Quinze ans d'éducation, p
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ter à la société une espérance et une promesse, c'est ajouter une étincelle au foyer des intelligences, c'est enrichir d'un esprit la spiritualité universelle, c'est aug-menter le patrimoine de pureté, d'amour, de justice, de vérité cpie lentement et au prix de cruels eff<jrts Li terre recueille, amasse, afin de se voir un jour peuplée d'hommes, au lieu d'être souillée, déchirée, ensanglantée par des animaux dissolus et malfaisants. A chaque enfantement, la femme sent qu'elle va aider à l'œuvre du monde et spiritualiser la matière, que d'elle viendra un dieu. Est-il attente plus haute et plus bienfaisante ? En admettant que cette espérance ne soit qu'une illusion, ne peut-on compter sur cette illusion pour faire de la femme l'ouvrière du bien, la zélatrice des vertus?
Toutefois, un sentiment passag-er, si noble qu'il soit, ne produit g-uère que des élans. Les femmes qui travaillent vraiment au bien général et humanisent la société, sont celles qui conçoivent un idéal précis, s'imposent une tâche, soumettent leurs aspirations et leurs actes à un mot d'ordre. De telles mères savent ce qu'elles veulent faire de leurs fils.
Quel mot d'ordre les mères d'aujourd'hui se donnent et se transmettent? Je l'ignore. Comment l'apprendre?... Il en faut un; c'est tout ce que je
sais. Aux femmes de le chercher. Elles trouveront, si elles cherchent.
Tout ce que je puis me permettre de leur indiquer^ c'est le côté vers où elles feront bien de pousser leurs recherches^ et ce coté c'est celui qui monte, qui achemine aux cimes. Oserai-je y joindre le conseil de se mettre en quête non d'un but, mais d'un idéal?
Dans un ouvrage où les mères trouveraient des inspirations, Jeunesse, de C. Wagner, on lit le portrait du jeune arriviste sans cœur, sans scrupule, prêt à toutes les vilenies lucratives, possédant au plus haut degré le courage du sacrilice, car pour arriver il saura stoïquement sacrifier... les autres. Le portrait se termine par un beau mouvement d'indignation et de mépris : « Vous réussirez, jeune homme, dit l'auteur, ou je m'y connais mal... INIais je ne t'envie pas, va! »
Ce calculateur forcené est évidemment le fils de parents qui, au lieu d'un idéal, ont un but. Il est peut-être très avantageux d'avoir un but; mais souvent cela est déprimant. Ce n'est pas du premier jour, mais c'est en quelque point de la course que de très honnêtes gens, voyant un émule, un concurrent parvenir au but vers où ils acheminent leur enfant, se surprennent à penser tout bas: « Ah! si mon fds ressemblait à ce jeune homme habile !
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s'il lui ressemblait non toujours, mais aux moments critiques, juste le temps de percer. Qui veut la fin, n'est-il pas vrai? veut les moyens. Le g-arçon a du bon ; une fois arrivé, il désarmera. Chaque chose à son heure : le succès d'abord, puis la vertu. Dans le monde, le calcul passe avant le sentiment. Est-ce notre faute? Que le garçon se pousse, se case... Après la réussite, la sagesse aura son tour. »
La jeunesse ne serait ni calculatrice, ni impitoyable, si elle n'y était sinon dressée, — il faudrait le cynisme du neveu de Rameau pour donner une telle éducation, — mais inclinée. Les parents qui n'ont point un idéal, mais seulement un but, inclinent malgré eux rp-.>"^atà ces laideurs. Dans les classes où se préparent des examens, que de visites nous recevons , tristement amusantes comme la consultation d'Irène chez le guérisseur d'Epidaure ! Devant l'enfant, les parents nous demandent ce qu'il faudrait faire pour être sûr du succès à la fin de l'année. Si nous parlons d'intelligence et d'etfort, d'application venant de loin et soutenue jusqu'à la fin des études..., ils n'entendent pas. « N'y a-t-il pas autre chose? Un secret moins chanceux? Ne saurions-nous leur indiquer des Facultés indulgentes? des salles d'examens où il est possible de choisir ses voisins? d'emporter de petites notes? Ne connaîtrions- nous pas des
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hommes politiques auxquels ou ferait dire uu mot? Eu souune, que demaudeut les pareuts? Que l'eufaut soit reçu. Il n'a pas fait graud'chose jusqu'à présent, d'accord; mais une fois bachelier... » Eh oui, c'est ce que nous disions tout à l'heure : c'est le miracle dont l'atlenle endort les consciences. Arrivons en copiant, trichant, friponnant ; nous song^erons à l'honnêteté après fortuue faite.
Lorsque, malgré tous les trucs, ignorant, paresseux, incapable, le candidat a été repoussé, c'est .une autre antienne, mais qui aggrave le désarroi moral de l'enfant. « Je le disais bien : mon fils est trop scrupuleux! Uu tel a copié, il est reçu. Cet autre, ce sont les recommandations qui l'ont fait passer. Le micii n'a pas voulu. Que je regrette de l'avoir écouté! Tu n'arriveras à rien, mon pauvre garçon, tu es trop honnête. Aujourd'hui, quand on est honnête, on est condamné à aller nu-pieds... »
Voilà ce que nous entendons.
Ce que nous n'entendons pas, ce qui se dit à plus d'un foyer, en présence des petits, les jug"ements sur les voisins, le commentaire des événements que relatent les journaux, les confidences qui se gaussent du client, de l'associé, du patron, de l'élfcleur « supérieurement roulés » par une fine malice, une savante « roublardise », de quelle morale ces enseignements relèvent-ils? « C'est une
banalité de dénoncer l'indifférence du plus grand nombre pour la morale, la rareté d'une rèyle de vie qui soit consciente et fermement tenue, la pauvreté ordinaire de la réflexion et des idées morales... Indifférence morale, anarchie morale : voilà deux caractères que le présent offre à notre observation '. »
Et cette absence de morale, cette anarchie morale troublent les âmes hautes et les ang-oissent. ^ue de fois des mères nous ont confié leurs inquiétudes! Il en est une dont les paroles nous sont encore présentes.
La haute position de son mari, soldat que sa vaillance et non l'art d'intriguer avait mis à la tête d'une province, multipliait pour cette intelligence d'élite les occasions d'observer la vie et de juger les hommes. Tant que ses enfants, filles et garçons, furent en bas âge, elle se consacra à leur éducation avec une allégresse sereine. Les principes qu'elle tenait de sa famille, les inspirations de sa piété, les lumières qu'elle demandait aux écrivains les plus divers, — elle lisait : Pérez, Preyer, Fénelon, Locke, la marquise de Lambert, M"^®Necker de Saussure, M"*" de Rémusat, le P. Gr.itry, H. Spencer... — le haut spiritualisme de son mari,