I. Perez, Les trois pre/nicres (innées de Verifatit, p
3IERES. 197
inour un pelit être que nous croirions semblable è nous et déjà en partie notre égal? Serions-nous }3lus attentifs et plus dévoués si nous nous disions : •ce n'est qu'une larve qui ne fait que dormir et manger? En réalité, le développement physique et le développement intellectuel commencent dès le premier jour et se confondent. Au premier spasme qui emplit d'air les poumons, le corps de l'enfant •est modifié, accru, son corps et tout son être. Et, à chaque instant, org-anes et facultés, comme on jDarlait jadis, tout se développe et s'enrichit.
D'autre part, à ce moment où les délicats ne voient que besognes répugnantes, la mère, au milieu des langes souillés, exerce pour sa part, le •croiront-ils, les plus hautes de nos facultés et renforce dans son propre cœur les plus rares de nos vertus. Toutes les mères savent ce qu'il faut d'intelligence pour deviner les besoins des petits enfants, pour trouver ce qui les gène, les effraie et les fait souffrir. Toutes les mères savent ce qu'il faut de courage, d'abnégation pour s'imposer l'exactitude patiente et minutieuse d'un dévouement toujours subtil et prompt, sous les armes à toutes les heures de la nuit et du jour, résigné aux incessants recommencements. Ainsi donc, ce qui entre en jeu autour des nouveau-nés c'est l'intelligence, la patience, le dévouement, dont
igS MÈRES ET FILS.
l'humanité se prévaut comme de ses plus authentiques privilèges. C'est dans ce sens que nous avons pu dire plus haut que l'humanité s'affine, se complète et s'exalte précisément autour des berceaux et à cause des petits enfants.
Si beaucoup de pères ne voient dans les soins réclamés par la première enfance que bassesses indignes d'un homme, si des mères pareillement y répugnent et se déchargent sur des remplaçantes,, nourrices, gardes, bonnes, c'est que souvent, en dépit de nos prétentions, nous ne sommes qu'à peine humanisés. 'Si nous étions aussi pleinement humains que le progrès matériel permet de l'être, nous considérerions, comme la plus belle de nos fonctions celle qui devrait courber pères et mères sur ces berceaux où s'élabore l'avenir d'êtres qui ont non seulement à nous continuer, mais encore à nous surpasser.
Quels sont les soins que réclame le nouveau-né? Nous ne croyons pas avoir à le dire ici au public particulier pour qui nous écrivons. Les ouvrages spéciaux abondent ' ; nous prions les mères de s'j
I. Sig'nalous les plus simples : Ammoo, Le livre (for de la jeune femme, Le Soudier ; Corivaiul, La santé de nos enfants, J.-Ij. Baillière; Dumas, Guide pratique, J.-B. Bail-
rapporter, d'en faire, avant la venue de l'enfant, une étude minutieuse. Nous souhaitons que le père consente à les lire, à les méditer avec elles : cette lecture vaut bien celle du journal amusant. En sus des livres, des revues spéciales qui concernent la première enfance, en sus des cours institués dans les communes, les familles aisées ont les conseils du médecin.
A l'ouvrière, à qui manquent l'arg-ent pour acheter les livres, le temps et la culture pour s'en pénétrer, les moyens et l'habitude de consulter le médecin, il faudrait tout dire.
Avec elle, nous commencerions à la première toilette, aux précautions contre la terrible ophtalmie des nouveau-nés ' ; nous montrerions les dangers des vieilles pratiques, bonnets, maillots, où pour des mois on paralysait ces membres qui veulent librement s'agiter^; nous parlerions de l'allai-
lière ; Icard, L'alimentation chez les nouveau-nés, AXcan y L'hygiène de l'enfance et de l' habitation (année 1891)), Société municipale des crèches du Ve arrondissement, Paris; Var-iot,. L'hygiène infantile, Hachette.
1. Df Georges Petit, Comment on défend ses enfants, p. 17, Société d'éditions scientifiques. Deux ou trois heures après ht naissance, faire couler dans les yeux de l'enfant quelques gouttes de jus de citron.
2. Df Peyramaure-Duverdier, L'hygiène de l'enfance et de r habitation. Crèches du Ve arrondissement.
tement au sein et de rallaitemenl artificiel', des soins de propreté minutieuse que l'un et l'autre exig-eiit, de ces gouttes de lait que les poètes seuls ont le droit de suspendre aux lèvres roses, mais que les nourrices diligentes essuient d'un linge fin pour éviter le mal blanc ou muguet ; comme les médecins de Molière, nous nous intéresserions aux résultats des digestions... Que n'aurions-nous point à préciser, depuis la manière de bien placer le berceau dans la chambre, jusqu'à la manière de bien poser le nourrisson dans le berceau ; depuis la bonne manière d'endormir sans bercer, jusqu'à la bonne manière d'atnuser sans fatiguer; depuis la leçon de g^azouillement, jusqu'à la leçon de choses, donnée par les hochets et les pantins! Surveillance de la fine peau satinée, du ventre qui dit tant de choses selon qu'il se ballonne ou qu'il se creuse en bateau, des côtes, des poignets, des chevilles, du chapelet de l'épine dorsale, des oreilles, des fontanelles...; étude des cris, étude des pleurs"..., que de renseignements à donner que nous pouvons supprimer ici!
Ce qu'il est permis de dire, même à celles qui
1. D"^ Henri de Rothschild, L'alhtiteinenl mixte et l'al/aitement artificiel, Masson.
2. D"^ GaUier-Bûissière, Pour élever les /toiirrissoris , Larousse.
sont cultivées et possèdent les moyens de s'instruire seules ou de se faire guider par le médecin, c'est que leurs privilèges mêmes, fortune, loisirs, instruction, les obligent, non certes à compliquer la tâche, mais en quelque sorte à la perfectionner. Sans mépriser les leçons de l'expérience, sans tomber dans le ridicule de dénigrer systématiquement le passé, de donner à entendre — ce qui serait une inconvenance et une injustice — rjue nos grand'mères ne faisaient rien de bien, il n'est point défendu d'appeler au secours de la mère une aide inconnue jadis, la force que le dix-neuvième siècle a vue grandir, l'esprit scientifique, la méthode scientifique, si précieuse pour confirmer, compléter ou redresser les intuitions de la tendresse et les trouvailles du dévouement.
Que ce mot de scientifique n'effarouche pas. Il ne s'agit point d'installer un laboratoire au logis, ni de travestir les mères en faiseuses d'expériences, en psycho-physiologues. Tout l'appareil d'une nursery se réduit à quatre petits instruments bien communs: pendule, thermomètre, balance et mètre à ruban. Ajoutons un cahier de papier. Quant au bagase scientifique, il est complet si la mère a la [)alience, la ponctualité, l'ordre, la volonté d'être attenti\e, de remarquer, de regarder et noter.
La pendule sert à régler les repas et les sommeils. Rien n'est indispensable à ces fragiles existences autant que la périodicité exacte et rythmique, le retour à heures fixes des appétits, des besoins et des satisfactions. La régularité évite bien des indispositions et des contretemps; elle dresse les organes à cette alternance mesurée du travail et du repos qui facilite le fonctionnement, conserve la souplesse, accroît les forces; le corps, qui a sa mémoire, en garde pour toujours le souvenir et le besoin ; de bonnes habitudes sont une force. La régularité évite aussi bien des caprices, des scènes de cris et de pleurs, tous ces mouvements désordonnés, ces explosions de colère, ces crises , convuLsives, ces congestions qui ne sont bonnes ni pour le corps, ni pour le caractère. L'égalité d'humeur, si rare parmi les hommes, est peut-être le fruit d'une première enfance où les fonctions ont été sagement scandées par le balancier de l'horloge. Enfin, dans les fonctions animales, la régularité est l'élément spirituel qui les ennoblit en les humanisant.
Les thermomètres, car deux sont nécessaires, l'un dans l'apparlement, l'autre au dehors, guideront pour le vêtement et les couvertures. Les mèi'es ont une tendance à trop vêtir le nouveau-né. Assurément, la sagesse populaire a raison de mettre
en garde contre le froid, en disant que les petits enfants, comme les petits poulets, aiment la chaleur; il est très vrai que les morts presque foudroyantes n'ont souvent d'autre cause que le froid. Mais le trop en tout est dangereux. Fionsnous donc au thermomètre, et, suivant ce qu'il dit, ajoutons une couverture ou retirons-la. Avant de porter le bébé dans la rue, comparons le thermomètre extérieur et celui de l'appartement, et réglons en conséquence vêtements et fichus. Est-il nécessaire de dire que, dans les bains quotidiens, le thermomètre jouera le principal rôle? Il offre encore, ou plutôt il impose ses services lorsqu'on nourrit au biberon, pour stériliser le lait et le faire tiédir.
La balance et le mètre contrôleront la croissance. Avec ces êtres qui ne parlent pas, comment savoir où l'on en est? On dit : « la mine ne trompe pas, le teint est vermeil, l'oeil éveillé, la peau fraîche, les chairs fermes. » D'accord. Les nourrices ont d'autres petits indices... Fort bien. Mais la balance est plus sûre que le coup d'œil, et l'augmentation du poids, l'accroissement de la taille se produisant normalement, sont des preuves qu'on est heureux de voir confirmer les autres indications. Pesez donc, mesurez la longueur totale, le tronc, chaque membre; recommencez non pas tous-
les jours, mais fréquemment el à intervalles rég^uliers.
C'est ici que le cahier intervient.
Ces poids, ces mesures il faut les noter, afin de comparer hier et aujourd'hui, la présente semaine avec la semaine passée, ce mois avec le mois dernier.
A la place du cahier, il vaudrait mieux un de ces carnets que les hygiénistes ont dressé. En plus des pages quadrillées, commodes pour l'inscription des chiffres et le tracé des courbes, on y trouve de précieuses indications sur le poids moyen, la taille normale, etc., à chaque semaine ou à chaque mois <le la première enfance. Des colonnes spéciales sont réservées à la manifestation de tous les progrès : marche à quatre pattes, station debout, apparition des dents, émission des premières syllabes, etc., et aussi — la chose est inévitable — il y a l<i P^S^ pour les maladies, qu'il importe de noter avec la mention de la durée, de la gravité, des symptômes précurseurs, de l'évolution, des remèdes, des traces qu'elles ont laissées, etc. '.
I. Par exemple, le livret de Giroud, Observations sur le développement de l'cnfcmt, Schleicher. Voir aussi : VHygiène scolaire, de janvier 1906, p. i, Masson ; M. de Fleury, Nos enfants au collège, p. 07, Colin; VAlmanach Hachette, p. 16 à 17, fournit trop peu de place pour ces notes.
Un tel livret, pour une mère qui vraiment veut faire son devoir, est aussi important que le livrejournal pour un négociant honnête. Oui, ici comme dans le commerce, c'est nnuupier de scrupule et ne redouter g-uère la faillite que de nég"liger cette tenue de livres.
Si elle ne l'a point commencé plus tôt et pour elle-même, la jeune femme doit, avec son enfant, inaugurer ce contrôle quotidien, qui de chaque jour de notre vie laisse en une page, en une ligne, en un chiffre, un souvenir, un point de repère, jalon indispensable à qni n'accepte ni de piétiner ni d'aller à l'aventure.
Ce livre!, sorte de hiot^i'aphie détaillée où seraient inscrites toutes les circonstances de la vie physique, intellectuelle et morale (maladies, accidents, progrès), devrait, à l'entrée du collège, être remis au chef de l'établissement. C'est à lui qu'incomberait alors le soin de le continuer '.
La mère n'a pas uniquement à soigner l'enfant. Ces soins, nous l'avons dit, sont eux-mêmes une
I. Surlecaraet sanitaire imlividucl, voir Hygiène scohiire, Masson, de janvier 190G, p. i; d'avril 1906, p. 16; d'octobre 1906, p. 217 ; d'avril 1907, p. 75 ; d'octobre 1907, p. 296.
éducation détournée mais précieuse. Toutefois, il faut y joindre une véritable éducation.
Pour que ce nouveau venu soit en mesure de vivre cette vie à laquelle il ^ient d'être appelé, en mesure de la bien vivre , la mère doit lui faire -acquérir des connaissances, contracter des habitudes.
Pour les connaissances, à lui seul au besoin, il les acquerrait : l'enfant est, nous l'avons dit, un incomparable autodidacte; il veut voir, il sait voir, il sait imiter. C'est l'occasion qu'il importe de lui donner plus que la leçon. Il suffit presque <le le laisser inventorier en paix son berceau, le tapis où il se traîne, la chambre où d'abord il est confiné, puis la maison, puis le jardin, la rue, le quartier, la campagne, tous les milieux de plus en plus élargis où il dé[)loie son activité croissante. Il suffit presque d'écarter les dangers, de prendre les précautions pour que les expériences soient inoffensives sans cesser d'être instructives ; on peut se dispenser de les commenter, de les truquer, sous prétexte de les rendre plus efficaces, tout au plus se permetlra-t-on d'en semer les éléments autour de l'enfant.
Pour les habitudes, une surveillance est nécessaire et une direction. Abandonné à lui-même, l'enfant, fùt-il bien doué et d'un bon naturel, cour-
rail les plus grands risques; il a ])esoiu d'être soutenu par une sollicitude très avisée et infatigable. L'enfant, philosophes et savants le disent, reproduit dans son dévelopj)enient les évolutions successives de l'espèce. Il est d'abord le contemporain de nos ancêtres les plus reculés; comme les primitifs, il ne sait que pousser des ciis, pleurer, gesticuler; il faut lui enseigner le langage articulé, analytique, abstrait, riche de trente mille mots, assoupli par les efforts de générations sans nombre, apte à rendre toutes les nuances de la sensation, du sentiment et de la pensée. L'enfant ne sait ni marcher, ni tenir la tête droite; il ne sait pas garder sa salive; comme les actuels habitants <le la Terre de feu, il se souille de ses déjections; comme la plupart des sauvag<'s et des primitifs, il mange avec les doigts, malproprement, goulûment, à grand bruit, il aspire les liquides avec des sifflements (voir Rabelais); il dort, s'éveille, au hasard de la fatigue. Ce qu'il faut lui enseigner au plus tôt, dès les premiers jours, c'est à accomplir tous ces actes de la vie, non comme un animal ou comme l'hôte grossier des cavernes, mais comme les plus décents, les plus soigneux, les plus propres, les plus délicats de nos contemporains. Manger, boire, dormir, marcher, s'asseoir, juouvoir les bras, se moucher, cracher, jouOr... toutes ces opérations
admetleiit deux modes d'accomplissement, l'iiiv déréglé, hasardeux, bestial, que renfant pratique, l'autre réfléchi, surveillé, mesuré, pénétré d'intelligence, humain, auquel il faut le former.
L'apprentissage est assez rapide. Une sorte de puissance mystérieuse et bienfaisante, l'hérédité, la facilite mais n'en dispense [)as. Si à chaque génération il n'était pas recommencé avec la presque totalité des enfants, il est certain que beaucoup de ces habitudes actuellement acquises par les civilisés se perdraient. Elles se perdraient, même si les mères se bornaient à transmettre. Heureusement, il en est qui s'ingénient à raffiner ce lot d'acquisitions, à enricliir ce capital humain. Cette application de quelques mères est inestimable ; car cecapital ne se conserve, comme les autres richesses, cju'à la condition de s'accroître. 11 s'accroît aussi par ce fait que cette politesse des manières se répand, que le nombre des mères augmente qui songent à donner des habitudes humaines.
L'apprentissage est rapide, mais ce n'est pas uneraison pour l'ajourner. Les mères sont imprudentes si elles ne hâtent pas l'évolution. Il en est qui attendent des semaines, des mois avant d'imposer au jeu des organes la régularité qui est la première leçon d'humanité. Elles ne sentent pas que tout relard est imprudent et coupable; c'est comme si
elles prenaient plaisir à maintenir l'enfant de l'homme dans l'animalité et à faire piétiner la civilisation. Il n'est pas un médecin qui ne conseille aujourd'hui de « régler » au plus tôt l'enfant pour le sommeil, la nourriture, l'évacuation; de le plier, pour ces fonctions, au rythme mesuré de la pendule, et d'en relever la bassesse ou la matérialité par cette spiritualité scientifique de la précision et du calcul. La sauté du nourrisson y trouvera son compte et l'avenir de la société aussi : l'humanité exige qu'abrégeant le stag-e dans la bestialité, on enrôle au plus tôt ses membres dans le g-enre humain.
Sur celte partie de l'éducation nous n'en dirons pas davantag"e. Non que nous la jugions nég'lig'eable : dans les patientes leçons qui enseignent au bébé à s'acquitter en civilisé d'aujourd'hui de toutes ses fonctions, il entre beaucoup d'intelligence, d'humanité et d'àme. Mais ce sont des points suffisamment connus. Nous nous proposons d'insister sur une autre ])artie de l'initiation, sur des hal)itudes qui attirent nuiins l'attention de la plupart des luères ou pour lesquelles on néglige de réclamer leur collaboration.
Malgré l'antiquité de notre origine, nous sommes très près de l'homme primitif. Comme aux âges reculés, on peut encore aujourd'hui réduire tout l'homme à trois instincts qui, s'ils n'étaient, dès le berceau, combattus, abolis ou lïiodiiiés, nous laisseraient au niveau de l'animal. Ce sont : l'instinct de destruction, la cupidité et la sensualité. Voilà les trois puissances qui nous mènent. La vie de l'honnête homme se passe à les refréner, à les supprimer, ou simplement à les tromper en appliquant leur force à produire, au lieu du mal qui en serait l'aboutissement naturel, le bien qui est la création de la volonté humaine.
Aujourd'hui, comme jadis, ce qui nous donne à la fois le désir et la faculté de résister à la domination de ces instincts, c'est la famille, ce sont les gens de bien qui veillent sur nos premières années. Sans se douter qu'elle enseigne la vertu et qu'elle amplifie l'humanité, et simplement parce qu'elle surveille le petit enfant ou qu'elle le fait vivre auprès d'elle, la famille dresse l'enfant à lutter contre la force qui le pousse à détruire, contre l'égoïsme qui tend ses mains pour tout accaparer; elle prépare bien impai'faitement, reconnaissons-le,
l'adolescent à résister aux sollicitations aveugles, trutales, impérieuses des sens. De l'animal, qui îi'a que des besoins, elle dégag^e, avec plus ou moins de succès, l'homme, qui a des vertus.
Contre ces inclinations mauvaises de l'espèce, les mères, d'instinct, ouvrent la lutte et patiemment, ingénieusement, tendrement la poursuivent. L'amour maternel est comme une sorte de sens social : il devine ce qui ferait plus tard de cet enfant un ennemi de la famille et de la cité, un loup pour ses frères. Dans les bras de la mère la nature met l'animal; la mère, elle, rêve l'homme, le dieu, ■et courageuse se met à le créer.
On sait combien les mains mignonnes et tendres des enfants sont promptes à saisir les objets et habiles à les mettre en pièces. Ce que touche un bébé est aussitôt chiffonné, frippé, déchiré, détruit. Là où la main ne suffit pas, la mâchoire prête son -étau^ la dent sa morsure... Mais la mère surveille; ■elle éloigne les choses fragiles, fait lâcher prise, réprimande, intime l'ordre de ne pas toucher et, si l'ordre est enfreint, corrige.
Les mères les plus sévères, qui souvent sont aussi les moins patientes, les moins soigneuses, les moins avisées, celles qui induisent en tentation^ puis sévissent, ces mères ont volontiers recours aux coups. Elles empêchent les dégâts, quand elles
sont présentes et attentives; mais empêchent-elles l'instinct de se développer ? Est-ce que, au contraire, elles ne le fortifient point? Nous dirons plus loin combien il est imprudent de reprocher une faute en l'appelant par son nom, en la caractérisant; combien il est mal de punir par des coups, et nous renverrons à de judicieux conseils empruntés à M'"*^* Guizot et de Rémusat '. Les mères, avisées ont des précautions qui ôtent à l'instinct l'occasion de pousser l'enfant, et donc elles empêchent l'instinct de se développer par l'exercice ; elles éloignent de l'enfant les objets qui ne sont pas pour lui; elles lui font un petit domaine où il peut satisfaire sa curiosité, aller, venir, saisir, laisser tomber, reprendre sans rien détériorer ; elles se gardent, en sa présence, de repousser le chat^ de rudoyer le chien, d'effeuiller les fleurs, de déchirer le papier; elles ne touchent et ne manient qu'avec précaution et respect les jolies choses délicates, étoffes, papiers, porcelaines, fleurs...
Et ainsi, en même temps qu'elles donnent à l'enfant des habitudes qui l'humanisent, elles renforcent ces habitudes dans leur propre cœur ou les rendent à leur entourage familières et indispensables.