I. Quinze ans d'éducation, p. 2 o, Delagrave
des internes qui, dans une certaine mesure^ est exposé à n'avoir que l'internat qu'il mérite. C'est pourquoi, de préférence c'est aux mères et aux fils que nous nous adressons.
Avec les rc'présentants les plus autorisés des sciences naturelles, de la biologie et de la sociologie, nous croyons que la nature a fait l'humanité par la femme et par l'enfant. Au cours de ce livre, nous reviendrons bien des fois sur cette idée que notre titre résume et condense en deux mots. Dès maintenant nous l'exprimons fortement, afin qu'on sache pourquoi nous avons résolu de parler surtout aux mères et aux fds. A ceux qui ont commencé l'humanité, à la mère qui nourrit, à l'enfant qui relient la mère près de lui, l'oblige à lulternon pour sa vie à elle, mais pour sa vie à lui; à ceux qui ont créé ces quatre vertus : la patience, la sympathie, la sollicitude, la tendresse, à ceux-là surtout incombe le soin de maintenir l'humanité, de la développer, de l'enrichir, de l'ennoblir. C'est aux mères et aux enfants qu'il faut confier l'évolution de notre race. Au lecteur que surprendrait celte vue, nous nous permettons de conseiller l'étude préalable de quelques ouvrages; sans ces' guides, l'éducateur de profession ou les parents risquent d'aller au hasard et de prolonger, au détriment du progrès, les démarches incertaines,.
les échecs, les malfaisances de Tempirisme et de la routine. Nous signalons simplement la Femme dans l'histoire, de M. Gaston Richard, et The Ascent of Man, du célèbre biolog-iste écossais > Henry Drummond ' .
Enfin, il est peut-être sag^e, pour chercher le remède, de remonter à une des sources du mal.
Par vanité, par délicatesse mal entendue ou par tendresse aveugle, des mères gâtent, au sens propre du mot, de"; jeunes gens qui, sans elles, deviendraient d'utiles citoyens. C'est cela justement cpie ces mères ne veulent j)as. 11 leur semble que leurs enfants ne sont point faits pour les carrières actives, pour la vie normale, complète, haute, pour la vie qui comporte luttes et risques, qui se soumet à des préceptes rigoureux, qui a pour règle le travail et pour but le bien de tous. Gomme cette mère qui, dans une pièce d'Emile Augier, s'efforce d'éteindre les nobles aspirations d'un jeune homme ardent et généreux, elles soufflent sur les aspirations, sur renlhousiasme, sur l'idéal; elles répri-
I. Le livre de M. G. Richard fait partie de la i*emarquable Bibliothèque biologique et sociologique de la femme, 1909, publiée chez Doin, sous la direction du docteur Toulouse. L'ouvrage de H. Drummond a été traduit en français sous le litre L'Evolution de l'homme; Saint-Biaise, Foyer solidariste^ Suisse, 1909.
ment les élans, elles rapetissent les cœurs et elles les glacent, elles coupent les ailes. Pour l'écolier qu'elles confient à l'internat public ou privé, elles ne rêvent ni le génie, ni la gloire, ni la joie d'accomplir une tâche utile, mais l'oisiveté du rentier, les plaisirs du mondain, ou une position tout de suite acquise par le savoir-faire, non par le mérite et l'elFort, et — couronnement de cette existence engourdie, inféconde — un riche mariage. Ces mères ne sont pas dans la tradition française, ni dans la loi de l'humanité. Ce sont des marâtres. Les vraies mères sont celles qui, avant de nous envoyer leurs fils, leur ont enseigné en d'inoubliables leçons le dévouement, l'enthousiasme, la fierté du cœur, toutes les puretés, toutes les beautés, toutes les grandeurs. Voilà les mères qu'il faut à nos internes.
PREiMIERE PARTIE
La famille d'aujourd'hui.
Jamais l'internat ne fut plus souhaité ni plus nécessaire. On l'attaque, un peu à la légère, sans donner de raisons, comme Legouvé qui, déjà en 1886, écrivait : « L'internat est aujourd'hui l'objet des plus vives attaques, et personne n'a le droit d'en parler avec plus de ressentiment que moi : j'ai été interne quatorze ans! Eh bien, je lui pardonne tout'... » On le condamne et on l'exig-e, on en use, on en. abuse. Pour le bien de la société française, — j'ose l'affirmer, — s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.