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CHAPITRE V

De la fondation de l'institut à la profession de la fondatrice (1861-1863)

Sommaire. — L'esprit et les dévotions des premières années. — Assistance de M. le curé Lecours, acquisition d'une propriété. — Mgr Joseph part pour Rome, Sœur Catherine-Aurélie lui écrit. — Lettres de M. l'abbé Raymond à la jeune supérieure. — Voyage à Montréal, séjour à l'Hôtel-Dieu et à la Congrégation.— Lettre de Sœur Catherine-Aurélie à Mgr Joseph (19 avril 1863). — Lettre de M. l'abbé Raymond à la supérieure (9 mai 1863). — On se prépare à entrer dans le nouveau monastère. — Lettre de Sœur Catherine-Aurélie à Mgr Joseph (13 septembre 1863). — L'entrée au blanc monastère. — Mgr Bourget donne le saint habit aux quatre premières novices et reçoit la profession de la fondatrice (14 septembre 1863.) — Le costume. — Détails de la cérémonie. — La profession de Sœur Catherine-Aurélie-du-Précieux- Sang. — Profession de ses trois premières compagnes (8 décembre 1863). — De nouvelles recrues. — Lettre de la fondatrice à Mgr Joseph (septembre 1863). — Lettre de M. l'abbé Raymond à la supérieure (6 octobre 1863). — Lettre de Sœur Catherine-Aurélie à Mgr Joseph (30 décembre 1863). — Confiance de Mgr Joseph en la prière de ses filles (lettre du 24 août 1864). — Saint Jean de la Croix et sainte Thérèse.

,Rs quatre premières Sœurs du Précieux-Sang devaient ainsi passer deux ans, dans la maison du père Caouette, en se préparant à la grâce de la profession religieuse qui aurait lieu, pour Sœur Catherine-Aurélie, le 14 septembre 1863, et, pour ses trois compagnes, le 8 décembre de la même année. En suivant la règle que nous avons indiquée, elles s'efforceraient, au cours de ces toutes premières années, de l'animer par le meilleur esprit chrétien et de lui faire exprimer dans la pratique la vraie vie religieuse. On trouve dans les archives du temps l'exposé, bref mais suggestif, de l'esprit et des dévotions spéciales dans lesquelles, en effet, on s'entretenait pour arriver à ce noble but.

D'abord on devait vivre autant que possible dans le silence et le recueillement. Le plus profond silence devait être gardé depuis la fin de la récréation du soir jusqu'après la messe du matin, et, pour le reste de la journée, excepté aux heures de récréation, on devait aussi s'y astreindre le moins mal qu'on le pouvait, sauf dans un cas d'évidente utilité à le rompre. Pendant les heures de travail, on devait s'exercer toujours à honorer explicitement le Précieux Sang, soit intérieurement, soit par des ofifrandes ou aspirations faites à hautes voix par l'une des Sœurs. Les divers actes de piété surtout devaient s'inspirer du culte à l'auguste Trinité et de la dévotion au Précieux Sang. Après chaque Angélus^ qu'on disait à l'origine au son de la cloche paroissiale, on récitait, suivant une pratique chère à Mgr Bourget, trois fois le Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. Deux fois par jour, après la prière du matin et après celle du soir, et aussi privément dans la journée selon sa dévotion, on honorait Dieu par la récitation des trois actes de foi, d'espérance et de charité. La nuit, quand on ne dormait pas, on cherchait par la pensée à s'entretenir avec son bon ange, son saint patron, la bonne Vierge " qu'on se figurera avoir auprès de son lit ". L'invocation à l'Esprit-Saint précédait aussi, naturellement, chaque exercice de chaque jour. On avait choisi pour principaux patrons et patronnes de l'institut naissant : saint Joseph, saint Hyacinthe, saint Jean de la Croix, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse, saint Louis de Gonzague et saint Stanislas Kostka. Comme de juste les deux dévotions fondamentales, c'étaient la dévotion à Marie et la dévotion à Jésus. ** La très sainte Vierge, avait écrit Sœur Catherine- Aurélie, sera, dans tous ses mystères, et spécialement dans celui de sa conception immaculée, comme le lis embaumé que nous contemplerons habituellement et dont nous respirerons l'odeur suave en nous efiForçant d'être, nous aussi, la bonne odeur de Jésus-Christ." Les Sœurs du nouvel institut s'adonneront, avait-elle encore

exprimé, au culte dû à Notre-Seigneur sous toutes ses formes : au nom de Jésus, " qui sera le miel de leur bouche "; à Jésus enfant, par des prières spéciales ; à Jésus crucifié, par le chemin de la croix ; à Jésus présent au saint Sacrement et à son cœur sacré, en la manière voulue par l'Église ; à Jésus dans son Précieux Sang, " qui sera surtout l'objet de leurs adorations, de leurs aspirations, de leurs expiations, de leurs amendes honorables, d'une dévotion enfin tendre et dévouée de la part de toutes et de chacune des Sœurs qui ont l'honneur de porter son nom comme un titre de noblesse ". Beau programme, en vérité, substantiel autant que varié, bien ordonné, et où l'on aperçoit le souci de la plus scrupuleuse orthodoxie. Rien, semble-t-il, n'y était laissé à l'aventure. Tout y était à sa place. On variait le menu, oserons-nous dire, parce que c'est un besoin pour la nourriture de l'esprit comme pour celle du corps, mais il restait doctrinal, sain, nourrissant et fortifiant.

Aussi bien, l'institut du Précieux-Sang se fortifia-t-il normalement et sûrement. En 1861, l'année même de la fondation de l'institut dans la maison Caouette, M. Lecours passait de la cure de Saint-Aimé à celle de Saint-Hyacinthe. L'une des trois compagnes de la fondatrice, Euphrasie Caouette, nous l'avons raconté, était précédemment institutrice à Saint-Aimé. Par elle et aussi par la renommée qui déjà s'étendait au loin, M. Lecours avait connu l'œuvre encore en projet. Les nouvelles religieuses se trouvaient maintenant être ses paroissiennes. Il résolut de s'intéresser à leur avenir matériel. Mgr LaRocque, après l'avoir éprouvé de la façon que nous avons dite, lui donnait désormais à peu près carte blanche. Le digne prêtre, en dépit de ses largesses envers les pauvres, considérables partout où il avait passé, enjdépit notamment de tout ce qu'il avait donné pour diverses constructions à Saint-Aimé, avait quelques économies. Il les doubla et les quintupla en tendant la main de tous les côtés et en^multipliant les

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pieuses industries que lui inspiraient son zèle et sa charité. Et tout cela fut consacré au Précieux-Sang. C'est ainsi qu'il put acquérir d'une dame Benoit, et donner aux Sœurs en pur don, un vaste terrain, celui-là même où se voient de nos jours le monastère et la chapelle du Précieux-Sang de Saint-Hj^acinthe. *' Ce terrain avait de telles proportions, raconte le Livre d'or (1911), que, outre la ferme qui leur apporte encore ses produits annuels et ses autres avantages, les Sœurs ont pu, avec les années, non seulement y faire construire d'amples dépendances, mais encore vendre une langue de terre pour les compagnies de chemin de fer et gratifier, à certaines conditions, le conseil municipal de Saint-Hyacinthe de quatre lisières qui ont servi à l'ouverture et à l'élargissement des quatre rues voisines." Mais, à l'époque de la fondation, le terrain susdit se trouvait en pleine campagne, avec seulement, pour l'occuper, une maison assez spacieuse, si propre et si blanche, qu'on l'appela d'abord le hlanc monastère, puis, après 1867, la maison blanche. Pour faire ce don vraiment royal d'une belle propriété et d'une jolie maison aux Sœurs de l'institut naissant, le bon M. Lecours, dont la gauche aimait à ignorer ce que faisait la droite suivant le conseil évangélique, usa d'un délicat subterfuge. Il acheta de madame Benoit et il donna aux Sœurs au nom de la corporation épiscopale de Saint-Hyacinthe. " Cette donation est ainsi faite, dit cependant l'acte officiel, qui n'est connu que de peu de gens, aux Sœurs du Précieux-Sang, au nom de la dite corporation épiscopale, par le révérend messire Edouard Lecours, prêtre et curé de la dite paroisse de Saint-Hyacinthe, et payée par ce monsieur de ses propres deniers, à l'acquit de la dite corporation épiscopale, le dit messire Edouard Lecours étant de fait le seul bienfaiteur et fondateur du monastère des Sœurs du Précieux- Sang dans la donation de ce terrain." La charité du bon M. Lecours ne se borna pas là du reste. Elle fut de mille façons profitable aux Sœurs de la maison Caouelte d'abord, puis du blanc monastère

et de la maison blanche. A la façon des anciens curés, il donnait et donnait toujours. Il avait même communiqué son goût de toujours donner à son entourage. La gouvernante de son presbytère, la demoiselle Julie La voie, avait sans cesse quelque mystérieux paquet à envoyer au cher monastère, et Godefroy, le bon serviteur, était du complot. " Que portes-tu donc là, Godefroy, " lui demande un jour le curé, en le voyant chargé d'un grand panier se diriger vers la maison Caouette. L'autre fit l'embarrassé et murmura un " mademoiselle Lavoie " et quelques mots embrouillés qui se perdirent dans le vent. Ah ! la belle charité que celle de ces discrètes gens ! Ajoutons d'un mot qu'elle n'était pas la seule qui se dépensait au service des nouvelles religieuses. On était si certain qu'en les secourant c'était à Dieu que l'on prêtait !

C'est le 14 septembre 1863 qu'on devait entrer dans le blanc monastère, le jour même oii aurait lieu la première profession. Puisqu'on se sentait de plus en plus à l'étroit dans la maison Caouette et que M. Lecours dut songer à pourvoir ses protégées d'un logis plus vaste, c'est un signe que le nombre des vocations allait en s'augmentant. Outre les quatre Sœurs fondatrices il y avait, en effet, trois ou quatre postulantes en septembre 1863. La bénédiction de Dieu donnait l'accroissement.

Cependant la fondatrice, pour se rendre de plus en plus digne de l'attention de Dieu et de ses ministres, suivait le conseil de saint Paul : elle s'exerçait à la piété. Dans le courant de l'année 1862, Mgr LaRocque fit à Rome son voyage ad limina. Naturellement la jeune supérieure eut l'occasion de lui écrire plus d'une fois et ses lettres nous permettent de suivre le travail de la grâce dans cette âme de prédilection et aussi le progrès de l'œuvre qu'elle venait de fonder, sous la direction de l'évêque et de son grand-vicaire, M. Raymond. " Partez, écrit-elle à Monseigneur le 13 mars 1862, puisque Jésus le veut. Mais quand vous aurez échangé pour le beau ciel de l'Italie celui si doux de notre cher

Canada, pensez que des cœurs jeunes mais forts de leur filiale tendresse s'attacheront à vos pas sur les rives étrangères. Quand vos pieds fouleront avec respect cette terre engraissée du sang des martyrs, quand vous prierez sur les tombeaux des vierges, nos amies, et que vous vous arrêterez dans leurs sanctuaires aimés, n'oubliez pas de conjurer le Seigneur de faire de nous des lis blancs de la pure virginité et des roses rouges du martyre du cœur. . . " " Vous m'écriviez il y a quelques semaines, mande-t-elle le 23 mai, du sein des vagues de l'océan, où j'étais bien près de vous d'esprit et de cœur; je vous écris, moi, pauvre petite misérable, du sein de la mer rouge du sang du mille fois béni bon Jésus . . , Neuf fois le jour, notre commune prière s'élève vers le ciel pour appeler sur vous les plus abondantes efiFusions du sang divin . . . Vous me parlez de l'humilité ? Oh ! oui, je comprends que les vertus d'un cœur n'embaumeront jamais la tête du céleste époux que si leur parfum se répand d'abord du vase brisé de l'humilité. . . Laissez-moi, mon Père, vous dire un petit secret de mon cœur, que vous cacherez au fond du vôtre. C'est que rien ne me contente que ce qui est croix et mépris du monde ... Je me figure être comme une pierre brute dont on veut bien se servir pour asseoir un édifice et qu'on enfonce d'autant plus dans la terre qu'on veut l'édifice solide. . . En vue de la mission que j'ai à remplir, je ne regimbe pas contre l'aiguillon, je m'abandonne sans réserve à l'époux de sang qui veut me broyer pour me faire mieux vivre de la vie de son très pur amour. . . Ne craignez donc rien, mon Père, le Seigneur bénira votre œuvre. . . Ne craignez rien, nous sommes toutes petites, mais c'est la petitesse et la faiblesse que Dieu choisit pour confondre ce qui est grand et fort. . . Les quelques mois que j'ai passés avec mes filles m'ont convaincue que le germe de précieuses qualités est au fond de leurs âmes vierges et que vos petites enfants feront de bonnes religieuses. Leurs cœurs paraissent bien fermés aux jouissances profanes et ouverts

aux influences de la grâce, à celle en particulier de la pureté de Marie. Mes filles ont le courage du sacrifice. . . Notre bon père, M. le grand-vicaire Raymond, malgré son état de faiblesse, qui l'oblige à mettre un frein à son zèle, est loin d'être inactif. . . Sa charité sait toujours dérober à ses incessantes occupations quelques minutes pour visiter notre humble solitude. . . Il nous donne les soins que réclame notre faiblesse. . . Nous recueillons sa parole avec avidité pour en alimenter nos âmes affamées . . . Quant au temporel, dont je m'occupe fort peu, la Providence y pourvoit . . Nous la trouvons toute maternelle dans le cœur de notre bon M. le curé (M. Lecours) qui prévient nos plus pressants besoins. . . Mlle Lavoie se montre également dévouée pour nous . . . Les messieurs de l'évêché nous ont fait un sensible plaisir en nous passant vos lettres . . . Mon vieux père est encore avec nous, mais je crains bien qu'il n'y soit pas pour longtemps ..."

Cette longue lettre du 23 mai 1862, dont nous venons de citer de larges extraits, nous paraît singulièrement révélatrice des vrais sentiments de l'âme de Sœur Catherine-Aurélie au cours même de la première année de l'existence de son institut (1861- 1862). Les conseils de son vénéré correspondant, Mgr LaRocque, n'y étaient pas sans doute étrangers. Mais le dévoué M. Raymond y avait aussi sa part de mérite. On n'a qu'à parcourir la série de ses lettres à Aurélie pour s'en convaincre. Au soir du 14 septembre 1861, il s'était saintement réjoui. " Jésus-Christ, mon bien-aimé Rédempteur, écrit-il à cette date, c'est donc vrai ! Un sanctuaire vient d'être ouvert, où doit se rendre à votre sang précieux le plus doux hommage, celui de vierges pures consumant leur vie dans l'amour et le sacrifice !. . . Je me réjouis. . . Ah ! ce n'est pas (seulement) de voir la réalisation de tant de vœux que j'ai formés, le succès de tant de travaux et cette fin heureuse qui couronne dix ans de sollicitudes. . . Je me réjouis de votre jouissance à vousmême, ô Jésus, des délices que vous devez goûter dans ce parterre

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de lis à la suave odeur ..." Et, dans le même écrit, rendant compte de la cérémonie que nous avons racontée, il dit encore : " La chapelle avait été préparée dans la maison même où est née Aurélie, où elle a tant souffert et pratiqué de si sublimes vertus, dans cette enceinte que sa mère mourante avait vue il y a quelques mois toute couverte de sang...'*

Oui, M. Raymond s'était réjoui, mais il n'avait eu garde de penser que,lafondation faite, tout allait marcher tout seul ! Il continuait de suivre affectueusement et sévèrement sa dirigée, que les contradictions et les épreuves ne pouvaient manquer de visiter. " Pourquoi, chère affligée, lui écrit-il le 6 mars 1862, vous désolez-vous lorsque vous avez près de vous le souverain consolateur ? Ne voyez- vous pas qu'il vous envoie l'affliction pour que vous soyiez plus semblable à lui et que vous unissiez vos peines ensemble ? La vôtre est bien sensible ! Eh ! bien, elle est du genre de celles qu'il a souffertes en son cœur pendant toute sa vie. N'a-t-il pas sans cesse g^mi sur les fautes et les malheurs de ses frères ? . . . Entre Jésus et vous il doit y avoir pour toujours unité de sentiments. Vivez comme il a vécu, souffrez comme il a souffert, aimez comme il a aimé, faite le bien comme il l'a fait. . . Tenez plus que jamais votre bien-aimé sur votre cœur pour vous pénétrer de son esprit et faire passer sa vie en vous ..." Enfin, au milieu de bien d'autres écrits, car il faut nous limiter, nous lisons encore sous la plume de M. Raymond ce billet, daté d'octobre 1862, que nous donnons dans son texte intégral: " Chère crucifiée, — Je remercie votre époux divin de vous avoir visitée ce matin et de vous avoir encouragée. Souvenez-vous de ces paroles : " Avec mon sang, tu vaincras tous tes ennemis !" Si la désolation spirituelle revient, invoquez donc le sang avec la confiance la plus grande. Je demeure convaincu que vos maladies sont une épreuve surtout pour vos compagnes à qui votre présence au milieu d'elles serait très utile. Par un sentiment de zèle, demandez votre entière guérison.

Mettez bien de la confiance dans votre prière. Promettez de faire observer la règle dans les plus petits points. Montrez à vos filles beaucoup d'affection et, sans leur dire ce que vous sentez, répondez-leur d'une manière positive quand elles vous demandent comment vous êtes. — Vos souffrances, si vous les offrez à Jésus avec le désir de le voir aimé et glorifié, serviront à la sanctification de votre institution. C'est la pierre fondamentale de l'édifice. Mais demandez à Dieu d'en hâter la fin pour le bien commun, non pas que vous deviez être exempte de toute douleur, mais de celles qui vous condamnent au lit et à ne pas marcher. — Dans tous les cas, pensez à votre ange gardien vous montrant le ciel et vous disant : " Un jour encore de souffrances, et puis (ce sera) l'amour éternel, le ciel ! " Mais, gagnez des âmes auparavant ! Que le sang de Jésus vous fortifie et vous encourage ! Et, pour demain matin, allez vous y plonger encore. — J.-S. Raymond."

En novembre 1862, nous trouvons Sœur Catherine-Aurélie en voyage à Montréal, avec deux de ses compagnes. Sœur Sophie et Sœur Euphrasie. Elle y était allée, croyons-nous, pour deux motifs, soigner sa santé qui laissait à désirer, ainsi que nous venons de le voir par la lettre de M. Raymond, et étudier le fonctionnement de la vie religieuse dans des communautés expérimentées et ferventes, comme celles de l'Hôtel-Dieu et de la Congrégation de Notre- Dame. Le 26 du mois, elle écrit à Mgr LaRocque, datant sa lettre du couvent de la Congrégation. " Huit jours loin de notre chère solitude. Monseigneur, c'est plus que suffisant pour nous faire sentir combien sont forts les liens qui nous y attachent. Ici, prévenues par la plus délicate bienveillance, nous pourrions goûter un vrai bonheur . . . Mais Jésus a le secret, parce qu'il nous veut sur la croix, de mêler toujours une goutte du fiel de sa passion à nos joies les plus légitimes ... En sortant de leur cellule, les religieuses hospitalières courent donner leurs soins aux membres souffrants de Jésus-Christ ... En s'y enfonçant davantage, les vierges du

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Précieux-Sang les donnent directement à son cœur sacré. . . Comme nous nous voyons à peu près rendues vers la moitié de notre pèlerinage, nous redoublons d'ardeur pour faire une forte provision de connaissances religieuses . . . Nous les mettrons à profit dans notre cher petit chez-nous, car ici nos facultés sont uniquement employées à voir et à saisir les moindres observances. . . Le bon M. Nercam a la charité de nous venir voir quelquefois, ce qui charme un peu notre ennui. Il parle si bien de Jésus ! . . . Mgr Bourget est à peu près dans le même état, le crachement de sang continue, sa maladie paraît toujours incurable. On dit que sa charité l'est également ! Le saint évêque nous en a donné des preuves en daignant nous parler quatre ou cinq fois. Il noas engage énergiquement à marcher dans la sainte carrière que nous a ouverte la miséricorde de notre Dieu. . . Nous sommes avec les très chères Sœurs de la Congrégation depuis hier soir. Je leur dérobe quelques minutes pour vous écrire bien à la hâte. . . Je vous dirai de vive voix les mille impressions éprouvées durant mon exil. Vive notre chaumière ! Vive notre pauvreté ! Il nous tarde de revoir notre cher petit berceau. . ."

Que de lettres encore, soit de M. Raymond à Aurélie, soit d'Aurélie à Mgr LaRocque, ou vice-versa, nous pourrions analyser où les mêmes sentiments d'humilité, de confiance en Dieu, de ferveur et surtout de dévotion au Précieux Sang, s'expriment sous des formules variées. Mais nous ne croyons pas devoir insister. Voici pourtant un extrait de celle que Sœur Catherine-Aurélie écrit à Mgr LaRocque, le 19 avril 1863, la veille de la fête du patronage de saint Joseph, qui rappelait une date qu'elle avait ses raisons de chérir : " A pareil jour, il y a deux ans, Monseigneur et tant aimé Père, les ténèbres fuyaient votre âme pour faire place à la lumière divine. La paix, comme un lait délicieux, coulait suavement en vous. Le doux Jésus avait entendu la prière du père et des enfants. Il daignait marquer ce jour par un insigne bienfait en vous

faisant, pour ainsi dire, toucher du doigt son adorable volonté. Votre cœur, nous disiez-vous, surabondait de joie . . . Vous étiez vainqueur de l'ennemi, vous nous laissiez entrevoir dans un saint enthousiasme la terre promise !... Depuis, malgré notre indignité, pas un jour ne s'est levé sur nos têtes qu'il n'ait laissé quelques traces des bontés de Dieu ou de ses créatures . . . Nous nous reposons en tout à l'ombre de votre paternelle protection, espérant qu'elle nous tiendra captives près de la croix de notre Bien-Aimé. . ." Une autre fois, le 24 juin 1863, Sœur Catherine- Aurélie parle à Monseigneur de ses misères et de ses épreuves : *' Vous connaissez, très vénéré Père, mes misères profondes et mes cruelles incertitudes. Eh ! bien, j'offre à Jésus les plaies qu'elles me font pour que, en retour, il me donne un double courage et la douce paix du cœur. Je considère et je chéris ces épreuves et nombre d'autres plus amères comme des parcelles de la vraie croix. Plus je sens les douloureuses étreintes du cher crucifié, plus j'espère vivre de la vraie vie. . . Le divin époux est un époux de sang ! Les marques les plus ordinaires de l'amour qu'il donne à ses épouses, c'est de les crucifier avec lui sur le calvaire. Aussi l'ambition de la vierge du Précieux-Sang doit-elle être de vivre sur la croix. . . Que ne puis-je donner mon sang et ma vie, la moelle de mes os, pour gagner des âmes ! . . . Mes chères sœurs sont comme des abeilles qui travaillent activement à remplir leur ruche d'un miel exquis . . . Mais elles sont encore sujettes aux orages de la terre. Elles ont besoin d'être soutenues par la prière et d'être fortifiées par le pain de la parole divine. . . "

Du mieux qu'ils le pouvaient, Mgr LaRocque et le pieux M. Raymond consolaient et fortifiaient de leurs précieux avis et conseils la jeune supérieure et ses compagnes, pour qui l'heure de la profession, c'est-à-dire de la véritable entrée dans la vie religieuse, approchait. Le 9 mai 1863, M. Raymond écrivait de Québec à Sœur Catherine-Aurélie une longue lettre, que nous

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avons sous les yeux : " Quoique bien occupé, je trouve le moyen de me transporter souvent au cher monastère, de me tenir près de vous par la pensée, de compatir à vos souffrances, de m'intéresser à vos sollicitudes et de prier avec vous et pour vous. J'appelle le sang divin sur votre chère âme, afin qu'il la purifie de plus en plus, qu'il la console, qu'il l'embrase plus ardemment de l'amour de Dieu et du zèle de la charité pour le prochain. Je demande aussi pour votre corps un soulagement et des forces qui vous permettent d'accomplir vos desseins. Après m'être entretenu avec vous, je fais une visite spirituelle à vos chères sœurs, en priant Dieu de les enrichir à chaque instant de nouveaux mérites. . . Je dis tous les jours la messe aux Ursulines . . . Vous ne sauriez croire toute l'affection qu'on vous porte et toute la confiance qu'on repose dans les prières de votre communauté ... Il faut que cette confiance ne soit pas trompée et que vous puissiez obtenir de Dieu, qui a donné son sang pour nous, des grâces spéciales pour les personnes qui s'intéressent tant aux vierges qui se dévouent à glorifier son sang précieux. . . Soyons tout à Notre-Seigneur qui a vécu et qui est mort pour nous ! Soyons tout à lui ! Vivons de son âme ! Cette vie, il faut la prendre chaque jour à son cœur qu'il nous présente dans la communion sacramentelle ou spirituelle. Allons tous les jours à la table eucharistique ! Qu'aucune crainte ne vous en éloigne ! Que des aspirations fréquentes au sang de Jésus vous fassent vivre sans cesse sous son influence dans l'horreur des moindres fautes, dans l'amour, dans le dévouement, dans le désir du ciel ! Que Marie, la source de ce sang, vous enlace dans ses bras, vous presse sur son sein, vous fortifie, vous impreigne de sa pureté, vous em"brase de sa flamme, vous communique sa sainteté et vous prépare pour la place qui vous est réservée dans le chœur des vierges épouses de l'Agneau ! Adieu ! soyez toute sainte ! Je vous bénis dans le sang divin. — J.-S. Raymond."

Ainsi consolées et fortifiées, les chères recluses de la maison Caoueite se préparaient tout à la fois à entrer dans le nouveau monastère que leur construisait M. Lecours et à émettre leurs premiers vœux de religion. M. Caouette, on s'en souvient, avait prtté sa propre maison pour deux ans. On en avait fait le berceau de l'institut nouveau. Mais il fallait un local plus grand. Nous avons vu avec quel zèle le bon curé de Notre-Dame s'était employé, d'ailleurs très discrètement, à assurer aux Sœurs le blanc monastcre qui serait plus tard la maison blanche. A la veille même d'y venir avec ses filles, pour s'y engager à jamais dans les liens très doux et si désirés de la vie religieuse. Sœur Catherine-Aurélie, le 13 septembre, épanchait ainsi son âme dans celle du vénéré Mgr LaRocque : " Avant de célébrer, Monseigneur et très digne Père, mes fiançailles avec l'époux divin, je sens le besoin de faire passer mon âme dans la vôtre. Ce ne sera cependant ni de ces dispositions d'amour et de reconnaissance ni de ces désirs de dévouement que je vous entretiendrai. Vous les connaissez depuis longtemps. Et puis, l'impression d'ineffable bonheur versée dans mon pauvre et dénué cœur est trop grande pour la définir. . . Mon Père, je suis tout à la fois craintive et tremblante. Je suis couverte de confusion de me présenter à l'époux divin avec si peu de mérites. Je me sens écrasée sous le poids de mon néant. Oh ! je vous en prie, prenez pitié de mes faiblesses. Prenez-les toutes et noyez-les dans le sang de l'Agneau immaculé ! Hâtez-vous de me purifier et de me blanchir dans ce sang, afin que je sois moins indigne des regards du Bien-Aimé. Bientôt, oui, bientôt, je serai la petite et bien indigne épouse de Jésus, l'époux de sang. . . Qu'ai-je donc à faire? Implorant la protection de Marie et me couvrant des mérites du divin crucifié, je n'hésite pas à m 'attacher irrévocablement à mon Dieu par les trois vœux de religion. Les chaînes qui me lieront à Jésus sont formées, je le sais, de sacrifices de toutes sortes. C'est ce à quoi j'aspire. . . Je veux, à quelque prix que ce soit, marcher

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avec Jésus au calvaire, souffrir et m'immoler avec lui au rachat des âmes, user les restes de mes jours à honorer son très précieux sang. Pour remplir cet engagement, je me soumets en tout à la sainte volonté de Dieu. J'accepte, avec le sentiment intime de mon incapacité et de mon indignité, l'important fardeau que vous m'imposez en me tenant à la tête de cette maison . . . En vous confiant les secrets de mon âme, j'ai aussi à vous faire part des sentiments de mes bien-aimées sœurs qui auront (demain), comme moi, l'inappréciable bonheur de prendre le saint habit. Elles sont toutes pleines de bonne volonté, d'ardeur et de zèle. Leurs désirs de s'immoler vous sont du reste connus. Je n'ai rien à ajouter, si ce n'est que nous sommes toutes heureuses et que nous sentons comme un avant-goût de la paix du ciel. . ."

La cérémonie de la translation de la maison Caouette au blanc monastère, delà prise d'habit véritable des quatre fondatrices et de la première profession, celle de Sœur Catherine-Aurélie, eut donc lieu, ainsi que nous l'avons vu annoncé plus d'une fois, le 14 septembre 1863, deux ans exactement après la prise d'habit temporaire qui s'était faite à la maison Caouette le 14 septembre 1861. Elle fut présidée, souvenir précieux pour l'institut, par Mgr Bourget, évêque de Montréal, qui avait bien voulu donner luimême pendant deux jours les instructions préparatoires au grand événement. On eut d'abord, à l'église paroissiale, la bénédiction de la cloche du nouveau monastère, qui serait la première à donner, au Canada, chaque nuit, le signal de la prière et de la veille, aux pieds du saint Sacrement, pour l'adoration du Précieux Sang. On donna à cette cloche le nom de Catherine-Aurélie. M. Billaudèle, supérieur de Saint-Sulpice et grand-vicaire de Montréal, prêcha, à son baptême, un éloquent sermon. Le clergé, suivi d'une foule considérable de fidèles, se dirigea ensuite vers la maison Caouette. Une dernière fois, les religieuses s'étaient réunies dans la petite chapelle, où on avait passé de si douces heures. On

chanta le Tantum ergo. Mgr Bourget prit le saint Sacrement et la procession se mit en marche vers le blanc monastère. Les nombreux amis de l'institut, surtout Mgr LaRocque, M. Raymond et le bon M. Lecours, exultaient !

Qu'on nous permette ici de faire une pause et d'inviter toutes les religieuses adoratrices de Saint-Hyacinthe et des divers monastères issus de ce premier berceau à regarder, par les yeux de l'esprit et du cœur, cette procession du 14 septembre 1863. Ce fut un bien grand événement dans l'histoire de leur institut. Ils étaient là les deux co-fondateurs, dont les prières autant que les sages avis et les décisions même un peu tardives avaient assuré la naissance de l'oeuvre ! Il était là cet illustre évêque de Montréal, qui avait eu, une fois de plus, le coup d'œil si juste ! Elles étaient là les quatre fondatrices, la supérieure surtout, dont les oraisons et les sacrifices avaient évidemment gagné le cœur de Dieu ! On aime s'imaginer que le temps s'était mis au beau et que, par cette matinée d'automne, le ciel de toutes façons souriait à la terre.

Deux cérémonies distinctes devaient se succéder, celle de la prise d'habit des quatre fondatrices, et, immédiatement après, celle de la profession religieuse de la supérieure. Pourquoi avait-on retardé la profession des trois compagnes de Sœur Catherine-Aurélie ? Il avait paru bon sans doute d'établir cette distinction entre la fondatrice et celles qui s'étaient jointes à elles. Son autorité se trouvait ainsi marquée d'un caractère particulier. On inaugurait naturellement, à cette double cérémonie, le costume qu'on avait adopté pour les novices et aussi celui des futures professes, que seule Sœur Catherine-Aurélie devait revêtir pour l'instant. Pour être secondaire, la question du costume a pourtant son importance. Dans ses magnifiques cérémonies, si parlantes et si émouvantes, l'Eglise ne s'en désintéresse pas. Elle sait que le peuple aime les déploiements extérieurs et qu'il est touché parfois jusqu'au cœur par la pompe des vêtements sacerdotaux ou pontificaux,

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tout autant que par l'ampleur et la magnificence des gestes d'adoration ou de bénédiction. Un beau costume, modeste sans doute, mais expressif, donne du cachet à un ordre religieux. Le large manteau et la robe blanche du Dominicain, par exemple, le posent bien en chaire et le crucifix apparent de l'Oblat missionnaire a lui aussi son éloquence. Le costume adopté par les Sœurs du Précieux- Sang, et pour les novices, et pour les professes, est vraiment beau et plein de sens. Il parle au cœur en même temps qu'il parle aux yeux. Le Livre d'or nous en donne la description, que nous nous reprocherions de ne pas transcrire ici. " Le costume des novices, y lisons-nous, consiste en une robe et un manteau de say blanc, une guimpe et un bandeau de toile blanche, un voile en mousseline blanche sur le bord duquel est cousue, vers le haut du front, une petite croix en drap rouge, un scapulaire en say rouge, une ceinture sur la partie pendante de laquelle sont peints en blanc les instruments delà passion de Notre-Seigneur. Les novices portent en plus, attaché à la ceinture, un rosaire à gros grains, avec une tête de mort à l'une de ses extré cuites et, à l'autre, une médaille représentant le saint Sacrement et l'Immaculée Conception. Le costume des professes est le même que celui des novices, avec cette différence que le voile des premières, marqué de la croix rouge, au lieu d'être en mousseline blanche, est en étamine noire, et que les professes portent en plus des novices une croix d'argent renfermant des reliques et, au doigt, un anneau d'argent." Qu'on nous pardonne de le répéter, ce costume est vraiment beau et imposant- Ce rouge qui tranche sur le blanc, par le scapulaire s'ouvrant sous le manteau et par la petite croix de sang qui signe le front, n'a pas besoin qu'on explique ce qu'il veut dire ! Rarement un costume s'est trouvé plus expressif et plus éloquent. C'est ce costume, celui des novices d'abord, puis celui de la professe, que, en cette matinée du 14 septembre 1863, Mgr Bourget allait bénir et imposer à l'heureuse Mère et à ses non moins heureuses filles.

Le 14 septembre 1801, c'était, nous l'avons dit en son temps, un costume provisoire qu'on avait adopté pour les quatre premières postulantes. Celui que nous venons de décrire ne fut revêtu par les mêmes que ce 14 septembre 1863. Dès que le saint Sacrement eut été déposé dans le tabernacle du nouveau monastère, Soeur Auréïie et ses trois compagnes de la fondation vinrent s'agenouiller aux pieds de Mgr Bourget et solliciter pieusement d'être admises à prendre le saint habit des novices. Sur un signe de l'évêque officiant, aussitôt qu'il eût béni les diverses parties du costume, les postulantes allèrent à l'écart se vêtir des habits qu'elles ne devaient pas recevoir à l'autel. " La maison était si littéralement remplie, raconte l'annaliste, que nous eûmes peine à trouver un petit coin pour revêtir notre Mère et ses compagnes et qu'il fallut qu'elles fussent profondément absorbées pour ne point remarquer, à leur retour au sanctuaire, la curiosité qu'elles excitaient. La foule des personnes présentes se coudoyait, se heurtait, s'étouffait presque, pour les voir entrer, et l'on avait peine à retenir un cri de surprise en voyant pour la première fois ce costume blanc et rouge qu'on trouvait à la fois si étrange et si beau. Notre Mère et ses compagnes furent portées plutôt qu'elles ne marchèrent jusqu'au pied de l'autel. C'était bien le seul endroit du monastère où l'on put, ce matin-là, respirer un peu librement. Toutes les autres pièces, les galeries et les fenêtres, tout était encombré, à un tel point, que l'une des postulantes, en voulant se faire une issue à travers tout ce monde, perdit un de ses souliers ! " On parvint toutefois à se placer convenablement. Mgr Bourget donna à chacune des quatre heureuses fiancées de Jésus le scapulaire rouge et le manteau blanc. Puis, à chacune, selon le cérémonial adopté, il remit un cierge allumé, et enfin, à chacune encore, il imposa son nom de religion.

Si connus soient-ils, ces détails méritent d'être enregistrés ici et conservés à l'histoire. En donnant le scapulaire rouge, Monseigneur

disait: " Recevez, ma fille, cet habit, qui doit vous rappeler sans cesse le sang de Jésus-Christ que vous faites profession d'honorer d'un culte spécial. Regardez-vous comme imprégnée de ce sang précieux et que le souvenir de l'affection que Jésus vous a témoignée en le versant vous embrase du feu de son amour." En donnant le manteau blanc, l'évêque disait: " Fille de Marie Immaculée, vous devez imiter votre mère dans sa pureté. Les vierges qui suivent l'Agneau sans tache seront vêtues de blanc. Recevez, ma fille, ce vêtement blanc pour marque de la pureté du cœur que vous conserverez toujours sans tache, afin que, lorsque les noces de l'Agneau seront venues, vous y soyez introduite avec la robe nuptiale et que vous ayez le bonheur de le suivre partout dans ses démarches éternelles." En remettant à chacune le cierge symbolique. Monseigneur disait : " Recevez, ma fille, la lumière du Christ en signe de votre immortalité, afin que, morte au monde, vous viviez pour Dieu. Levez-vous du milieu des morts et le Christ vous illuminera ! " Enfin, en imposant à chacune des quatre son nom de religion, Mgr l'évêque ajoutait : " Celui qui sera victorieux, dit Notre-Seigneur, recevra de moi un nom nouveau. En voici un, ma fille, qu'il vous donne, pour vous obliger à être victorieuse du démon, du monde, du péché et de vous-même. Ainsi, au lieu de vous appeler Mlle Catherine-Aurélie Caouette, .vous vous nommerez désormais Sœur Catherine- Aurélie-du-Précieux-Sang ; au lieu de vous appeler Mlle Elizabeth Hamilton» vous vous nommerez désormais Sœur Elizabeth-de-l'Immaculée- Conception ; au lieu de vous appeler Mlle Sophie Raymond, vous vous nommerez désormais Sœur Sophie-de-l'Incarnation ; au lieu de vous appeler Mlle Euphrasie Caouette, vous vous nommerez désormais Sœur Euphrasie-de-Saint-Joseph."

Le Livre d'or ne mentionne pas que Mgr Bourget, ou quelque autre, ait prononcé une allocution. Nous savons seulement, nous l'avons noté, que M. Billaudèle avait prêché à la bénédiction de la

cloche qui précéda la cérémonie de cette inauguration du monas' tère blanc et de cette première vêture. Il nous semble bien qu'en plus le digne évêque de Montréal n'eut pas de peine à dire, avec cette onction qui caractérisait sa parole, le mot de circonstance qui convenait. Peut-être attendit-il après la cérémonie de la profession de Sœur Catherine-Aurélie-du-Précieux-Sang, qui devait suivre immédiatement. Les quatre novices, dit sobrement le compte rendu que nous reproduisons, se retirèrent du sanctuaire en chantant le répons Rcgnum mundi, qui peut se traduire comme suit : " J'ai méprisé le royaume du monde et la pompe du siècle pour m'attacher à Jésus-Christ."

La prise d'habit des quatre premières novices étant ainsi faite, la cérémonie de la profession de la fondatrice succéda. Dès que le chant du Regnum mundi fut terminé, Mgr Bourget se tourna vers la grille du chœur et appela Sœur Catherine-Aurélie-du-Précieux- Sang, en se servant du mot des saints livres : " Épouse du ChriaL venez — Veni, sponsa Christi."' Elle répondit de même : " Voici que je me rends de tout mon coeur — Elnunc sequor intoto corde.'' Tout avait été prévu pour donner beaucoup de solennité à cette partie sans conteste la plus importante de la cérémorie, et c'est accompagnée de pas moins de trois supérieures de communautés, Mère Saint-Bernard, de la Congrégation de Notre-Dame (Monttéal), Mère Saint-Célestin, de la Présentation de Marie (Saint- Hyacinthe), et Mère Jauron, de l'Hôtel-Dieu (Saint-Hyacinthe), que Sœur Catherine-Aurélie-du-Précieux-Sang entra de nouveau au sanctuaire et vint s'agenouiller aux pieds du pontife. Dans l'assistance nombreuse et distinguée, outre le prélat officiant, Mgr Bourget, on remarquait, à ce moment, Mgr LaRocque, M. le grand-vicaire Raymond, M. le grand-vicaire Billaudèle, supérieur de Saint-Sulpice, M. le grand-vicaire Caron, des Trois-Rivières, et M. l'archiprêtre Moreau, futur évêque de Saint-Hyacinthe. Bientôt s'engagea entre l'évêque officiant et la novice le dialogue magni-

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fique, adopté pour la circonstance, qu'on n'entend jamais, dans les professions religieuses, si on a vraiment la foi, sans une réelle émotion. " Ma fille, dit Monseigneur, que demandez-vous ?" — " Monseigneur, répond Sœur Catherine-Aurélie, je demande à être admise à la profession religieuse dans cette nouvelle institution dédiée au Précieux Sang de Jésus-Christ et à l'Immaculée Conception de Marie." — " Avez- vous sérieusement pensé à ce que vous demandez, reprend l'évêque, et vous êtes-vous bien éprouvée vous-même pour connaître si vous êtes véritablement appelée à un si saint état ? Vous aurez à vous imposer toutes sortes de privations, à vous immoler sans cesse. Il s'agit de faire un choix qui regarde tout le temps de votre vie et d'où dépend votre éternité. Vous êtes encore libre. . . Voyez, avant de vous engager, si vous aurez le courage de persévérer jusqu'à la mort dans le genre de vie que vous voulez embrasser ? " — " Oui, Monseigneur, répond avec fermeté la novice, je veux, en faisant mes vœux de religion, consacrer ma vie au culte du Précieux Sang de Jésus et à celui de Marie Immaculée. Je veux me faire victime pour manifester mon amour à mon Sauveur et pour procurer le salât des âmes. Je désire monter au calvaire et m'associer aux souffrances du divin Rédempteur, embrassant pour cela tous les sacrifices imposés par l'état de perfection que je veux suivre. Connaissant mon indignité, mon extrême bassesse et mon peu de fermeté, je me défie de moi-même ; mais j'attends tout de celui pour qui je quitte tout. J'espère qu'il «n'accordera la grâce de persévérer dans le saint état auquel je crois qu'il m'a appelée." Nous avons vu précédemment que, pour la première prise d'habit, le 14 septembre 1861, c'est la fondatrice elle-même qui avait rédigé les réponses à faire au questionnaire de l'évêque. Il n'est dit nulle part qu'elle l'ait fait aussi pour la cérémonie de sa profession. Mais il nous paraît bien qu'on la reconnaît à son style, toujours ardent, un peu chargé, si plein d'humilité pourtant et si vivant de foi et de piété.

Quoi qu'il en soit, ces belles réponses étant données, l'évoque oflBciant, Mgr Bourget, prononça : " Puisque vous persistez dans votre bonne volonté, il vous est permis, ma fille, d'accomplir ce que vous avez résolu." Tous alors s'agenouillèrent et l'évêque entonna le chant des litanies des saints. Suivant l'usage, vers la fin, se tenant debout, mitre en tête et crosse en mains, il bénit à deux reprises la future professe. L'un des prêtres assistants exposa ensuite le saint Sacrement dans l'ostensoir, pendant que le chœur chantait le motet dont s'accompagne d'ordinaire l'émission des vœux : " Je rendrai mes vœux à Dieu, en présence de tout le peuple, dans les parvis de la maison du Seigneur." Sœur Catherine- Aurélie-du-Précieux-Sang prononça ensuite solennellement ses vœux, qu'elle signa immédiatement au pied même de l'autel. Puis, le saint Sacrement ayant été replacé dans le tabernacle, ce fut la bénédiction et, enfin, la tradition du voile, de la croix et de l'anneau d'argent, que porterait désormais la nouvelle professe. En donnant le voile, le prélat dit : " Recevez, ma fille, ce voile sacré qui exprime que vous méprisez le monde et que vous voulez être unie entièrement et uniquement à Jésus-Christ." La professe se levant reprend : " Il m'a mis un signe sur la face afin que je n'admette pas d'autre amant que lui." En donnant la croix, l'évêque prononce : " Ma fille, recevez la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ et portez-la sur votre poitrine comme un bouclier destiné à vous préserver des traits de l'ennemi des âmes. Les saintes reliques qui y sont enfermées serviront à vous encourager dans la lutte en vous rappelant les combats des saints et leurs triomphes." La professe prend la croix, la baise, se lève et dit : " La croix sera ma force et ma consolation, car par elle je serai unie à mon bienaimé." Enfin, l'évêque, ayant mis l'anneau d'argent à l'annulaire de la main droite de la professe, lui explique : " Ma fille, recevez cet anneau comme signe de votre alliance mystique avec le céleste époux des vierges. Portez-le toujours à votre doigt comme un gage

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de l'amour qui doit vous unir à Jésus dans la religion pour se consommer dans le ciel." La professe se levant derechef dit encore : "Je suis l'épouse de celui que les anges servent et dont les cieux admirent la beauté. Comme un gage de foi, il m'a donné son anneau." Pour tout terminer le chœur chanta l'antienne Vent sponsa Christi, qu'on peut traduire : " Venez, épouse du Christ, recevoir la couronne que le Seigneur vous a préparée pour l'éternité." Et l'évêque, mettant une couronne de roses blanches sur la tête de la nouvelle épouse de Jésus, ajouta : " De même que vous êtes couronnée par nos mains sur la terre, ainsi puissiez-vous mériter d'être couronnée de gloire dans le ciel par le Christ votre époux ! " De sa voix douce et sympathique, la nouvelle professe chanta encore la belle prière Ahsit mihi — "A Dieu ne plaise que je me glorifie en d'autre chose que dans la croix du Christ ", et Mgr Bourget entonna le Te Deum. La cérémonie de profession était terminée.

Ces paroles et ces cérémonies, remarque le Livre d'or, sont demeurées en usage dans l'Institut, à une exception près. En recevant le voile symbolique, la fondatrice avait dit ces paroles extraites de Vofice de sainte Agnès, la douce vierge romaine : " Il m'a mis un signe sur la face afin que je n'admette point d'autre amant que lui." Aujourd'hui l'on dit". . . afin que je n'admette point d'autre amour que le sien." C'est Mgr Charles LaRocque qui a voulu ce changement. Il jugeait sans doute que la première formule était trop ardente. Mais, sans vouloir discuter l'acte d'un supérieur, il nous semble que cette expression tirée de l'oflâce d'une sainte martyre, qu'on sait être la gloire des âmes pures, et qui évoque presque le langage du Cantique des Cantiques, se pouvait parfaitement justifier.

L'œuvre du Précieux-Sang était désormais solidement assise et fondée. Les trois compagnes de Sœur Catherine-Aurélie-du- Précieux-Sang, nous voulons dire Sœur Élizabeth-de-l'Immaculée- Conception, Sœur Sophie-de-l'Incarnation et Sœur Euphrasie-de-

Saint-Joseph, ne devaient prononcer leurs vœux que le 8 décembre suivant, le jour de l'Immaculée Conception. Mais, dès la profession de la fondatrice, on peut dire que l'œuvre était assurée de vivre. Jusque-là, faute d'un local suffisamment vaste à la maison CaouettCt il n'y avait pas eu de salle de noviciat et Sœur Catherine-Aurélie avait rempli les fonctions de maîtresse des novices pour toutes les Sœurs indistinctement. Quinze jours après la double cérémonie de prise d'habit et de profession que nous venons de raconter, le 29 septembre 1863, en la fête de saint Michel, le noviciat était régulièrement ouvert au blanc monastère et il était placé sous la direction de Sœur Élizabeth-de-l'Immaculée-Conception. Le 1er novembre, jour de la Toussaint, trois postulantes, entrées quelques semaines après la fondatrice, étaient admises à la vêture et au noviciat. Le 8 décembre, jour de l'Immaculée-Conception, avec les trois premières compagnes de Sœur Catherine-Aurélie, ces dernières novices faisaient leur profession, et, le même jour, une autre postulante prenait le saint habit. De telle sorte que, à la fin de 1863, la nouvelle communauté comptait sept professes et une novice. . De plus, neuf postulantes déjà avaient été admises au monastère blanc, qui se préparaient à suivre l'exemple de leurs devancières. On peut l'affirmer sans crainte, c'était un beau succès. L'avenir s'annonçait prospère. Suivant le mot des lettres saintes, ce premier germe de plant religieux était riche de promesse — spes erat in semine.

Peu de jours après celui, si grand pour l'institut, du 14 septembre 1863, Sœur Catherin e-Aurélie-du-Précieux-San g, au comble de la joie, mais toujours désireuse de souffrir et de s'immoler, écrivait à Mgr LaRocque une lettre que nous tenons à reproduire, au moins partiellement, à cet endroit de notre récit où elle se place naturellement, parce qu'elle dit très bien, cette lettre, dans quels nobles sentiments, étonnants pour la faible nature, mais si hauts et si élevés, l'âme de notre héroïne savait se garder. " Dieu seul

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suffit, disait un jour Mgr d'Hulst, c'est un malheur de l'ignorer et c'est une béatitude de l'apprendre et de le comprendre ! " Dieu seul suffisait à la jeune supérieure, et c'était surtout le Dieu du calvaire qu'elle aimait et qu'elle recherchait. Ce fut sa grande béatitude de le comprendre et de le faire comprendre. Voici donc ce qu'au lendemain de sa profession, elle écrivait au digne évêque qui avait fait naître son institut. " Aujourd'hui enfin, Monseigneur et bien cher Père, je cède aux sollicitations de mon pauvre cœur . . . C'est pour vous parler de ce que j'aime, pour vous faire part de mes impressions, pour vous inviter à venir avec moi vous plonger dans le sang de Jésus ... Je ne sais si je m'illusionne, mais il me semble que mon plus grand désir serait de vivre crucifiée avec Jésus ... et que je ne trouve de vrai repos que dans l'humiliation et l'oubli. . . Mon âme, malgré ses misères et son orgueil, aspire au mépris, elle en est avide et voudrait en être constamment nourrie. D'ailleurs, une force puissante l'entraîne quelquefois comme malgré elle aux festins du calvaire. Elle se voit plongée dans des abîmes d'humiliations si profondes qu'il lui paraît impossible de se tirer de là . . . Elle reçoit des impressions de douleur si fortes qu'il lui faut la force même de celui qui les lui envoie pour qu'elle soit capable de les supporter. . . Plus nous aurons aimé ici-bas par la patience et la résignation, plus nous aimerons là-haut et plus nous pénétrerons dans le cœur du bien-aimé Sauveur. . . " Et puis, tout de suite, audace vraiment étonnante chez une professe toute nouvelle et pourtant très modeste que seul peut expliquer son sentiment religieux profond jusqu'à la naïveté, elle entreprend, dans la suite de sa lettre, d'exhorter son évêque, son supérieur et bien cher père en Dieu ! " Souffrons donc avec amour, écrit-elle» les peines de l'esprit et les angoisses de l'âme! Vous surtout, mon très cher Père, réjouissez-vous de ce que la peine vous poursuit sans cesse ! Bénissez le Seigneur de ce qu'il vous a fait le martyre de Tépiscopat ! N'oubliez pas qu'à chaque torture de votre âme doit

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correspondre une félicité éternelle. Chérissez vos craintes, vos ténèbres, vos amertumes ! Avant de passer dans votre âme, elles ont toutes passé dans celle du divin modèle qui les a toutes empourprées de son sang précieux. Ah ! que la souffrance est précieuse aux yeux du Seigneur et chère à l'âme chrétienne quand elle la reçoit ainsi imprégnée du sang de la victime d'amour !. . . Dans le plus fort de nos angoisses, aimons à nous rappeler que ceux qui souffrent davantage sont les plus chers amis du Sauveur . . . Résignons-nous à tout, abandonnons-nous avec confiance aux flots du sang de Jésus ! Je demande à Dieu que votre pensée et votre affection vous reportent sans cesse en cette source de paix où vous puiserez à long traits le breuvage qui désaltère, qui guide. . . Aspirez-le sans cesse (ce breuvage), respirez-le, . . Servez-vous-en souvent et distribuez-le aux autres sans épargne, mais avec une profonde humilité, une foi vive, un amour ardent. . . Appliquez-le surtout bien souvent à l'âme de votre pauvre petite enfant, qui en fait sa vie et ses délices ..."

Ces sentiments élevés et si édifiants, la direction spirituelle, si fortement nourrie de doctrine, de M. Raymond, ne contribuait pas peu sans doute à les entretenir dans l'âme de la jeune supérieure. Le 6 octobre 1863, il lui écrivait : " Il vous faut la santé, ma chère fille, demandez-la avec instance et prenez garde de ne rien faire qui l'altère. Il vous faut une forte conviction que tous vos moments sont précieux à cause des importantes fonctions que vous avez à remplir. Priez donc le Seigneur de vous inspirer à chaque moment ce que vous avez à faire, soit en actes à l'égard de vos sœurs, soit en sentiments et prières à son égard. Vous avez encore à vous maintenir dans la persuasion que vous êtes, malgré votre bassesse, singulièrement aimée de Dieu et choisie pour faire honorer le sang de Jésus. Rendez donc amour pour amour ! Croyez, espérez, brûlez et faites brûler. . . N'oubliez pas que vous êtes appelée à travailler à ma sanctification et que je suis appelé, moi, à vous diriger dans les

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voies de la sainteté. Je sens mon incapacité, mais Dieu m'aidera. Il veut faire sentir sa force dans notre faiblesse. Courage donc et zèle pour le Précieux Sang, pour faire apprécier l'excellence de la sublime virginité, pour faire des élus ! . . . La grâce ne vous manquera pas. Mais, ne perdons pas une des faveurs du ciel. Le temps passe, l'éternité s'avance. A l'œuvre pour le sang qui nous a rachetés et qui doit faire notre bonheur dans l'éternité !. . ."

A l'œuvre, la fondatrice, on peut l'affirmer, l'était depuis longtemps. Mais la Providence avait voulu qu'elle y fut mise surtout, pour la gloire du Précieux Sang, en cette année de grâce 1863 qui allait bientôt s'achever et au cours de laquelle elle s'était enjBn coDsacrée à Dieu définitivement. Ce grand bonheur, qui réalisait le rêve de son enfance et de sa jeunesse, elle le devait d'abord à son prudent et sage directeur, M. Raymond. Elle le devait aussi, dans une très large mesure, à Mgr LaRocque, qui, par son autorité épiscopale, avait pu et avait bien voulu donner la vie canonique à son institut. Au dernier jour de l'année, le 30 décembre 1863, elle lui écrivait en son propre nom et au nom de ses filles ; " Conviées par la douce voix du blanc petit Jésus de Noël, Monseigneur et très vénéré Père, nous venons, auprès de Votre Grandeur, lui offrir, dans notre humilité, l'ancienne mais pour nous toujours nouvelle expression de nos souhaits et de nos vœux reconnaissants. Il faudrait une plume plus digne et plus habile à s'exprimer que la mienne, ô notre Père, pour vous redire ce que la vue de vos bontés de chaque jour produit dans les cœurs aimants de vos petites filles. D'un commun élan, elles se jettent dans votre cœur, vraie source d'ardeur, et elles y jettent avec elles leurs hommages de vénération et d'entière soumission, comme aussi les vœux brûlants qu'elles ont formés pour vous auprès du mystérieux berceau de l'Enf ant-Dieu . . . Bon et digne Père, que nous vous coûtons de sollicitudes et de perplexités ! Nous savons bien que votre âme est souvent ballotée par la crainte de nous voir infidèles. Mais, si vous

écartez pour nous les chardons et les épines qui se rencontrent sur la route de la vie où on ne paraît qu'un instant, ne gravirons-nous pas avec joie la montagne de la myrrhe et n'atteindrons-nous pas le degré de sainteté où Dieu nous appelle? Ah ! oui, ah ! oui, les germes des vertus que vous jetez dans nos âmes porteront leurs fruits. . . La semence féconde mûrira sous l'influence du sang ! Vos filles, zélé prélat, animées par la flamme d'amour qui consume votre cœur pour Jésus, croîtront de grâce en grâce et deviendront de dignes hosties de louanges ! . . . Que la pure Marie, suppléant à notre dénûment, vous apporte sous son aile maternelle quelques présents du ciel ! Que sur vous Dieu verse des grâces de choix et de prédilection ! Qu'il vous donne un rayon de la félicité des élus, l'amour brûlant des séraphins, l'abondante effusion de son esprit tout divin ! . . Vivez encore de longues années pour la gloire du Précieux Sang et le bonheur des vierges qui lui sont consacrées et toutes dévouées ! Sous votre main bénissante, nos têtes sont humblement courbées pour recevoir mille bénédictions."

De ses bénédictions, comme de ses pieux conseils, Mgr LaRocque, on le sait déjà, n'était pas avare pour les vierges du Précieux- Sang, ces brebis préférées de sa bergerie pastorale. Tout comme M. Raymond, il leur prodiguait les unes et les autres. Il leur confiait même l'honorable mission de prier et de s'immoler pour les fidèles du diocèse, et, en particulier, nous ne l'écrivons pas sans émotion, pour les membres de son clergé. Au cours de la retraite des prêtres de Saint-Hyacinthe, qui eut lieu l'été suivant, en août 1864, il écrivait à la fondatrice une lettre à ce sujet bien significative. Nous ne saurions mieux clore ce chapitre qu'en la reproduisant dans son texte intégral. Elle pose, en effet, en termes fort justes, l'utilité dans l'Église de Dieu d'une œuvre expiatrice et réparatrice. Elle est datée, cette lettre, du 29 août 1864, et du collège (où l'on était en retraite), que Monseigneur appelle le cénacle. " Ma chère fille, écrit-il, vous et vos religieuses vous priez pour moi, j'en suis sûr,

MERE CATHERIXE-AURELIE

VOUS priez pour tous les retraitants. Mon cœur me fait néanmoins prendre la plume pour vous dire : " Oh ! priez, priez beaucoup ! '* Que d'outrages seront épargnés à notre Jésus et que ses souffrances, son sang et son amour seront mieux appréciés, si tout le clergé sort de retraite embrasé du feu sacré pour aller l'allumer aux quatre coins du diocèse! Priez, priez, chères enfants ! Levez vers votre Jésus, prisonnier d'amour au tabernacle, vos mains de vierges et d'épouses bien-aimées. Il ne saurait rien vous refuser. . . Toutes ensemble, importunez sa bonté et sa miséricorde. . . Mais voici surtout l'heure propice. Minuit sonne ! Les vierges amoureuses se rendent avec hâte au lieu où elles vont prouver à Jésus leur dévouement. . . C'est l'heure réparatrice ! Entendez-vous, ô tout bon Jésus, cette prière gémissante ? . . . Oh ! oui, vous l'entendez et vous l'exaucez. Je l'espère, je le crois !. . . Heureuses enfants de la douleur, de la componction et du sacrifice, que ne puis-je vous être uni, toutes les nuits, à minuit, à l'heure réparatrice ! Je le souhaite. La jalousie dévore pieusement mon âme. C'est trop de bonheur pour que vous en jouissiez seules !. . . Le sentiment m'égare, mon cœur est inondé ! J'aime mes enfants, et, dans la chaleur de ma tendresse toute spirituelle, je veux travailler sans relâche à en faire des anges dans le cloître, afin de les contempler, parmi les anges du ciel, dans les jours sans fin de l'éternité bienheureuse ... Il est tard, adieu. Que mon bon ange aille vous dire le reste ! Et puis, qu'il vous endorme en vous berçant dans la paix et la félicité du cœur ! "

En vérité, en vérité, nous osons le dire comme nous le pensons, saint Jean de la Croix parlait-il autrement à la grande sainte Thérèse ?

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