‹ Meres et fils. --Chapitre 28 sur 84 · Mot de Thomas Arnold, réformateur des public schools · texte numérisé non relu

Mot de Thomas Arnold, réformateur des public schools

2. ChevrlUon, La Pennée de RusJxin, p. 210, Hachette. Tout le livre est à méditer.

II serait pourtant si facile de laisser l'enfant s'en charg-er.

Est-ce que je m'abuse? Le lieu ovi l'enfant profite le mieux c'est, je crois, celui où il est seul avec lui-même. Le meilleur maître de l'enfant, aujourd'hui, c'est l'enfant. Autrefois, il était bon de tout surveiller, de tout mener : il v avait peu de livres, peu de temps. Tout est changé ; les livres abondent et l'écolier donne au collèg-e douze ans de sa vie. Emerson rappelait aux professeurs que, tout en veillant à l'exécution du travail, leur devoir est de s'effacer. En classe, leur enseignement et leur discipline devraient avoir « la réserve et la taciturnité de la nature ». Hors de la classe, ils devraient s'efforcer de ménager à l'enfant, dans la disposition du temps et l'organisation de la vie, des périodes de solitude; leur rôle est moins d'agir sur la jeune âme que de lui assurer la bénédiction de l'indépendance'. L'enfant possède en lui-même et les germes et la chaleur qu'il faut à la germination et la force qu'il faut à la croissance. Si tant de fois nous constatons des avortements lamentables, ne nous

1. M. Dugard, Emerson, sa vie, son œuvre, p. 271, Colin. L'organisation de la classe active, vrai laboratoire, à quoi le collège s'applique actuellement, a pour complément cette conception de la salle d'étude solitaire, indépendante, où le maître s'interdit d'intervenir sauf pour conseiller.

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sont-ils pas dus? Nous intervenons trop. Nos enfants ont besoin que nous les laissions souvent seuls au jardin, ou dans leur chambre.

Mais quelquefois aussi, ils ont besoin de notre présence, non pour récolter sans cesse connaissances, notions, règles, mais pour recevoir l'éveil, l'élan. Dans de joyeux entretiens, dans des jeux oîi la gaieté rayonne, les maîtres, loin de la classe, peuvent donner d'excellentes leçons.

Aussi, le collège moderne exige-t-il un jardin, un hall, un paradis, trois choses que l'ancien collège ignorait et que, pour le malheur de nos enfants, nos demeures ne connaissent plus guère ; trois endroits privilégiés où l'on peut, selon le mot de Ellen Key, « laisser la nature agir tranquillement et lentement sans qu'on ait plus à faire qu'à veiller à ce que les conditions environnantes soutiennenient le travail de la nature » ; trois endroits privilégiés où l'enfant a la paix, qui, malgré son exubérance extérieure, est en somme pour lui le plus impérieux des besoins et le plus rarement satisfait.

Le Collège puissance morale.

S'il n'est qu'une usine, même bien outillée, une excellente fabrique à bacheliers, à candidats pour les écoles, les carrières libérales et toutes les professions exigeant connaissances étendues et forte culture intellectuelle, s'il n'est que cela, le collège n'est rien.

Les temps sont changés et changés les besoins, changées aussi les mœurs. Au milieu de tant de changements, si le collège reste le collège, il est condamné à périr. Dans ce cas, souhaitons qu'il périsse au plus tôt, parce qu'une institution, qui ne répond pas aux besoins d'un peuple, les contrarie. Le besoin le [)lus urgent de notre peuple, c'est qu'on lui prépare des hommes. Le collège tel que le passé théocratique l'a fondé, tel que la société la'icisée l'a accepté, ne forme pas encore présentement des hommes, des caractères, des volontés autonomes. Quelle institution en formera? L'école primaire? Elle garde l'enfant trop

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peu d'années, puis elle n'est pas assez indépendante de la politique, qui, ([uels que soient le temps et le pays, est toujours peu morale. Le rég^iment? Il reeoit l'adolescent bien lard; il peut toutefois beaucoup, s'il prend, comme il l'essaie, la forme d'une' complète Université populaire. Et la maison, non plus, n'élève pas des hommes, quand elle ne retient pas long-temps la mère auprès de l'enfant, l'enfant auprès de la mère. Mais le collège, s'il veut, peut rendre ce service au pays; le collèg-e peut vivre, prospérer et procurer la prospérité nationale, à la condition qu'il devienne une puissance morale.

Veut-il devenir cela? Oui, certes, et il l'a prouvé de mille façons : par les publications et les efforts de j)lusieurs de ses maîtres, par des réformes, par des innovations. Cependant, il n'y a encore que désirs, aspiialions, tentatives isolées, plutôt que dessein arrêté et mesures d'ensemble. On peut appliquer au collège ce que Pécaut écrivait de l'école après une tournée d'inspection : « Beaucoup de bonnes choses, travail, bon vouloir, zèle... Ce qui nian([ue le plus, c'est l'esprit; j'entends l'orientation profonde, le reg-ard tourné vers le dedans de l'éducation, vers l'intelligence même, vers l'àme ou le sentiment, vers la conscience, noyau de l'être humain; par consé([uent l'application — dans tous

les ordres d'étude — non pas tant à produire des résultais, des connaissances, du savoir-faire, et à s'y borner, qu'à susciter l'activité individuelle, qu'à faire des personnes, des âmes d'hommes ou de femmes vivant de leur vie propre, libres et raisonnables. Cette vie du dedans, cet esprit, voilà ce qui seul donne aux résultats le prix, la durée, la propriété de n'être point purement techniques, figés, serviles, simples instruments... C'est que ce qui fait le plusi défaut ce sont des maîtres eux-mêmes qui soient, non seulement laborieux, honnêtes et compétents, mais encore animés d'une vie propre, familiers avec le monde intérieur, toujours enquête du mieux dans toutes les voies, essayant sur euxmêmes ce qu'ils proposent à leurs subordonnés...; des hommes, des femmes qui uiuenf^el non des automates qui tournent une mécanique savante; des hommes, des femmes qui, vivant, s'appliquent à créer d'autres vivants; qui lisent, qui pensent, qui sentent, qui veillent, qui se replient sur euxmêmes, qui sachent le secret de la méditation et du recueillement, les avenues qui mènent au profond de l'âme. Voilà ce que je n'ai trouvé que rarement... parce que c'est en effet la denrée rare par excellence dans l'humanité. » Reprenant le même sujet, Pécaut conclut : « Non, l'école n'est pas encore au degré rêvé une puissance morale, et

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il semble que nul, inspecteurs ou instituteurs, ne s'en doute suffisamment et ne soit travaillé de ce souci... Et toutefois le précieux germe est sorti de terre et se développe'... »

Ces derniers mots, vrais de l'école primaire,, sont plus vrais encore du collèg-e. Retenons-les,, méditons-les, complétons-les.

Trop peu de gens se doutent que le rôle du collège est justement d'enseigner le devoir. Inspecteurs, proviseurs, professeurs, — Pécaut n'oublierait-il pas deux catégories plus importantes encore : les parents, les élèves? — tous, parmi ceux qui font vivre le collège, qui sont le collège, sont-ils assez travaillés du souci de la vertu?

Ce qui compte aux jeux de beaucoup de gens, c'est le savoir. Hors des études, que cherche-l-on? J'ai connu bien des générations d'élèves : entre tant de candidats au baccalauréat, combien ai-je rencontré de candidats à l'humanité? J'ai des carnets et des carnets remplis de noms; une page contiendrait la liste des jeunes hommes que j'aL vus s'efforcer à devenir des hommes.

J'ai connu des parents et des parents, préoccupés du succès de leurs fils, anxieux de savoir leurs places en composition, leur rang dans la

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