‹ Meres et fils. --Chapitre 50 sur 84 · I. Essai sur l'édiicaf. des femmes, édit. Gréard, p. i5o · texte numérisé non relu

I. Essai sur l'édiicaf. des femmes, édit. Gréard, p. i5o

qui gale son enfant, je crois qu'on ferait bien de s'appliquer à lui fournir les occasions de bien faire^ sans laisser échapper celle de l'en louer après. »

Ces derniers mots introduisent une seconde idée de M™** de Rémusat. Avant de la présenter, reconnaissons le bien-fondé des réflexions qui précèdent. Elle a raison d'appréhender que peu de mères oseront s'exposer à passer pour des mères qui gâtent leur enfant. La société, là-dessus, n'entend point plaisanterie. Réprimander sévèrement, punir, corriger, mettre au pain sec, enfermer dans la chambre noire, voilà ce que la société commande impérieusement contre les méchants, garnements qui n'ont point suspendu leur jeu pour tirer leur casquette au monsieur, ou qui ont répondu « oui » tout court à la dame, ou qui ont repris du gâteau sans permission !

La seconde idée de M""" de Rémusat risque pareillement de heurter les habitudes de bien des gens. Elle voudrait introduiie dans l'éducation une disposition analogue à celle que Chateaubriand passe {)Our avoir introduite dans la critique littéraire. Avant Chateaubriand, le juge se croyait obligé à ne signaler que les imperfections. Lui , voulut ({ue les beautés eussent leur part. Cette intelligente bienveillance n'est guère pratiquée avec les enfants. On relève leurs fautes, on néglige

de louer ce qu'ils font de bien ; on appuie sur les maladresses, on ne rend pas justice aux efforts. Et cela n'est pas bon, dans tous les sens du mot. En nous refusant à louer l'enfant, en relevant avec complaisance ses défauts, nous étalons notre vanité, qui dans ce cas est fort sot(e ; nous marquons l'insuffisance de notre intelligence, la sécheresse de notre cœur, et. nous décourageons celui que nos reproches ou nos remarques ont la prétention de corriger et d'améliorer ! « Je me souviens très bien, dit M™" de Rémusat, que, dans mon enfance, il m'arrivait quelqueTois de m'appliquer de toute l'attention dont j'étais capable pour emplir une page de ces grandes lettres qu'on appelait , je crois, de la bâtarde, sorte d'ouvrage très difficile à bien faire à tout âge, et paVticulièrement pour les enfants, dont la main est en même temps faible et raide. On a raison de les y contraindre, parce qu'il accoutume leurs doigts à la souplesse; mais on a tort de les gronder, quand ils n'ont pas réussi. Malheureusement, on me jugeait sur le résultat, et quand j'apportais mes lettres mal faites, tout attristée du peu de succès de mon attention, j'étais grondée, quoique au fond j'eusse mérité d'être encouragée '. » Et M"^'' de .Rémusat

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