‹ Meres et fils. --Chapitre 47 sur 84 · W. James, Causeries péddgorjiqnes, p. l\-], Alcan · texte numérisé non relu

W. James, Causeries péddgorjiqnes, p. l\-], Alcan

2. Voirie si intéressant et complet ouvrage d'Orner Buyse^ Méthodes américaines d'éducation générale et lechntqne^

ment passionnant, instructif et moralisateur est là. Inutile de chercher, on ne saurait trouver mieux. Méditons le joli passag-e de M'"*' Xecker de Saussure : « Dans les familles pauvres, où la mère a du bon sens et de la douceur, les petits enfants sont peut-être plus raisonnables et plus avancés que dans les autres... Ils s'intéressent à tout ce qu'ils voient, ils le conçoivent, et y prennent part. Toutes occupations du ménag-e sont à leur portée ; souvent ils peuvent s'y associer. Laver, étendre du ling-e, éplucher, cuire les légumes, cette suite de travaux variés dont ils sont témoins, qu'ils aident même à exécuter, donnent de l'exercice à leur esprit, leur inspirent le goût de se rendre utiles, tout en les amusant beaucoup. Occupés sans qu'on s'occupe d'eux, leur vie n'est pas en eux-mêmes, et ils ont le sentiment d'un intérêt commun auquel chacun doit concourir selon ses forces. Que peut-il y avoir de mieux pour un petit enfant?

« Il n'en est pas ainsi dans les familles où les parents ont une autre vocation. Nos occupations plus relevées sont absolument étrangères à nos enfants, et, ne laissant pas notre esprit libre, elles leur causent un ennui mortel. Suspendons-nous notre travail par complaisance, ils voient aussitôt que nous voulons les caresser pour en être aimés, et celte intention, trop évidente, en devient plus

difficile à remplir. L'enfant est exigeant, capricieux, difficile; les parents, qui cherchent à lui plaire, ne sont pas exempts d'affectation dttns leurs efforts ponr se mettre à son niveau ; d'aucun côté les communications ne sont naturelles, on ne se rencontre point sur le terrain solide des services rendus, des besoins satisfaits, des actions, enfin\ »

Dès que l'enfant louche à quelque ol)jet, entreprend un menu travail, notre vanité s'offusque : « Laisse donc! la bonne est là pour ça! » El du même coup nous privons notre enfant d'un plaisir, d'une expérience et d'un profit. C'est comme si nous lui paralysions un peu les mains, l'intellig-ence et le cœur. Il est peut-être fort distingué de « faire la dame », mais cela gêne poui' être mère. En fin de compte, il ne paraît pas qu'il y ait grand avantage à naître dans certaines maisons qui excitent l'envie.

Supposons que nos collégiens appartiennent à ces familles où le ménage occupe les femmes sans les absorber : nos conseils rencontreront encore des objections. On ne les rejettera pas avec dédain, on les discutera. Par exemple, on dira que l'enfant, quand on s'en fait aider, gaspille, abîme, <létruit... \e sait-on pas que nul apprentissage ne

I. M'iie Necker de Saussure, Eclucaf. projressii'e, I, p. 169.

va sans quelques frais? Qu'on essaye; et on verra si la maladresse gaspilleuse n'est pas bientôt corrig^ée. D'ailleurs, qu'on fasse le calcul de ce ([ue coûte aujourd'hui ce passe-temps d'enfant et qu'on suppute ce qu'économiseront pliis tard les qualités dont il aura doté l'enfant.

On objectera encore que les occupations des mères sont des occupations de femme : voudriezvous eflFéminer nos garçons? — Oh! la mauvaise raison! Caries, verres, pipes... nous en connaissons des passe-temps masculins... 'l'ant mieux si les travaux de ménage — en rapport du reste avec les forces et la délicatesse du jeune âge — donnent pour toujours aux pelils garçons les vertus dont tant de générations patientes, ingénieuses, fortes et aimantes ont pénétré ces travaux.

Ne vaudrait-il pas mieux, dira-t-on encore, qu'au lieu de se coudre aux jupes de sa mère, cet enfant apprenne ses lettres, qu'il étudie un livre instructif? Voilà encore une de ces illusions qu'il n'est pas facile de guérir. Nous sommes convaincus qu'on n'apprend rien que dans les livres! En ce moment, à grand bruit, on dresse dans les régiments la liste des illettrés, des conscrits qui ne savent pas qui fut Bazaine ou Jeanne d'Arc. Et on rit d'eux, et on les plaint, et des journalistes, affectant l'inquiétude, se demandent si l'école laïque... quoi? — eh

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bien oui, c'est la formule à tout faire — si l'école laïque n'aurait pas fait faillite!

Dans un coin des Cévennes, j'ai un fermier que je n'ose visiter, parce que, à chaque visite, il me montre ses chàtaig-niers, ses vig-nes, ses légumes, ses prairies, ses coins de céréales, ses toits à porcs... Et moi qui sais ce que fut Bazaine ou Jeanne d'Arc (soyons modestes : je sais ce qu'on croit que fut Jeanne d'Arc, et si je suis sur que Bazaine fut un traître, j'ignoie comment il quitta l'île Sainte-Marguerite), moi, le savant liseur de fatras,, saurais-je nommer ce qui pousse chez mon fermier, ce qui fleurit, fructifie pour nourrir les hommes? Je sais signer mon nom, écrire, mettre du français en latin et du latin en français... saurais-je sarcler ces pommes de terre, panser ce cheval, soigner ce bétail, amener sur les rameaux de bruyère ces vers à soie qui avec un petit bruit strident broutent la feuille de miirier? Comme il rirait, et en vérité, plus malicieux (ju'il ne le montre et plus poli que le journaliste relevant les bévues paysannes des recrues, il rit sous cape de mon ignorance, cet homme que mes diplômes ont la sottise de mépriser, et qui par les bras, la tête et le cœur sej'ait un homme en tant de rencontres où je ne puis être qu'un pédant !

Laissez donc votre enfant regarder les choses et

les manier; laissez-le s'amuser à transformer, à créer, à faire des expériences, à accumuler des acquisitions. Le tour des livres viendra, et il les comprendra d'autant plus aisément, il les pénétrera d'autant plus à fond, qu'il aura plus long-temps, votre petit Descartes, feuilleté, dans la maison paternelle, ce livre si varié, si riche, des réalités, des choses, des outils, des êtres.

Et puis, la mère, en traînant à toute heure l'enfant après elle dans toutes les parties du lo^is, salon et cuisine, cave et grenier, chambre et jardin, tiendra sans cesse ce jeune esprit en éveil. Je ne dis pas qu'il faille fatiguer l'enfant, mais qu'il importe de l'intéresser, d'en faire un curieux, tirautt profil des spectacles qu'offrent à notre indifférence la nature et la société. Le matin , la mère lui montrera le lever du soleil, le soir elle contemplera avec lui les étoiles., ces étoiles que nos petits collég-iens plus jamais ne reg^arderont ! Pas de leçon, pas de boniment : admirez, soyez émue. Devant ces splendeurs ayez l'attitude humaine, qui n'est point la moue de la snobinette revenue de tout, ni l'impassibilité stupide de l'indifférente qui ne voit rien. Cherchez, faites naître les occasions d'être surpris, d'être ému, d'admirer, d'apprendre.

Pour ces apprentissages, le log-is des plus mo-

destes d'entre nous est un riche atelier. Ce ne sont pas les accessoires qui manquent, ni les aides, c'est le vouloir.

Du cœur, on en peut dire autant. Devant la mère se déroule un magnificjue programme. Le plus souvent nous n'y jetons même pas un coup d'oeil. Que d'êtres à faire aimer, au sens [trofond de ce mot que nous profanons à rendre les plus frivoles jugements de l'esprit, au lieu de le réserver aux élans du cœur, surtout à ses attachements raisonnes et indestructibles.

Cherchons-nous à faire aimer ces inconnus qui, loin de nous, dans le temps ou resi)ace, ont travaillé, travaillent, travailleront pour nous, produisant un [)eu plus que leurs besoins ne commandent', consommant un peu moins que leurs désirs voudraient consommer, afin que le patrimoine commun augmente, que la culture humaine fasse un pas? Et si — ce que je ne crois pas — on juge trop difficile à faire naître cette tendresse pour des inconnus, songe-t-on à g-agner l'affection de l'enfant, sa reconnaissance, sa piété à ceux de sa race, aux Français d'autrefois; mieux encore à ceux de sa famille, à ces deux couples de grands-parents dont il est l'héritier, l'obligé, le continuateur? L'enfant leur doit de la vénération; mais n'est-il pas des familles où jamais un tel sentiment ne naîtra?

Un tel sentiment, ni beaucoup d'autres encore. Que de sentiments nous laissons s'atrophier, se dessécher, mourir! Oue de sentiments nous tuons, <ilors qu'il serait si facile et si prudent de les cultiver, de les faire croîjre dans les jeunes cœurs! Si nous étions sages, nous les remplirions de respect, de tendresse, car les passions et les vices n'approchent guère des cœurs quand ils sont embaumés de tels parfums.

Pour éveiller ces sentiments et les épanouir, pour inspirer le goût, le besoin irrésistible d'une yie humaine^ c'est-à-dire d'une vie qui est action, pensée, amour, est-il des procédés qu'on puisse recommander aux mères? Non. Rien n'approche des trouvailles de leur ingénieuse tendresse. Tout nu plus est-il loisible d'indiquer quelques précautions. Par exemple, pour celte partie de la tâche cjui commence aux premiers jours de l'enfant et qui peut se ralentir au seuil du collège, il faut — €st-ce à dire aux mères? — cette simplicité naïve, spontanée, qui jaillit si naturellement de leur cœur. Il faut aussi cette gravité qui prend de temps à autre la place de l'enjouement, et cette émotion si douce qui met aux yeux des petits garçons ces larmes, ces bonnes larmes qui ne coulent pas. qui restent sous la paupière et g-onflent le cœur. Il faut •encore la répétition, une répétition presque quoti-

dienne, dont pouiiant l'eiifanl ne se fatigue pas, la mère non plus.

Ce dernier point est capital.

Avec nos enfants nous n'employons pas assez ces recommencements un peu solennels qu'on appelle des rites. Il en faudrait à tontes les heures marquantes : au lever, an coucher, aux repas. L'humanité d'instinct l'avait compris : les chants les plus anciens sont ces hymnes indous qui solennisaient l'aube, midi, le crépuscule. Aujourd'hui^ pour simplifier, par hàle ou peut-être par simple paresse, nous n'attachons nulle importance à ces graves démarches : s'éveiller pour le travail, se coucher pour le repos, s'attabler pour refaire son être. Ces grands moments, la famille devrait les solenniser par des chants, de beaux chants purs, nobles, adaptés à chacun de ces moments, par des actions de grâce que chacun, selon son cœur et ses croyances, adresserait à Dieu ou à l'humanité.

On dit : le respect s'en va. Qui s'inquiète de le retenir? Oui l'appelle? Par mille imprudences n'habituons-nous pas l'enfant à n'avoir nul ég-ard pour nulle chose? 11 se croit le centre du monde, le maître du logis, le commencement et la fin de tout. Non seulement nous ne lui faisons point sentir la domination des lois naturelles, de cetle fatalité qui pèse sur l'humanité, mais encore nous en-

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courag'eons sa tendance à se croire souverain, à se conduire en maître qui plie tout à ses caprices. Il ne parle pas encore que déjà ce qu'il sait le mieux c'est commander, se faire servir. Par ses pleurs et ses cris — il en a conscience — il mène toute la maison, et principalement sa mère qu'il juge comme faite exprès et placée auprès de lui pour satisfaire ses désirs. Quand cette tyrannie est devenue sa conception de la vie et son habitude, .comment le plierez-vous à tenir compte des autres, à admettre les lois de l'univers et les oblig-ations sociales? Le respect s'apprend d'abord par la soumission à ces conditions immuables que la nature impose et qu'on a laissé ignorer à l'enfant.

Le respect s'apprend aussi par l'exemple. Si par une affectation d'indépendance et en s'imaginant que l'irrévérence dénote la force du caractère, les parents manient sans précaution les objets., les rejettent n'importe où après s'en être servis, dédaignent de les reposer à la place qui est justement pour chaque chose une protection, une assurance contre la détérioration et la perte, si les parents sont rudes, brutaux avec les bêtes, g-rossiers el durs avec les personnes, comment se fera celte éducation du respect qui est un des plus essentiels éléments de la culture humaine?

Jamais la mère ne commencera trop tôt à don-

lier l'exemple de cette sollicitude méticuleuse et tendre que les choses doivent nous inspirer autant que les animaux et les personnes. Que de moyens s'offrent à elle pour l'enseigner à l'enfant : l'arrangement, l'harmonie, l'ordre qui, dans le logis, est sans cesse rétabli avec une patiente douceur, donnent des leçons de respect. Les attitudes, la démarche, la façon d'aller et de venir sous les yeux de l'enfant sont autant d'influences qui l'inclinent pareillement à être ou à n'être pas respectueux. Il y a des gens qui, lorsqu'ils traversent une pièce, semblent par le regard, par les gestes, le balancement brusque des bras, le frappement sec des talons, défier, mépriser, menacer tout ce qui les environne. Ils ont l'air de dire aux choses et aux gens : « Je vais, gare à vous; je bouscule et j'écrase. » Tandis que la démarche calme, souple, mesurée des femmes bien élevées est rassurante, caressante; elle enveloppe êtres et objets de sécurité; elle attire, elle entraîne.

La voix et ses inflexions sont toutes-puissantes aussi pour inspirer le respect. C'esf le ton, dit le proverbe, qui fait la chanson. Comment nos enfants respecteraient-ils les grands-parents, les vieillards, les infirmes, les déshérités de la fortune, la vertu, la patrie, le drapeau..., s'ils nous entendent prononcer tous ces noms d'un ton détaché,

IG

sceptique, gouailleur, plein de sous-entendus articulant cette restriction que notre prétendue malice s'applique à soulig-ner : « Vous savez, moi, ces machines-là ne m'en imposent pas. »

Avez-vous entendu de vraies mères parler à l'enfant des choses qu'elles veulent lui rendre non pas seulement chères, mais saintes? Oh! les belles notes graves, les belles sonorités lentes, contenues, étouffées, pénétrantes, l'admirable musique évocatrice d'émotion, d'attendrissement, d'enthousiasme, de vénération !

Avez-vous entendu de vraies mères donnant la leçon de sentiment, de tendresse, célébrant le culte, révélant la religion du souvenir et du respect? Quelle simplicité! Elles s'agenouillent près d'un meuble, l'enfant serré contre elles, et doucement elles ouvrent un tiroir, et une à une elles sortent les reliques. « Chut! ne louche pas ! reg-arde : ceci était à ta bonne-maman... »

Education de la volonté.

Pour des enfants qu'on doit si tôt éloigner du foyer, retrancher du monde, sevrer des joies de la famille, des caresses de la mère, enfermer avec des hommes et des livres, il serait prudent de pousser loin l'éducation des sentiments, puisque cette éducation va être interrompue et pour long-temps, et juste au moment où la nature voudrait qu'elle fût spécialement surveillée. C'est pourquoi nous avons insisté, dans le chapiti'e précédent, sur une question qui a tant d'importance.

Mais nous ne prétendons pas néglig^er cette autre force humaine, qui, de nos jours et dans notre pays peut-être plus qu'ailleurs, paraît se détendre et s'affaiblir. L'éducation de la volonté exige aussi l'attentif dévouement des mères. Là encore, nous en sommes convaincus, les mères sont capables d'exceller. Elles accompliraient des miracles. Mais s'imposent-elles cette tâche? Si nos enfants, du côté du vouloir, n'ont pas la trempe qu'il faudrait,

ne serait-ce pas toujours pour la même raison? La mondanité ou le travail oblig-ent leurs mères à se détourner d'eux ; puis l'école ou le collège les éloignent de leurs mères; ils ne reçoivent qu'en passant ces leçons de volonté que la mère devrait, durant de long-ues années, répéter avec le dévouement et la patience dont elle seule a le secret.

Le 27 mai 1906, on inaugurait à Paris, sur la place du Panthéon, la statue de Pierre Corneille. Au nom de l'Académie française, M. Emile Faguet prononçait un beau discours. Nous y relevons les passag-es suivants où nous aimons à voir le programme lumineux et comme le thème de ces leçons de vouloir que les mères, par leur faute ou par la faute des institutions et des mœurs, ne sont plus guère à même de donner avec suite à leurs fds.

« Corneille est le premier, disait M. Faguet, qui ait dit, bien avant un autre dont l'enseignement^ plus mêlé, est un peu moins sûr, « qu'il faut vivre « dangereusement » et que « f homme est un être « qui est fait pour se surpasser ».

« Il faut vivre dangereusement ! Corneille nous rapprend partons ses héros, qui semblent ne pouvoir vivre pleinement que dans la lutte, l'énergie

hardiment déployée, la grande lâche acceptée, désirée, cherchée, inventée, si elle n'est pas, embrassée avec ivresse, si elle s'offre. Il faut vivre dang-ereusement , parce que le danger a créé l'humanité, parce que c'est à cause des périls qui l'environnaient que l'homme s'est comme emparé de toutes ses puissances et a tiré de lui tout ce qui y était et en vérité tout ce qui n'y était pas, tant il s'est élevé au-dessus de la chétive et misérable orig-ine d'où le grand Dessein universel avait voulu qu'il partît. Il faut vivre dangereusement, parce que c'est le danger qui, fortifiant les forts et affaiblissant les faibles, marque réellement au front les vrais élus et indique à l'humanité ceux qu'elle doit honorer, qu'elle doit imiter et qu'elle doit suivre. « Et aussi « r homme csl un être qui est fait <( pour se surpasser ». Lé plus pur de Corneille est dans cette grande parole. C'est lui qui, plus fortement que tout autre au monde, nous a dit que la lutte contre nous-mêmes est la condition même de notre vie et la condition même de notre bonheur vrai; que l'indépendance est le plus g-rand des biens; mais qu'il faut faire attention à ceci, que l'indépendance consiste d'abord à ne pas dépendre de soi-même; que nous ne devons pas nous obéir; que nous devons nous élever au-dessus de nous ; qu'il n'y a pas de plus g-randes ni de plus vives

jouissances que celles de la volonté, et que la volonté consiste à n'avoir plus qu'un désir, qui est de combattre le désir, et à n'avoir plus qu'une passion, qui est de maîtriser les passions.

« Etre maître de soi, mot qui a perdu tout son sens pour avoir été trop employé et souvent par des gens qui n'étaient point pour le comprendre ; mot merveilleux pour qui le prend dans toute son étendue; être maître de soi, ne pas permettre qu'en notre maison spirituelle ce soit nos domestiques qui nous gouvernent : passions, désirs, ressentiments, rancunes, petites ambitions et petites vanités; mais gouverner ce monde-là et le faire taire, et régner sur tout ce qui est nous ou prétend l'être, dans un grand silence par où se marque l'autorité du maître occupé à sa tàcke et ne s'en laissant pas divertir.

« Se surpasser, c'est-à-dire, non point, comme a dit Montaigne en se jouant, prétendre faire « la « poignée plus grande que le poing et la brassée « plus grande que le bras », mais dépasser tout ce qui en nous nous rapetisse, dépasser tout ce qui est en nous et ce qu'à l'ordinaire nous croyons être nous ; aller jusqu'aux dernières limites de ce que nous pouvons être (et de ce que nous n'imaginons pas (jue nous puissions devenir) , voilà ce qui est se surpasser. Se surpasser, c'est se remplir;

puisque aussi bien se remplir c'est surpasser infiniment le peu que nous sommes quand nous n'avons pas pris conscience et maîtrise de toutes nos puissances.

« Et c'est à cette conscience que sans cesse Corneille fait appel, et c'est cette maîtrise que sans cesse Corneille nous indique comme étant notre devoir même. Corneille a inventé la religion de la volonté'... »

Corneille? ou bien les mères?

Ce que nous enseignent d'abord nos mères, n'est-ce pas précisément à nous « dépasser », à nous dégager de la vie animale pour nous élever à une vie plus haute, à devenir au plus tôt une intellig-ence et un cœur ? Ce premier éclair que la mère épie dans les yeux de l'enfant et (ju'on peut dire qu'elle y allume à force d'amour, ce regard qui parle et qui dit que la mère est reconnue, appelée; ces premiers bégaiements que la mère provoque, encourage, répète, renforce, change en syllabes, en paroles, en pensée, ne sont-ils pas des leçons d'humanité? ne sont-ils pas les premiers efforts, dont le prodige nous échappe, pour nous élever audessus de notre « chétive et misérable origine » ? La première éducation que nous recevons, et peut-

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