‹ Meres et fils. --Chapitre 55 sur 84 · I. P. de Coulevain, L'flc inconnue, p. 3io, CalmaDn-I.cvy · texte numérisé non relu

I. P. de Coulevain, L'flc inconnue, p. 3io, CalmaDn-I.cvy

légère que les étrangers interprètent mal. Il est entendu, pour eux, que les mariages d'inclination, préparés de longue main, ceux où les cœurs s'unissent, non où les capitaux s'associent, sont inconnus chez nous! Lisons ce passage dont les affiimalions sont souvent répétées dans la littérature anglo-saxonne : « Dans quelques-uns des pays civilisés les plus considérables, une réelle connaissance mutuelle des jeunes gens des deux sexes est impossible; les mariages s'y font par une forme plus relevée d'achat, et ce qui constitue le fait suprême de la vie (l'amour) est tenu dans l'ombre. Quelque sûreté que puisse offrir cette méthode, elle ne saurait être définitive, et ces nations-là ne s'élèveront point à une hauteur sociale vraiment supérieure, ni à la grandeur morale, à moins qu'un changement n'intervienne. Il a été donné spécialement à une nation de conduire le monde à l'assaut contre cette coutume barbare, et de démontrer à l'humanité qu'une sauvegarde plus forte réside dans les relations simples et naturelles des jeunes gens que dans la politesse de convention inventée par la société. Le peuple américain a prouvé qu'il est pos- . sible de confondre les deux courants de vie de familles différentes, par les relations sociales, les récréations, et, ce qui est plus original, par la coéducation des sexes, et que cela peut se faire

librement, joyeusement, sans rien sacrifier du respect de l'homme pour la femme, ni du respect de la femme pour elle-même. Des foyers sacrés et heureux, qui sont la plus sûre g'arantie du progrès moral d'une nation, doivent surg^irde plus en plus de ces vies naturellement mêlées. Aussi longtemps que le premier souci d'un pays sera celui des foyers, peu importe ce qu'il recherchera en deuxième et troisième rangs'. »

Ce souci existe en France ! Il existe dans la France qui pense et travaille, dans celle qui prépare sans bruit l'avenir, au lieu d'épuiser les jouissances du présent. Ces foyers sacrés et heureux se rencontrent dans les cités comme dans les bourgades; les faits-divers ne les signalent point ; la presse n'a point à décrire leurs fêtes tapageuses, ni à détailler les péripéties des catastrophes qui les auraient ruinés. Chez nous, le proverbe : « Faire sans dire » s'applique uniquement au bien. Le mal prend le contre-pied : il s'affiche et on le proclame. Souvent même, les hommes de bonne volonté, qui cherchent à encourager le bien, ont l'air de ne le point apercevoir. Ne serais-je point de ceux-là? J'en cours le risque. Aussi veux-je m'ex-

1. Ce passage est emprunté à un Écossais, II. Drummond» op. ci t. y p. 286. Il embellit la réalité.

cusisr ici, pour le cas où, dans la vie de famille et dans l'organisation scolaire, mon livre semblerait, à la Française, relever ce qui mérite le blâme, passer sous silence ce qu'il faut applaudir.

Les amis, le jeu.

Le jeu est, pour ainsi dire, toute la vie de l'enfant. S'amuser, c'est sa manière de s'occuper et de s'instruire. Les mères le savent bien ; aussi jouentelles avec l'enfant pour lui enseigner tant de choses qu'il ig-nore. Le jeu est le principal maître de l'enfance, le jouet est le grand révélateur. Poupées et pantins font connaître le mystère de la dimension, de la pesanteur, de la distance^ de la résistance, de la chaleur, etc. La patience des mères, jamais lasses de ramasser, de remettre aux mains malhabiles, comprend l'utilité, la g"ravilé des amusements du premier âge.

L'enfant grandit. L'importance du jeu diminuet-elle? Il s'en faut. Le jeu change de caractère. Antérieurement, l'enfant jouait seul; maintenant, il a besoin de camarades. Donc, si désormais ]e jeu ajoute moins aux connaissances de l'enfant^ s'il n'enrichit guère plus son esprit, en revanche,, i^ peut alors beaucoup sur son cœur. Il devient, selon le cas, une sauvegarde ou un danger. Or, la

plupart du temps, les mères renoncent trop tôt, je ne dis pas à surveiller — à celle surveillance l)eaucoup de mères consacrent une peine inouïe et inutile — mais à partager les jeux. Rien ne serait plus efficace.

Tacite disait, parlant des mères romaines : « Elles présidaient aux délassements et aux jeux, où elles imposaient de la retenue et que leur présence sanctifiait. » Cette heureuse influence des mères n'est nulle part plus indispensable que chez nous. Un certain lymphatisme tempère la foug-ue sanguine de l'Anglo-Saxon, « Sous les climats tempérés, la précocité est plus grande... De là, pour les jeunes gens, une crise plus précoce ellemême, puisqu'elle se produit à un moment où l'éducation n'est point achevée et qu'elle la rend du coup plus difficile. En France, il faut être sage à un âge où la sagesse est d'acquisition bien récente, — quand elle est acquise! On atteint pour ainsi dire plus tôt ses vingt ans que dans les contrées du Nord. On ressemble à ces enfants des rois qui sont déclarés majeurs avant les autres et ont à gouverner les peuples : là, il faut se gouverner soi-même ' . »

Est-ce à dire que nous demandions aux mères de

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