‹ Meres et fils. --Chapitre 21 sur 84 · I. Pécaut, Quinze ans d' éducation , p. l\t · texte numérisé non relu

I. Pécaut, Quinze ans d' éducation , p. l\t

culture qui dispose à l'analyse incessante du moiy aux sentiments tendres ou de sociabilité raffinée et de caste, à une mentalité distinguée, à une esthétique. Par là, prendre pied dans la réalité contemporaine, s'établir dans l'humanité simple, populaire, mettre de plain pied l'éducation et la vie, tirer en haut l'esprit et l'àme de nos élèves, mais sans perdre de vue la terre, sans rompre les communications avec la foule ni avec la nature... » Ces conseils à l'adresse de l'école primaire semblent une critique à l'adresse de l'enseignement qui pendant tant d'années s'était appliqué à rompre toutes les communications avec la foule, la nature, la famille, à isoler l'enfant de tous les milieux où il aurait appris le mieux son futur métier d'homme, de père, de citoyen. Les conseils de Pécaut sont précieux pour combattre ce qui a^ été la grande erreur de l'internat jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle.

Qu'a fait l'Université pour corriger cette erreur?

A partir de i863, à partir du ministère Duruy, l'Université a poursuivi une série de réformes, tendant toutes à mettre son outillage, son organisa-

lion et ses services en rapport avec les nouveaux besoins du pays. Par des étapes successives, où la marche a été progressivement accélérée (création des cours spéciaux, 1847; enseig'nement spécial, i865 ; enseignement moderne, 1891 ; plan d'études de 1902), l'Université a fait dans ses programmes une place de plus en plus grande aux matières que l'enseignement classicpie ignorait ou dédaignait. Parallèlement, elle transformait sa discipline, ses traditions, son idéal. Tenant compte des deux faits qui dominent le dix-neuvième siècle, c'est-à-dire le développement des sciences et les progrès de la démocratie, elle a voulu que ses établissements fussent en mesure de préparer concurremment à la vie délicate du lettré, aux carrières libérales, aux fonctions publiques, au commerce, à l'industrie, aux devoirs du père de famille, à l'activité du citoyen. Elle s'est donc charg-ée d'enseig-ner, avec les langues et les littératures anciennes, la littéi'ature moderne, les langues vivantes, l'histoire, la philosophie, les sciences, les arts, l'économie politique, la morale sociale, la morale individuelle, et même, dans une discrète mesure, la technique de quelques métiers. Elle a rédigé à plusieurs reprises et publié ses vues sur le travail, la discipline, les récompenses et les punitions, sur les exercices physiques et les jeux, bref sur l'éducation physi-

que, intellectuelle et morale'. Et cet idéal qu'elle soumettait au jugement du public, elle s'appliquait, non pas seulement à le prendre pour guide dans ses efforts, mais encore à l'enrichir sans cesse et à le dépasser.

Sa clientèle lui a-t-elle su gré de ces chang-ements? a-t-elle approuvé, encouragé, soutenu les efforts de l'enseignement secondaire?

On a vu ce qu'était le collège vers i8i3 : une sorte de couvent où l'on enfermait des enfants déjà grands, presque des jeunes gens, qui, aux champs, dans la famille, dans la cité, avaient commencé l'apprentissage de la vie, et qui étaient enfiévrés par les passions de leur époque aussi bien que par l'exubérance d'une jeunesse que nulle contrainte n'avait jamais comprimée. Ils étaient à la fois farouches, comme des taureaux indomptés, et tendres parce qu'ils n'avaient quitté leur mère que pour des escapades en pleins champs, et que, après leurs jeux virils, ils venaient s'agenouiller à ses pieds, se blottir contre son sein, et, les yeux dans ses yeuX;, recueillir les douces paroles, les enseignements mêlés de caresses, répéter après elle

I. Voir notamment la belle publication du ministère Bourgeois, Instructions, programmes et rèç/lements, Im]irimerie nationale, 1890, et l'ouvrage de Marion, VÉduai/ion dans l'Université, Colin, 1892.

prières, chants et leçons. Le corps était robuste, l'esprit terriblement éveillé, actif, l'âme ardente, pure, ennoblie. L'œuvre était faite; le coUèg-e pouvait s'en désintéresser. Il ne prétendait qu'à discipliner, réduire rudement ces rudes indépendances; d'où la menace si souvent redite par le père : « Le collège te matera. » Il ne prétendait, et c'est tout ce que lui demandait sa clientèle, qu'à faire achever quelques études très générales dont les humanités latines étaient le fond.

Mais le siècle voit s'accomplirdans toutes les parties de la vie nationale les {)his surprenantes transformations. Les sciences prennent un essor merveilleux ; les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie étendent leur domaine si étroit jusqu'alors et envahissent, pour le transformer, l'empire de la routine. Industrie, agriculture, commerce, arts, histoire, philosophie, littérature, politique, tout dans le monde se trouve soudain renouvelé, vivifié. Les découvertes, les inventions, les recherches des explorateurs, des archéologues, des penseurs changent la face de la planète, les rapports des peuples, la vie intérieure des nations et jusqu'au rythme traditionnel des occupations domestiques.

Dans le premier chapitre nous avons exposé en quelques mots ce que l'évolution, singulièrement

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précipitée par ce siècle novateur , a fait de la famille ; nous n'y reviendrons pas ; mais nous relèverons une contradiction. Dans une partie de cesfoyers, que le progrès a bouleversés, va se produire une manifestation, au premier abord incroyable, de résistance ou même de réaction.

Ebranlée, soulevée moins par les révolutionspolitiques que par les révolutions économiques, la société française voit auii^^menter sa richesse; la clientèle du collège soudain se décuple. Des enfants- (jui jadis auraient été employés dans l'agriculture, le négoce, l'industrie, les métiers, sont confiés à l'Université. Ils feront leurs classes. Et les parentsde ces recrues ne croient jamais ni les confier trop tôt au collège, ni les lui laisser trop longtemps. Jamais ils ne jugent les programmes assez copieux,, jamais ils ne trouvent les matières inscrites dans les programmes ennuyeuses et inutiles; c'est contre leur gré qu'il faudra supprimer les vers latins. Jamais^ ils n'estiment avoir pris assez de précautions pour que leur enfant soit uniquement l'écolier. Promenades, congés, jeux, exercices physiques, que ne supprimeraient-ils pas, ces enragés, dans leur désir de tenir l'enfant à son bureau, un livre sous les yeux ou la plume à la main! Le collège, les mœurs le voulant, faisait jadis de l'interne un être d'exception, un reclus, mille fois |)lus « étudiant » que

son aîné qui souvent portait bien à tort ce nom. Aujourd'hui, c'est la famille qui impose au collège cette grande erreur. Le collège proteste^ corrige, réforme. Les familles résistent. Le collège égaie l'étude, embellit le dortoir, écourte les heures de classe, élague devoirs et leçons, multiplie les récréations, les promenades, les congés... Ah! si vous entendiez les doléances! Je vois souvent des parents , pères ou mères des camarades de mes enfants, se scandaliser de la liberté que je laisse à mon fils et à ma fille, des récréations que je leur ménage. Quoi ! vos enfants ne travaillent pas de une à deux! ni après le dîner! Ils passent le jeudi et le dimanche à la campagne! Pendant les grandes vacances vous ne leur faites rien faire ! .l'éveille le mien à cinq heures!... Vous êtes de la nouvelle école... » Et les lamentations commencent :

L'ordre est troublé par vous, le pouvoir se détend; Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête. Vous démolissez tout. . .

Ces mêmes parents, qui tiennent ce langage indigné, écoutez-les quand ils parlent entre eux. Que disent-ils?... « Oh! l'internat, quelle horreur ! » Et ils dévident une litanie de plaintes

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contre les locaux, le régime, la tradition, la discipline...

C'est à n'y rien comprendre.

Pour combattre la grande erreur de l'ancien internat, le collèg-e actuel ne cesse d'appeler à lui la famille et de se rapprocher de la cité. A lui seul, il l'avoue, et cet aveu est tout à son honneur, il ne saurait épanouir toutes les virtualités de l'enfant. Mais restât-il seul, il veut les épanouir. Son ambition est de rendre à la société de jeunes hommes aptes à faire en tout lieu leur partie, ardents à vivre une vie utile. Aussi son programme intelligemment élargi ne laisse rien en arrière : le €orps a sa part, l'esprit a la sienne, le cœur aussi €t la conscience. Dans la classe, où il installe les méthodes actives et qu'il transforme en laboratoire, dans l'étude, où le surveillant muet et menaçant est remplacé par le professeur adjoint qui offre son aide et ses conseils , dans la cour de récréation, au réfectoire, au dortoir, où le surveillant d'internat , généralement jeune et laborieux, introduit la gaîté de son âge et l'exemple de ses studieux efforts, partout l'ambition de l'internat est d'exercer toutes les facultés de l'élève : l'imagination source des inventions et des découvertes, le sentiment source de la tendresse et du dévouemen.t, la pensée source de la morale, l'en-

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ihousiasme source de l'action. Enfin, ce qui est la plus chère préoccupation de l'internat d'aujourd'hui, il cherche à exercer le vouloir, non en pliant à l'obéissance, mais en habituant à la méthode. L'esprit de méthode est l'acquisition indispensable dont l'Université veut doter le collégien, afin que les autres puissances qu'il aura développées dans la maison d'éducation, la vigueur physique, l'intelligence, l'imagination, la sensibilité, l'héroïsme, restent toujours harmonieusement actives et fécondes.

Devant de telles conceptions, les parents s'effarent ! N'est-ce pas la fin de tout? Jadis on ne compliquait pas tant la besogne ! Le rudiment et le pensum suffisaient à tout. Où allons-nous avec ces inventions de pédagog-ues en délire?

La grande erreur de l'internat ne vient donc pas tant du passé que de ceux qui aujourd'hui recourent le plus aux services de l'internat. Elle est moins la faute héréditaire du collège que l'inconcevable méprise des parents qui se refusent à voir que l'enfant doit être élevé pour l'action par l'action, qu'il est nécessaire de l'instruire et de le moraliser par un constant commerce avec la nature, la famille et la cité. Le bannir jeune du logis et l'enfermer dans le collège, c'est lui ôter les plus efficaces moyens de faire l'apprentissage de la vraie

vie, de la vie qui détourne l'individu de l'égoïsme, des bassesses, des frivolités et le consacre au service de ses semblables.

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Le grand danger de l'internat d'autrefois.

On le pressent, le grand danger de l'internat doit sortir de sa grande erreur.

L'internat, tel que nos devanciers l'ont organisé, tel surtout que la clientèle actuelle voudrait le conserver, a le très grave défaut de s'adapter à la conception que cette clientèle se fait de la vie.

Quel est, en effet, l'idéal de ceux qui confient leurs enfants au collège? Est-ce la vie intense avec ses beaux risques, ses puissantes émotions, ses virils efforts? Non. Qui met ses enfants au collège rêve généralement pour eux l'avenir calme et assuré du fonctionnaire. Du jour où le père a remis son fils au proviseur, la paix entre en son âme. Il connaît les étapes et le but et le coût; il est comme l'expéditeur quand les messageries lui ont donné le récépissé d'un colis : il n'a plus à s'occuper de rien. Il y a bien quelques difficultés à craindre en cours de route, une ou deux douanes qui voudront regarder, examiner ; mais on sait des malices pour

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échapper aux douaniers ou modérer leur vigilance. Les douanes franchies, l'expédition s'achève toute seule ; à tel moment, le colis reçoit telle estampille, puis telle autre ; un coup de tampon, et c'est un grade, une promotion, une distinction honorifique ; enfin, le dernier cachet, l'ineffable arrivée à destination, la retraite. Pour dilater un cœur de père, connaissez-vous un sentiment qui vaille cette certitude : « Ce mioche de six ans, je n'ai qu'à le déposer là, au g'uichet de l'économe ; et dans quarante-quatre ans, s'il est dans le civil, il s'en ira tout seul, avec un beau certificat de vie, toucher au g'uichet du receveur le premier quartier de sa pension ! »

La machine qu'admire l'Américain, c'est celle qui reçoit un porc vivant et en quelques tours de volant rend trois quintaux de saucisses. Le Français réserve son admiration pour celle qui, avec un enfant, fabrique un retraité. Ayant celte machine, il la g-arde avec un soin jaloux. Il s'en moque, d'accord. Disons le mol plus vilain : il la blag'ue. Mais qui ne sait que la blag^ue, est, dans une bonne partie de la société française, le travestissement — doit-on ajouter : de bon g"oùt? — sans lequel certains sentiments n'oseraient se produire au grand jour ? Elle voile, elle excuse notre tendresse pour cette inestimable institution.

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Qu'un proviseur nous parle de mellre nos fils dans le commerce, l'industrie, l'agriculture, de les envoyer défricher nos colonies... « Mais, cher Monsieur, lui disons-nous, vous me croyez fou ou millionnaire ! » La clientèle de nos internats ne compte que gens fort sages. Si elle n'est pas richissime, elle est généralement aisée. Les moins fortunés visent les fonctions aussi bien que les plus riches, et voilà déjà de longues années que les patronats politiques augmentent par les bourses la troupe des chasseurs de places.

Un humoriste pourrait même aller jusqu'à trouver que certain internat, en dépit des efforts de ses novateurs, est la préparation idéale d'un personnel de fonctionnaires. « Cet internat, dirait-il, possède d'excellents procédés, par exem'ple, l'entraînement au rond de cuir : l'enfant est tenu assis sur des bancs de bois, matin et soir, durant plusieurs heures; il ne peut se lever sans autorisation;

— le sevrage du grand air et du grand jour : l'enfant est enfermé dans des salles sombres, les portes sont pleines, les fenêtres ont des allèges d'un mètre quatre-vingts, des ébrasements profonds, des vitres en bois; là où le verre est toléré, il est passé au badigeon; en quelques mois de cet entraînement le petit Français est mûr pour le bureau;

— l'assouplissement de la main : on fait écrire

des cours, copier, rédiger, recopier ; en quelques mois le sujet est au point : poignet infatig-able, écriture illisible ; — le déracinement systématique et prog-ressif, commençant par l'éloignement de la famille, ingénieusement achevé par le dortoir, le réfectoire, le numérotage niveleur, etc. ; le moyen est infaillible pour préparer à la table d'hôte, à la chambre garnie et pour transformer l'individu en rouag^e interchangeable. Le collèg^e possède encore les leçons-formalité , qu'on apprend en vue de les oublier; les devoirs-formalité, qu'on fait pour les remettre au professeur; les compositions-formalité, qui fournissent à l'administration des copies à mettre sous chemise et à conserver dans des cartonniers. Il possède les pensums, pour dresser à écrire sans penser à rien, et sans savoir ce qu'on écrit. Dans la formation du futur fonctionnaire, ce dernier exercice est le plus important. Bref, bâtiments, discipline, programmes, tout est combiné pour former de bons petits fonctionnaires, lymphatiques, ratatinés, casaniers, routiniers, paperassiers... »

L'Université se révolte depuis longtemps contre cette conception de l'internat ; une telle besogne lui répugne. Si sa révolte est ouverte, quels cris ! quelles menaces! « Je mènerai mon fds dans la maison d'en face. Elle le dressera mieux que vous,

et se chargera de son avenir. Vous ne garantissez pas même le baccalauréat. Là-bas on me le marierait avec une héritière ; et à trente-cinq ans il serait capitaine et aurait la croix. » Comme on vous la rejette dans l'ornière cette Université touche-à-tout, celte agitée qui ne sait pas ce qu'elle veut ! En sorte que si elle veut faire une toute petite réforme, elle est forcée d'agir en catimini, de se cacher comme pour un mauvais coup.

Pour cesser d'être un danger, il faudrait (jue î'internat allât bravement contre l'opinion; il faudrait qu'il refusât de donner à sa clientèle ce qu'elle réclame; il faudrait qu'avec l'aide des familles intelligentes, bien intentionnées, vaillantes — et il en existe — il achevât de se transformer en rejetant ce qui, dans les traditions, est principe de stérilité et de mort; il faudrait, et l'entreprise est aussi belle que difficile, qu'il refît l'éducation des familles ; il faudrait que le collège repoussât les exigences de ceux qui lui imposent de n'être qu'une administration, et qu'il devînt ce qu'il veut être, mais ce qu'il n'est pas encore assez: une puissance morale.

Nous avons vu ce qui se passait à l'aube du dixneuvième siècle. Virilement élevés par des mères à la fois vaillantes et tendres, qui, jour par jour, dans ces cœurs versaient leur cœur et leur âme

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dans ces âmes, les enfants faisaient durant douze à quatorze ans l'apprentissage de l'initiative, de la liberté, de la vie. Soudain l'internat s'emparait d'eux, les soumettait à un dur régime, lequel était le contre-pied de l'existence qu'ils avaient menée jusque-là. Le résultat était fort beau. Ne regardons pas aux illustrations qui, dans tous les domaines, abondèrent ; voyons l'ensemble des Français qui sortirent du collège de 1800 à 1860 environ : ils firent honneur au pays.

Peut-être une loi sociale veut-elle que l'éducation publique prenne ainsi le contre-pied de l'éducation privée; mais en sorte qu'il y ait, non pas conflit, mais complément.

Faute de savoir, de pouvoir, de vouloir, ou par mode, entraînement, nécessité, oubli du devoir, déplacement de l'idéal, beaucoup de parents ne font à l'enfant nulle place dans leur logis, dans leur existence, peut-être dans leur cœur. Alors, c'est au collège qu'il revient de se faire hospitalier, cordial, paternel; c'est le collège qui doit être l'asile, le foyer, le nid; c'est le collège qui doit donner au sentiment, à l'âme, à la conscience l'aliment qui ailleurs leur est refusé.

Si le collège, au cours du dix-neuvième siècle, a contribué par l'internat à répandre dans la société française le détachement de la famille, de la vie

intérieure, de l'action virile, du travail fécond et de l'effort moral, aujourd'hui, le collège, par l'internat, avec l'aide des mères, peut et doit réparer le mal auquel il a jadis travaillé, auquel il est contraint, bien malgré lui, à travailler encore.

Je n'attaque point le passé : il a fait le bien qu'il pouvait et j'estime lui avoir rendu justice. Mais il est temps qu'il n'empêche pas le présent d'accomplir le bien qu'à son tour le présent peut et doit faire. Le détachement, l'humilité, les vertus d'autrefois ont porté des fruits. Ces vertus ne sont plus les seules qui conviennent à une société qui veut vivre la pleine vie humaine.

Un grand évêque l'a dit il y a longtemps : « Il ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier. » Cette recommandation de Bossuet, l'ancien collège l'avait oubliée, tout le monde l'avait •oubliée; ils sont peu nombreux ceux qui commencent à s'en ressouvenir.

Des écrivains de talent, qui sont en même temps de bons citoyens, s'inquiètent de l'éducation nationale, et, dans le roman', par exemple, disent au

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