DE L APPROBATION A LA MORT DB LA FONDATRICE
nous assure-t-oii; Mgr Gonzalès Y Estrada, le premier fils de Cuba élevé à la dignité épiscopale, garde un vrai culte à la mémoire de la fondatrice du Précieux-Sang. Les grandes âmes se comprennent toujours mieux que d'autres. En mai 1905, alors que la vénérée fondatrice était aux prises avec les approches de la mort, Sœur Thérèse-de-Jésus et Sœur Marie-du-Carmel (Angela Cidad et Emiliana Bellini) vinrent jusqu'à Saint-Hyacinthe pour lui rendre hommage au nom de " Santa-Cruz " et de Mgr Gonzalès Y Estrada. Elles demandèrent à la supérieure mourante de leur accorder une religieuse de la maison-mère, et Sœur Thérèse-de- Marie fut donnée à Mère Thérèse-de-Jésus. A la page du 13 mai 1905, il y a, dans les Annales de Saint-Hyacinthe, des lignes bien touchantes sur le départ de ces deux Thérèses ! Mais, déjà, nous débordons le cadre de notre histoire générale . . . Revenons à 1902. Le 9 décembre de cette année, les cinq ans étant expirés depuis l'élection de 1897 qui avait mis Mère Véronique-de-la-Passion à la place de Mère Catherine-Aurélie comme supérieure locale de Saint-Hyacinthe, on devait, pour se conformer aux règles du droit et de l'institut, procéder à un scrutin général. Les élections eurent lieu sous la présidence de l'évêque diocésain, Mgr Decelles. Le résultat, pour ce qui était de la supérieure, en fut incertain. Les trois scrutins réglementaires ne donnèrent la majorité voulue à aucune des Sœurs électives et éligibles par le fait même. Les voix se partageaient, semble-t-il, entre la supérieure sortant de charge, Mère Véronique-de-la-Passion, et la fondatrice et supérieure générale, Mère Catherine-Aurélie. D'aucuns s'étonneront peutêtre que toutes les voix ne se soient pas portées tout de suite sur le nom de celle que toutes vénéraient comme une sainte autant que comme une mère. C'est pourtant bien humain. D'ailleurs, la fondatrice restait toujours supérieure générale. On la voyait s'affaiblir. Beaucoup sans doute voulaient lui épargner les soucis souvent lourds de l'administration du monastère. Toujours est-il
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que les votes se partageaient. A une supérieure sortant de charge, il faut, pour être réélue, les deux-tiers des suffrages donnés. La loi ou la discipline, fixée par les saints canons, le veut ainsi. Le cas était clair pour Mère Véronique-de-la-Passion. Il Tétait moins pour Mère Catherine-Aurélie, qui n'était pas supérieure sortant de charge mais qui était toujours, exceptionnellement, supérieure générale. Mgr Decelles, constatant que le scrutin ne donnait les deux-tiers ni à l'une ni à l'autre, régla que l'assistante élue, Mère Marie-du-Saint-Esprit, gouvernerait la communauté en attendant que Rome se fut prononcé sur le cas de l'élection de la supérieure. Le 26 janvier 1903, la réponse de Rome, datée du 10, arriva, qui disait : " Ayant pesé toutes les circonstances dans lesquelles se trouvent actuellement les dites Sœurs, cette Sacrée Congrégation croit devoir nommer à la charge de supérieure du dit institut, et, en effet, nomme par les présentes, la Sœur fondatrice du dit institut. Sœur Catherine-Aurélie-du-Précieux-Sang. — (signé) Fr. Jérôme- Marie, card. Gotti, préfet — Louis Veccia, secrétaire." Les autres dignitaires désignées au scrutin du 9 décembre 1902 étaient : Mère Marie-du-Saint-Esprit, assistante ; Sœur Marie-Jeanne-de- Chantal, maîtresse des novices ; Sœur Thérèse-de-Jésus, dépositaire, et les Sœurs Marie-de-l'Assomption, Véronique-de-la-Passion et Marie-Saint-David, conseillères.
Mère Catherine-Aurélie reprit donc sur ses épaules affaiblies par l'âge et les souffrances le poids de l'administration du monastère-berceau. Des félicitations lui vinrent de toutes parts, ses filles plus que jamais se pressèrent autour d'elle, Dieu surtout la soutint. Les fêtes de la Saint-Joseph, le 19 mars, de la Sainte- Catherine, le 30 avril, du Précieux-Sang, le 5 juillet, de son anniversaire, le 11 juillet, furent autant d'occasions, l'annaliste en témoigne, pour ses vierges du cloître de lui manifester leurs bons sentiments. En leur parlant du chapelet du Précieux-Sang, dans une lettre qui fut adressée vers ce temps à tous les monastères.
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elle disait : " Vierges du Précieux-Sang, vous dont les vêtements portent les symboles de la passion du Christ, vous dont la blanche robe est recouverte d'un scapulaire couleur de sang, vous qui êtes ceintes de la pourpre du sang divin, oh ! veillez et priez ! Tant d'âmes sont plongées dans le sommeil du péché et ne songent pas aux sources de miséricorde qui leur sont toujours ouvertes ! A vous, vierges du cloître, de les éveiller par vos prières et vos mortifications ... de les exciter et de les presser de se jeter dans les flots du Précieux Sang qui blanchissent et purifient ..."
Le 20 juillet, les Annales enregistrent la mort du pape Léon XIII et, le 3 août, l'élection de son successeur Pie X. L'institut de Saint-Hyacinthe devait au pontife du rosaire de Marie et des questions sociales sa propre vie canonique. On s'inclina avec un respect profond devant sa tombe. Un grand service funèbre fut célébré dans la chapelle pour le repos de son âme. Au nouveau pape, qui reprenait le nom du doux Pie IX, le pape de l'Immaculée- Conception et de l'infaillibilité, l'annaliste de la communauté offre l'hommage de la soumission et de l'amour filial de toutes ses sœurs.
On était, ce 14 septembre 1903, au quarante-deuxième anniversaire de la fondation de l'institut. Née en 1833, la fondatrice était maintenant septuagénaire. Aux vœux que lui présentaient ses chères filles. Mère Catherine-Aurélie répondit en reprenant le refrain si familier à ses lèvres sur l'abnégation et l'esprit de sacrifice : *' Exalter la croix, leur disait-elle, est pour nous un devoir sacré . . . Nous l'accomplirons ce devoir en portant joyeusement les petites croix qui se présentent chaque jour. . . tantôt dans les obédiences qui nous sont imposées, tantôt dans le» obligations de la vie commune . . . Notre-Seigneur est toujours à nos côtés nous demandant de l'aider à porter sa croix en acceptant joyeusement les nôtres. Refuserons-nous ce service à l'époux de nos âmes, ô mes filles ? . . . En ce jour béni, qui a vu naître notre
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institut il y a quarante-deux ans, renouvelons nos serments de fidélité, de constance et de générosité ..." — "Et notre vénérée Mère, continue l'annaliste, appelant sur nos âmes les brûlantes effusions du sang divin, nous bénit par la main de nos bienheureux Pères fondateurs et nous invita à passer la journée dans l'allégresse et l'exaltation ! "
L'amour ne connait qu'un mot, selon la pensée profonde de Lacordaire, et, en le redisant sans cesse, il ne se répète pas. En 1904 comme en 1903, Mère Catherine-Aurélie, laissant s'épancher son cœur dans celui de ses filles, redisait ainsi les mêmes choses sans pourtant se répéter. " Mes filles, disait-elle au 1er de l'an 1904 — l'avant-dernière année ! — , je vous souhaite une année d'amour. A maintes reprises, aujourd'hui, mon esprit s'est élevé vers nos bienheureux Pères fondateurs et je les priais de m'inspirer ce que je devrais vous dire en ce moment. Toujours ce mot se présentait à mes lèvres : " Année d'amour, année d'amour ! " Laissez-vous guider par ce principe régénérateur de toute œuvre, et tous les jours de cette année seront des jours pleins, des jours précieux devant Dieu, des jours qui vous mériteront là-haut une gloire infinie."
Le 6 janvier, un télégramme, venu de la Havane, apportait à la vénérée Mère une bien douce consolation. C'était l'annonce de l'inauguration dans la chapelle de la dernière-née de ses maisonsfilles, " Santa-Cruz ", de la garde d'honneur du Précieux-Sang, et le télégramme était signé "Pierre, év. de la Havane." Comme on était loin de la modeste chambrette de la maison Caouette de 1861! Dix monastères étaient sortis, en somme, de ce bien! pauvre petit cénacle, dont trois aux États-L^nis et un aux Antilles Bientôt, toutes les constitutions et règles, approuvées par Rome, puis les règles secondaires et les directoires des officières, le manuel du Précieux-Sang et les livres pieux des Pères fondateurs seraient traduites ou traduits en espagnol comme en anglais. L'esprit de
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Mgr Raymond, de Mgr LaRocque et de Mère Catherine-Aurélie était déjà, et serait toujours, en honneur, dans toutes ces maisons, comme à Saint-Hyacinthe. Le sang de Jésus avait donc admirablement fait fructifier le modeste grain de sénevé jeté en terre en 1861. Quelle plus belle réponse le ciel pouvait-il donner à la soif de souffrances et d'expiations de la vénérée fondatrice! Non plus seulement au Canada français, mais dans les provinces anglaises du pays, mais aux États-Unis jusqu'au lointain Orégon, et même jusqu'aux plages ensoleillées de la grande île à la douce langue, le sang de Jésus était glorifié pour le salut des âmes pécheresses ! Mère Catherine-Aurélie pouvait maintenant penser à mourir. Son œuvre était bien solidement établie.
La fête du Précieux Sang tombait, cette année-là, le 3 juillet (elle se célébrait toujours alors le premier dimanche de ce mois). C'était en pareille occurence, dix-sept ans auparavant, que le pieux Mgr Raymond, l'apôtre de la dévotion au sang divin au Canada, avait pris son essor vers le ciel. " Nos Pères bien-aimés sont disparus, remarque l'annaliste, mais notre Mère mille fois chère est là encore pour nous guider . . . Voici quelques-unes des pensées, venues de son cœur, tout embrasé d'amour du sang divin, qui sont tombées de ses lèvres aujourd'hui à notre adresse : " Petites vierges du Seigneur, mes filles bien-aimées, venez avec moi à la source la plus pure et la plus suave, à la source du sang de Jésus. Venez vous jeter sur le cœur de l'époux crucifié . . . Venez y baigner vos âmes et toutes vos facultés ... Je m'y plonge moi-même, dans cette mer empourprée . . . Oh ! puisse la vertu divine de ce sang étendre nos âmes, les élargir, les enflammer de charité et les faire s'élever toujours dans les voies crucifiantes que nous ont tracées nos bénis Pères en nous enrôlant sous le drapeau rouge et blanc des vierges réparatrices ..."
En septembre 1904, M. l'abbé Roy succéda à M. l'abbé Dion dans les fonctions d'aumônier du Précieux-Sang de Saint-Hyacinthe.
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C'est lui qui devait avoir le triste privilège d'assister la vénérée fondatrice à ses derniers moments au mois de juillet 1905.
Le 14 de ce même mois de septembre, quarante-troisième anniversaire de la fondation, ce fut sans doute jour de fête, comme le voulait la tradition. Mais les Annales enregistrent que, de plus en plus, la vénérée fondatrice ploie sous le poids des douleurs physiques et morales. " Elle n'a pu, écrit l'annaliste, adresser, selon son habitude, la parole à la communauté réunie. Cependant, à celles qui tour à tour ont eu la faveur de s'approcher d'elle, elle a fait entendre de bien belles exhortations ! Le sang de Jésus, sa croix, n'est-ce pas là tout pour notre vénérée Mère ! " Et l'annaliste reproduit quelques lignes de la lettre circulaire adressée ce 14 septembre 1904 — le dernier de sa vie — par Mère Catherine- Aurélie, aux différentes maisons de l'institut. Nous les citons, nous aussi, et nous terminons par cette citation ce chapitre de sa vie qui nous conduit jusqu'à sa dernière maladie et jusqu'à sa mort, que nous raconterons en détail au chapitre suivant : " Au pied de la croix, sous la rosée vivifiante du sang divin, écrivait donc la fondatrice à toutes ses filles en ce dernier 14 septembre qu'elle vécut, que de jouissances intimes nous pouvons goûter ! Combien je sens l'efficacité de la croix de Jésus, quand je vois toutes les vocations religieuses qu'elle a fait germer et dont elle a embelli ma solitude, en faisant de toutes mes filles autant d'apôtres qui ont aidé ou qui aident à la réalisation de mon rêve : " Glorifier le sang de Jésus et sauver les âmes ! "
A ce moment, l'institut du Précieux-Sang comptait environ 320 religieuses, dont 60 à la maison-berceau et 260 dans les dix maisons-filles.