I. Véducat, des femmes, p. xcvii
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VOUS le lui interdisez; l'en enipêcliez-vous? « La première opinion fausse que les circonstances, et parfois notre faute, font naître en eux, c'est qu'une mère est une personne faite pour être obéie de tout le monde, affrancliie de toute obligation d'agir autrement que par sa volonté, g'rondant ou pouvant gronder dès qu'on lui résiste, enfin qui n'est dans ce monde que pour faire tout ce qu'il lui plairait, et même pour se permettre tout ce qu'elle défend à son enfant. Par exemple, il n'est g^uère de petite fille qui n'ait été g'rondée pour avoir dérobé et mangé la- chose que sa mère mange en sa présence; qui, réprimandée si elle a cassé quelque meuble, déchiré quelque harde, ne voie sa mère casser une tasse impunément, renverser son encrier sur sa robe, s'impatienter contre un domestique trop lent, avoir peine à quitter son lit, etc. Qu'en conclut-elle? Qu'il est ag-réable d'être grande, c'està-dire affranchie de toute obligation ; qu'elle sera bien heureuse, quand à son tour elle sera g^rande aussi; et ce premier souhait est le fondement d'une opinion très fausse sur la liberté'. »
Très sagement. M'"'' de Rémusat demande qu'une mère vive sous les yeux de ses enfants une vie difficile; qu'elle leur montre les devoirs très nom-
]. L'èdiicdlidii (les femmes, \>. i53.
lîreiix et souvent très pénibles de la mère de famille; qu'elle leur fasse remarquer le plaisir ou la peine que ces devoirs rapportent à qui veut les remplir, les victoires qu'on g'ag'nc sur la paresse^ quand on est résolue à ne point les néçliçer, l'état d'activité et de satisfaction où ils vous mettent, le bon ordre qui résulte de leur accomplissement. Nulle leçon de morale ne vaut cette conduite : c'est l'énerg-ie enseig'née par l'exemple, la véritable énerg-ie, celle qui ne procède point par à-coups, mais qui accomplit à l'heure voulue et avec allégresse le devoir présent.
M™*' de Rémusat va plus loin ; elle conseille même à la mère de laisser entrevoir, à l'occasion^ combien il lui est parfois pénible de ne manquer à aucun des actes de sa mission. Ces aveux, bien ménag-és, ne nuiraient en rien au respect qui lui est dû. Les enfants ne peuvent demeurer bien long-temps dans une entière croyance à la perfection de leur mère. Il y aurait gain , pense M"^" de Rémusat, à dissiper sagement cette illusion, pour prévenir le danger de la découverte furlive qui doit les en tirer un jour. Le pouvoir fait mieux de confesser ses faiblesses que d'en laisser dérober le secret. Courageuse et sincère,. elle n'admet pas qu'il y ait avantage à se donner pour ce qu'on n'est point. Une mère qui s'impo-
sera une grande régularité, une ponctualité minutieuse dans l'accomplissement des travaux domestiques, et qui fera comprendre à ses enfants ce que lui coûte cette exactitude en même temps que ce qu'elle lui rapporte, cette mère leur aura, du même coup, appris ce qu'est le devoir, la patience, la volonté ferme, l'énergie.
Si cette volonté — toujours rare dans le monde — paraît avoir fléchi dans notre pays, une cause de ce fléchissement est assurément dans les mœurs qui séparent trop tôt (parfois dès la naissance !) les enfants de leur mère, qui les laissent grandir loin de l'héroïsme féminin, ou qui font user cet héroïsme à de misérables devoirs mondains ! Qu'ils soient externes ou internes, sous prétexte de les consacrer à leurs éludes, le père est pressé de détacher les g-arçons de la mère, des grand'mères, des tantes, des soeurs. Alors le bienfait de la première éducation est perdu. « Vile un livre dans les mains! » Le meilleur ne remplace point la mère; surtout au moment où, après le sommeil de l'enfance, un réveil agite les instincts inférieurs. La mère avait humanisé l'enfant; en lui, grâce à elle, il y avait l'ébauche, la promesse d'un homme; et voici une crise qui peut abolir l'homme, faire remonter et fixer les inclinations grossières, violentes, qui ne sont point de l'homme, livrer pour
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toujours le coiinnaiidement « aux domesliques du log-is », aux passions et aux instincts. Et c'est à ce moment que, sous prétexte de le viriliser, nous écartons de l'adolescent celles-là mêmes qui ont enseijjné à notre race les seules qualités viriles, humaines, celles qui nous ont fait hommes en nous apprenant la patience, l'attention, l'activité créatrice et l'amour' !
Ce n'est point le lieu d'exposer, même à grands traits, l'histoire du plus lointain passé, de montrer le primitif brutal, sanguinaire, courant après la proie, taudis que sa compagne attend avec tremblement son retour, pense aux moyens de toucher,
I. « M. Pcrricr a fait voir que, chez les animaux, les instincts les plus intéressants, les plus étendus et les plus caractéristiques sont d'origine féminine. Ces instincts sont faits de dévouement sans limites, de prévoyance infinie, de sollicitude délicate et vigilante... » (Fouillée, Les Eléments sociologiques de la morale, p. 122, Alcan.) N'en est-il pas de même dans l'humanité? La plupart des vertus ne sont-elles point d'origine féminine? « La vie pacifique et sédentaire, dit M. Gaston Richard, dans un livre qui est à lire en entier, est une création de la femme. L'activité productive, l'agriculture, l'industrie, le commerce ont été longtemps choses de femmes. L'affinement de la nature humaine, la prépondérance des sentiments doux et délicats dans les rapports sociaux résulte d'une lente et longue action du sexe le plus faible sur le plus énergique... Pour devenir l'agent de la civilisation, l'homme a dû se plier à des habitudes de discipline sociale, de vie sédentaire, de travail pacifique et se mettre à l'école de la femme. » La femme dans l'/iisioire, \). ^20, Doin, 1909.
désarmer le farouche, aménage la grotte ou la hutte, cherche ce qui flatte et ce qui plaît, afin d'attendrir, retenir, adoucir; ou bien encore presse le petit enfant sur son sein, se demande angoissée comment elle devrait s'y prendre pour qu'il fût fort comme le père redoutable, mais moins dur, moins violent, patient comme elle, réfléchi et doux. Ne rapportons que la coutume d'une antiquité plus rapprochée. Grecs et Romains confiaient aux femmes la g'arde de l'inestimable trésor, de la flamme si vite éteinte que nuit et jour il fallait alimenter au foyer. C'est , un symbole et une vérité : les. femmes sont les gardiennes et les propag-atrices du feu sacré, de la vie et de la civilisation.
Aussi, pourrait-on attendre beaucoup des mœurs nouvelles qui, instituant une étroite coopération entre la famille et le lycée, remettraient la conduite des fils sous les yeux et leur cœur contre le cœur des mères.
La vie morale : examen du soir, exhortation du matin.
Nous le dirons plus loin, quand nous nous adresserons directement aux fils, nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion de le faire pressentir : Si les, parents sont les éducateurs les plus qualifiés^ si en particulier la mère est l'éducatrice par excellence, ce serait folie d'oublier celui qui, dans l'œuvre de l'éducation, doit, au fur et à mesure qu'elle avance, assumer la part la plus importante ; ce serait folie d'oublier l'enfant. Il ne faut pas que, comme un animal qu'on dresse, il reste passif; l'œuvre de l'éducation serait mauvaise si elle ne déliait pas au plus tôt les entraves de l'àme, si ellene donnait pas à l'enfant une moralité dont l'activité va croissant.
Parlant de l'éducation du peuple, qui n'est point une entreprise chimérique, Pestalozzi disait : « Je la confierai à la mère, à l'enfant, à l'innocence. » Il a raison : l'enfant doit être son propre éduca-
leur. Dans les races supérieures, dès qu'il bégaie sa langue, l'enfant est quelque chose de plus qu'un candidat possible à Thumanité. Il possède déjà un liéri-tag-e, les acquisitions accumulées par les devanciers; il possède une étonnante faculté d'imitation et d'assimilation, une puissante force d'ascension ; il est déjà un petit homme. Eh bien! il faut le déterminer le plus tôt possible à être un homme, à vivre en homme, c'est-à-dire moralement, à être maître de lui, à contrôler, diriger, juger ses actes, à se faire le chef responsable et entreprenant de. ses actes. Et justement parce que d'une part il est attendu par l'internat, où il risque de se déshabituer d'une telle activité, parce que, d'autre part, notre nation a quelque éloignement pour le self goveniment dont ses institutions lui font depuis peu une nécessité, soyons pressés de remettre aux mains de ce futur, citoyen la •direction de sa propre cité, de ce for intérieur où ■chacun de nous assemble le conseil de ses pensées, discute, délibère avant d'agir; soyons pressés de faire de notre enfant son propre éducateur.
Pour arriver à ce résultat, pour préparer et commencer cette transmission de pouvoirs, com nienl la mère s'y prendra-t-elle? Voici.
Les méthodes pratiques n'admettent guère là
mullij)licité des piocédés. Nous avons déjà fait pressentir la nôtre : qu'on se souvienne de ce que nous avons dit du sommeil du nouveau- né, de ce que nous avons dit des chansons, caresses et histoires que la mère réserve pour bercer et endormir. Le moment du coucher a, pour nous, une importance capitale. Revenons-y : c'est le point central de notre méthode.
Quand l'enfant a mis la tète sur l'oreiller, quand il va fermer les yeux, si la mère est là et si elle veut, si elle sait, elle peut des miracles. Comment?" Très simplement, tant que l'enfant est tout petit, en chantant de douces choses, en racontant de belles, poétiques, pures, touchantes histoires; quand il a g^randi (à quel âge? cela dépend de son intelligence, de son caractère, du développement général ; en tout cas le plus lot possible), en faisant avec lui, chaque soir, une revue rapide de la journée : « Voyons, Bébé, qu'aVons-nous fait aujourd'hui? Ah! Bébé a été bien sage avec son papa ; il a fait toutes les commissions de sa maman, comme un homme... » Voilà le tour et le Ion.
Sans régularité et sans ordre, rien ne profite. Il faut donc n'interrompre ces petits examens qu'en cas de force majeure, en faire une véritable institution, une nécessité aussi indispensable que les
-a.'JO MERES ET FILS.
soins de propreté et ralimentation. Il est bon, en outre, que la mère, afin de ne rien omettre, se soit fait un plan et s'y tienne; par exemple, elle passera en revue, toujours dans le même ordre : ce que Bébé a fait dans la maison avec sa maman, avec son papa, avec ses autres parents (grand-père, grand'mère, frères, sœurs...), avec les voisins, les amis; ce qu'il a fait à l'école avec la maîtresse, les camarades; en revenant, dans la rue, etc.; elle terminera par le rappel de ce qui a mérité son approbation : « Ainsi, Bébé a fait telle chose qui le rend un très utile petit garçon ; il a appris telle chose qui l'a vraiment grandi ; il n'est pas le même qu'hier; mais il est encore plus mon chéri, parce qu'il est plus savant et meilleur... »
Voilà une première série : la série du soir.
Le lendemain, au réveil, la maman qui a déjà préparé la journée (à quoi serviraient donc les grandes personnes, si elles ne frayaient pas la route aux nouveaux venus? mais il est rare qu'elles veuillent s'imposer ce suicroît de travail), la maman dit : « Aujourd'hui, du nouveau ; Bébé va apprendre à... » Et elle choisira méthodiquement une qualité dont elle est jalouse d'enrichir son enfant, ou une science, une dextérité... « Aujourd'hui, Bébé apprendra la patience, il restera dix minutes sur sa petite chaise, sans bouger : nous regarderons
à la pendule'. Aujourd'hui, Bébé mettra la table. Aujourd'hui, Bébé ira chercher de l'eau à la fontaine, sans se mouiller; c'est difficile, la cruche est ■lourde, mais s'il veut, il le pourra : ce qu'on veut on le peut^... »
Aperçoit-on la fécondité de la méthode?
Que d'avantages je lui trouve! D'abord, elle met le cœur de l'enfant plus près du cœur de la mère; elle les unit étroitement dans l'œuvre sacrée : l'éveil d'une àme. Puis, elle enseigne aux petits une chose que beaucoup de grandes personnes ignorent : le prix des jours, lesquels ne doivent point venir et s'envoler sans qu'on leur donne un regard, sans qu'on leur ait demandé une aubaine, sans qu'ils aient emporté une imperfection, apporté un accroissement.
Que d'autres avantages on découvrirait, en cherchant ! Je ne veux plus voir que ceci : celte méthode supprime cette horrible chose, ig'norée — qui le croirait? — des Arabes du désert, des peuples sauvages : la correction, la réprimande brutale
1. Sur ces exercices, si utiles à nos enfants nerveux, voir P. de Coulevain, Sur la branche, p. 9g.
2. S'inspirer des Mémoires de Francklin, p. i5q, Hachette, «éJiteur; voir aussi Collégiens et faniilles, p. 22O.
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à grands cris, à gros mots, à taloches. On a pu dire en latin, puis répéter en français : « Oui aime bien, châtie bien », et faire du martinet un accessoire de l'éducateur ! On a pu enseigner que les scènes et les coups corrigent ! C'est un moyen d'effarer, d'abêtir, de corrompre. L'enfant battu apprend surtout une chose qu'il n'aurait jamais imaginée : que son père ou sa mère ressemblent aux plus horribles bètes, ont des cris comme elles, de la bave et des rugissements. Il n'oubliera plus les mots g'rossiers que nous lui révélons et il saura les crier à son tour : nous lui avons donné une leçon de brutalité. Enfin, comme la colère est toujours une manifestation d'impuissance, ce subtil observateur ne manquera point d'apercevoir, dans les accès que nous croyons les plus terrifiants, le point par où nous sommes le plus vulnérables. Cette méthode a encore le défaut d'enraciner le mal; l'enfant n'oubliera plus la faute pour laquelle on l'a fait souffrir; et peut-être trouvera-t-il une certaine grandeur à la commettre- encore pour nous braver.
Nous croira-t-on là-dessus? C'est douteux. (( A nous, Français, qui volontiers nous appelons le peuple le plus doux de la terre, en même temps que le plus spirituel, il nous semble que la douceur est l'arme des impuissants; et quand il s'agit
d'obtenir l'obéissance, nous jugeons plus efficace de ne point nous adresser à l'esprit, ni de gagner, par l'intermédiaire de la raison, la soumission, le consentement et la collaboration de celui qui reçoit notre ordre; au contraire, nous aimons à plier durement les volontés ou à les briser par la contrainte. Aussi en est-il peu parmi nous, en haut de l'échelle sociale comme aux derniers échelons, pour qui le type idéal du commandant ne soit le caporal. Chez le clubman qui sonne son valet de chambre, ou chez le contremaître qui distribue la tache aux ouvriers, c'est la même allure de sousofficier, avec un peu plus ou un peu moins de g"rossièreté dans l'insolence. Et les pères de famille ne sont pas très différents. Ils traitent volontiers les enfants comme une sorte d'inférieurs, de non g-radés, qu'il faut réduire jeuries et boucler une fois pour toutes. Nous avons cela dans le sang'. »
Au lieu de s'emporter, qu'il vaut bien mieux,, en présence d'une faute, manifester sa tristesse et dire simplement : « Ce soir nous en reparlerons »! Puis le soir, au coucher : « Ou'as-lu fait ? Es-tu content de toi? es-tu en paix avec toi-rnéme ? Non, Eh bien, il faut que la paix rentre dans ton cœur>
I. Education ilu pi'itple, p. r^i); voir aussi Mme Je Maini lenon, Avis an.r iniîlresses, 1O91.
Demain tu répareias, tu rachèteras ta faute, tu gagneras ton propre pardon eij faisant par delà ton devoir. Promets-le-toi. Maintenant tu vas dormir heureux. Et moi aussi, je suis heureuse : j'ai un brave et courageux enfant; il peut s'oublier, mais il sait se reprendre. Eml»rassons-nous : tu es un homme '. »
Ne trouve-t-on pas surprenante et admirable la bonté de la femme?
Ce qu'elle a été, ce quelle est encore trop souvent, on peut le dire d'un mot : une victime. Dans le^ sociétés humaines, il n'est pas bon d'être un faible. En haut de l'échelle sociale comme aux plus bas degrés, la femme a eu pour lot d'être exploitée, trompée, dépouillée, et, en fin de compte, abandonnée. Aux temps reculés ou chez les peuplades barbares, la finale présente cette variante : au lieu d'être abandonnée quand elle a cessé de plaire, elle est mise à mort et mangée. Est-il possible qu'ayant tant soulYert de l'homme, jamais elle n'ait songé à se venger! Les moyens ne lui faisaient •certes pas défaut : la patience, l'énergie, Tintelli-
I. N'oir Miiip de Réniusat, Essai sur i Education des femmes, )>p. xcvi et i5o, Hachette, éditeur.
«•ence, la ruse. Qu'elle choyât ses filles, les malheureuses dont l'avenir ne lui était que trop connu, •d'accord ! mais le garçon, le continuateur, l'émule •du père, le futur exploiteur, tourmenteur de ses pareilles ! celui qui boira, jouera le salaire de la femme ou sa dot, qui se fera servir, nourrir par ■elle, et, pour payer un tel dévouement, frappera, tuera peut-être, qu'elle l'épargne ! mieux : qu'elle veille sur lui avec amour, est-ce possible? Mais oui, ■et le plus souvent, sans se l'avouer, elle aime le fils plus que la fille! C'est qu'à ce cœur meurtri, le fils est la promesse consolatrice, le rêve, le miracle : « Ce fils, mon fils, vaudra mieux que le père. Ce n'est point à lui, c'est à moi qu'il ressemblera; comme moi il sera pur, doux et bon... » Malheureuse, quelles illusions l'égarent!
En fait de miracles, on ne voit se réaliser que «eux auxquels on travaille. Faites-le donc, femmes •de France, le grand miracle de l'éducation. Au lieu d'attendre, d'appeler, de prier... agissez! Vous avez fait ce fils de votre chair, vous l'avez Hourri de votre lait; achevez : donnez-lui votre -âme! Patiemment, comme vous savez faire, chaque soir, éclairez-le, attendrissez-le; enrichissez ce •cerveau d'une idée, ce cœur d'une vertu, d'une tendresse, d'un enthousiasme, d'une noble passion; et, chaque matin, à l'heure virile qui sonne
276 MÈKES ET FILS.
la reprise des labeurs, dites-lui les paroles qui lancent en avant, montrez-lui une cime à gravir; armez-le d'une vaillance. « Va, mon enfant, et sois un homme, c'est-à-dire sois pur, sois bon, sois courageux. Sous la lumière du soleil, à la sueur de ton front, réalise l'idéal qu'à nous deux nous avons entrevu aux heures du rêve, alors que déjà le sommeil te berçait. »
Cet examen de chaque journée, effectué au moment de s'endormir, cette préparation de la journée qui s'ouvre, cette exhortation vaillante tout de suite après le réveil, ces procédés d'éducation que nous signalons aux mères, que sont-ils ? sinon de précieux emprunts à la science, cette maîtresse de la vie moderne, que ceux-là seuls dénigrent qui ne savent pas ou ne veulent pas vivre avec les vivants.
En effet, avec l'examen du soir et l'exhortation du matin, c'est la science que nous avons introduite au foyer; la science sous une de ses formesles plus nouvelles, qui fait sourire les uns, effraie un peu les autres : l'iiypnotisme et la suggestion. Car, que fait la mère? Elle suggère à l'enfant et l'incite à se suggérer la persévérante poursuite du
bien, la réparation du mal, l'acquisition des connaissances, des qualités et des énerg^ies qui constituent riiomnie dig'ne de ce nom. Quels sont les deux moments que nous réservons pour ces suggestions bienfaisantes? Ce sont les minutes indécises, délicieuses, surtout dans le jeune âge, et bien davantage précieuses, où l'enfant ne dort pas encore, où il n'est plus tout à fait éveillé; ou bien, inversement, où il ne dort plus, mais où il n'est pas encore éveillé complètement, c'esf-à-dire les deux moments où il reçoit sans résistance les impressions qiCon veut lui donner. Et cela c'est de l'hypnotisme.
« Avec l'examen du soir et l'exhortation du matin, nous avons introduit au foyer l'esprit scientifique, lequel consiste précisément dans la volonté d'examiner, de contrôler, de soumettre à une rig-ourense direction. L'enfant en prendra l'habitude : ce sera une intelligence soustraite à l'incuriosité, à la routine, à l'inattention, à la paresse, à l'irresponsabilité, à l'anéantissement des plus essentielles facultés de l'homme.
Quoi encore? Avec l'examen du soir et l'exhortation du matin, nous avons introduit au foyer une conception de la vie plus élevée que la conception courante, une très sérieuse estimation de cette courte apparition que nous faisons sur la terre.
N'est-ce pas vraiment faire bien peu de cas de nos jours que se borner à les compter, au lieu de lespeser?
Cherchons toujours. De cette vie, si tôt passée,, que de moments nous g-aspillons! Un homme qui vit soixante-dix années en passe vingt-quatre à dormir. Que de temps perdu ! Avec notre système ne serait-il point gagné? On connaît le phénomène que les philosophes appellent la cérébration inconsciente. En s'endormant, on pense par exemple à un discours qu'on doit bientôt prononcer ; on cherche les idées, les arg-uments; le sommeil survient, mais le travail se poursuit et s'achève; le lendemain, dans notre tête, le discours se trouve tout fait. Ce qui se produit pour un travail intellectuel, se peut aussi bien pour nos actions et notre conduite. Le même procédé assure les mêmesrésultats : une bonne résolution, à laquelle nouspensons au moment de nous endormir, se trouve prise au moment du réveil. Et voilà nos heures de sommeil qui ne sont plus des heures de mort, qui travaillent au contraire à faire de la morale,, élaborant ce qu'on pourrait appeler de la vie épurée, divinisée.
Et vraiment, la vie qui est soumise à cette discipline de l'examen journalier mérite les noms que jious venons de lui donner : elle s'épure et se divi-
iiise en ce sens que, de plus en plus, elle s'empreint d'amour, non d'amour mystique, mais d'amour agissant. L'enfant qu'on habitue à se demander quotidiennement s'il a rendu à ses parents, à ses amis, à ses maîtres, à tous les êtres qui vivent auprès de lui, même aux animaux domestiques, tout ce qu'il leur doit; qui s'interrog'e pour savoir s'il n'a pas mésusé des objets dont se servent les hommes ou des choses que la nature leur fournit, cet enfant ne deviendra ni un égoïste, ni un rêveur alangui. Il ne sera pas tenté de croire que la perfection consiste à se préserver du mal en s'isolant du monde, en s'abstenant de l'action, ni qu'il peut à son gré g-aspiller les richesses de la terre ou détruire les ouvrages des hommes. Sans qu'on ail besoin de lui expliquer les mots de solidarité et d'altruisme, cet enfant sera incliné à respecter et à aimer tous les êtres qu'il rencontrera; mieux encore, à se dépenser pour eux. Et c'est un nouveau g"ain qui vaut peut-être plus encore que les autres.
Est-ce tout? Assurément non. Mais il ne faut pas vouloir toutdire. Cependant, quels fruits bénis pour l'enfant soumis à cette règ-le ! Comme il aimerait mieux sa mère, se sentant doublement son fds, chair de sa chair, àme de son âme; comme il respecterait plus profondément cette vertu indulgente
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pour lui, sévère pour ses actes, qui, chaque jour, l'aide à se créer plus fort et meilleur ! Comme il aimerait mieux la vie : il ne se sentirait plus, sur terre, un jouet dont s'amuse le hasard; il verrait que, s'il s'agite, ce n'est pas en mouvements stériles et vains, et que vers le bien il se mène luimême. Et sa dignité en serait accrue, en même temps que son allégresse. « Je suis faible, penserait-il, je ne suis qu'un roseau, mais si je veux — et vouloir, c'est penser, méditer sur ma vie, malin et soir, afin de la diriger, — tout faible que je suis, je ferai une grande chose : un homme plus apte à remplir son rôle dhomme dans la famille, la cité et l'humanité '. »
I. Voir notre Education du peuple, p. iGi et suiv. — Sur les dangers de l'examen de conscience, les inconvénients qu'il y aurait à penser trop et à trop calculer, voir Collégiens et familles, p. 241, et ¥o\x\\\ée, Le Moralisme de Kant, p. 210, Alcan.
MERES. 20 r
Les sœurs.
Le rôle des sœurs, dans l'éducalion des garçons, pourrait être considéral)le. Ici encore les traditions sont une gêne.
Jadis, la fille sortait jeune de la famille; elle était mise au couvent et n'en revenait qu'au moment de se marier. Elle connaissait à peine ses frères dont l'enfance se passait également loin de la maison. Eii outre, beaucoup de mères s'appliquaient à tenir frères et sœurs séparés. Dans les pièces de théâtre, dans les romans de 1820 à 1870, il n'est pas rare de voir des frères et des sœurs inopinément rapprochés et nouant une amitié tartlive. Nous sommes bien loin de ces mœurs; pourtant elles ne sont point abolies : le passé est lent à disparaître, la vanité intervient pour le prolonger. Dans le monde où se recrute en partie la clientèle des lycées, il passe parfois pour fashionable d'être — ou plutôt de paraître — ancien régime. On accoutume les frères et les sœurs à se dire
VOUS, on bannit l'intimité de leurs relations. C'est l'exception, je le veux bien; mais l'exception n'est point négligeable dans un pays où les mœurs répugnent au rapprochement des filles et des garçons.
Une autre tradition veut que les femmes ne comptent guère, qu'elles ne soient rien par ellesmêmes, qu'il n'y ait nul fond à faire sur elles, pis encore, qu'il soit prudent de s'en défier. Ignorantes, coquettes, bavardes..., qu'enseigneraient-elles de bon? C'est tout au plus, lorsque, par son exemple et ses leçons, le mari, lequel est la raison même, et la sagesse, et le savoir, c'est lorsque cecomposé de toutes les vertus aura transformé la femme, qu'il sera loisible de lui confier l'enfant. Mais auparavant, ce serait folie. On ne le dit point ainsi; on ne voudrait point convenir qu'on le pense; mais de telles idées persistent confusément, font que nous ne voyons pas ce que nos garçons pourraient gagner dans la société de leurs sœurs.
La paresse aussi intervient. Le plus commode, en fait d'éducation, c'est de professer que la vie se charge d'enseigner la vie ; que l'expérience est la grande maîtresse. Les plus beaux systèmes,^ dit-on, ne sont que sottise! Mettez-moi votre garçon en contact avec ceux de son âge, et laissez-le se débrouiller. Il recevra des horions, il en rendra;
il sera d'al)ord un peu dupe et victime... parfait ! Il faut souffrir pour devenir malin. II se fabriquera tout seul sa petite philosophie, et bientôt le gaillard se débrouillera comme père et mère...
Et père et mère, ravis, prônent le système de la non-intervention. Laissez faire ! les enfants s'élèvent mieux tout seuls ; ils se moralisent sans qu'on s'en mêle. Comment les parents auraient-ils donc l'idée d'associer leur fdle à une œuvre dont ils sont si heureux de s'affranchir?
Un dernier fait : dans beaucoup de familles, il ne sauiait être question de l'intervention des sœurs;, le collég-ien, notre élève, est fils uni(pie.
Mais puisque, là où il y a frères et sœurs, les mœurs ne les séparent plus comme jadis, tâchons de tirer le meilleur parti d'un tel progrès. Selon l'occurrence, confions nos fils à la sœur aînée;, mettons nos filles sous la protection de leur grand frère ; réunissons le plus possible nos filles et nos g"arçons ; accoutumons-les à travailler, à jouer ensemble, à réfléchir sur les mêmes sujets, à lutter contre les mêmes difficultés, à compter les uns sur les autres pour avancer cette œuvre d'amélioration individuelle qui, au rebours de ce que pensaient nos ancêtres, ne peut être entreprise et avancée que dans la société et grâce au concours de nos semblables.
Le lecteur voudrait des indications précises. Est-il possible d'en donner? On parle de toutes les mères, quand on parle d'une mère; la maternité efface les différences, fait saillir le trait commun, l'impérieux besoin de se donner à l'enfant. Il est facile alors de multiplier les observations que la majorité des mères peuvent utiliser. Au contraire, c'est une créature singulièrement ondoyante et diverse que la jeune fdle. Que dire qui soit vrai à la fois de plusieurs? qui soit vrai d'une seule, aujourd'hui et encore demain? Aussi, au lieu de parler des jeunes fdles, est-il plus prudent de parler aux jeunes fdles, de leur indiquer en quelques mots ce qu'on attend d'elles pour l'éducation de leurs frères; et, cela dit, laisser ces fines intellio-ences, ces âmes souples et subtiles choisir et les moyens et le moment.
Donc, si j'étais jeune fille, c'est à l'avenir, il me semble, que je songerais. Au mien? Oui, mais par un détour ; je songerais à l'avenir de l'inconnue, de cette sœur, peut-être encore à naître, qui sera la compagne de mon frère ; la compagne des bons et des mauvais jours. Si l'on peut cacher les tristesses de la vie au garçon moins curieux et moins sensible, la fillette aperçoit de bonne heure, remarque ou devine. Il se peut que le Prince charmant de ses rêves soit aussi parfait qu'il est beau : elle
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est plus perspicace quand il s'agit de ses voisines. Elle entend les soupirs, voit les larmes; ne comprend pas tout, cependant comprend assez pour savoir que les pères ont des travers, et que, de leur conduite, dépend la paix des ménages et leur bonheur. M. X. passe ses nuits au jeu : sa femme se désole. M. Z. est une intellig-ence supérieure, mais il baisse parce qu'il boit ; sa maison est un enfer...
Les misères des hommes viennent, certes, de grandes causes; mais elles viennent aussi de la paresse, de l'amour du plaisir, de l'égoïsme, de l'emportement, de la violence, du culte de l'arg-ent, delà vanité, de la jalousie... Et ces causes, les jeunes filles les voient avant les jeunes garçons,, parce qu'elles en souffrent plus tôt.
Eh bien ! petites sœurs, n'apercevez-vous point votre rôle ? A vous de préparer, en chacun de vos frères, un bon mari, un irréprochable citoyen, un faiseur de joies, non un faiseur de peines'. Donnez à cet adolescent, qui sera en somme ce qu'on saura le faire, donnez d'abord le goût d'une vie pure et simple ; dans notre monde avide de com-
I. Voir le beau livre de Mme Dora Melegari, lequel a justement ce titre. — « Ou ne voit dans les jeunes g-ens que des étudiants; moi j'y vois de jeunes hommes. » Joubert, Pensées f. 19, 22.
modités, d'aise, ennemi des contraintes, impatient des règ^les, trop ami des jouissances, l'entreprise est plus ardue qu'il ne paraît. Rendez-lui odieux tout ce qui est vulg-aire, bas, grossier. Habituez-le à rei^arder en haut, à tendre en haut ; à n'aimer, ne vouloir et ne faire que ce qui élève et amplifie. Efforcez-vous de l'attacher au foyer, qui devrait être, n'est pas toujours l'asile de la paix, des honnêtes et courageux efforts ; rendez-lui cher et sacré «ce lieu où se garde la mémoire des disparus, où le cœur épie le Iroltinement menu, les petits pas de ceux qui viennent, où, dans le silence, on élabore son âme, où l'on gagne le pain de chaque jour... Apprivoisez, charmez, transformez, faites des hommes; et que vos amies, en songeant à vous, travaillent aux mêmes métamorphoses.
Oserons-nous le dire? Les sœurs font parfois ■courir des dangers. Elles affinent, c'est vrai; mais il peut y avoir excès et contresens. Trop préoccupées du paraître, elles ne modifient, ne polissent que la surface, rendent l'adolescent maniéré, co- ■quet, vaniteux. Il ne faut point confondre la délicatesse morale, qui est un don précieux, avec l'élégance, qui, aussitôt qu'on la recherche, fait naître mille défauts. Si les sœurs devaient apprendre à consulter le miroir, à raffiner sur les cravates, il faudrait les éloigner. Souvent aussi, les
anoqueuses, pour faire valoir leur esprit, reprennent, raillent le frère, font sans cesse rire à ses •dépens. One de mal elles causent ainsi! Leurs plaisanteries, qu'elles croient innocentes, tuent la ■confiance dans un jeune cœur, l'habituent à douter de soi, des autres. C'est un caractère brisé, alors qu'il se formait; c'est une énergie qui restera languissante; et nous qui comptons sur les jeunes filles pour donner la force d'âme, la noblesse d'âme, accroître le désir des vaillantes entreprises, le goût des viriles obligations!
Que dire encore? Je ne sais plus rien. Mais à celles qui voudraient des conseils, un guide, un soutien pour ce rôle de sœur éducatrice, s'offre un petit livre, riche trésor; celui où, jour par jour, pour celles qui doitent élever la France, pour les institutrices, Félix Pécaut notait les plus délicats sentiments, les plus nobles pensées d'une âme simple et haute. Si j'ai dit ici un mot qui porte, c'est Pécaut qui me l'a dicté'.
Pour le moment, il ne faut pas demander davanlage. Que les sœurs se chargent de leurs frères. La
I. Quinze ans d'éducation, Delagrave; et aussi les œuvres d'Eugénie de Guérin, celte sœur incomparable.
France n'est point encore prête pour aller plus loin, comme la Suisse, la Suède, la Hollande, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Amérique... Là, souvent filles et garçons du même âge fréquentent les mêmes écoles, font les mêmes éludes, ou partagent les mêmes jeux. Je ne conseillerai jamais au collège de se mettre aujourd'hui à imiter ces pays. Comme J.-P. Richter, je crois aux bienfaits de la coéducation ; je répéterai après lui : « Pour garantir les mœurs, je conseillerai la coéducation des sexes. Deux garçons suffisent à préserver douze jeunes filles, deux jeunes filles douze garçons. IMais je ne garantis rien dans les écoles où les jeunes filles sont élevées à part, encore moins dans une école où il n'y a que des garçons'. » Mais le collège ferait une folie s'il tentait de réunir dans ses locaux actuels filles et garçons. D'abord, il n'}- est pas le maître; il ne pourrait ni faire un choix, ni isoler, ni exclure les brebis galeuses. Puis il devrait au préalable abattre les vieilles bâtisses, les vieux couvents exigus, sombres, malsains, mauvais pour la santé morale comme pour la santé physique. Il devrait pouvoir réduire l'efieclif des classes, le ra-
I . Cité par M. Compayré dans U Adolescence, p. loo, Alcan ; l'ouvrage est à lire en entier. Voir aussi H. DrummoncI,
L'Evolution de l'iiomnie, p. 280.
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mener à quinze, ving^t élèves. H devrait pouvoir acheminer vers d'autres fonctions les maîtres qui, s'étant abusés sur leur vocation, se trouveraient incapables d'être à la fois professeurs et éducateurs. Il faudrait encore, il faudrait surtout que les mœurs g-énérales fussent moins indulgentes aux désordres d'une minorité tapageuse, qui maintient et peutêtre même enfonce dans la grossièreté le théâtre, la presse, le roman, la politique et presque toutes les manifestations de la vie publique. Il faudrait, enfin, un changement décisif sur un trait du caractère français, finement relevé par un écrivain délicat, lequel nous voudrait meilleurs et sait du reste à quel point nous valons mieux que notre réputation. Parlant du Français, Pierre de Coulevain dit : « Et il est le fils de la femme! Oh! comme il l'est bien ! Il tient d'elle son imagination ardente, sa nervosité, son besoin d'illusion et d'amour. L'amour est le vin de sa jeunesse, de son âge miu', de sa vieillesse même... » N'est-ce point un peu la faute de son éducation molle, des programmes sur lesquels ou le tient pendant sa jeunesse, de ce dix-septième siècle dont les œuvres sans exception ont pour thème l'amour, ou plutôt la galanterie? Là encore, avant d'amener les jeunes filles auprès des garçons, il faudrait reviser, supprimer. Le point capital, 'Pierre de Coulevain
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le marque bien, c'est que le Français peut être généreux avec la femme, mais non pas désintéressé. « Quand l'Anglais ou l'Américain a rendu service à une femme, il se croit tenu à ne rien lui demander en retour ; le Français, au contraire, se croit un devoir de tout exiger, n
C'est la mère qui, là-dessus, devrait changer les idées. Quand elle aura exigé pour elle-même le respect, quand elle aura enseigné à ses fils le respect de la femme, alors fdles et garçons pourront, pour le plus grand profit des uns et des autres, s'asseoir sur les. mêmes bancs.
Est-il nécessaire de préciser? Tous les lecteurs aperçoivent ce que fdles et garçons peuvent gagner à se rencontrer, à se connaître, à s'entr'aider.
Un point, néanmoins, doit être signalé au lecteur français.
Nous passons pour ne point faire à l'amour la place qui lui revient dans toute noble existence. Je ne crois pas le reproche mérité. Sur de telles questions, notre délicatesse n'aime point à s'appesantir. Cette réserve est prise pour de l'indifférence ou de la légèreté. Nous avons le cœur aussi tendre que d'autres peuples, mais nous n'en disons rien ; ou nous voilons nos sentiments sous une ironie