-Rédempteur, de la maison d'Ottawa. Elle y passa dix jours pour aider et diriger ses chères filles dans leur installation. La clôture régulière fut établie l'avant-veille de

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Noël, 23 décembre. La fondatrice revint à Ottawa le 29 décembre. Une lettre, datée d'Ottawa, le 30, adressée à la supérieure locale de Saint-Hyacinthe, nous donne les détails les plus intéressants sur ce voyage à l'installation du " Cénacle " de Manchester. La voici, presque en entier : " Les voyageuses de Manchester nous sont arrivées à " Béthanie " hier matin. Notre vénérée Mère est très contente de sa visite à la nouvelle fondation, où elle a trouvé tant de sujets de consolation . . . Durant son court séjour au " Cénacle ", elle a vu, je crois, des milliers de personnes . . . Une foule toujours croissante envahissait le petit monastère pour la voir et lui raconter des misères et des épreuves de toutes sortes. Chacun partait consolé et encouragé ... Il est étonnant qu'elle ait pu résister à d'aussi grandes fatigues . . . L'accueil de la bonne Mère Marie-Sainte- Gertrude et de ses aimantes enfants n'aurait pas pu être plus filial et plus cordial . . . Mgr Bradley est venu la saluer au premier moment libre. Monseigneur se montre très bon pour les Sœurs, et le Père Delaney, leur chapelain, aussi. Le monastère est situé vis-à-vis l'évêché, ce qui est très commode pour la desserte . . . C'est une assez bonne maison en bois. Elle n'est pas bien grande pour une communauté, ni en tout adaptée aux divers besoins. Nos Sœurs font le mieux qu'elles peuvent dans les circonstances."

La fondatrice ne rentra à Saint-Hyacinthe qu'à la fin d'avril 1899, sa présence étant jugée indispensable au monastère d'Ottawa, On était là en frais de poursuivre d'importants travaux à la chapelle et on réclamait ses précieux conseils. Il fut aussi question, vers ce temps, d'un nouveau voyage en Orégon. Toutes ces courses et toutes ces préoccupations lui occasionnaient bien des fatigues et sa santé laissait à désirer. Les lettres de l'époque en témoignent. Enfin les Sœurs du " berceau ", ainsi qu'on disait de la maisonmère, eurent la joie de la posséder le 27 avril. Un nuage de tristesse vint assombrir sa fête patronale, le 30, jour de la Sainte-Catherine

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de Sienne. " Notre vénérée Mère fondatrice, écrit l'annaliste, est extraordinairement fatiguée. Toutefois, son état d'épuisement ne l'a pas empêchée de se prêter, autant qu'elle l'a pu, à tout ce que notre tendresse filiale lui avait préparé. De sa chambre, elle a entendu nos chants de gratitude, et, en même temps, l'expression des vœux que nous formons pour son bonheur. Le souvenir de nos bénis Pères fondateurs fut évoqué comme toujours en semblable circonstance." Le 29 mai, un peu remise, la fondatrice repartait pour Ottawa. En septembre, elle fit le voyage de Brooklyn, où ses filles de " Bethléem " la réclamaient à leur tour. Elle y passa un mois et fut de retour à Ottawa vers la mi-octobre. Le 27, elle revenait à Saint-Hyacinthe. Mais elle en repartait bientôt pour Manchester, où il était rumeur d'une nouvelle fondation, sur la demande d'une dame Carpenter, à Danbury, dans le diocèse de Hartford, dont Mgr Tierney était alors évêque. Disons d'un mot que, après des pourparlers et des échanges de lettres qui durèrent jusqu'en février 1900, ce projet d'une fondation que les Sœurs de Toronto devaient faire fut abandonné.

On arrivait au siècle nouveau. L'année 1900 allait naître. La fondatrice, revenue à Saint-Hyacinthe le 7 décembre, adressa ses vœux à ses filles des divers monastères le 20 du même mois. Elle dépassait la soixantaine depuis déjà quelques années et il y avait tout près de quarante ans que l'institut existait. Les avis et les exhortations tombés de ses lèvres ou de sa plume n'en avaient, on le comprend, que plus de gravité et d'importance. Il nous convient de rappeler ceux qu'elle rédigea à l'aurore du XXe siècle. *' Je trempe mes lèvres, écrit-elle, dans le sang de mon Rédempteur et je déclare que je veux mourir fille de l'Église ma tendre mère, épouse de Jésus crucifié, adoratrice du Précieux Sang, victime réparatrice, enfant de Marie Immaculée, ma mère, ma patronne, ma reine. Je désire que mon dernier soupir soit un hommage au sang divin, un chant à Marie ! J'offre à mon Dieu les angoisses

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de mon agonie comme une expiation pour tout ce qui pourrait encore, à ce moment, ternir la pureté de mon âme et l'empêcher de voir face à face la beauté suprême en passant du temps à l'éternité. Je connais mes misères. J'en suis confuse et humiliée. Mais j'ai confiance au sang régénérateur. . . J'ai confiance aussi en la charité de mes enfants et de tous ceux avec qui j'ai été en relation. Je compte que tous me pardonneront, si j'ai eu le malheur de scandaliser, de mortifier, de désobliger qui que ce soit... si j'ai blessé la sainte charité par mes paroles ou par mes actions, si j'ai manqué de quelque façon à mes devoirs de religieuse, à mes obligations de supérieure, si je n'ai pas travaillé avec assez d'ardeur à la diffusion du sang rédempteur . . . Mes forces naturelles, mes chères filles, s'éteignent, mais non pas celles de la tendresse que je vous porte . . . Mes forces s'éteignent sous l'étreinte de la douleur. Je sens qu'avant longtemps il me faudra m'en aller au cimetière, où je prendrai place, parmi mes bien-aimées qui y reposent, à l'ombre de celui (Mgr Joseph) qui pendant tant d'années m'a protégée et a soutenu mes pas ... Je vous en conjure au nom du sang de Jésus, mes chères filles, obtenez-moi, lorsque 16 paraîtrai devant le souverain juge que j'ai si souvent supplié de faire miséricorde aux pauvres pécheurs par les mérites du sang rédempteur, qu'il ait pitié de moi et qu'il me pardonne si je n'ai pas été fidèle à remplir mes devoirs envers vous ... Je proteste hautement que, durant toute ma carrière de religieuse, j'ai dépensé avec joie et avec énergie toutes mes forces, selon mes humbles connaissances et les lumières qu'il a daigné m'envoyer, pour vous faire marcher dans la voie de ses divins commandements et vous faire remplir généreusement, en vue de lui plaire, tous les devoirs prescrits par nos saintes règles. . ." De telles paroles, c'est bien évident, se passent de tout commentaire. Et pourtant, la tâche de cette humble et admirable fondatrice n'était pas finie. L'année 1900 devait lui fournir, à elle seule, plus d'une occasion de

mérite, et il en serait ainsi jusqu'à l'été de 1905, où, en effet, elle irait dormir au cimetière, au milieu de ses chers défunts, à l'ombre bénie des tombeaux de Mgr Joseph et de Mgr Raymond.

C'était heureux en un sens, pour les maisons-filles, qu'une supérieure locale remplaçât, au " berceau ", Mère Catherine-Aurélie. Comme avait dit Mgr Moreau, en demandant pour elle au Saint-Père le titre de supérieure générale et le droit de visite dans les autres monastères, on ne cessait pas, dans l'un ou l'autre, de réclamer sa présence et ses lumières. En avril 1900, les Sœurs de " Gethsémani " des Trois-Rivières, qui avaient d'importantes constructions en perspective, insistèrent pour qu'elle s'y rendît. On anticipa, à Saint-Hyacinthe, la célébration de la fête patronale de la vénérée Mère du 30 avril au 24 et elle partit pour " Gethsémani " le 25. Elle devait y séjourner plusieurs semaines. En juin, la visite à Sherbrooke du délégué apostolique, Mgr Falconio, l'amena au "Nazareth " de ses filles. En août, ce fut au tour des Sœurs du " Saint-Joseph " de Nicolet, de la posséder quelque temps. Puis, elle retourna encore aux Trois-Rivières. Elle ne devait revenir à Saint-Hyacinthe qu'en mars 1901, pour repartir au bout de quelques jours et se rendre encore à Ottawa et à Toronto.

C'est pendant qu'elle surveillait les travaux du monastère aux Trois-Rivières qu'elle eut à s'occuper d'un projet de fondation à Rome, au cours de l'automne de 1900. A son retour de Sherbrooke, le 16 juillet, elle s'était arrêtée, pour une quinzaine, à Saint- Hyacinthe, et en était repartie le 1er août pour Nicolet et Trois- Rivières. De cette dernière ville, elle écrivit au conseil de la maison-mère au sujet de cette importante proposition d'une fondation à Rome, qui lui venait du " Bethléem " de Brooklyn. Une lettre de Sœur du Saint-Rédempteur du 17 octobre exposait l'idée, qu'un prêtre italien, le Père Parcile, qui revenait de Rome et en avait parlé au pape Léon XIII, avait mise au jour. Le Saint-

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Père, expliquait-il, se plaît à voir s'établir dans la ville éternelle une maison de chacun des ordres religieux qui existent dans le monde catholique. Ce projet, si grave, demandait d'être mûri. La fondatrice l'examina prudemment et demanda l'avis de son conseil, insistant pour qu'on le soumît surtout à Mgr Moreau. " En poussant si loin leurs aspirations, mandait-elle, mes chères filles de Brooklyn me semblent animées d'un zèle qui me surpasse. Je veux certainement la gloire du Précieux Sang et le développement de notre œuvre, mais toujours en gardant les lois de la prudence et en suivant les avis de ceux qui ont reçu de Dieu la mission de nous diriger dans nos voies et nos entreprises . . . Mère Véronique-de-la-Passion demanda en conséquence l'avis de Mgr de Saint-Hyacinthe. " Je n'hésite pas à vous dire, lisonsnous dans la réponse de Monseigneur, que je n'ai aucune confiance dans la réalisation de ce projet. Il y a à Rome tant de communautés vouées à la contemplation ... Et puis, il faudrait de si copieuses ressources en argent ..." Mgr Moreau précisait ensuite, au cas où l'on tenterait l'entreprise, les conditions et les garanties qu'il estimait nécessaires, notant en particulier que c'était à la maison-mère qu'il appartenait de^faire cette fondation. Le projet d'ailleurs n'aboutit point.

Des Trois-Rivières encore, dans une lettre datée des premiers jours de décembre, la fondatrice demanda aux Sœurs du " berceau " d'ériger un " calvaire " à proximité de leur jardin. " Ici, à " Gethsémani ", disait-elle, j'ai marqué la place où nos Sœurs auront leur " calvaire ". A^cette pensée, tous les cœurs tressaillent de bonheur . . . Chaque monastère pourrait ainsi avoir le sien. N'est-ce pas là que nous avons établi nos tentes, pour nous y nourrir de la contemplation des ineffables douleurs de Jésus, pour l'adorer et pour nous abreuver du sang très précieux qui s'échappe par torrents de ses plaies divines ?" — " Oh ! oui, ajoute l'annaliste de Saint-Hyacinthe, espérons-le, le projet de notre vénérée

MERE CATHERINE-AUBELIB

Mère fondatrice sera réalisé ! Notre supérieure ne désire rien tant que de se rendre à ses moindres désirs."

Bientôt, ce fut l'époque des vœux de Noël et du jour de l'an. Des Trois-Rivières toujours, disant sans cesse la même chose, sans pourtant se répéter, la fondatrice écrivait à ses filles de Saint-Hyacinthe (23 décembre 1900) : " Au Gloria des anges, j'ajoute : " Gloire à ton sang, Agneau naissant ! " A ce cri, ne reconnaissez-vous pas votre pauvre Mère fondatrice ? . . . Ne les entendez-vous pas, mes filles bien-aimées, ces anges adorateurs du Verbe incarné, vous pressant d'écouter les enseignements du divin modèle, de pratiquer les vertus dont il nous donne l'exemple dès son berceau, de répandre autour de vous le parfum de l'innocence et de l'immolation . . . d'être, en un mot, de vraies enfants de l'Église qui essuient sa face ignominieusement outragée, de courageuses et austères victimes en faveur de ceux qui ont besoin de réparation..." La supérieure de Saint-Hyacinthe, après la lecture de cette lettre, distribua à chacune un petit feuillet, qui, sous la rubrique Ma fille, souviens-toi, rappelait à toutes leurs principaux devoirs d'adoratrices-expiatrices.

Au milieu de mars 1901, ainsi que nous l'avons dit déjà, la fondatrice passa quelques jours à Saint-Hyacinthe, puis elle repartit pour Toronto, mais s'arrêta au passage, Au "Béthanie" d'Ottawa pour un repos de deux semaines. Le 3 avril, elle est rendue à Toronto, au monastère du " Mount Olivet ". " Les chères torontines, racontent les Annales de Saint-Hyacinthe, reproduisant une lettre reçue de la ville anglo-canadienne, sont heureuses de posséder " notre trésor ", de l'entourer de leur dévouement et de se retremper, sous l'action de sa parole ardente, dans l'amour du Précieux Sang." Elle devait revenir à la mi-juin à Ottawa et y séjourner jusqu'aux premiers jours de septembre, alors qu'elle rentrerait à peu près définitivement à la maison-mère.

C'est au cours du mois de mai 1901, pendant que la Mère fondatrice s'occupait à Toronto de reviser le " coutumier " de son

DE l'approbation A LA MORT DE LA FONDATRICE

institut, en tenant compte, note sa secrétaire, des remarques qu'on avait pu lui faire sur sa demande, que mourut, à Saint- Hyacinthe, le père en Dieu de la communauté depuis 1875, Mgr Moreau, le deuxième successeur du fondateur, Mgr Joseph LaRocque. Le soir même, répondant à la dépêche qui lui avait été naturellement envoyée. Mère Catherine-Aurélie télégraphiait que " son cœur, uni à celui de ses filles, était plein de douleur et qu'elle pleurait avec tout le diocèse ". Le lendemain elle écrivait la lettre suivante : " La triste nouvelle, mes bien-aimées filles, que m'a apportée votre dépêche d'hier, m'a été une douloureuse surprise, car vos dernières lettres m'avaient mise en espoir au sujet de notre vénéré Père. Dieu l'a appelé à sa récompense ! Que son saint nom soit béni ! Celui que nous avons révéré et vénéré aura sûrement abordé au port éternel sur les flots du sang de Jésus . . . Voyons-le dans la gloire et espérons. Je n'ai pas à vous faire l'éloge de ce digne prélat, universellement appelé le saint évéque. Je n'ai pas à vous dire le respect et l'amour dont nous devons faire hommage à sa mémoire . . . Nous savons ce qu'il a fait pour notre communauté et nous en garderons toutes un impérissable souvenir . . . Mgr Moreau a voulu les développements de notre œuvre, il y a travaillé pendant des années. Il a procuré à notre institut la sanction romaine, qui le fixe et le greffe à jamais .sur le tronc béni de la sainte Église de Dieu. Pourrions-nous oublier cela ?.. Il continuera du haut du ciel à s'intéresser à nous et se joindra à nos vénérés fondateurs pour nous faire dispenser les flots vivifiants du Précieux Sang. Que ce soit aussi par ce sang divin, invoqué en sa faveur, que nous acquittions le devoir de gratitude qui nous reste sacré ... Il est également sacré le devoir d'affectueux respect et de filiale soumission que nous avons à remplir auprès de son successeur. . . Pour ma part, j'aime à me figurer Mgr Decelles se présentant à nous comme revêtu du manteau d'Elie. . . Je lui ai écrit que nous voulions nous y abriter

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avec confiance et repos du cœur ... Je suis triste avec vous, mes chères filles, mais aussi j'espère que vous êtes confiantes avec moi. Oh ! ne faisons toutes ensemble qu'un cœur et qu'une âme ! Voyons dans tous les événements des moyens de travailler à la glorification du Précieux Sang ! Redisons le^iat de Jésus ! . . . Tout pour la gloire du sang divin ! "

Le nouveau pasteur de l'Église de Saint -Hyacinthe, qui remplissait les fonctions d'évêque-coadjuteur depuis 1893, et qui devenait, par la mort de Mgr Moreau, le premier supérieur et père en Dieu de l'institut, Mgr Maxime Decelles, lui était depuis longtemps dévoué. On se rappelle que, plusieurs années auparavant, alors qu'il était curé de la cathédrale, il avait spontanément signé l'un de ces petits contrats qui faisaient des amis de l'œuvre ses bienfaiteurs. Né à Saint-Damase le 30 avril 1849, il avait été ordonné prêtre, après ses études à Saint-Hyacinthe, le 21 juillet 1872. D'abord vicaire à Saint-Denis et à Belœil, puis curé à Saint-Roch et à Sorel, il avait été sacré évêque de Druzipara et coadjuteur de Mgr Moreau, le 9 mars 1893. Le 24 mai 1901, il prenait la succession du siège de Saint-Hyacinthe. " Homme de cœur et de talent, a-t-on écrit de lui, après sa mort, en 1905, il connaissait à merveille, étant fils du peuple, l'âme populaire et aimait à se trouver en contact avec elle. Actif organisateur, habile dans la gestion des affaires, affable et bon, il était éminemment doué pour le ministère pastoral." Au Précieux-Sang, on devait retrouver en lui un véritable père, un digne successeur de Mgr Joseph et de Mgr Moreau. Le manteau d'Élie, comme parlait Mère Catherine- Aurélie, irait bien au nouvel Elisée. C'est une grâce, en effet, que le ciel accordait constamment à la communauté, de lui donner des amis bienveillants dans la personne de ses supérieurs majeurs.

Mgr Falconio, le délégué apostolique, était de ceux-là. En toute occasion, Son Excellence se montrait sympathique. En voici, par

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exemple, un témoignage. La fondatrice se trouvant à Ottawa, sa secrétaire écrit, de " Béthanie ", à la maison-mère (18 juin 1901): " Nous avons eu l'honneur, hier, de faire une visite bien extraordinaire pour des religieuses cloîtrées. Ayant appris la présence à " Béthanie " de notre Mère fondatrice, Mgr Falconio l'avait invitée à l'aller voir à la délégation, en amenant avec elle les Sœurs qu'elle voudrait. Son Excellence Mgr le délégué a été pour nous très paternel. Il nous a conduites partout dans sa maison et il a eu la gracieuseté de nous donner à chacune une image signée de sa main . . . Cette heure trop courte, passée chez le représentant du Saint-Père en notre pays, ne s'effacera jamais de notre mémoire." Le 6 septembre, Mère Catherine-Aurélie annonçait par lettre son retour à Saint-Hyacinthe pour le 10 et la fête du 14. " Je termine aujourd'hui, disait-elle, mon laborieux travail du " coutumier ", et je me sens pressée d'aller me reposer auprès de mes enfants du " berceau ", pour retremper mon âme avec vous dans l'adoration et l'amour, en cette fête (celle du 14 septembre) pleine de souvenirs qui remuent toutes les fibres de mon être et me font pleurer de reconnaissance ... A pareil jour, il y a quarante ans, l'institut du Précieux-Sang naissait dans l'Église. La croix le recevait dans ses bras, l'inondait de ses grâces . . . Nos Pères fondateurs bénissaient ce petit arbre, qu'ils venaient d'implanter sur le sol fécond du calvaire . . . Aujourd'hui, bien mieux qu'il y a quarante ans, notre bienheureux Père (Mgr Joseph) peut nous faire saisir ce que Dieu veut de nous, ce que la vierge adoratrice doit être, ce qu'il faut à l'épouse du crucifié verser de larmes et porter de croix pour sauver des âmes . . . mais aussi ce que ce Dieu bon réserve de chastes délices, de suave repos dans l'amour infini, d'ineffables ravissements et d'immortelles ivresses de bonheur. Oui, mes enfants, écoutons cette voix qui nous redit ces heureuses promesses. Nos espérances en seront ravivées et nos fatigues comptées pour rien.*'

HÈBE CATHEBINE-AURÉLIE

" Nulle part ailleurs, ajoutait-elle, une fois rendue au " berceau ", à la veille du 14 septembre, cette fête n'aurait pour moi, cette année, autant de charmes qu'ici ! " Ce jour même du quarantième anniversaire, on fit une belle célébration. Mgr de Saint- Hyacinthe — c'était maintenant Mgr Decelles — vint dire la messe et exposer la relique de la vraie croix. L'autel étincelait de lumière et la chapelle était ornée des plus belles fleurs . . . Au dehors le soleil était radieux comme aux plus beaux jours. Mgr l'évêque parut heureux du bonheur de ses filles. La veille, on avait chanté des vers à la fondatrice. Ils étaient de la plume de l'une de ses enfants, qui en a produit beaucoup, qu'on peut lire dans la Voix et dans les Annales du temps. Citons-en quelques-uns :

Vers le beau ciel, je vois, ô Mère, Se fixer ton œil bleu d'azxir.

Tu cherches là-haut le bon Père, Dont le conseil était si sûr.

Dans la patrie il veille encore Sur l'œuvre si chère à ton cœur ; A tout instant, sa voix implore.

Pour l'institut, paix et bonheur.

Et ce doux guide de ton âme.

Le zélé Monseigneur Raymond,

Père au cœur pur et tout de flamme,

A ton amour toujours répond.

Sur ta famille virginale.

Vois-tu son regard s'abaisser ?

Sa lèvre s'ouvre. . . Un mot s'exhale :

" Le bonheur, enfants, c'est d'aimer ! "

Tous deux, unis dans la prière, Demandent pour toi de longs jours ; Et les vierges du monastère A leurs vœux s'unissent toujours.

Daigne le sang du Dieu- Victime Féconder l'œuvre de ton cœur.

Réaliser ton vœu sublime :

Exalter le sang du Sauveur. . .

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Dans son allocution à la communauté, la vénérée Mère générale, s'inspirant de la fête du jour, rappela que c'était à l'ombre du crucifix que chacune était venue s'abriter et devait se développer et grandir moralement. " Regardez, disait-elle, les sacrifices et les immolations de chaque jour comme des clous que Notre-Seigneur vous présente pour vous attacher avec lui à la croix . . . Aimons à accepter la croix, à aller au devant d'elle. C'est le moyen le plus sûr de la trouver moins pesante . . . Puisque nous l'avons choisie pour notre partage, pourquoi vis-à-vis d'elle n'aurions-nous pas le courage d'agir comme les saints ?.. C'est aux pieds de cette croix bénie que nous puiserons en abondance des grâces pour nous, pour notre institut, pour nos maisons, pour nos bienfaiteurs, et aussi pour les pauvres pécheurs et pour les âmes du purgatoire. Ayons de la charité pour tous, si nous voulons que le ciel en ait pour nous ..."

On le voit, son langage comme sa vie ne se démentait pas. Sans se lasser, elle répétait, avec des mots nouveaux, les mêmes avis et les mêmes conseils. Ainsi en fut-il au jour de l'an 1902 et au 30 avril suivant, jour de la Sainte-Catherine de Sienne, sa fête patronale. " Oh ! avec quelle ardeur, disait-elle, en cette dernière circonstance, je demande à Dieu, mes chères filles, que vous soyiez de vraies adoratrices et de vraies expiatrices. Notre œuvre est commencée, mais elle n'a pas encore atteint le degré de perfection qu'elle doit avoir. Elle demande d'autres sacrifices et d'autres dévouements ... Il nous faut voler à la conquête des âmes avec les ailes de la foi et de la prière. Or, elles se forment et se développent, ces ailes, à chaque instant, par la fidélité, la constance et la générosité dans l'obéissance aux règles et coutumes qui sont comme le ciment de notre petit institut. Sainte Catherine nous fait une loi d'être de vraies filles de l'Église. C'est lui rendre le meilleur hommage que de chercher à l'imiter. A son exemple, essuyons les larmes de notre sainte mère l'Église, Acceptons, pour cela,

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avec patience, les épreuves et les contrariétés. Tous les jours, nous avons un chemin de la croix à parcourir . . . Sachons tout supporter dans des vues de foi. Ayons pour but principal de nous enrichir de mérites et de contribuer ainsi au salut des âmes. C'est par là que nous ressemblerons à notre glorieuse patronne. Aimer la croix avec foi et persévérance, même jusqu'à l'excès, voilà le rôle d'une vierge réparatrice. Que sainte Catherine nous obtienne à toutes cette ferveur et ce courage ! . . . Tel est mon vœu en ce jour. Soyons ce que nos Pères fondateurs ont désiré que nous soyions, et Dieu sera glorifié en nous et par nous."

Vraiment la tâche est facile d'édifier nos lecteurs en écrivant une telle vie ! On n'a qu'à puiser dans ces notes et souvenirs, si riches, que conservent les Annales de l'institut. On n'a qu'à citer copieusement. Et comme il est remarquable, nous l'avons souligné plus d'une fois, qu'en tous ces élans de ferveur si ardents et si vibrants, la plume ou la langue de la fondatrice reste pourtant, du point de vue doctrinal, si mesurée et si exacte !

Au cours de l'été 1902, se négocia l'importante affaire de la fondation de la Havane, dans l'île de Cuba. Elle fut l'œuvre de la maison de Manchester, comme Manchester avait été celle de la maison de Brooklyn, et, pour la première fois, la vénérée fondatrice, dont les forces, hélas ! diminuaient, n'alla pas en personne présider à l'installation de cette maison-fille, qui était la dixième, et qu'on plaça sous le vocable de la sainte croix, en espagnol " Santa-Cruz ". Mais, plus que toute autre peut-être, cette fondation fut, pour Mère Catherine-Aurélie, jne cause d'inquiétudes et de soucis. C'est Mère Marie-Sainte-Gertrude, déjà fondatrice de Brooklyn et de Manchester, où elle était encore supérieure en 1902, qui s'occupa immédiatement des démarches à faire pour cette fondation de la Havane, dont elle fut aussi nommée la première supérieure, et où elle arriva, avec ses sœurs missionnaires, le 1er octobre 1902. Fille du baron de Vallerot, qui avait figuré à la.

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cour de Louis-Philippe, et de dame Aimée Humbert, Marie-Louise de Vallerot, née au Cap Vincent en 1854, était entrée au Précieux- Sang de Saint-Hyacinthe en 1884, et elle avait fait profession le 14 septembre 1886 sous le nom de Sœur Marie-Sainte-Gertrude. En 1889, elle avait fondé Brooklyn, et, en 1898, Manchester. C'était une femme pieuse et mortifiée, extraordinairement active et très entreprenante. Les événements devaient établir plus tard que ce n'était pas sans motif que la prudence de Mère Catherine- Aurélie s'était parfois alarmée à son sujet. Chaque maison, nous le savons, était indépendante au Précieux-Sang. Son titre de supérieure générale donnait pourtant à la fondatrice de Saint- Hyacinthe, nous ne l'ignorons pas non plus, un certain droit de surveillance. Si pieuse et si mortifiée que fut la supérieure de Brooklyn, puis de Manchester, il nous semble bien que, dès ce temps-là, Mère Catherine-Aurélie la suivait de loin avec quelque anxiété. Nous ne pouvons entrer ici dans plus de détails. Ce qu'il importe de retenir pour l'histoire que nous écrivons, c'est que, une fois la fondation faite à la Havane, la supérieure générale s'y attacha avec prédilection, à ce point qu'elle dénommait aimablement, dans la suite, ses chères Cubaines " les benjamines de son cœur ". Les origines de cette fondation aux Antilles sont trop intéressantes pour que nous n'y insistions pas un peu. Nous en avons sous les yeux la captivante et si édifiante histoire, que nous sommes malheureusement contraint de condenser, vu le cadre dont nous disposons. Trois Cubaines de naissance, toutes les trois de langue espagnole, Angela Cidad, Adela de Castro et Emiliana Bellini — nous pourrions même écrire quatre au lieu de trois et ajouter aux autres Anna-Maria de Castro (sœur d'Adela) entrée elle aussi au Précieux-Sang — furent " les premières pierres vivantes ", selon la jolie expression de Mère Catherine-Aurélie, de ce monastère de " Santa-Cruz ". Or, toutes les vocations de ces jeunes filles furent extraordinaires et manifestement providentielles. Le

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jour de l'inauguration de Brooklyn (30 avril 1889), Angela Cidad, attirée surtout par la réputation de sainteté de la fondatrice, assista à la cérémonie et eut une entrevue avec la vénérée Mère. La jeune fille, venue de Cuba faire son éducation chez les Dames du Sacré-Cœur de Manliattanville à New York, pensait à entrer dans un Carmel d'Espagne. " Ne demandez pas à Notre-Seigneur d'être carmélite, lui dit tout de suite Mère Catherine-Aurélie, mais priez pour connaître et accomplir sa volonté." Le 14 septembre ■suivant, à l'ouverture du noviciat de Brooklyn, Angela Cidad «tait la première entrée des quatre postulantes admises. A sa prise d'habit, l'année suivante. Mère Catherine-Aurélie, se souvenant de son amour pour le Carmel, eut la délicate attention de lui donner le beau nom de Sœur Thérèse-de- Jésus. A la fondation de Manchester, en 1898, Sœur Thérèse-de-Jésus y fut envoyée comme maîtresse des novices. En 1902, elle devait faire partie du personnel de la mission de Cuba, comme maîtresse des novices encore, puis devenir, en juillet 1904, au départ de Mère Sainte- Gertrude, la première " Madré " de " Santa-Cruz ". Une autre Cubaine, Adela de Castro, qui n'était alors que postulante, suivait, en novembre 1898, Sœur Thérèse-de-Jésus à Manchester. Elle était venue, celle-là, de la grande île, directement, après bien des péripéties, frapper à la porte du monastère de Brooklyn, en septembre précédent. Elle prit le saint habit, l'année suivante, au " Cénacle " de Manchester, et reçut le nom de Sœur Hyacinthedu-Mont-Carmel. Trois ans plus tard, sa jeune sœur, Anna- Maria de Castro, qui devait s'appeler Sœur Marie-du-Précieux- Sang, entrait aussi au " Cénacle ". Enfin le 25 décembre 1901, Emiliana Bellini, que son directeur, le Père Henri (el Padre Enrique, carmelita), avait dirigée de Cuba vers le Précieux-Sang de Manchester, et qui serait bientôt Sœur Marie-du-Carmel, prenait à son tour, au prix de grands sacrifices, la livrée rouge et blanche. Toutes ces Cubaines devaient être choisies pour la

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fondation en leur pays. Seule, Sœur Marie-du-Précieux-Sang se trouva, étant malade, incapable de s'y rendre la première année,^ et ne s'y rendit que l'année suivante. Les trois autres firent pa^tle^ en septembre 1902, du pieux contingent qui s'en allait fonder, sous le gai soleil de l'île — la perle des Antilles — la maison de " Santa-Cruz ".

Cette fondation ne s'était pas décidée sans quelques diflScultés, Les jeunes filles venues de la Havane au Précieux-Sang de Manchester avaient là-bas leurs familles et leurs relations. Par les échanges de lettres, de solides sympathies pour l'œuvre se formèrent naturellement à Cuba même. Les demoiselles Isabelle Adan et Amélia Perez, entre autres, devinrent d'ardentes zélatrices de l'idée d'établir un monastère dans leur beau pays. On était alors au sortir de la guerre hispano-américaine, dont Cuba avait été l'un des enjeux. Mgr Barnaba, archevêque de Santiago, était en même temps administrateur apostolique du vaste diocèse de la Havane. Sur l'ordre de Rome, il était très occupé par l'affaire de la division de ce diocèse, dont trois, en effet, furent bientôt formés, et par le choix des " épiscopables " à présenter au Saint-Père. Quand les deux amies Isabelle et Amélia allèrent, pour la première fois, lui parler d'une fondation du Précieux-Sang, il les reçut plutôt froidement. Il avait évidemment des choses plus importantes à régler. Et puis, il y avait déjà, dans l'île, des Clarisses, des Carmélites, des Dominicaines et nombre de communautés. Le besoin d'une œuvre nouvelle ne paraissait pas pressant au digne prélat. Mgr Sbarretti, qui fut plus tard délégué apostolique au Canada et est aujourd'hui cardinal, avait ordonné, alors qu'il était évêque de la Havane pendant la première occupation américaine, pour des raisons d'ordre supérieur, que toutes les communautés du diocèse eussent à enseigner ou, tout au moins, à soutenir une maison d'enseignement. Mgr Barnaba voyait là, et c'était assez plausible, un empêchement à accepter à la Havane des

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Sœurs contemplatives qui, écrivait de Manchester à ses amies Sœur Thérèse-de-Jésus, ne pouvaient pas, d'après leurs constitutions, s'occuper d'enseignement. Si encore on eût pu compter sur de riches protecteurs pour assurer la subsistance matérielle d'une communauté ! Mais on était plutôt riche de bonne volonté et de zèle que d'or et d'argent. Le Père Henri (l'ancien directeur de Sœur Marie-du-Carmel) et le Père Gonzalès Y Estrada encouragèrent nos zélatrices à persévérer quand même. Le Père Gonzalès Y Estrada, qui était vicaire général, se fit surtout l'avocat de la cause. Sur son conseil, le 3 mai 1902, les demoiselles Adan et Perez et leurs amis se présentèrent à l'évêché en délégation officielle. Mgr Barnaba les écouta, leur dit qu'il ne pouvait leur garantir aucune aide matérielle, mais leur accorda cependant la permission sollicitée, en réservant toutefois ce qui touchait à l'enseignement à la décision du nouveau délégué du Saint-Siège, Mgr Chapelle. Ce même jour du 3 mai, la coïncidence vaut d'être notée, à Manchester, Sœur Thérèse-de-Jésus se sentait inspirée à sa communion (c'était le jour de l'Invention de la sainte croix) de demander, s'il se fondait, que le futur monastère s'appelât, dans sa belle et douce langue, " Santa-Cruz ", ce qui, nous l'avons vu, devait lui être accordé. Comme par enchantement, une à une, toutes les difficultés cessèrent bientôt. Mgr Chapelle, passant dans l'île, se montra on ne peut plus bienveillant. Mgr Barnaba, heureux de voir que la question de l'enseignement ne constituait pas, au dire du délégué apostolique, le grave empêchement qu'il croyait, se fit plus conciliant. Il accepta l'offre que lui avait faite le Père Gonzalès Y. Estrada d'être le confesseur des Sœurs et de veiller à leurs intérêts matériels. Quelques bienfaiteurs promirent d'aider à l'œuvre. D'autre part, Mgr Bradley, de Manchester, mis au fur et à mesure au courant de toutes ces démarches, se déclarait favorable à l'entreprise. Enfin le 26 mai, l'archevêque de Santiago écrivait à " chère Sœur Teresa " qu'on pouvait venir.

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La fondation de la Havane se faisait par la maison de Manchester. Mais il convenait évidemment à Mère Marie-Sainte-Gertrude de se munir de l'autorisation de celle que le Saint-Siège avait nommée supérieure générale. De plus, Manchester avait besoin de trouver, dans les maisons-sœurs, quelques sujets, soit pour la fondation nouvelle, soit pour remplacer au " Cénacle " celles qui partiraient. Le 5 juin 1902, la supérieure de Manchester et Sœur Hyacinthe-du-Mont-Carmel arrivaient donc à Saint-Hyacinthe pour demander cette autorisation et solliciter ce secours. Du moment que les évêques intéressés, celui de Manchester et celui de la Havane, jugeaient que la chose se pouvait faire prudem» ment. Mère Catherine-Aurélie ne demandait pas mieux et elle approuva le projet. Comme il fallait surtout à Mère Marie-Sainte- Gertrude des Sœurs parlant bien l'anglais, la fondatrice lui conseilla de s'adresser à Toronto, où sa cousine et compagne de fondation de 1861, Mère Euphrasie-de-Saint-Joseph était, nous l'avons dit, redevenue supérieure. Les deux Sœurs de Manchester firent donc le voyage de Toronto. Elles obtinrent les sujets qu'elles demandaient et retournèrent tout de suite à leur propre monastère. Le 24 juin. Mère Euphrasie-de-Saint-Joseph passait à Saint- Hyacinthe, en route pour Manchester, où elle conduisait cinq de ses religieuses qui se dévouaient à l'œuvre en formation. Les pourparlers et les arrangements se poursuivirent, et, le 2 septembre, la supérieure du " Cénacle " écrivait à la Mère fondatrice que tout était réglé et qu'une dizaine de Sœurs, dont elle-même comme supérieure, avaient été choisies pour la fondation de " Santa-Cruz ", choix que Mgr Bradley avait approuvé. Elle invitait naturellement Mère Catherine-Aurélie à aller bénir ces " missionnaires " avant leur départ. La vénérée fondatrice, que l'âge et les souffrances affaiblissaient trop, ne put pas, nous l'avons dit, se rendre à ce désir. Mais nous tenons à bien noter que Mère Euphrasie-de-Saint-Joseph demeura à Manchester

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jusqu'après le départ des missionnaires pour Cuba (27 septembre). Elle ne revint à Saint-Hyacinthe que le 16 octobre. C'est elle qui bénit les partantes au nom de la fondatrice. De Saint-Hyacinthe, elle repartit pour son monastère de " Mount Olivet " le 20 octobre. Les " missionnaires " désignées pour la Havane étaient les suivantes : Mère Marie-Sainte-Gertrude, supérieure ; Sœur Saint- Paul-de-la-Croix, assistante ; Sœur Thérèse-de-Jésus, maîtresse des novices ; Sœur Hyacinthe-du-Mont-Carmel ; Sœur Marie-du- Précieux-Sang, Sœur Catherine-de-Jésus ; Sœur Marie-du-Carmel, bientôt dépositaire ; et les Sœurs Séraphine-de-Jésus, Marie-de- Jésus, Saint-Bernard, Evangéline et Stanislas. Leur chapelain de Manchester, le Père Delaney, qui succéderait deux ans plus tard à Mgr Bradley, les accompagnait dans le voyage, au cours duquel elle s'arrêtèrent à Brooklyn. On prit la mer le 27 septembre. " Tout dans la nature, écrit l'annaliste, avait, ce matin-là, un air de fête et d'allégresse. Brillant soleil, douce chaleur, jusqu'à la mer qui,, transparente et calme, promettait d'être douce et bonne à celles qui se confiaient à ses vagues ... " Disons en quelques mots que, là-bas, les vierges du Précieux-Sang furent reçues comme des anges de paix, et, en ce lendemain de guerre, comme un arc-en-ciel après l'orage. En juillet 1904, Mère Marie- Sainte-Gertrude ayant été obligée de retourner aux États-Unis, elle fut remplacée par Sœur Thérèse-de-Jésus. D'octobre à mars, en 1902-1903, la communauté de " Santa-Cruz " vécut dans un monastère bien petit. Au mois de mars, on s'installa mieux. Le Père Gonzalès Y Estrada fut l'ami par excellence des filles du Précieux- Sang. Le 28 octobre 1903, anniversaire du sacre de Mgr Joseph LaRocque en 1852, ce digne prêtre était sacré évêque de la Havane. En apprenant tout ce que le dévoué et vénéré prélat continuait de faire pour les " benjamines de son cœur ", Mère Catherine-Aurélie le rapprochait volontiers de Mgr Joseph. Que pouvait-elle faire de plus pour marquer son estime ? De son côté^

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