‹ Meres et fils. --Chapitre 32 sur 84 · I. Ellen Ivey, Le siècle de r enfant , p. i · texte numérisé non relu

I. Ellen Ivey, Le siècle de r enfant , p. i

INTERNAT. l49

collège, le législateur peut à peu près ce qu'il veut. Ou'il commande : il sera obéi. Ses ordres ne seront pas tous ponctuellement exécutés; mais ils ne resteront point lettre morte. C'est d'une telle impulsion que sortirait ce bien : le coUèg^e école de vertu, puissance morale formant pour l'avenir des pères et des mères, lesquels, à leur tour, feraient du foyer domestique ce qu'il n'est que pour une fraction du pays : l'asile de familles nombreuses, vaillantes, passionnées pour le bien commun et la g-randeur de la patrie.

Que si, avec une exigence dont nous serions mal venus à nous plaindre, on nous disait : « Vous n'êtes point assez précis. Dans le collège où vous prétendez ramener l'âge d'or, que ferez-vous exactement? Quelle morale y enseignerez-vous et par quels procédés? Pensez-vous avoir dit grand'chose avec votre déclaration : on y enseignera la morale! Ètes-vous sûr que la morale s'enseigne par cour^ et leçons? Depuis qu'on la prêche aux hommes assemblés, jugez-vous que le profit soit appréciable? En supposant cette prédication efficace, de quelle morale sera-t-elle inspirée ? Ne savez-voiis pas qu'il y a des morales de plus d'une sorte? Parlons simplement de celles qui sont à la mode et que les hommes d'aujourd'hui consentent à écouter. Entre la morale de la solidarité, la morale scientifique,

l5o MÈRES ET FILS.

la morale de l'intérêt bien entendu, la morale des maîlres ou des surhommes, quelle choisirez-vous? Et celle que vous aurez choisie, la proposerez-vous aux enfants? la leur imposerez-vous?... »

Pour toutes ces questions, voici sinon une réponse d'ensemble, du moins un exemple.

Si le collège enseigne en particulier le travail manuel, il enseigne du même coup la morale. Appelez-la, si vous y tenez, la morale des esclaves; vous aurez raison, puisque en vérité les hommes l'ont apprise des femmes, du jour où certains d'entre eux, pris au combat et non égorgés, ont vécu sous la domination des femmes du clan vainqueur; où, dressés par ces femmes, ils ont appris à peiner, à s'appliquer de l'aube au coucher du soleil, à créer par l'effort de la pensée, par la dextérité des doigts, par la force intelligemment déployée et volontairement souteime des muscles; où ils ont manufacturé tout ce qui nourrit, habille, abrite, tout ce qui satisfait les besoins du clan, du village, de la société. Et cette morale, si le collège enseigne le travail, il l'enseignera bien.

Si le collège admet les femmes dans le conseil d'administration, dans le corps enseignant; s'il s'applique à intéresser, associer à la vie scolaire, mères, grand'mères, sœurs; si, en même temps, il déjiossède de leur privilège exorbitant et immé-

INTERNAT. l5l

rilé le livre et le porte-plume, qui ne sont pas, autant qu'on le croit, les auxiliaires de la morale; s'il fait une place aux outils qui, eux, sont de merveilleux professeurs de morale, puisqu'ils exercent à l'attention, à la mesure, au rythme, puisqu'ils servent àcréer; si le collège cesse d'être une agglomération de cellules et de casemates, s'il veut être une pelouse, un parc, un jardin fleuri, un verger plantureux, une ferme bourdonnante, un vivant atelier — liélas! je rêve l'impossible — alors il sera une {)uissance morale.

Oui, le collège sera une puissance morale le jour où il aura le courage d'appeler à lui les éléments de vie et de vie bonne que le passé a systématiquement bannis et en particulier la femme et le travail manuel'.

I. Sur le travail manuel et sur les industries plus directement éducatrices : tissage, brochage, poterie, reliure, ciselure, forge..., enseignées dans les écoles anglaises, voir Chevrillon, La Pensée de Ruskin, p. i6o; dans les écoles d'Amérique, Booker Washington, pp. io6 et i35. Pion; Buyse, Méthodes américaines, Dunod et Pinat,

Page 1