Nos enfants au collège, p. \l\i. Colin
3. Malapert, Aux jeunes gens. Colin; Max Nordau, Mensonges conventionnels, p. 289, Alcan. — Voir Gâche : Collégiens et familles, p. 172.
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entrait énervée, inexpérimentée, ou emportée d'une curiosité effrénée et mauvaise. Les adultes arrivaient tardivement à une saine conception de la vie ; ils la comprenaient et l'aimaient alors qu'ils n'avaient plus g^uère le temps et les forces de la vivre.
Par la survivance toute naturelle des traditions, sous l'influence encore très puissante des éléments conservateurs, paralysée par l'incurie, l'incompréhension ou les calculs de la plus grande partie de sa clientèle, l'Université a prolongé jusqu'à nos jours les errements de l'Ancien Régime, de l'Empire et de la Restauration. Aujourd'hui, ces errements sont partout condamnés, mais ils ne sont point encore partout abandonnés. Mais à qui la faute?
Quand le collège aura ouvert ses portes à la famille et à la cité, à la nature et à la science, alors, si vraimeiil les jeunes gens que nous rendons à la société sont mauvais, pauvres d'esprit, froids de cœur, mal adaptés à la vie, il sera légitime de signaler la déroute de l'éducation laïque. Jusque-là, il n'est permis de parler que de la grande erreur et du grand danger de l'internat d'autrefois, tel que nous l'ont transmis les mœurs, les idées, les besoins du passé.
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Jardin, Hall, Paradis.
Lorsqu'une famille change de log'ement, la mère entre en campagne. Elle ne ménage ni temps, ni {)eine. Elle court tous les quartiers où les gens de sa condition peuvent décemment habiter. Un agent de location n'est pas mieux renseigné : elle a visité toutes les maisons à écriteaux, elle sait les prix, les avantages, les défectuosités. Est-elle en quête d'un appartement de six pièces à un modeste quatrième étage? Elle ne s'en est pas moins fait ouvrir les appartements des premiers luxueux qui dépassent ses ressources : « On ne sait pas ; il faut toujours voir, cela donne une idée. » Quand le choix est à peu près fixé et qu'elle n'hésite plus qu'entre trois ou quatre maisons, elle va, revient, mesure, combine : c'est une affaire d'Etat.
S'agit-il de mettre l'enfant au lycée? il n'y faut pas tant de façons. La distance décide tout : on choisit la ville voisine. Le jour de la rentrée on conduit l'enfant, on l'enferme, et en voilà pour dix ou douze ans.
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Si l'établissement est neuf, intelligemment installé, c'est tant mieux. Mais c'est tant pis si le collège est un vieux couvent sombre, triste, malsain pour le corps et l'àme.
Si les mères étaient des mères, elles n'enfermeraient point leurs garçons dans le premier collège venu. Elles feraient des voyages, des enquêtes; elles chercheraient dans leur province l'établissement le plus moderne, le mieux tenu. Sans doute, il est plus avantageux de ne point éloigner l'enfant ; le voyage est moins fatigant et moins cher, et c'est une tranquillité d'esprit de savoir qu'en un cas pressant, il faudra à peine quelques heures pour ramener l'enfant ou pour se rendre auprès^ de lui. Mais est-il sage de tenir moins compte de -l'inévitable et du normal que du possible et de l'accidentel? En tout cas, si c'est une maladie que vous redoutez pour votre fils, qu'est-ce qui l'en défendra mieux : la bonne hygiène d'une demeure salubre, ou cette idée que, le mal une fois déclaré, vous arrivez quelques heures plus tôt au chevet du malade?
A la place des mères, avant de prendre une décision, j'écrirais à trois ou quatre chefs d'établissements, je leur demanderais un plan, une vue de leur lycée; je leur demanderais des renseignements sur l'emplacement, l'étendue, la disposition des
locaux. Le lycée est-il hors de la ville? ou dans la ville, et dans quel quartier? Combien peut-il recevoir d'élèves, combien en compte-t-il? Comment sont les dortoirs, à quel étage, combien y met-on d'enfants? Comment est la salle de bains, et de quel système? Comment est le réfectoire? et comment les études, et comment les cours de récréation ? Quels sont les jours de promenades? où va-t-on? sur les routes? Le lycée a-t-il une propriété aux champs pour y conduire les internes?...
Le proviseur, me dira-t-on, ne vous répondra pas.
Qu'en savez-vous?
Ou, s'il vous répond, il vous jettera de la poudre aux yeux
S'il ne répond pas, il sera jugé. Son lycée fùt-il admirable, je n'accorderai pas ma confiance à un homme qui veut toucher des appointements, mais se dispense de les gagner. S'il me jette de la poudre aux yeux, je n'en serai point dupe, car j'irai voir. Et si je m'aperçois que ses renseignements m'ont trompé, je me méfierai encore : à la tête d'une maison d'éducation, ce n'est point un charlatan que je veux.
— Vous voulez? Vous voulez?... Le métier d'administrateur serait joli s'il y avait beaucoup de parents qui vous ressemblent !
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J'ignore ce que serait le métier d'administrateur. Je sais ce qu'il est, quand les parents acceptent tout les yeux fermés, l'échiné basse.
J'ai sous les yeux une dizaine de pages de lamentations. Le proviseur d'une grande ville y décrit sa maison et son matériel. H y a des classes où le professeur ne peut entrer qu'en passant sur les bancs des élèves ; il y a des études où en été on ne voit pas clair en plein midi. Quant aux cours, <:e sont des puits. Le malheureux se félicite que celle des grands, qui se trouve près de l'entrée et qu'on peut voir, soit à peu près décente. Mais les autres!...
Qu'il se rassure, nul ne demande à voir les autres cours, ni rien. La ville est riche, pourrait reconstruire. Elle ne veut pas. Elle voudra le jour où uu malin fera celte découverte, qu'un lycée neuf veut être inauguré, qu'une inauguration ne se passe pas sans ministre, qu'un ministre n'arrive pas sans s'être bourré les poches de décorations. Alors ce Christophe Colomb alléchera architectes, entrepreneurs, etc.. Et quand toutes les convoitises seront allumées, la ville aura son lycée neuf.
On le fera monumental, incommode, ruineux. On le bâtira sur les terrains de M. X..., qui ne trouvait pas à vendre parce que l'emplacement est mauvais. On les paiera très cher. Cela fera crier?
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Non, chuchoter! Le Français ne crie qu'en période électorale, parce qu'alors les cris, tout le monde le sait, ne comptent pas.
Que vaudrait bien mieux l'initiative calme, patiente, ferme des parents ! « Votre lycée me plairait, mais je n'y mets pas mon fils, parce que... » Le proviseur transmettrait avec joie de telles lettres. Actuellement, s'il réclamait, ce serait de luimême. Pourquoi l'Etat se mettrait-il à faire le bonheur des gens malgré eux?
C'est une affaire que l'éducation d'un enfant, et une grosse affaire. Et surtout c'est notre affaire à nous, les parents. Nous n'avons pas l'air de nous en douter. Nous préférons dire et croire que c'est l'affaire du lycée. Nous amenons l'enfant et nous nous désintéressons du reste. Qui donc s'y intéressera ?
Toutes les villes n'ont pas la mauvaise volonté cjue je signalais plus haut et beaucoup possèdent des lycées ou des collèg-es sains, confortables et riants.
Est-ce assez?
Point encore. Pour le logis où grandiront ses fils, et probablement ses petit-fils, une mère doit, exiger davantag^e. Et quoi donc? que ce logis res-
semble autant que possible au logis, rappelle la maison paternelle, soit plus beau que la maison paternelle, mieux installé, mieux accommodé aux g-oîïts, aux besoins de l'enfant. Chez nous, ce qui compte, c'est nous-mêmes. Ne voit-on pas des ménages très surpris quand survient un enfant? Que vient-il faire? Cet intrus ne pouvait-il leur laisser la paix? Notre insouciance et notre égoïsme n'aiment guère à réserver, dans un logement, la part des petits. Contre cela nous ne pouvons rien. En revanche, puisque le collège est par essence la maison de l'enfance, surveillons, exigeons que l'enfance trouve au collège tout ce qui lui est indispensable.
Eh bien ! trois choses, dans une maison d'éducation, sont indispensables à l'enfant : un jardin, un hall, un paradis. Nous expliquerons ce dernier mot quand le moment sera venu.
La plupart de nos établissements universitaires possèdent un jardin. Jadis, ce jardin était réservé au principal et au proviseur. Pourquoi?
Je connais un collège déjeunes filles installé dans des conditions déplorables. Les dortoirs sont insuffisants et dans les combles. L'infirmerie sert de
dortoir; les études sont trop petites et les classes, où les externes se joignent aux pensionnaires, plus petites encore. La directrice a la jouissance d'un vaste appartement. Tel est l'ancien principe des administrations françaises. Le public était fait pour légitimer le traitement; le fonctionnaire n'était pas fait pour le public. C'est un principe à retourner.
Il y a encore autre chose. L^n administrateur, dit-on, doit « représenter ». Par l'uniforme, les décorations, le luxe du logement, il faut qu'il en impose. A qui donc, façades et clinquants font-ils encore illusion? Le mobilier faussement fastueux des administrations publiques n'éblouit que des campagnards. Ajoutons que, dans un établissement d'éducation, chercher à tromper par les apparences ne serait pas seulement une sottise, ce serait un méfait.
Un des éléments de ce luxe déplacé, c'est le jardin de l'administration au milieu de cours insuffisantes. Beaucoup d'administrateurs le comprennent et, dans leur établissement, si les enfants n'ont pour leurs jeux que de petites cours, le jardin du principal ou du proviseur est devenu le jardin des •élèves.
Il faut avoir perdu le sens de la paternité pour log-er des enfants dans nos villes. Des villes où les squares se comptent par unités,
des maisons sans jardins ne sont pas bonnes pour des hommes. Que pense-t-on qu'elles soient pour des enfants? La santé n'est pas seule à souffrir dans nos cités sans arbres ; l'intelligence y souffre aussi, et plus encore le cœur. La cité-jardin, dont les livres de Vanderveldc et Benoît-Lévy font de si captivantes descri[)tions, n'est pas uniquement un sanatorium, elle est une école et un sanctuaire. Notre dépravation fait i^émir le moraliste. Le surprend-elle? L'apaclie n'est-il pas le produit naturel des villes de pierre, et le viveur aussi? En haut, en bas, nous ne recevons plus les leçons de la nature ni ses caresses; comment nos mœurs ne se g-âteraient-elles pas?
C'est en plein air, sous bois, dans la compag-nie des fleurs, des bestioles et des ruisselets, en remuant le sable et les cailloux, que les enfants doivent passer leurs premières années. C'est dans le jardin que, de sept à quatorze ans, l'écolier doit prendre presque toutes ses récréations : il y joue, il y rêve, il y bêche, sème, greffe; il y étudie le merveilleux travail de la création; il y apprend la patience et la sérénité \
I . Voir, dans notre Enseignement de la morale et le collège : l'appendice Pour tracer le programme du Collège' métairie. Fischbacher.
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Là OÙ le jardin du collège n'est pas ouvert aux pensionnaires, que les mères réclament. Plus que d'autres, leurs fils ont besoin du jardin! L'externe a l'habitude de véo-t*ter sous cloche, entre des murs. Mais ces petits ruraux, est-ce possible qn'on n'ait jamais eu l'idée de leur donner au moins une copie réduite des champs qu'ils ont abandonnés!
Si l'interne n'est qu'un élève, un candidat au baccalauréat, fort bien. Couronnez-le de fleurs de rhétorique, nourrissez-le de racines grecques, de racines carrées; il cuffira. Mais un enfant, un adolescent demandent une autre culture : ils doivent savoir « et converser et vivre », ils doivent connaître, aimer les plus honnêtes passe-temps des plus honnêtes gens.
Autrefois, le collège ne concevait pas que ses hôtes eussent rien de plus à lui demander qu'une salle d'études et une salle de classe sans ornements, sans accessoires, nues comme la scène des tragédies classiques. Aussi, à part les quelques instants qu'il leur donnait pour vociférer et se démener dans les cours, il les tenait assis, soit sous l'intarissable éloquence du professeur, soit sous la muette férule du répétiteur. Des hommes
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d'initiative ont pensé qu'il était possible d'enrichii* leur établissement. Les frais n'ont pas été considérables. Quelques tableaux aux murs, et voilà l'étude ou la classe embellie, égayée; quelques sièges, quelques tables garnies de livres illustrés et de revues, de damiers, d'échiquiers, des plantes vertes dans les coins, et voilà l'inhospitalier parloir transformé en salon.
Quel peuple déconcertant ! Nous mettons notre vanité à être les plus brillants causeurs du monde; les succès qui nous flattent par-dessus tout sont les succès de salon; notre littérature classique, la seule que nous prétendons bonne à former le goût et le jugement de nos enfants, est une littérature de salon; et dans le lieu même où nous les saturons de cette littérature née du monde, faite pour le monde, il n'y aurait rien qui ressemblât à un salon?
Chez leurs parents, les pensionnaires (on pourrait aussi bien parler des externes) trouvent-ils, couramment organisée, aimée, vécue, cette existence spirituelle, dans tous les sens du mot, qui rassemble à certaines heures, dans la plus vaste pièce, tous les membres de la famille et des amis de choix, tous heureux de se communiquer ce qu'ils ont de plus pur, de plus fin^ de plus cordial, de plus joyeux; tantôt ne faisant qu'un grand cercle; tantôt divisés en petits groupes formés par les
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affinités électives; la présence des grands-parents imposant à la jeunesse une retenue sans tristesse, la présence des enfants égayant la vieillesse et l'âge mûr, maintenant dans la conversation un ton enjoué, décent, délicat?
Dans quel pays de rêve voit-on de telles réunions? Nos logis sont trop étroits, nos cœurs aussi. Nous aimons nos aises ; nous les prenons avec excès. Que les vieux parents restent au coin de leur feu, et les enfants avec la bonne !
Eh bien ! ce pays de rêve, il faut que de nouveau ce soit le pays de France. Le parloir, le hall, orné, confortable, grandiose et intime à la fois, bon pour le cercle et propice aux apartés^ doit faire revivre cette douce coutume de jadis. Le chef d'établissement et sa femme, le censeur, le surveillant général, les maîtres d'internat peuvent représenter là l'aimable diversité d'âge des familles nombreuses et s'appliquer, le jeudi, le dimanche, quand le temps ne permet pas de sortir, ou le mercredi et le samedi à la veillée, à révéler à nos internes les joies délicates du foyer, que le foyer a désapprises '. L'ancien collège, disions-nous, avec sa table banale, silencieuse, laide, qui n'était guère plus qu'une mangeoire, avec ses dortoirs où rien