‹ Meres et fils. --Chapitre 30 sur 84 · I. Pécaut, Quinze ans d'éducation, p · texte numérisé non relu

I. Pécaut, Quinze ans d'éducation, p

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renforcer, enrichir, ennoblir l'humanité? Il en faut, sinon comment vivre?

Ai-je la vue courte? ne sais-je rien voir en dehois de ce que j'approche chaque jour? C'est possible. Mais dans nos villes, pour jouer ce rôle de puissance morale, je n'aperçois que l'école, le collège et le régiment. Et je mets à part le collège, non parce qu'il m'est plus familier et plus cher, mais pour des raisons autres que ces raisons de sentiments. Le collège est le séminaire des classes dirigeantes. Il faut à tout peuple une classe dirigeante. Peu importe où et par quels moyens elle est recrutée :' l'important est qu'elle soit disciplinée, active, vaillante, qu'elle ait un haut idéal, une âme tendre autant qu'héroïque. C'est au collège qu'il appartient de faire de. telles âmes avec les enfants que les mères lui amèneront.

Il est un mot de Pascal qu'on n'ose plus citer, tant il a servi. C'est celui sur l'ange et la bête, sur la dualité de notre nature. Pourtant, dès qu'on veut améliorer les hommes ou les institutions, il est bon de s'en souvenir. Est-il possible de passer du mal au mieux, sans tenir compte d'autre chose que du l)ien et de l'àme? Pascal a raison de me.t-

tre en garde : si, pour faire l'ange, nous méprisons la bête et ne lui accordons rien, noire entreprise est vouée à la ruine. Le collège ne deviendra une puissance dans l'ordre spirituel qu'à la condition de donner des soins attentifs à l'ordre matériel. Il est en retard; en hien des endroits il est au-dessous de ce qu'il devrait être parce que très longtemps il a pensé — à tort — que cultiver l'esprit dispense du reste. Il s'est détaché du corps avec le dédain d'une Bélise. Ce détachement est peut-être financièrement avantageux , le budget s'en réjouit; mais pour nos enfants il est détestable. En pédagogie la question d'argent est importante. Bâtiments, iilstallation, mobilier ont leur rôle dans l'institution de la jeunesse; il est imprudent de réduire ce rôle et coupable de le supprimer. Par malheur, la plupart de nos établissements sont défectueux et nous ne nous en apercevons pas. Ils contrecarrent les efforts des éducateurs, parfois même ils les ruinent. Les vieux collèges, et en certains endroits les neufs s'ils n'ont pas été édifiés pour les enfants, si les municipalités en ont fait des entreprises financières ou des réclames électorales , uniquement parce qu'ils dédaignent le corps, sont funestes à l'àme. Il est certaines de ces constructions que les meilleurs des administrateurs et les éducateurs les plus zélés ne

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sauraient jamais transformer en puissances morales. Alors nous voyons ceci, qui est doublement préjudiciable au pays : ou bien les établissements convenablement construits, confortablement installés,^ soutiennent le chef; mais le chef n'ayant pas l'idéal et l'enthousiasme, la morale n'est point souveraine en des locaux où cependant tout l'appelle; ou bien les établissements décourag^ent, usent les hommesles plus capables d'ennoblir la jeunesse. L'université peut changer les chefs, faire porter son choix sur de vrais éducateurs; mais pour les maisons, que peut-elle? Est-ce sa faute si, par une dommageable aberration, l'enfant qui devrait grandir dans la maison la plus nouvelle, qui devrait avoir pour demeure la maison de demain, est prescpie toujours logé dans des bâtisses plusieurs fois centenaires! A ce riche bourgeois en quête d'un logement, offrez donc le vieux couvent de la ville! jNIais il ne veut pas même habiter l'hôtel de son arrière grand-père. La rue étroite, le rez-de-chaussé voûté, la cour humide, les longs corridors sombres, les^ fenêtres exiguës, les cheminées à bois impuissantes^ à réchauffer les grandes salles, tout le met en fuite. Il va aux nouveaux quartiers. En revanche, pour ses enfants, il accepte, sans une plainte, sans une observation, les plus abominables constructions des siècles passés !

Il y a là des habitudes à chang-er.

Encore une fois, en ces matières l'université est à peu près sans pouvoir. Les parents, électeurs, notables, membres de corps élus, pourraient beaucoup. Ils ne font rien. Que dis-je? Ils manifestent leur surprise et leur mécontentement, si une bâtisse nouvelle ne sacrifie pas tout à la façade, n'est point un de ces monuments lamentables, laids, dont à première vue on ne saurait dire s'ils sont une préfecture, une caserne, un abatloir... Dans l'enquête parlementaire sur l'enseitcnement secondaire, M. Berthelot^ au cours de sa déposition (séance du i8 janvier 1899), demandait qu'on n'élevât plus « des édifices colossaux qui coûtent des dizaines de millions, et dont la construction est subordonnée à des visées architecturales, au lieu d'être subordonnées à une destination purement scolaire : monstres durables, qui immobilisent l'instruction secondaire, parce qu'ils ne peuvent plus être modifiés et adaptés de temps à autre en vue des destinations variables de l'enseig-nement ». 11 recommandait les constructions très simples en fer, pierre, brique, faciles à reconstruire suivant les besoins de la science et de la civilisation qui évoluent sans cesse. « On n'aurait pas ainsi le scandale de ces g^randes forteresses en pierres de taille, qu'on a édifiées depuis ving-t ans,

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éternelles comme des donjons gothiques ou des cirques romains, et qui s'opposent pour des siècles à fout changement dans les méthodes scolaires. La salubrité physique et morale des élèves et des éducateurs de tout rang- y g^ag-nerait singulièrement '. » <

Quelles sages paroles!

Le collèg-e, si on en veut faire vraiment la demeure des enfants, doit être une bâtisse légère et coquette, élevée à l'écart des usines et des ateliers, loin de la rue, de ses affiches, de ses kiosques, de ses devantures, loin des pourritures que l'immoralité des hommes entasse dans les villes. Il doit être entouré de verdure, avoir un aspect riant. Il ne faut pas qu'il emprisonne! Il ne suffit pas qu'il abrite; il est indispensable qu'il plaise et qu'il enchante. L'hygiène, le confortaljle et la santé sont choses dues à l'enfance; sans ces conquêtes de l'ingéniosité humaine, il n'est pas possible que le collège soit une puissance morale.

Et surtout il faut que le collège soit l'asile de la paix et de la joie, de la sérénité et de l'allégresse, -du respect et de la liberté. Quel contresens que de le vouloir rébarbatif et rigoureux! Sans doute, nous les aimons chèrement les geôles de jeunesse

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