I. E. Quinet, Hisloii'e de mes idées, p. loo, Hachette
gne. Ajoutons que de très bonne heure ce procédé est applicable avec les fillettes dont la maturité est précoce, dont la sensibilité est de bonne heure éveillée : elles comprennent plus tôt que leurs frères et plus tôt qu'eux elles tiennent à être louées, jug-ées favorablement, approuvées. Que ne feraientelles point pour échapper à une réprimande, pour mériter une approbation? Les garçons, en général, sont plus indifférents; quand cette indifférence leur passe, ils sont partis, le collèg'e les a pris. Est-ce à dire que le procédé de M'"'^ Ouiuet ne saurait leur être appli([ué? Si nous l'avions cru, en aurionsnous parlé?
Nous avons voulu seulement répondre à ceux qui relèveraient ce fait que des deux mères dont nous proposons l'exemple, l'une a suivi cette méthode avec sa fdie, et l'autre a écrit un Essai sur Véducation des femmes. Mais toutes deux ont élevé des g-arçons qui ont fourni de belles carrières.
Marquons aussi que nous voyons combien il est difficile dans l'éducation des garçons d'appliquer la méthode de M"'« Ouinet ou celle de ^\^' de Rémusat.
Enfin, rappelons qu'auprès d'un petit g-arçon de sept ans, elle fut suivie avec le plus g'rand succès» Il est vrai que les écrits familiers, fables, récits et dialog'ues des morts où, comme dans le journal de
]\jme Quiiiet, l'éloiie et le blâme se distribuaient au duc de Bourgogne, étaient dus à un éducateur <le génie '. Mais cela ne saurait empêcher les mères <le tenter ce qui a si bien réussi à Fénelon.
Les conseils de M'"*^ de Rémusat ne sont pas moins précieux ; peut-être sembleront- ils tout •d'abord plus difficiles à accepter. Sur deux ou trois points ils surprendront.
En premier lieu, M"'" de Rémusat se refuse à admettre le type consacré de l'enfant bien élevé. Ce que la société appelle ainsi, c'est l'enfant « auquel on a pris soin de donner l'extérieur et comme les g-estes des qualités qu'il n'a point encore » ; c'est un petit vieux qui singe les manières des g-randes personnes et sait convenablement s'ennuyer en leur conq^agiiie. Ce n'est point la sagesse d'un tel enfant que la société approuve, c'est sa soumission : elle applaudit ce docile, qui de si bonne heure se plie aux usages, se conforme sans résistance^ met ses pas dans les pas d'autrui, répète les paroles, les j^ensées, les actions. Allons, se dit la société, ce sera un bon sujet; il vivra dans la coutume; l'ordre par lui ne sera point troublé...
I. Voir sur ce point : Héinon, Cours de littérature, t, V; GréarcI, L'Education des femmes par les femmes; le cardinal de Bausset, Vllisi. de Fénelon; Bizos, Fénelon, p. l\o, Lecène-Oudin.
Cotte satisfaction, M'"" de Rémusat ne la partage point. On sent qu'elle est plutôt attristée, qu'elle pressent, à la suite de cette sagesse prématurée, l'avortement de l'énergie virile : « Encore un homme de perdu ! » Elle n'exprime pas cette crainte en termes formels, mais on devine ce <]u'elle tait. Pour le présent, elle est très catégorique : « A quel prix s'achète pour l'enfant cette réputation d'enfant bien élevé! Que n'y perd-il pas en bonheur, en naturel, en abandon, en indépendance ' ! » Et, un peu indirectement, en employant le tour hypothétique, elle donne le conseil de respecter et la personnalité de l'enfant et son bien-être, sa joie : ne le soumettez donc pas sitôt aux conventions du monde. « Si on laisse l'enfant enfant, c'est-à-dire ignorant des usages et des règles du savoir-vivre, il se présente ti"ès peu d'occasions de le gronder, hors le cas où il pourrait nuire à sa conservation ou gêner par le petit despotisme qu'il ne faut pas lui laisser la possibilité d'établir. Et encore, comme il n'est pas mal de faire ce qu'on ne sait pas être mal, on peut assurément empêcher un enfant de se nuire à lui-même ou d'importuner, sans le réprimander sévèrement. Ainsi, au risque d'avoir dans le monde le renom d'une mère