‹ Meres et fils. --Chapitre 42 sur 84 · I. Voir plus bas, p · texte numérisé non relu

I. Voir plus bas, p

MÈRES. 2l3

^Quand leur surveillance est prise en défaut par la promptitude du bébé, quand elles n'ont pu prévenir un petit acte de vandalisme, c'est avec des gronderies qui caressent, jamais avec des coups; c'est avec un visage attristé et non pas menaçant que les vraies mères enseignent pour les objets fragiles et les créatures inoffensives ce respect qui mériterait, tant les femmes savent y faire entrer d'âme, d'être appelé de la tendresse ou de la ])itié.

Quand l'enfant est plus g-rand, la sag-esse des vraies mères sait imiter cette femme dont Locke vante la prudence et la douceur : « Elle avait coutume, dit-il, de satisfaire tous les désirs de ses fdles, lorsqu'elles voulaient des chiens, des écureuils, des oiseaux ou quelque autre de ces petites bêtes qui font ordinairement les délices des enfants. Seulement, une fois qu'elle les leur avait données, il était entendu qu'elles devaient les soigner et veiller à ce que rien ne leur manquât et que personne ne les maltraitât. Si elles négligeaient d'en prendre soin, cela leur était compté comme une faute grave qui entraînait souvent la confiscation de l'animal, ou tout au moins une réprimande certaine. Par là ces jeunes filles apprenaient de bonne heure à être soigneuses et douces. » Et Locke conclut avec beaucoup de sens : « Je crois qu'on devrait accoutumer les enfants, dès le ber-

2l4 MÈRES ET FILS.

ceau, à avoir de la tendresse pour toutes les créatures sensibles et ne leur laisser gâter ou détruire quoi que ce soit '. »

En somme, c'est bien ce qui se fait dans la plupart des familles, mais capricieusement, sans règ^le ni suite, selon l'humeur du moment et à propos de certains objets auxquels on tient, ou de certains animaux qu'on aime ou dont on craint la dent qui punirait le tourmenteur. Pour avoir la paix, on donne un journal à déchirer, un papillon ou toute autre bestiole à démembrer. Quelle imprudence !

Pourtant, même incomplètes et intermittentes,, ces leçons de respect envers choses et êtres sont profitables : l'enfant n'en retirerait-il rien, ceux qui les lui donnent se trouveraient dans une certaine mesure améliorés.

Enfin, pour surveiller que l'enfant ne fasse pas souffrir les bestioles, ne détruise pas les menus objets, les g'randes personnes seraient tenues non pas peut-être à rester toujours auprès de lui, mais à suivre activement ses ébats. Autre chose est d'abandonner l'enfant, autre chose d'être le discret témoin de sa vie. Nous avons pu voir, en Algérie, des enfants brise-tout et cruels. Ils sont devenus

Page 1